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Renaud Vallon : Le grain de sel de Renaud - Page 6

  • «  LES TROIS MOUSQUETAIRES  » , ou la rencontre de deux géants…

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    Oliver REED (Athos) - Michael YORK (d'Artagnan) - Richard CHAMBERLAIN (Aramis)  - Frank FINLAY (Porthos)

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    «  JE n’ai jamais compris pourquoi les français révèrent NAPOLEON, un homme qui a contribué à détruire leur pays, et ignorent complétement RICHELIEU, qui peut être considéré comme le fondateur d’un Etat moderne »…


    CES propos, même s’ils manquent de nuances et illustrent une certaine méconnaissance de l’histoire de France, tenus par Charlton HESTON dans son autobiographie, n’en sont pas moins révélateurs de la curiosité intellectuelle et du besoin incessant d’apprendre qui caractérisent le comédien mais aussi l’homme, même s’il a pu souvent se montrer excessif et porter des jugements disons «  arbitraires » sur des sujets qu’il connaissait peu.


    Tous les admirateurs de l’artiste savent pertinemment qu’il avait une véritable passion pour les «  grands personnages » de l’histoire, et qu’il avait une nette préférence pour interpréter ces «  géants » plutôt que des personnages contemporains qui l’attiraient moins ; cette fascination a pu être jugée par ses critiques comme une forme d’élitisme méprisant, mais rien n’est plus faux : HESTON souhaita toute sa vie s’améliorer en tant qu’acteur ( ce qu’il fit !), et trouvait justement que jouer des flics ou des shérifs qui avaient déjà été sur-utilisés à l’écran, ne le ferait jamais autant progresser que de tenter d’approcher, « d’investir » des personnages complexes et hors du commun ! d’où son choix de redonner vie à Moïse, Gordon pacha , El Cid , Andrew Jackson, et dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, Armand du Plessis, cardinal duc de Richelieu…

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    HESTON avait été au départ, approché par les frères SALKIND, producteurs de renom, pour jouer en fait ATHOS, comte de La Fère, dans une nouvelle adaptation luxueuse et plutôt satirique du chef d’œuvre de DUMAS, le tout pour un cachet vertigineux qui lui fit dire avec humour que « si tous les comédiens étaient rémunérés de la même manière, ils devraient aussi faire de la figuration pour couvrir les frais de production !» Jouer ATHOS ne l’amusait pas plus que ça, et il avait aussi des doutes quand à l’idée de tourner en comédie un ouvrage aussi sérieux et renommé ; c’est quand il apprit que le metteur en scène serait Richard LESTER, qu’il commença à s’intéresser au projet, d’autant plus que l’année 1973 s’annonçait pour lui plutôt calme côté tournages…

    (Richard Lester)
    Richard LESTER s’était fait en quelques années une réputation, formidable dans le milieu, grâce à son sens de l’humour, sa virtuosité caméra en main et son sens aigu du rythme et du montage, qu’on pourrait rapprocher pour nous Français d’un Jean-Paul RAPPENEAU ; son talent avait su faire des BEATLES des stars de l’écran avec l’excellent «  A HARD DAY’S NIGHT » et il avait su capter le tourbillon du « swinging LONDON » des sixties grâce à PETULIA, un autre grand succès artistique et commercial ; malheureusement, son dernier opus «  THE BED-SITTING ROOM » avait été un four complet jusqu’à ruiner sa maison de production ! il se trouvait donc, comme on dit, dans l’impasse, n’ayant pas tourné depuis quatre ans, et prenait donc très au sérieux la chance à lui donnée par les SALKIND de refaire surface avec un sujet excitant pour lui…


    C’est donc LESTER, toujours prompt à développer des idées originales, qui va insister pour garder HESTON dans le casting, malgré son refus de s’engager pour plusieurs mois sur un personnage qui ne l’inspire pas, et n’a selon lui, «  pas grand-chose à jouer » ; quand HESTON lui suggère de lui donner un petit rôle sans forcément passer beaucoup de temps en Espagne, LESTER lui propose alors, fidèle à son approche non conventionnelle, de jouer RICHELIEU, personnage certes central à l’intrigue et disons capital, mais présent dans un nombre restreint de scènes, ce qui convient parfaitement à Chuck ! Celui-ci ne manquera pas de souligner que «  rarement un personnage secondaire à l’écran aura vu son nom autant prononcé dans un film » !

     
    Beaucoup a été dit sur ce choix inattendu de faire jouer par un américain un rôle aussi typiquement européen, et certains se sont gaussés de cette star américaine tentant de recréer un personnage aussi étranger à sa propre culture ; en effet, quel besoin avait donc LESTER d’employer HESTON, alors qu’il faisait jouer le rôle du Roi par CASSEL ( excellent au demeurant) et aurait pu employer un autre «  frenchie » pour jouer le cardinal ! disons que ce besoin de LESTER allait parfaitement de soi avec la fantaisie, l’impertinence et l’humour passablement déjanté qui caractérisent son cinéma ; de même que DUMAS n’avait cure de «  faire des enfants à l’histoire si ce sont de beaux enfants », LESTER fera donc à son tour de charmants bambins à DUMAS, dans une adaptation de Mc Donald FRASER absolument délirante, ou tous les personnages font preuve tour à tour de bouffonnerie et parfois de stupidité, servis par des comédiens anglo-saxons jouant parfaitement le jeu de la satire et de la comédie !


    Tous ?


    Tous, sauf un ,évidemment, on aura facilement deviné qui…


    Car si HESTON, loin d’être l’insupportable Wasp coincé et rigide que ses détracteurs imaginent, adore la comédie et souhaite au départ rentrer à fond dans la danse de la parodie, il se voit sur ce coup opposer un veto catégorique à ce niveau par LESTER himself ! pourquoi ? Et bien justement, parce que RICHELIEU étant à priori le « méchant » de l’histoire, il n’y a selon le metteur aucune raison de l’aborder sous l’angle de la comédie, mais bien lieu d’en faire, au contraire, cette éminence impitoyable, sans autre scrupule que la défense de l’Etat à tout prix, et dans ce but, RICHELIEU doit être « un antagoniste crédible »,donc exit la tentation du pastiche, il sera joué « straight » et en sera donc, par contraste avec tous les joyeux bretteurs insouciants qui peuplent l’ouvrage, d’autant plus inquiétant !

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    Marché conclu entre les deux hommes, qui vont s’amuser comme des fous pendant le tournage, même si les dix jours prévus au départ vont se transformer assez rapidement en quatre semaines, ce que la star accepte de bon cœur ; il échappe ainsi à une situation difficile avec Lydia, son épouse avec laquelle il a failli rompre pour de bon peu de temps avant, et surtout, il vit une expérience de tournage inoubliable, avec une équipe de comédiens de haut niveau !


    Tous ( ou presque) sont en admiration devant cette icone hollywoodienne, son charisme et son talent, et Michael YORK lui-même, dans une interview de 2002 pour le DVD sorti cette année-là, ne tarit pas d’éloges sur le personnage HESTON, tout comme son complice FINLAY ( PORTHOS), parlant même de sa troupe de «  jeunes parvenus britanniques confrontés à ce qui se fait de mieux » avec beaucoup de tendresse et d’humour.

     

    Le seul de la troupe à ne pas avoir trop tenu compte de la «  gravitas » de la mégastar semble être, et on comprend pourquoi vu son caractère d’éternel trublion, l’ami Oliver REED, qui a justement hérité du rôle d’ATHOS auquel il apportera une profondeur inoubliable ; dès le premier soir, à peine arrivé à l’hôtel, HESTON se verra apostrophé par REED d’un « hey, Chuck ! » retentissant depuis le bar de l’établissement, à l’issue de quoi ils se livreront à une puissante session alcoolique dont REED sortira comme à l’accoutumée, vainqueur, et HESTON particulièrement amoindri, au point qu’il avouera souhaiter «  ne plus jamais être confronté à un acteur britannique dans un bar ! »


    L’amusement est une chose et le travail en est une autre, et il faut bien dire qu’à ce niveau, le «  Chuck » sait toujours se faire respecter ; ayant pris la mesure d’un personnage qu’il considère comme « le seul à montrer une réelle intelligence, tous les autres sont des idiots » ( toujours dans la nuance, notre héros…) il va s’employer à faire ressortir toutes ses qualités, pas seulement sa duplicité et sa rouerie, mais aussi son sens aigu du devoir et son respect de l’Etat auquel il voue toute son énergie ; un peu trop grand pour le rôle, il compense ce handicap par une subtile claudication qui l’ « humanise », tout en usant avec talent de sa subtile diction mélodieuse, ou chaque mot semble ciselé et pesé, héritage de son récent vécu théâtral ( il vient de jouer THE CRUCIBLE de MILLER ) et de sa fameuse présence physique naturelle, fort inquiétante effectivement dans ses scènes.


    La plupart du temps confronté à Jean-Pierre CASSEL dans le rôle du Roi et surtout à Christopher LEE, excellent ROCHEFORT, il prend un plaisir certain à ces échanges savoureux, et sera particulièrement impressionné par Faye DUNAWAY, qui compose une Milady haineuse et impitoyable ; on voit à quel point le casting conçu et défendu bec et ongles par LESTER porte ses fruits, contribuant tout autant que le choix des décors et des costumes parfaitement délirant, à la réussite totale de cet opus !

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    (Jean-Pierre Cassel : Louis XIII)

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    (Christopher Lee : Rochefort)


    A la fin du tournage, Chuck note d’ailleurs dans ses «  journals » la phrase suivante :


    « pour résumer, maintenant que c’est terminé, je serais fort surpris que cette production ne marche pas ; le script est magnifique, tous les acteurs sont bons, et LESTER est encore meilleur, j’ai un très bon feeling sur ce film, vraiment »


    Venant d’un artiste qui avoue avec humour s’être souvent trompé sur ses prévisions quand au succès de ses films, le compliment pourrait augurer donc d’un futur échec, mais il n’en sera rien : le film sera un triomphe lors de sa première parisienne, et fera un tabac dans toute l’Europe , avec un début timide aux USA, très vite compensé par un bouche à oreille plus que positif, qui en fera la meilleure recette d’un film européen pour l’année 73, ce qui n’est pas rien !


    TOUT est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? pas tout à fait, car une légère «  crapulerie » s’est quand même immiscée dans ce tableau idyllique ; en effet, peu de temps après la fin du tournage, constatant qu’ils disposaient d’un métrage de longue durée ( ce qu’ils savaient depuis le départ) les frères SALKIND vont, à la surprise des comédiens impliqués, scinder le film en deux parties pour sortir la première époque fin 73 et la deuxième l’année suivante, choix certes courageux dans le cas où le premier film aurait fait un flop rendant inutile la sortie du deuxième, mais particulièrement contestable vis-à-vis des acteurs prévenus au dernier moment !


    La colère de certains ( LEE, DUNAWAY, WARD) sera telle qu’ils refuseront d’entendre parler des brothers SALKIND pendant de longues années, d’autres préfereront adopter une position plus « diplomatique » notamment YORK, et surtout REED et HESTON , qui retravailleront même avec eux plus tard pour THE PRINCE AND THE PAUPER, avec un succès moindre cependant…

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    (Rachel Welch : Madame Bonassieu - Geraldine Chaplin : Reine d'Autriche - Faye Donoway : Milady)


    AH, les éternelles errances et magouilles du show-biz ! mais comme en tant que spectateurs, nous en ignorons la plupart des mécanismes, contentons-nous d’apprécier pour l’éternité ce petit chef d’œuvre d’humour et de fantaisie, ou la création de RICHELIEU par l’artiste reste une de ses grandes performances des années 70 !

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    A MA CECILE, mon éternelle script-girl...

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  • ADIEU CECILE ... JE NE VOUS OUBLIERAI PAS.

    J'ai voulu partager avec vous, mon hommage à Cécile Geng, qui nous a quittés le 27 avril dernier. Ses obsèques auront lieu le 19 mai prochain.

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    Chère Cécile,

    Je ne fais pas partie de votre famille ni de vos amis très proches.

    Pourtant, depuis le 26 mai 2016 nous étions devenues amies sur Facebook grâce à ce petit message que vous m'aviez envoyé en privé et que je publie ici en souvenir de vous :

     

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    Cécile Geng

    Vous êtes amis sur Facebook

    26/05/2016 12:31

    Bonjour France, Je suis l'amie de Renaud Vallon, qui m'a transmis le "virus" Chuck Heston. Je me permets de vous envoyer une demande d'ami car je sais que nous partageons le même intérêt pour ce grand acteur. Nous pourrions échanger de temps à autre ou juste partager des publications, j'en saurai plus sur lui avec vos blogs. Amicalement,

     

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    Nous nous écrivions de temps en temps, vous étiez devenue la secrétaire très précieuse de Renaud, pour les billets «Grain de sel » destinés au blog.



    J'ai encore un des derniers messages privés que vous m'aviez envoyé et dont je ne me séparerai pas, il était si charmant, c'était le 19 mars dernier.



    Bonjour France, comment allez-vous ?

    J'ai commandé la biographie de Marc Eliott sur Amazon US pour Renaud... Mais chutttt ! Il ne faut pas lui dire ! 



    Passez un bon dimanche, bise.



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    Nous ne nous sommes jamais rencontrées, mais j'espérais tant vous voir tous les deux cette année. Vous m'aviez écrit que vous aviez deux cousines à Cherbourg.



    D'après vos photos que j'ai pu voir, vous aviez un visage lumineux, qui respirait la vie et transmettait la joie et la générosité.

     

    Au revoir Chère Cécile, vous resterez à jamais dans mon cœur.

     



    Nous ne nous sommes jamais rencontrées, mais je vous aimais déjà.



    Je veux dire à votre Famille, à Renaud, que je partage leur peine.

    Je serai avec eux en pensée, ce 19 mai.



    Aujourd'hui vous êtes partie rejoindre les étoiles.



    Veillez sur votre famille, sur Renaud.



    Dites bonjour à Chuck si vous le rencontrez. Vous aurez beaucoup de choses à vous dire.

     

    MUSIQUE DU FILM "BEN HUR".

    "STAR OF BETHLEHEM"

     



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    Aujourd'hui 14 février 2018, je ne vous oublie pas...

    Quelques lignes du beau poème de Ronsard qu'il avait dédié à son ami Du Perrier qui venait de perdre sa fille.  Poème intitulé "Stances à Du Perrier".

    A Vous Renaud...

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    19 avril 2018 - Cécile, le temps passe... Mes pensées vont vers Vous et Renaud.





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    "Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de l'âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps." (Victor Hugo).

    Cher Renaud, j'aime cette citation de Hugo, je vous l'offre en souvenir de Cécile, belle et lumineuse à jamais.

    (Le 10 décembre 2019)

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  • NUMBER ONE, ou HESTON en « anti-héros »

    MAJ le 31 mars 2019 

    MAJ le 23 mars 2019 

     

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    S’il fallait rechercher dans la filmographie de Charlton HESTON un “ bon” film qui n’a quasiment été vu par personne et dont même certains de ses admirateurs ignorent jusqu’à l’existence, on pourrait sans trop s’avancer citer « NUMBER ONE » , production qui ne fut que très peu montrée aux USA et dont la distribution européenne fut pratiquement inexistante, comme pour rappeler à ceux qui feignent de l’ignorer que HESTON ne se contenta jamais, même au sommet de sa gloire, du statut de superstar et fut, à l’instar d’un PECK ou d’un LANCASTER, un artiste inspiré toujours prêt, du moins à ce stade de sa carrière, à prendre les risques qui s’imposaient.

    En effet , peu de temps après s’être engagé dans le projet de « PLANET OF THE APES » alors que la plupart des studios avaient trouvé l’idée de «  singes parlants » totalement ridicule et surtout invendable, HESTON remet sur le tapis un projet intitulé au départ «  PRO » soutenu par son ami Walter SELTZER, dont le thème était la fin de carrière d’un footballeur vedette de la NFL dont le parcours jusqu’ici glorieux se trouve compromis par des blessures diverses et surtout son incapacité à s’adapter au monde moderne ; conscient que ce sujet ne risquait d’intéresser qu’une clientèle américaine, et que donc le manque d’impact d’un tel projet sur l’EUROPE ou l’ASIE allait jouer en sa défaveur, les deux hommes décident donc de proposer l’idée, le « treatment » à la nouvelle équipe de UNITED ARTISTS qui vient de se mettre en place et recherche justement des «  peu coûteux » !

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    La belle affaire, se disent-ils, et ils ont partiellement raison, car David et Arnold PICKER, superviseurs de tous les projets chez ARTISTS, voient d’un bon œil qu’une star oscarisée accepte de travailler pour eux pour un salaire modeste et un pourcentage sur les profits qui parait plutôt aléatoire…l’agent «  iceman » CITRON va bien sûr s’inquiéter que son poulain tente l’aventure, tout comme il s’était opposé au western WILL PENNY réalisé l’année précédente par Tom GRIES, dont il craignait l’inexpérience ; on peut donc imaginer la tête du cher homme quand SELTZER lui annonce que GRIES mettra aussi en scène l’histoire du footballeur déchu…

    Concernant le choix du « metteur », les versions différent, car même si HESTON avait eu le courage de tenter l’expérience GRIES pour WILL PENNY, il n’avait surtout pas eu le choix, car en tant qu’auteur du scénario, GRIES ne voulait pas le vendre s’il ne mettait pas en scène ! pour NUMBER ONE, le cas est différent, car il n’est nullement auteur du scénario, et dans ses « journals » le comédien évoque clairement son envie d’utiliser les talents supérieurs d’un HUSTON et même d’un STEVENS, sans intéresser aucun des deux, et c’est contre mauvaise fortune bon cœur qu’il a fini par marcher avec GRIES ….

    Dans ses mêmes « journals » passionnants à plus d’un titre quand on veut comprendre comment se fabrique ou pas un film, il évoque aussi une industrie hollywoodienne en plein chaos, ou la moitié des lieux de tournage et autres «  sound stages » sont quasiment laissés à l’abandon par manque d’activité et chômage technique ; «  la ressortie de BEN-HUR va surtout aider la MGM à payer la note d’électricité de studios désespérément vides », note-t’il pendant l’été 68 ….

    C’est donc dans un climat morose et peu dynamique, à une époque ou HOLLYWOOD traverse une crise sans précédent, accentuée par le flop de comédies musicales ou films de guerre hors de prix ( MISTER DOOLITLE, STAR, TORA TORA TORA) que ce petit film UA va se construire, dans l’indifférence générale, il faut bien le dire !

    HESTON, toujours très professionnel dans ses choix et ses recherches, va se lancer dans la préparation du film avec deux objectifs : en savoir autant que possible sur le football américain ( souvenir de jeunesse pas forcément grandiose puisqu’il s’est cassé le nez lors d’un match)et surtout parvenir à une condition physique acceptable pour rivaliser avec les vrais pros ( du moins à l’écran) et donc être crédible pour le public !

    Ainsi que l’explique son biographe Marc ELIOT, le comédien possède à l’époque le corps certes musclé d’un joueur de tennis de bon niveau, mais pas du tout le torse et les épaules d’un joueur moyen de la NFL, va falloir travailler ! et voilà notre héros obligé de suivre un training à la LANCASTER, mais sans avoir forcément l’aisance naturelle requise ; qu’importe, il va apprendre, travailler, écouter, lancer le ballon, plaquer, le tout deux heures par jour cinq jours par semaine pendant deux mois, sans jamais se plaindre, devenir proche de l’équipe des NEW ORLEANS SAINTS engagés pour le tournage et qui ne tariront pas d’éloges sur la simplicité de la star et sa volonté farouche… de ne pas être ridicule ! ET il ne le sera pas, grâce à cette préparation difficile, et aussi l’aide du comédien Bruce DERN appelé à jouer un second rôle important, qui va carrément lui apprendre à courir pour éliminer son surpoids, obsession de l’acteur à l’époque, non par narcissisme, mais par besoin de préserver une apparence correcte pour les fans qui le font vivre !

    LE tournage, réduit contractuellement à quatre semaines, peut donc commencer sans trop de soucis, sauf que le comédien va se retrouver confronté à un de ses démons intérieurs : maintenant qu’il a saisi l’apparence ( outer se) du personnage et son background social, comment définir le vrai caractère ,le «  inner se »de ce CATLAN qu’il avoue dans ses « journals » tout simplement «  ne pas comprendre » !

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    BRUCE DERN

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    En effet, il a déjà joué des personnages habités, ou névrosés, ou antipathiques, c’est même une de ses caractéristiques, mais ce CATLAN, obsédé par lui-même, réclamant l’attention de son épouse alors qu’il ne s’intéresse pas à son travail, tentant une liaison avec une femme plus jeune pour oublier qu’il prend lui-même de l’âge, refusant toute réinsertion même honorable, lui échappe, il ne le comprend pas, et surtout, il ne l’aime pas vraiment ; or, il dira lui-même souvent, pour bien jouer un personnage, il faut l’apprécier un minimum ; il va donc tenter de se l’approprier, mais sans réussir totalement à l’incarner, du moins selon ses critères élevés…

    UN autre souci, celui-là lié à une dualité typiquement « hestonienne » va aussi faire jour, c’est le sens à donner à « son » film, doit-on se contenter d’une approche documentaire expliquant au public ce qu’est la vie d’un sportif pro américain, ou doit-on se servir de l’histoire comme pour symboliser les défauts d’une société américaine fondée sur le pouvoir de l’argent et qui laisse impitoyablement sur le carreau tous ses « losers », même magnifiques ?

    HESTON, qui est à l’époque dans le clan des libéraux, est loin d’ignorer les tares et les vices Du système en question, mais contrairement à un LANCASTER qui au même moment produit avec THE SWIMMER une dénonciation féroce de l’ « american way of life », ne souhaitera pas aller aussi loin, car s’il tente de comprendre le cas de cet individu qui s’isole peu à peu du milieu qui l’a nourri, il n’est pas à l’aise avec la notion de «  loser » qu’il perçoit comme dangereuse et débilitante, c’est trop pour lui, et il va tout faire pour que le film reste un constat amer, sans pour autant remettre en cause le système qui a construit CATLAN ; d’ailleurs, Elia KAZAN, intrigué par ses choix du moment, et voyant en lui un pessimiste qui finalement n’existe pas vraiment, se verra opposer un refus cinglant quand il lui proposera le premier rôle de son nouveau film, «L’ARRANGEMENT », ce qui n’est pas étonnant «  it’s a loser’s story, with a loser for protagonist » !

     

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                   (avec Jessica Walter)                                                                                    (avec Diana  Muldaur)

     Cependant, même si on touche avec ce film les limites de l’engagement social et sociétal de la star, on ne peut qu’admirer l’aisance avec laquelle il pose le personnage de CATLAN, et ce dès le début du film, sans utiliser les effets qui lui ont servi si bien jusque là ; tour à tour violent et buté, doux et compréhensif, capable, et c’est un peu une nouveauté, de parfaitement ciseler son jeu dans les nombreuses scènes avec ses deux excellentes partenaires féminines, Jessica WALTER et surtout Diana MULDAUR, physiquement crédible dans les scènes de match comme dans les dialogues avec le cynique Bruce DERN, il n’est pas loin du sans-faute, dans la droite lignée de WILL PENNY, ou il fut tout aussi remarquable en héros westernien vieilli et vulnérable, ce qui est aussi le cas ici. C’est un grand rôle, indubitablement !

    Ce que l’on peut reprocher au film, ce n’est pas tant le jeu des acteurs, ou la construction logique et implacable d’un scénario qui pourrait s’intituler «  la chute d’un héros » mais plutôt la mise en scène finalement souvent statique et mollassonne de GRIES, qui ne laisse pas, et c’est dommage, le film s’envoler sur la fin, et ne met pas assez en valeur un dénouement pourtant bouleversant ; quand CATLAN git, blessé au sol après ce qui aura été le match de trop, on pourrait espérer une réalisation qui soit digne du tragique de la situation, mais GRIES s’y refuse en se concentrant sur le visage dépité de l’épouse ( WALTER) et un panoramique arrière assez convenu, on ne peut que rêver à ce qu’un HUSTON ou un WYLER auraient su faire d’un tel matériau !

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    Ces réserves étant faites, on ne peut que louer l’artiste et ses collaborateurs d’avoir cru en cette histoire finalement dérangeante et originale, à une époque ou le cinéma américain n’en avait plus que pour les films de jeunes à la EASY RIDER ou les polars cyniques à la BULLIT ; et franchement, si les films précités ont bien mieux fonctionné au box-office du moment, il est amusant de constater à quel point ils nous paraissent aujourd’hui souvent datés et lourdingues, là ou justement, des « petits films » comme NUMBER ONE et THE SWIMMER, pour n’en citer que deux, ont gardé toute leur pertinence et leur force émotionnelle…

    A CECILE …

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  • LE SEIGNEUR D’HAWAI ...

    MAJ le 5/10/2016

     

    OU QUAND L’ACTEUR ET LE CITOYEN NE FONT QU’UN …..

    (1962)

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    Dans sa fameuse autobiographie «  IN THE ARENA » ou le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’y pratique pas la langue de bois, Chuck HESTON explique que les interminables vols transatlantiques sont un moment idéal pour parler films, et notamment pour proposer un «  pitch », en gros un résumé d’intrigue, à tout comédien désireux de passer le temps le mieux possible … c’est ce qui lui arrive début 1962, lorsqu’un traquenard organisé par Phil YORDAN et Nicholas RAY, le tout favorisé par l’absorption d’une bouteille du meilleur malt, leur permet d’obtenir l’accord de principe de la star pour un futur « épic » sans scénario, « 55 DAYS IN PEKING » !

    A peine débarqué à NEW YORK et conscient qu’il s’est sans doute engagé à la légère, HESTON va donc passer un certain temps à d’une part, refuser poliment de participer à «THE FALL OF THE ROMAN EMPIRE» que BRONSTON lui propose avec insistance, sous prétexte que le scénario est mauvais, et d’autre part, à s’intéresser de près à ce projet PEKING, qui n’a pas de scénario du tout ; la logique de ce choix n’est pas évidente, et d’ailleurs, Chuck en retirera la leçon suivante, ne jamais accepter quoi que ce soit sans un script et des dialogues valables.

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    Désireux de retrouver un peu d’activité pendant cette période de préparation d’une grande production BRONSTON, il peut donc se consacrer à un film au budget bien moindre, mais qui a le mérite d’avoir un scénario bien défini sur un thème qui lui importe : le racisme et les formes de ségrégation qui en découlent, «  DIAMOND HEAD », qu’il a décidé de tourner rapidement, raconte en effet l’histoire d’un riche planteur d’HAWAI dont la sœur est amoureuse d’un métis d’une classe inférieure, et de son refus obstiné de la laisser vivre sa vie avec l’homme de son choix .

     

    Comme son personnage est lui-même amoureux d’une Eurasienne à laquelle il refuse néanmoins le bonheur d’avoir un enfant avec lui, HESTON se retrouve à incarner un individu égoiste, violent et négatif, porteur de valeurs qui lui sont étrangères, et c’est ce qu’il trouve intéressant ; sans doute, bien que la mode ne soit pas encore celle de la parité cinématographique entre blancs et noirs, voit-il là une occasion de mettre ses idées de démocrate en pratique ! il est vrai aussi que la minorité évoquée dans le film n’est pas la population noire, mais celle des « iliens » d’HAWAI, mis à l’écart de la communauté blanche dans une forme d’apartheid déguisé… néanmoins, la symbolique est claire, et même si le sujet d’actualité un peu trop «  chaud » est soigneusement évité, le fond du problème est le même, celui de l’égalité des droits et des chances de toutes les ethnies, dans un système démocratique.

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    Donc, aborder ce personnage de « King » HOWLAND n’est pas un problème pour lui, mais plutôt un vrai plaisir ; il a déjà abordé pas mal de rôles antipathiques avant, mais c’était à ses débuts, ou le risque d’être identifié à un «  heavy » n’était pas bien grand ; or, il est devenu une star, qui plus est dans des incarnations «  positives » et le public a de lui cette image rassurante ! DIAMOND HEAD va donc être la première véritable occasion pour lui de casser cette aura en jouant ce qu’on n’attend plus de lui : pas forcément un vrai « méchant » mais un individu incapable de compassion et de compréhension dés que ses privilèges de classe et de caste lui paraissent menacés ! plus tard, il va collectionner ces personnages difficiles et refuser de jouer les héros, il en fera presque une routine, mais, à notre impression, DIAMOND HEAD est bien le premier d’une longue série.

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    IL est amusant de constater qu’au départ, le script a été conçu pour Clark GABLE, abonné aux rôles de planteur ou d’aventurier dur à cuire, et que depuis son décès, on a tenté de « refiler » les scénarii qui lui étaient proposés aux nouvelles vedettes du moment. Chuck le sait et n’en prend pas ombrage, il va simplement essayer de comprendre ce faux héros, d’éviter tout effet et tout romanesque pour mieux en faire apparaitre les zones d’ombre, ce dont GABLE, de par son statut de mégastar, n’était pas capable. Globalement satisfait du script, il va avoir, selon ses mémoires, une influence capitale sur un aspect destiné à « humaniser » son personnage, à savoir le souvenir de la mort de sa femme et de son fils par noyade, qui l’empêche de vivre une vie normale et de s’autoriser le bonheur d’un enfant avec sa maitresse eurasienne. Par d’autres petites touches subtiles, il va aussi épaissir sa relation avec le personnage de sa sœur, jouée plutôt bien d’ailleurs par Yvette MIMIEUX : on sent bien sûr l’autorité cassante de celui qui veut jouer au père, mais aussi l’ambiguité de ses positions, la jalousie qui le consume, bien plus que l’expression d’un racisme « ordinaire » ; sans dire qu’il s’agit d’une interprétation exceptionnelle, car d’autres, supérieures, sont à venir, on sent vraiment ici la volonté de gratter la surface et d’aller plus loin que ce que lui proposait le scénario «  bien-pensant » initial.

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    Très confiant quant à la tournure que prend ce qu’il appelle lui-même «  une tragédie intimiste », HESTON ne tarit pas d’éloges sur son metteur en scène, l’Anglais Guy GREEN, vif, précis et imaginatif, à tel point que la séquence du rêve aquatique de la jeune sœur, chargée d’un érotisme torride pour l’époque, va même lui faire un peu froncer les sourcils ! Il reste un artiste pudique, en difficultés quand il s’agit d’exprimer ses émotions, mais même dans ce domaine, il va être en progrès, sa relation avec la jeune Chinoise jouée par France NUYEN, étant pour une fois assumée par l’acteur avec la passion et la fièvre requises.

     

    Le point faible du film, malheureusement, va se trouver là ou justement, on aurait dû trouver force et crédibilité : les deux acteurs censés incarner les frères KAHANA, ceux par lesquels le scandale arrive, ont beau se démener et tenter d’incarner au mieux la jeunesse et la révolte, rien ne se passe qui donne vraiment envie de pencher de leur côté, ce qui est un peu un comble ! Il se peut que, conscients de l’énorme présence d’HESTON, CHAKIRIS et DARREN n’aient pu s’exprimer comme ils le voulaient, mais leur ( relative) médiocrité dessert quelque peu, la puissance dramatique du sujet.

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    Pas autant cependant, que les tripatouillages auxquels va se livrer le producteur Columbia maison, le nommé Jerry BRESLER, dès que sa vedette aura eu le dos tourné ! C’est en effet un « money maker » sans états d’âme que ce BRESLER, au sujet duquel Guy GREEN disait en riant à HESTON au début du tournage : «  il est sympa, mais comment un exécutif quelconque peut- il se vanter d’avoir fait un film appelé : «  GIDGET GOES HAWAIIAN » ?

     

     

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     Sans beaucoup toucher au sujet ni à son intrigue principale, BRESLER va donc demander à ce que le film finisse sur une note positive, à savoir l’acceptation par HESTON de l’enfant qu’il a eu de sa maitresse décédée, alors qu’il était prévu que, justement, « King » se retrouve seul dans son immense plantation, livré à ses démons personnels ; tenu à son contrat avec Columbia, Chuck devra donc se résoudre à jouer une scène globalement indéfendable, et se tiendra sur ses gardes quand il croisera de nouveau la route de BRESLER, deux ans plus tard pour un certain «  MAJOR DUNDEE » !

    BRESLER va aussi et surtout, amoindrir la portée du récit en coupant plusieurs scènes (notamment celles de confrontations entre HESTON et CHAKIRIS, environ 3 minutes, ce qui est énorme) uniquement dans le souci de rendre le personnage de HOWLAND plus acceptable, là ou le comédien s’était efforcé de faire l’inverse ! On est là au cœur de la contradiction hollywoodienne entre le pouvoir de l’argent et le travail des créatifs, qui dépend hélas des hommes d’argent, situation vécue de façon souvent amère par l’artiste durant sa carrière.

    Curieusement, ou disons plutôt miraculeusement, le film va rester cohérent et solide, en grande partie grâce aux astuces de GREEN qui s’est arrangé pour qu’un seul montage soit possible sur toutes les scènes dialoguées ! HESTON lui sera tellement reconnaissant de sa vivacité qu’il le recommandera à BRONSTON pour, littéralement, sauver un 55 DAYS IN PEKING bien mal en point l’année suivante.

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    Quand on regarde le film de nos jours, même si on peut considérer que certaines scènes ont vieilli, ou que le rythme manque parfois un peu du « swing » des grands mélodrames, on reste convaincu par la fermeté du propos et des idées défendues, à une époque ou l’Amérique blanche avait bien du mal à accepter ses minorités et à leur trouver une place dans son système politique ; il n’était donc sûrement pas facile de réaliser un tel projet, quitte à être impopulaire auprès du grand public, et HESTON a su assumer ce risque, et se montrer en accord avec son anti-racisme naturel, qui restera un de ses principes forts, toute son existence.

    Dans ce sens, on peut donc dire que, dans le cas de ce DIAMOND HEAD finalement réussi , l’artiste et le citoyen n’ont fait qu’un .

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    A Cécile, toujours...

     

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  • HOLLYWOOD’S LAST ICON : " MAJOR DUNDEE "TRADUCTION du chapître 23 du livre de Marc ELIOT

    ...SUITE & FIN

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    Concernant son histoire de retour de salaire, HESTON rentra dans les détails avec la presse pour expliquer en quoi les choses étaient devenues compliquées, et pourquoi il n’avait pu que soutenir son metteur en scène. «  plus vous mettez de péripéties dans un film, plus les personnages deviennent plats ; ce fut le génie de WYLER dans BEN-HUR de faire accéder ses personnages au premier plan de l’histoire ; Chris FRY qui écrivit le scénario me dit que si on avait enlevé l’histoire d’amour, le film aurait été meilleur, car tout ce qui importe au spectateur dans le film, c’est la relation entre Judah et Messala. J’ai appris pendant les amères premières années de ma carrière à quel point il faut un bon script, avant tout ; quand Sam m’a apporté le premier jet de DUNDEE, nous savions tout de suite qu’il fallait le réécrire. Qui le fera ? ai-je dis… «  moi » a répondu Sam. Cela voulait dire retarder le film de quatre mois. Je n’avais pas autorité sur le scénario, ni un pourcentage, juste un salaire classique. ON a fait le film au Mexique , qui a dépassé de six jours la date de fin de tournage. Ils ont voulu couper des scènes, j’ai soutenu Sam, j’ai voulu donner toutes ses chances à cet homme de talent, j’ai dit aux patrons : «  écoutez les gars, je suis prêt à vous rendre mon salaire si vous conservez les scènes que nous trouvons importantes » J’ai considéré comme un devoir moral de faire ce geste parce que j’avais cassé une règle éthique ! je ne pensais pas qu’ils me prendraient au mot, mais ils l’ont fait, je n’allais pas leur dire «  hey, rendez-moi mon argent ! »

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    Plus tard, éternel rationnel, il dit : « au moins, on m’aura payé mes repas » et, il exprima un point de vue sur DUNDEE qui est sans doute plus près de la vérité : «  le film a échoué car le studio, Sam et moi-même avions chacun une vision différente de ce qu’il devait être ; le studio voulait un film de cavalerie et de méchants peaux rouges, je voulais un film sur la guerre civile et Sam voulait faire THE WILD BUNCH , qu’il filma plus tard….

    TROP de cuisiniers talentueux pour se retrouver avec deux hots-dogs bouillis.»

    Fin avril, ayant fini le tournage au Mexique, HESTON retourna à Los Angeles pour apprécier les plaisirs simples de se lever tôt, déposer FRASER à l’école, s’arrêter un peu au studio, prendre un bain vers midi et s’allonger près de la piscine à lire de nouveaux scripts ; cette routine était reposante, mais HESTON ne pouvait s’empêcher de ressentir une grande frustration et une grande colère concernant DUNDEE et l’occasion manquée d’en faire un bon film, ajoutée à la dépense d’argent inutile de sa part ; il commença à exprimer sa frustration devant tous ceux qui lui étaient proches, y compris Lydia, avec laquelle il commença à se disputer sur des questions sans intérêt, ce qui finissait en général par des excuses de sa part, il résuma plus tard le secret de la longévité de son mariage avec Lydia de cette manière : « d’abord, il faut trouver la bonne personne, et surtout, ne pas oublier l’importance cruciale de cette phrase : «  j’avais tort », ça vous mènera beaucoup plus loin qu’un simple «  je t’aime » 

    La première semaine de mai, HESTON partit avec sa famille pour ROME, pour commencer un film dont il espérait qu’il redresserait un peu sa balance financière, et marquerait un retour de forme ; il avait accepté une offre de la FOX pour jouer Michelangelo dans une adaptation à 7 millions de dollars du roman d’Irving STONE «  L’extase et l’agonie », qu’on tournerait en deux versions, TODD-AO et Cinémascope. FOX avait acquis les droits du roman en 61 et commissionné Phil DUNE pour le scénario, avec l’idée de mettre ZINNEMANN à la mise en scène et LANCASTER dans le rôle de l’artiste .Quand celui-ci changea d’avis, en désaccord avec l’approche fausse selon lui de l’homosexualité du sculpteur, on offrit le rôle du pape à Spencer TRACY qui refusa aussi, finalement, ce fut Carol REED qui succéda à ZINNEMANN, et Rex HARRISON accepta le rôle du pape Jules. HESTON était un admirateur du style classique de REED et notamment du «  THIRD MAN » dans lequel jouait aussi Orson WELLES .

    Le scénario de DUNNE se concentrait sur la bataille de quatre années qui opposa Michelangelo et le pape au sujet de la peinture du plafond de la chapelle Sixtine à ROME ; HESTON considéra le script comme «  le meilleur qu’il ait jamais lu » ; il avait plutôt réussi sur THE PRESIDENT’S LADY , un autre film adapté de STONE, et signa donc pour un » pourcentage sur le brut » qui commençait avec le premier dollar gagné sur le film, ce qui signifiait que même si le film s’avérait trop cher ou que la FOX ne rentrait pas dans ses frais, il serait le premier à être payé, un deal qui ne présentait aucun inconvénient !

    Il passa des semaines à faire des recherches concernant l’artiste, chemin qu’il empruntait régulièrement pour trouver son personnage, notamment 600 lettres écrites par lui ; «  les lettres sont souvent le moyen le plus sûr de découvrir une personnalité, et celles-ci m’ont permis de connaitre sa profonde misanthropie, sa nature paranoïaque et quasiment asociale »

    Il fut surpris de constater que l’artiste se considérait avant tout comme un sculpteur plutôt qu’un peintre, et n’avait fait en tout et pour tout que deux œuvres majeures, le plafond de la Sixtine et le mur derrière la chapelle appelé « le jugement dernier », ce qui l’amena à considérer Michelangelo comme un marginal au talent immense, forcé de se plier à un contrat contre sa volonté ; il trouva quelque part dans cette révélation un parallèle avec sa propre place à HOLLYWOOD, le pape étant un amalgame des patrons de studio ou metteurs en scène qui l’avaient mal utilisé ou mal traité, qui le considéraient comme une commodité pour faire de l’argent plutôt que comme l’artiste qu’il pensait être.

    Cependant, son plus grand défi consistait à comprendre Michelangelo dans son intensité ; il dit à un reporter : « je n’ai joué qu’un génie dans ma vie, Thomas JEFFERSON, mais là je joue un génie qui était un grand artiste » pour essayer de saisir la technique ainsi que l’émotion, il étudia le travail des sculpteurs sur marbre, et passa de longues heures à étudier leur travail, sinon pour les comprendre, du moins pour essayer d’être plausible dans cet exercice ; il augmenta donc son temps de travail considérablement, et si le travail s’avéra moins difficile que de traverser le Sinaï ou conduire un attelage de chars, il lui fut requis de rester quatre heures par jour allongé sur un échafaudage, sans oublier la peinture fraiche qui inévitablement allait couler sur son visage, ses cheveux et sa barbe pendant cet exercice !

    Laissé de côté totalement dans ses recherches, fut l’aspect pourtant bien documenté de l’homosexualité du personnage, ce que HESTON ne croyait pas. «  rien n’indique qu’il ait été gay » déclara t’il, en dépit d’évidentes preuves du contraire, notamment la poésie de l’artiste ; «  mais s’il l'avait été, dans ce cas, je n’en aurais pas fait un hétéro » ; par ailleurs, le vrai Michelangelo était de taille moyenne, pas le style beau gosse en vedette, une disparité que HESTON mit à profit pour déclarer : «  il était deux fois plus grand que n’importe quel homme »

    Comme MGM l’avait fait pour BEN, la FOX mit tous ses atouts dans la réalisation de AGONY. Le studio avait souffert grandement de son investissement déraisonnable et quasi-fatal dans CLEOPATRE qui l’avait mis au bord de la banqueroute ; le cachet de miss TAYLOR était de 2 millions, et la FOX avait dépensé 31 millions pour l’achever, ce qui en fit le film le plus cher de l’histoire d’HOLLYWOOD ; le studio était désireux de remettre de l’argent dans les caisses avec l’apport d’une superstar connue et populaire pour ses rôles historiques.

    Le tournage commença à ROME le 8 juin, pour une durée attendue de 3 mois ; HESTON amena donc sa famille, il aimait tourner l’été car cela lui permettait de faire venir FRASER pendant ses vacances, et ils arrivèrent juste à temps pour célébrer le 9ème anniversaire de FRASER. Dès le matin suivant, HESTON s’en tint à une routine précise, lever matinal, nage et exercices, suivis par un petit déjeuner copieux avec la famille, et encore d’autres exercices sportifs. Pour le déjeuner, un verre de jus de tomate et une boisson riche en protéines faisaient l’affaire, et après le tournage, son dÏner consistait en un bon steak ou un poisson entier, le tout accompagné d’une ou deux bières fraiches.

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    Avant qu’on puisse filmer quoi que ce soit, la production fut retardée par des négociations avec le Vatican pour filmer dans la chapelle, et qui échouèrent au dernier moment ! il fallut que ZANUCK se rabatte sur une réplique parfaite du plafond, qu’il installa dans les studios de DE LAURENTIS non loin, la chapelle ayant été parfaitement photographiée, et les couleurs passées ayant ensuite été restaurées pour créer une réplique d’un réalisme stupéfiant. Pendant ce travail minutieux, HESTON emmenait sa famille dans de longues promenades Via Appia, il trouva même le moyen d’emmener Lydia loin de ROME pour une soirée romantique, sans les enfants confiés à Mabel.

    La semaine suivante, pendant les quelques heures de repos qui lui étaient octroyées pour visiter la vraie chapelle Sixtine, il en profita pour aller voir les décors encore existants de BEN –HUR, et fut attristé de voir que l’herbe avait envahi l’ancienne piste de la course de chars, et que les écuries avaient disparu ; sa visite de la chapelle lui fit réaliser l’extase de la réalisation d’une telle œuvre, ainsi que l’agonie que représentait un tel travail ; dans son journal ce soir-là, il compara la souffrance de l’artiste, cloué pendant quatre ans à son plafond, à celle de Jésus sur la croix.

    Une fois le tournage commencé, Lydia avec son appareil photo en main, fit la chronique de ses progrès dans le rôle, pendant que les enfants trouvaient un coin à eux pour assister à tout ce qui touchait au tournage d’un film de leur papa. Fraser : « Je crois avoir grandi sur les plateaux de cinéma, c’est l’essentiel de mes souvenirs d’enfant ; mon père trouvait toujours un coin ou HOLLY et moi pouvions nous installer, mais pas dans le sillage de l’acteur, loin de la caméra ; pendant les pauses, il emmenait ma mère ou nous visiter le plateau, parfois je partais visiter, ou je restais assis pendant des heures à regarder ce qui se passait ; entre les pauses, mon père venait me voir pour me dire : «  ça va, Tiger ? est –ce que tu t’ennuies ? est- ce que tu préfères dessiner, ou regarder la télé dans ma loge ? et je répondais : «  non ; papa, je veux juste rester ici et regarder »

    En septembre, quand HESTON eut mis ses derniers coups de pinceau sur le plafond, il lui sembla que ces quatre mois à réinventer Michelangelo lui avaient paru aussi longs que les quatre ans qu’il avait fallu à l’artiste. Le grand sculpteur était dix ans plus jeune quand il avait peint la Sixtine que HESTON quand il l’avait joué, et il avait trouvé ce rôle très exigeant, peut-être le plus difficile de sa carrière. Quand le tournage fut achevé, il considéra qu’il avait tenu là son meilleur rôle.

    La famille s’envola de ROME et fit un bref arrêt à PARIS avant de partir pour New York. Dans la limousine qui l’emmenait de l’aéroport à leur appartement Tudor city, HESTON regarda la cité dans le lointain baignant dans la lumière du soleil, et écrivit dans son journal : « comme nous conduisions dans Manhattan, les immeubles me parurent incroyablement magnifiques. Je vins ici pour la première fois il y a 18 ans et 2 semaines. 18 ans ! »

    Il pouvait ressentir un peu de ces douleurs et de ces brûlures qui viennent avec l’âge et l’expérience….comme un sportif qui gagne en connaissance du jeu ce qu’il perd en enthousiasme juvénile. HESTON se demandait si ce film qu’il venait de finir le ramènerait au haut niveau de réussite commerciale et artistique qu’il avait pu connaître deux fois auparavant, avec THE TEN COMMANDMENTS et BEN-HUR ; si, en un sens, il allait pouvoir vraiment rentrer à la maison.

     

    traduction par :

     

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    A ma chère Cécile, qui j’en suis sûr veille sur moi.