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Ma rencontre avec Moïse par Charlton

  • CHARLTON HESTON : "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

    PUBLIE LE 1er FEVRIER 2016 -  MAJ le 23 AVRIL 2022

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     (Merci à ma soeur Marcelle qui a réalisé cette belle image animée.)

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    Toujours en quête d'informations sur Charlton Heston, j'ai découvert ce texte écrit par Chuck pour "GUIDEPOSTS_CLASSIC". Je l'ai trouvé intéressant, passionnant, aussi je l'ai traduit pour en connaître la teneur exacte. Je ne suis pas déçue, j'ai été très émue en découvrant les impressions de notre grand Chuck, sur son rôle bien particulier de Moïse et ses réflexions sur le personnage auquel nous l'avons tous identifié. 

    Les traducteurs en ligne s'améliorent aussi j'ai apporté quelques corrections à ma traduction d'origine pour plus de simplification et de compréhension.

    Merci à Clarisse qui a porté à notre connaissance, la couverture-titre de ce document. 

    CE TEXTE A ETE ECRIT PAR CHARLTON HESTON. 

     

    https://www.guideposts.org/guideposts-classics-charlton-hestons-meetings-with-moses?nopaging=1

     

    Pour Guideposts Classic, Charlton Heston révèle comment il a rencontré  Moïse,  l'homme.

     

     CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

     
    Si vous êtes comme moi, le nom de  "Moïse" évoque immédiatement, un visage semblable à Dieu, sévère, avec une longue barbe blanche. Au moins, c'est ainsi que j'ai eu l'habitude de penser à Moïse. Alors quelque chose m'est arrivé qui, pendant un instant a effacé brusquement la barbe blanche et m'a laissé regarder fixement le visage d'un homme de chair et de sang.

    Ce n'est pas arrivé  une fois, mais trois fois. Je voudrais vous parler de l'homme que j'ai rencontré en ces trois occasions extraordinaires.

    J'ai aperçu Moïse pour la première fois sur le mont Sinaï, où nous nous sommes rendus sur les lieux de tournage du film Les Dix Commandements. Du  Caire, il nous a fallu deux jours de route pour atteindre la montagne, dans une paysage si désolé  qu'à mi-chemin les guides  ont dû se frayer un passage parmi les rochers.

    Puis, soudain, il était là à l'horizon :  le Mont Sinaï  - pour nos guides arabes  " Djebel Musa " : " la montagne de Moïse ".

    Qu'y avait-il dans cette forme menaçante qui apportait un froid soudain à cette journée étouffante ? C'était certainement la montagne la plus solitaire que j'aie jamais vue : un vaste rocher contre le ciel du désert.

    Mais il y avait quelque chose d'autre, quelque chose qui me donnait à moitié peur de m'approcher. À l'époque de Moïse, les hommes croyaient que c'était une mort certaine que de poser le pied sur le Sinaï, car, disaient-ils, c'était le lieu de résidence de Dieu.

    Je me suis dit que les hommes modernes savaient mieux. Mais alors que nous progressions vers le pied du Djebel Musa, je ne pouvais me défaire du sentiment que, d'une manière mystérieuse, cette montagne appartenait à Dieu et non aux hommes.

    Nous avons campé cette nuit-là à sa base et le lendemain matin, nous sommes partis à pied pour le sommet. Après quelques minutes d'ascension, mon souffle était fort et mon cœur battait la chamade.

    Les pentes étaient encore plus raides et plus sauvages que ce que l'on pouvait voir d'en bas. Abîmes soudains, venus de nulle part, des cendres volcaniques réduisant mes bottes en lambeaux  et le vent brûlant du désert remplissant mes poumons.

    Et pendant tout ce temps, j'avais la conviction obsédante que j'étais seul. C'était absurde, bien sûr ; il y avait une douzaine d'hommes travaillant dur dans la montagne avec moi. Mais la montagne était tout autour de nous maintenant, jusqu'à ce que je réalise que j'étais seul ici avec les rochers s'effondrant.

    C'était à proximité de l'un d'eux que j'ai rencontré Moïse pour la première fois. 

    Je l'ai vu en difficulté en haut de ces mêmes falaises, sandales déchirées, cheveux soufflés par le vent du désert, les yeux écarquillés par la peur. Oui, Moïse avait peur quand il a grimpé cette montagne ; si elle me remplit d'une terreur indéfinissable dans ce siècle incrédule, qu'a t'elle pu faire pour l'homme qui savait qu'il commettait une violation du lieu saint de Dieu Lui-même ? 

    A cet instant, le Législateur Majestueux avec sa longue barbe blanche avait disparu, et Moïse était un homme comme je l'étais, haletant pour respirer, le cœur battant au rythme de la cruelle ascension, avec quelque chose de plus terrible encore.

    Pour Moïse, alors qu'il montait, il a été pris dans la présence étrange qui entoure encore cette montagne. Et soudain, je savais qu'il avait grimpé dans la terreur.

    Ce fut ma première vision de Moïse. Une semaine plus tard, je l'imaginais, je l'ai revu, à un autre moment de sa vie.

    Une des choses les plus difficiles à faire au cinéma je pense, est que vous n'interprétez pas votre rôle directement du début à la fin, de la même façon que cela s'est réellement passé.

    Dans ce film, les premières scènes que j'ai jouées étaient celles sur le  Mont Sinaï. Or, une semaine plus tard, je devais interpréter une séquence qui avait eu lieu de nombreuses années plus tôt dans la vie de Moïse : les scènes qui le montrent fuyant l'Egypte à travers le désert.

    Pendant trois jours, j'ai marché, trébuché et rampé à travers ce désert tandis que les caméras tournaient et les couches de poussière sur moi me maculaient d'une croûte solide.

    Nos guides arabes étaient abasourdis par cette nouvelle tournure des événements. L'un d'eux, en particulier, me regardait avec anxiété quand  je me suis effondré sur mes genoux dans le sable.

    C'était une scène où Moïse déracine une plante verte minuscule et gratte dessous dans le sol à la recherche d'eau. Il  nous a vu tourner plusieurs prises, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus le supporter.

     " Pourquoi  ne donnons-nous pas un peu d'eau à cet homme malheureux ? — s'écria t'il avec une grande compassion — "Puis tous rentreront au Caire !"

    Mais l'homme malheureux a lutté, tout ce jour-là et le lendemain, sur le rocher rouge flamboyant. Et ici, dans le désert, j'ai rencontré Moïse pour la deuxième fois.

    Ce n'était pas une rencontre soudaine, à couper le souffle, comme la fois où j'ai contourné un rocher sur le mont Sinaï. C'était une connaissance progressive, une connaissance qui grandissait en moi alors que je marchais, heure après heure, dans le paysage le plus désolé que j'aie jamais vu.

    C'était simplement ceci : Moïse savait ce que cela signifiait d'échouer. Sa fuite à travers ce désert est survenue à un moment de sa vie où il n'avait pas la foi ; il n'avait pas encore rencontré Dieu et reçu sa Mission divine. C'était juste un homme qui se sauvait pour sa vie.

    Il fuyait la condamnation à mort du Pharaon, seulement pour trouver une mort bien plus hideuse qui l'attendait sous le soleil impitoyable.

    Il a continué à avancer simplement parce qu'il y a une chose plus horrible que de marcher dans ce désert, et cette chose est de s'arrêter là, où la chaleur se referme sur nous comme un linceul. Il a continué, mais il n'aurait pas pu espérer traverser ce désert vivant.

    Le simple fait de la regarder fait oublier tout espoir. Comme la chaleur ondulante, le désespoir monte des oueds asséchés(cours d'eau qui ne coulent que pendant les pluies)  et même les collines sont construites en poussière.

    Ici encore, le patriarche Moïse n'était nulle part. Il n'y avait qu'un homme épuisé, un homme qui, pour cette fois au moins, avait touché le fond.

    Je l'ai aperçu pour la dernière fois près de deux semaines plus tard. À la lisière du désert, non loin du Caire, notre équipe de tournage avait reconstitué les portes d'une ville et c'est là, un samedi matin, que  7000 figurants égyptiens se sont rassemblés pour la scène de l'Exode.

    J'étais arrivé tôt, pour des heures de maquillage et d'essayage et je suis sorti sur le tournage. Là, je me suis arrêté brusquement. Je savais  qu'il y aurait 7.000 personnes là-bas, mais je ne l'imaginais pas jusqu'à ce que je les vois.

    Sur un mile (environ 1 km 610)  devant moi s'étendait une masse solide de personnes et d'animaux. Ils remplissaient l'avenue des sphinx qui menait au désert et se répandaient sur le sable de chaque côté. 

    Au bout d'un moment, j'ai commencé à distinguer des individus. Juste devant moi, six chameaux poussiéreux éructaient tandis que leur guide les plaçait en position. À côté de lui, une petite fille criblée de mouches gardait quelques oies maigres.

    Un vieux bédouin à côté d'elle tirait la carcasse d'un âne mort. Un nouveau poulain et un enfant âgé d'une semaine tétaient le lait de leur mère. Peu de ces personnes avaient déjà vu un film ; aucun d'eux n'avait la moindre idée pourquoi ils étaient payés pour être ensemble ici.

    Pendant deux heures, j'ai marché, me frayant un chemin à travers la nuée de personnes et d'animaux en sueur, en répétant avec hésitation mes deux phrases en arabe : "Salutations" et "Comme Dieu le veut".

    Et partout où je marchais, les gens reconnaissaient le grand bâton et la robe de lévite. Moïse est une figure aussi importante pour les musulmans que pour les chrétiens et les juifs. Partout, leur murmure chaleureux me suivait : "Musa ! Musa !" (Moïse ! Moïse)

    Je suis perdu maintenant, pas dans l'espace, mais au travers des siècles. Sûrement que le matin de cet Exode, il y a longtemps, ce sont les mêmes yeux qui ont suivi Moïse. Les mêmes animaux maigres, les vêtements en lambeaux, la puanteur de la pauvreté.

    Je me suis dirigé en tête à travers la foule en direction du désert. Infini et sans vie,  il s'étire à l'horizon, tandis que derrière moi les voix affaiblies se gonflent : "Musa, Musa".

     CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

     Ces gens avaient eu confiance en  Moïse, ils l'avaient suivi où il les dirigeait et,  où les avait-il conduits ? Dans cette aride désert ? Dans ce désert indicible ?

    Je me suis retourné et j'ai regardé la marée de vieillards, de femmes à moitié affamées, de petits enfants. Moïse n'aurait pas pu les conduire dans ce désert !

    Pas le Moïse que j'avais vu, pas l'homme qui avait rampé à genoux dans ce même désert. Pas l'homme qui avait lutté, haletant et terrifié, sur les pentes du mont Sinaï ; cet homme était capable de douter. Pouvait-il maintenant marcher dans ce désert avec la petite fille et ses oies ?

    Le moment était venu pour Moïse de lever son bâton et donner le signal du départ vers l'Exode. J'ai marché lentement jusqu'à l'endroit tortueux où ils attendaient "cools", rassemblés entre les sphinx. Qu'avait ressenti Moïse lorsque leurs yeux s'étaient tournés vers lui en toute confiance ? L'homme que j'avais entrevu sur le mont Sinaï avait eu peur.

     CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

    J'avais rencontré Moïse sur le Sinaï, oui, mais Moïse avait rencontré Dieu. Et ensuite je savais ce que Moïse avait ressenti, il avait été confiant, joyeux, spontané.

    Bien sûr Moïse ne pouvait pas mener ces milliers de gens à travers le désert. Il n'aurait jamais essayé. Mais Dieu pouvait le faire. Et Moïse, cet homme " bien-trop-humain ", cet homme tellement comme les autres, s'était simplement transformé en instrument par lequel la force de Dieu s'est déplacée.

    Avec joie, j'ai crié les mots que Moïse cria :

    "Aidez-nous à sortir d'Égypte, Seigneur,

    Comme l'aigle porte ses petits sur ses ailes ... "

     CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

    Alors j'ai levé le bâton de Moïse et j'ai vu la multitude se soulever en un vaste mouvement, sortir de l'esclavage.

    CHARLTON HESTON