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Renaud Vallon : Le grain de sel de Renaud

  • CELA AURAIT PU ETRE UN "GRAIN DE SEL"...

    Hier, notre ami Renaud a répondu au billet que j'avais publié dans notre groupe FB "Charlton Heston le magnifique". Ce billet que j'ai également publié sur ce blog.

    Je ne pouvais pas laisser passer ce commentaire comme une simple réponse parmi tant d'autres. J'ai pensé que Renaud et sa réponse valaient mieux que cela. Aussi, j'ai décidé de publier ici ce que pense Renaud de l'artiste Charlton Heston et de l'homme Chuck. 

    Il s'avère que nous nous rejoignons dans l'analyse que nous en faisons, en restant objectifs et honnêtes. Nous nous refusons à l'aveuglement d'une admiration qui serait simplement béate. 

    Merci Renaud pour vos analyses toujours justes.

     

    Au hasard de mes recherches, j'ai trouvé cette citation de Stendhal qui, je pense, s'applique à la personnalité de Charlton Heston.

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    " Le grand homme est comme l'aigle; plus il s'élève, moins il est visible, et il est puni de sa grandeur par la solitude de l'âme." (STENDHAL)

    Tout à fait d'accord avec vous France et j'apprécie le fait que vous sachiez comme toujours voir bien au-delà du personnage mythique quil a souvent interprété ou de son image de bon père de famille aimant et équilibré qui n'était qu'une devanture ; comme vous le savez j'ai moi-même très jeune garçon été fasciné par l'homme et ses films ; j'étais fan de beaucoup d'acteurs comme Greg ou Kirk, mais lui c'était LE héros...depuis Jules César jusqu'à Omega man que je découvris en Angleterre dans un immense cinéma avec seulement 4 spectateurs !


    La part d'émotion était donc très forte chez moi et se rapproche un peu de la vôtre en Termes de fidélité affectueuse pourrait-on dire !


    Donc je ne peux qu'approuver votre analyse qui arrive à rester objective malgré tout l'affectif impliqué..


    Je crois sincèrement quil a été généreux, honnête, artiste jusqu'au bout ( malgré une fin de carrière cinéma indigne de son enorme passé) très influençable et parfois par de sombres crapules auxquelles nous ne feront pas l'honneur de les citer, mais ce sont justement ces nombreuses contradictions qui le rendent attachant fragile et touchant et tant pis pour les cons qui n'y ont rien compris..


    Tim Burton lui trouvait comme à Vincent Price une grande souffrance interieure derrière son masque d'imperator, et avait grandement apprécié sa culture et sa grande ouverture d'esprit contrairement à Tim Roth qui se contentait de l'image d'un homme au fusil..


    Nous l'aimons tel qu'il était, un symbole de l'évolution de l'amérique pendant 50 ans et qui en représente les valeurs les erreurs et les heures de gloire.


    Un jour un ami m'a montré une photo de lui sur un porte-avions US en 92 et m'a dit d'un air dégoûté : " tu vois c'est ça Heston "


    Je lui alors sorti une photo de l'artiste en 86 dans un camp de réfugiés affamés en Ethiopie et je lui ai dit :
    " pour moi, il est plutôt cette personne-là "...

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  • MES REFLEXIONS ....

    Je transcris ici, le billet que j'ai publié sur notre groupe FB "CHARLTON HESTON LE MAGNIFIQUE". 
    Il m'a été inspiré après avoir lu les commentaires échangés entre vous et que j'ai appréciés.

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    Ne pensez surtout pas que j’avais abandonné la traduction de ce livre qui me tient tant à coeur.
     
    En traduisant ce chapître ce matin, et après avoir lu les commentaires ô combien passionnants sur l’homme et l’acteur qu’a été Charlton Heston, que vous avez échangés pour mon plus grand plaisir, je veux profiter de cette page pour vous dire mon sentiment sur ce que j’ai lu. Au passage, merci de jouer le jeu des échanges entre vous, entre nous.
     
    C’est vrai que Charlton Heston était pétri de contradictions, malgré sa grande culture, ou peut-être à cause d’elle. Très tôt, dès le début de sa notoriété après le succès mondial de “TEN COMMANDMENTS”, il s’est forgé une carapace, il a construit dans son esprit une espèce de jeu “ questions-réponses” pour lorsqu’il serait en interview avec des journalistes ou des journaleux (c’est selon la qualité et l’honnêteté de l’individu) . Forcément, bien qu’ayant une excellente mémoire, il devait oublier ou se contredire et ensuite s’en mordre les doigts une fois refermée la porte sur son “intimité”, mais il n’allait pas s’en excuser, cela aurait été idiot à mon avis. Car autant se le dire, il y avait Charlton Heston l’acteur, et Chuck l’homme privé, intime, secret même.
     
    Oui, il a été démocrate, républicain par la suite. Et alors !!!! De toute façon, il devait y avoir du “républicain” chez le démocrate qu’il était et vice-versa. Je suppose que ses idées politiques ont été à géométrie variable à cause du vent de l’Histoire qui soufflait sur les States à l’époque, il y a pris sa part à tort ou à raison. Je n’excuse pas cela bien sûr, mais je crois qu’il était sincère, il ne pouvait en être autrement.
     
    Bien d’autres à Hollywood se sont trompés, mais il semble que cela soit passé comme une lettre à la poste. Est-ce qu’ils étaient moins intéressants ? Je le pense. Le charisme de Charlton Heston était tel, que rien de sa personnalité ou de ses propos laissaient indifférent.
     
    Retenons de lui, qu’il a été ce grand acteur que nous aimons. La richesse de sa personnalité en fait un homme appartenant à l’Histoire de son pays maintenant. Un jour, on lui rendra justice. Ce que j’en retiens, c’est qu’il est le seul acteur auquel je me suis intéressée très tôt parce qu’il avait tout ce qui en fait un personnage hors du commun. J’envie les personnes qui l’ont rencontré dans la vraie vie comme on dit (n’est-ce pas Sylvia ? ). Là au moins, il fait l’unanimité pour dire sa simplicité, sa gentillesse et décrire son côté”gentleman”.
     
    Lui-même disait qu’il n’était pas de son époque, cela est certain. D’ailleurs Gregory Peck qui s’exprime à ce sujet dans le fameux documentaire “Charlton Heston, un homme pour toutes les saisons”, dit la même chose et il ajoute en substance, que Charlton Heston a fait beaucoup pour la culture de son pays en général, et pour L.A. et Hollywood en particulier. Bel hommage à son ami avec qui il ne partageait pas les mêmes idées. Quel intelligence de la part de Gregory Peck.
     
    Au moins Charlton Heston ne laisse personne indifférent et là est son mérite avant tout.
     
    Je vous souhaite une bonne journée et bisous à tout le monde.
     

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  • Charlton HESTON et le Western (3ème partie)

    En dépit des efforts consentis par toute l’équipe de «  THE BIG COUNTRY »pour en faire un western de qualité supérieure, la déception sera hélas au rendez-vous pour le film, tant sur le plan commercial que critique, puisque l’ensemble de cette « élite » va fustiger la longueur de l’ouvrage et son parti pris pacifiste et «  pseudo-philosophique » ; habitué au succès, WYLER va pourtant rebondir très vite sur le projet «  BEN-HUR » déjà bien avancé, dans un esprit encore plus réfléchi et humaniste que le précédent ouvrage, ce qui confirme à quel point ce type de metteur en scène n’accorde aucune importance à ce qu’on peut bien penser de son œuvre !

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    Il est notoirement connu des admirateurs de l’acteur HESTON que c’est sans nul doute sa prestation dans «  THE BIG COUNTRY » qui va amener WYLER à lui proposer, après bien des hésitations, le rôle de Judah, lequel va donc passer sous le nez de pratiquement toutes les stars du moment, de Rock HUDSON à BRANDO sans oublier LANCASTER et surtout DOUGLAS, qui aura beaucoup de mal à se remettre d’avoir été jugé «  trop vieux » pour le rôle !

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    « BEN-HUR » va donc être le triomphe que l’on sait, et c’est à partir de sa nouvelle position de star incontestée que HESTON va pouvoir se lancer dans des projets ambitieux et souvent coûteux, lesquels vont contribuer à lui donner une image de «  star de films historiques » et l’éloigner par conséquent des genres plus classiques ou il a moins la sensation d’apprendre de nouvelles choses, et le Western en fait partie ; il se peut qu’à l’époque, sans pour autant avoir la grosse tête, le comédien ait systématiquement refusé beaucoup de rôles qui selon lui manquaient d’ampleur ; citons parmi ceux-ci «  ADVISE AND CONSENT » de PREMINGER et «  THE SINGER NOT THE SONG » de Roy BAKER, deux films ou il aurait eu à jouer des personnages à tendance homosexuelle,( ce qui ne l’attirait pas du tout) et surtout «  THE ALAMO » énorme pièce montée de John WAYNE, qu’il décide de ne pas faire, a priori parce qu’il n’a aucune envie d’être dirigé par un autre acteur, mais surtout parce que les opinions très tranchées à droite du roi du Western ne lui conviennent pas du tout, en tous cas à ce moment de sa carrière !


    Il en résulte que de 59 à 64, le Chuck va tourner le dos au Western, et n’y revenir, comme par hasard, que pour un projet épique et ambitieux, « MAJOR DUNDEE » lequel épouse le cadre du genre, mais en dépasse aussi les limites de par son budget, les éléments historiques de son scénario et les ambitions de son metteur en scène dont HESTON a admiré le premier film…


    « MAJOR DUNDEE » s’engage au départ plutôt sur les bons rails, car le fameux Herman CITRON a conclu avec la Columbia un deal avantageux pour son poulain, avec un salaire faramineux de 750 mille dollars, et la perspective de tourner le film rapidement, ce qui convient parfaitement à HESTON qui a déjà son «  WAR LORD » en tête ; malheureusement comme souvent, les projets qui paraissent les mieux conçus ne sont pas à l’abri des embûches les plus variées, et ce DUNDEE va les accumuler !


    Pour commencer, HESTON retrouve à la production un type en qui il n’a qu’une confiance relative, Jerry BRESLER, impitoyable remonteur de films quand le « metteur » a le dos tourné, et qui a failli transformer le plaidoyer anti-raciste de «DIAMOND HEAD» en semi roman-photo hawaiien…


    Il est donc raisonnablement sur ses gardes, et la suite des évènements va lui donner raison, même si BRESLER va engager pour ce qui n’est pour Columbia qu’un western spectaculaire de plus, la personne la moins susceptible de rentrer dans le rang : il s’agit bien sûr de Sam PECKINPAH, auteur de ce « GUNS IN THE AFTERNOON » ( COUPS DE FEU DANS LA SIERRA) totalement novateur qui vient de proposer une vision moderne du genre, et a justement séduit HESTON par ses idées et sa méditation sur la « mort de l’Ouest » ; PECKINPAH, qui a fait ses premières armes à la télévision, est un personnage atypique et déroutant, non-violent passionné de musique classique et de littérature, et en même temps casse-cou, rétif à toute autorité, très porté sur les alcools divers et les filles de joie mexicaines, bref un homme libre très difficile à mettre en cage, ce que BRESLER n’arrivera pas à faire, mais l’antagonisme entre la production et les créateurs du film sera tel qu’il finira par mettre à mal l’œuvre et son résultat artistique…

    Reste qu’au début du tournage, on n’en est pas encore à ce type d’affrontement, PECKINPAH et HESTON décidant de partager le même bureau pour revoir le  scénario  de         Harry Julian FINK, «  revoir » signifiant en fait plutôt «  mettre en pièces » car les deux hommes ne veulent pas  d’un «  film d’Indiens et de tuniques bleues » de plus ; HESTON est passionné par la guerre civile américaine et voit là une occasion d’évoquer ce traumatisme historique avec réalisme, ce qui selon lui n’a jamais été fait, PECKINPAH conçoit une sorte «  d’opéra de la violence » ou la haine entre Apaches, Sudistes, Nordistes, Mexicains et Français est le moteur d’affrontements tragiques et absurdes !

    Marc Eliot : traduction de Hollywood's last icon - CHARLTON HESTON ... Major Dundee [Import anglais]: Amazon.fr: Richard Harris, James ...
    Les deux hommes vont conserver le point de départ bien conçu par FINK, l’histoire d’un major déchu, qu’on a envoyé diriger un camp de prisonniers au Nouveau Mexique suite à ses erreurs à la bataille de GETTYSBURG ; devenu un garde-chiourme aigri et imbuvable, il trouve dans l’enlèvement d’enfants blancs par les Apaches après le massacre d’une colonne américaine, l’occasion de prendre sa revanche sur son destin contraire et d’obtenir la part de gloire qui lui a été refusée ; confronté à un ancien camarade d’école militaire passé du coté confédéré, il se voit dans l’obligation de l’embarquer à contre coeur dans son aventure, ainsi que de nombreux prisonniers sudistes, car il manque de troupes nordistes pour mener son entreprise ; point de départ prometteur, mais sur lequel PECKINPAH va broder à l’extrême, fasciné qu’il est par le Mexique ou a lieu le tournage ; au fil des jours, le scénario va se retrouver agrémenté d’un personnage féminin important, de rencontres improbables avec la cavalerie française qui occupe à l’époque ( 1864) le Mexique, rendre l’affrontement avec les Apaches presque secondaire, tout en insistant sur la déchéance morale de ce « BEN-HUR à rebours » qui poursuit sa quête de revanche obsessionnelle sans pitié pour la troupe hétéroclite qui le suit.


    Inutile d’ajouter que, devant autant d’innovations et d’improvisation, puisque PECKINPAH invente littéralement certaines scènes non prévues «  sur le tas » ce qui doit arriver va se produire, et la COLUMBIA va rapidement dépêcher ses cadres sur le lieu de tournage pour savoir comment se dépense son argent ! Catastrophés à la vue des «  rushes » de l’ouvrage qui n’ont plus rien à voir avec le projet initial, BRESLER and Co vont décider de limiter le budget et superviser sur le terrain le travail de nos artistes ; erreur grossière, car comme le dira l’excellent James COBURN «  si on engage PECKINPAH sur un film ; on prend des risques, mais on le laisse faire du PECKINPAH, sinon, à quoi bon ? »


    Le metteur en scène va rentrer quand à lui lors des dernières semaines du tournage à Durango dans un rôle de poète maudit rimbaldien qui le verra bousculer physiquement un responsable ou deux, partir nuitamment vivre quelques ( longs) moments de débauche avec les naturelles du pays, et selon HESTON, perdre en grande partie le contrôle ET le respect de la compagnie, ce qui n’est pas acceptable ; sur cette fin de tournage, les témoignages sont tellement nombreux et contradictoires que parler d’une » belle pagaille » semble nettement en-dessous de la réalité ; Senta BERGER s’amuse encore aujourd’hui des «  concours à qui sera le plus macho » qui sévissaient sur le tournage, Mario ADORF de son côté se souvient avoir souhaité qu’HESTON mette vraiment PECKINPAH en pièces suite à un moment de délire du maestro ou il était allé trop loin dans l’insulte, COBURN avouera n’avoir jamais aussi mal mangé de sa vie, quand à l’ affrontement entre HESTON et Richard HARRIS qui interprète le sudiste Tyreen , il est resté à juste titre dans les annales !

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    De par son statut de «  star » HESTON avait droit de regard sur le scénario et le casting, et ne s’était pas gêné pour en user, et c’est à lui qu’on doit le choix judicieux d’engager HARRIS , après que Anthony QUINN et Steve Mac QUEEN se soient désistés ; excellente décision à priori, qu’HARRIS approuve sarcastiquement dans ses Mémoires ; malheureusement pour HESTON, ultra professionnel et toujours à l’heure, il a contribué à engager un acteur remarquable mais hélas, selon ses propres dires, «  plus Irlandais que professionnel » ; à HARRIS donc les sorties nocturnes, fortement alcoolisées, les retards en plateau ( qu’HESTON aurait grandement exagérés) les provocations physiques vis-à-vis des membres américains de l’équipe, les erreurs fréquentes dans le maniement des armes et même la simple tenue sur son cheval !


    Très en colère quand à ces manquements à la discipline de groupe, HESTON va donc, selon ses termes, carrément s’en prendre à HARRIS et selon l’Irlandais, tellement le persécuter qu’il évoquera HESTON avec le plus grand mépris plus tard ; les torts sont sûrement partagés dans cette affaire, car la fatigue, les mauvaises conditions de tournage et la pression des responsables ont certainement pesé sur le relationnel entre les deux stars, quoi qu’il en soit, HESTON aura plus tard l’élégance de reconnaitre ses torts, notamment dans ses «  journals » quand il parlera de sa relation avec HARRIS :


    « Il semble que j’ai déchargé toute ma colère et ma frustration sur le pauvre Dick HARRIS , et avec le recul j’ai été injuste, car c’était un tournage extérieur pénible, et il n’était pas habitué à travailler avec des chevaux et des armes à feu ; s’il était un «  fouteur de merde » ( a fuck-up) dans ce cas j’étais un «  sacré fils d p… » ( a hard-nosed son of a bitch)»


    Mais si cette relation conflictuelle aura bien évidemment pesé sur l’ambiance de travail, c’est surtout l’attitude de PECKINPAH, n’admettant aucun compromis avec la production, qui va amener celle-ci à ne plus faire de concession quand au budget et lui refuser, ainsi qu’à HESTON, la possibilité de tourner deux scènes supplémentaires importantes destinées à mieux mettre en lumière la complexité du personnage d’Amos Dundee ; conscient que le scénario n’a pas gagné en clarté à force d’être improvisé sur le plateau, et que sans ces ajouts le film va perdre toute cohérence, HESTON va alors faire le geste chevaleresque d’offrir une partie de son salaire ( estimée à 200 000 dollars) à la production pour financer les scènes en question, ce que la COLUMBIA semblera d’abord refuser, mais acceptera finalement, ce qui fera dire à l’acteur qu’il «  a fait Dundee pour rien » ce qui n’est pas tout à fait exact, mais peu d’acteurs de sa notoriété auraient fait de même, ce qui montre à quel point, à l’époque, l’acteur était déterminé à contribuer coute que coute ( c’est le cas de le dire) à tout projet qui vaille la peine de se battre pour lui.


    Le geste noble du comédien permettra à PECKINPAH de retrouver un peu ses esprits et finir le tournage en respectant les délais, car il se sent débiteur vis-à-vis de sa vedette ; il lui apportera beaucoup également, par sa volonté de le sortir de sa «  zone de confort » et de lui faire jouer à fond ce personnage finalement torturé et perdu, cet «  homme de guerre pour qui la guerre durera toujours » et qu’on peut considérer comme une des meilleures créations d’HESTON.


    Est-ce pour autant un de ses meilleurs films ? On serait tenté de le dire, car «  MAJOR DUNDEE » effectivement, est plein de qualités : histoire baroque quoique confuse, décors extérieurs fascinants, abondance de thèmes traités, excellence de la mise en scène même si ses excès annoncent par leur violence les errements futurs de PECKINPAH, mais aussi trop de confusion, un montage chaotique et une interprétation inégale n’en font pas le chef d’œuvre du Western qu’il aurait pu être ; HESTON restant persuadé que même s’il avait eu les mains libres, PECKINPAH avait une conception trop confuse de l’ouvrage pour arriver à une œuvre accomplie…

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    Malgré ou grâce à ses défauts, « MAJOR DUNDEE » bien que massacré ultérieurement au montage par BRESLER, va s’imposer au fil du temps comme une œuvre unique et attachante, une réflexion incomplète mais prenante sur la violence, un film vraiment «  adulte »


    Et ce n’est pas son échec financier qui empêchera HESTON de revenir au western quelques années plus tard, car nous le savons déjà, l’Artiste n’a que faire, finalement, des contingences financières !

     

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    A SUIVRE …

     

  • Charlton HESTON et le Western (2ème partie)

     

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    En 1954, le succès public de «  THE NAKED JUNGLE » ( QUAND LA MARABUNTA GRONDE) réalisé par Byron HASKIN, va donner quelques temps l’impression à Charlton HESTON qu’il a franchi un cap en termes d’audience, et que bientôt il va pouvoir aspirer à des rôles plus ambitieux que ceux qu’on lui a pour le moment confiés ; il s’inquiète, à juste titre, de devenir aux yeux du public une vedette série B de plus, un «  heel hero » à la mâchoire volontaire et aux larges épaules, et même s’il trouve des qualités à son interprétation de propriétaire en guerre avec les fourmis et surtout lui-même ,dans l’honnête film d’HASKIN, il est bien conscient que le grand rôle qui lui permettra de sortir de la masse n’est pas encore arrivé ; nous savons maintenant que THE TEN COMMANDMENTS que De MILLE va commencer à préparer dès la fin 54 sera celui-ci, et aucunement un western…


    Le genre n’est pas encore sur le déclin au début des années 50, et il n’est pas illogique que le Chuck se voit confier une nouvelle fois un rôle dans «  THE FAR HORIZONS » qui est d’ailleurs davantage un film d’aventures qu’un western ; réalisé par Rudolph MATE, bon spécialiste du film d’action, notamment le plaisant « MISSISSIPI GAMBLER » ( LE GENTILHOMME DE LA LOUISIANE) «  THE FAR HORIZONS » se propose de recréer l’expédition de Lewis et Clark dans le Nord-Ouest, laquelle avait pour objectif , en 1804, de traverser les Etats-Unis jusqu’ aux côtes du Pacifique  pour découvrir, à l’initiative du président Jefferson, les futures terres habitables et exploitables ; partie de Saint-Louis dans le Missouri, elle ne s’achèvera qu’en septembre 1806, ayant été une réussite quant aux informations logistiques et géographiques qui devaient servir de base à la future «  conquête de l’Ouest ».

     

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    Charlton Heston - Fred Mac Murray - Donna Reed

    Sujet tout à fait intéressant et tranchant avec la routine du genre, que MATE va servir avec beaucoup de passion dans les scènes de mouvement, malgré un scénario farfelu qui n’hésite pas à proposer une romance entre Lewis, joué par HESTON, et la jeune Indienne Shoshone Sacagawea , alors que celle-ci épousa en fait un trappeur français…


    Mais on n’est pas à une inexactitude près à HOLLYWOOD, surtout quand il s’agit de proposer un peu de «  glamour » le côté amusant de l’affaire étant que la jeune Indienne en question sera jouée par Donna REED, typique «  farm girl next door » dans la tradition américaine, un casting sacrilège qui serait impensable aujourd’hui…

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    Le film, grâce à la fougue d’HESTON qui fait montre, comme dans les précédents, d’une envie de jouer et d’une énergie bien agréables, se laisse d’ailleurs encore voir avec plaisir, même si Fred Mac MURRAY en Clark parait s’ennuyer et laisser le beau rôle à son jeune collègue ,sans faire preuve de beaucoup de répondant…


    C’est d’ailleurs ce que ressent HESTON à ce moment de sa brève carrière, comme s’il s’était déjà sans le vouloir, installé dans une sorte de routine, auprès de comédiens chevronnés mais déjà un peu dépassés et peu motivés, dirigé par des «  metteurs » à l’aise dans le travail technique, mais peu enclins à vraiment le diriger et lui faire donner le meilleur de lui-même ! en fait, Chuck ignore ses limites, d’autant plus qu’aucune forte personnalité n’est là pour les lui révéler !
    La décision que va prendre De MILLE, satisfait de sa première prestation dans «  THE GREATEST SHOW ON EARTH » de l’engager pour jouer le rôle de MOISE dans sa nouvelle version de THE TEN COMMANDMENTS va donc s’avérer déterminante pour la suite, notamment pour les choix que fera l’artiste plus tard, à savoir préférer jouer des personnages historiques ou mythiques, l’amenant à se documenter et étudier à fond tout ce qui peut se rapporter à eux, plutôt que de se contenter d’être un énième flic, cowboy ou planteur de canne à sucre…


    Arrogance, fierté mal placée ou simplement volonté d’apprendre et de devenir meilleur ?
    Quoiqu’il en soit, après une année 1955 largement consacrée à ces TEN COMMANDMENTS tournés d’ailleurs en partie en EGYPTE, puis de nouveau dans les studios californiens, HESTON, persuadé que le film sera un grand succès, ne peut pas encore échapper à la routine de la production du moment, et sitôt enlevée la fausse barbe du prophète, se retrouve, bien évidemment, dans un nouveau Western !

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    Comme si, finalement, HOLLYWOOD n’avait pas réalisé l’évolution de sa «  valeur marchande ? »
    Pas tout à fait, car «  THREE VIOLENT PEOPLE » ( TERRE SANS PARDON) qu’on lui propose alors, sort quand même des sentiers battus, de par son scénario, et aussi de par son budget plus conséquent ; HESTON y retrouve la star de TEN COMMANDMENTS, la fameuse et souvent brillante Ann BAXTER dont on peut dire qu’elle ne manque pas de caractère ; en effet, celle-ci avait pris pour habitude de se boucher régulièrement les oreilles avec de la cire lors des briefings de tournage de Mister De MILLE, montrant par là tout l’intérêt qu’elle trouvait aux indications du metteur en scène, et n’hésitait pas à s’en vanter !


    Elle va d’ailleurs faire à peu près ce qu’elle veut sur le tournage, se moquant un peu beaucoup de Rudolph MATE, bombardé de nouveau à la mise en scène pour HESTON, et provoquant à plusieurs reprises l’ire de son partenaire, le début d’une longue série de relations difficiles entre l’artiste et la gent féminine sur pas mal de plateaux ; conscient qu’il commence à avoir un peu de poids sur le marché, HESTON aura tendance à douter de la performance de son partenaire Tom TRYON, futur écrivain de talent, et ne lui facilitera pas la tâche sur le tournage, tout en reconnaissant ses erreurs plus tard !

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     Cole Saunders    (Charton Heston)                        Lorna Hunter Saunders (Anne Baxter)                  Cinch Saunders   (Tom Tryon)                   


    THREE VIOLENT PEOPLE, qui n’est pas un grand film mais un bon western, aurait pu être une grande réussite s’il avait été dirigé par un auteur inspiré du genre, comme DAVES ou STURGES, car la matière est là grâce à un excellent scénario :


    A la fin de la guerre de Sécession, un ex- capitaine confédéré, Cole Saunders, propriétaire d’un ranch au Texas, doit faire face à la pression d’affairistes et autres «  carpet-baggers » venus du Nord qui tentent de profiter de ses difficultés pour s’approprier ses biens, tout comme il doit s’opposer aux ambitions de son frère, jaloux et rendu amer par l’accident de jeunesse qui lui a coûté un bras, et désireux de revendre leurs terres malgré le refus de l’ainé ; s’ajoute à ce conflit typiquement américain, une histoire d’amour, d’abord traitée sur le mode humoristique, entre Cole et une jeune femme au passé douteux, qu’il répudiera mais finira par comprendre après quelques retournements de situation dus à la plume du spécialiste du genre James Edward GRANT .


    Ce choix d’un trio « explosif» de personnages opposés sur le plan éthique et humain aurait effectivement pu déboucher sur un grand western, et on ne peut que regretter, une fois de plus, la relative platitude avec laquelle MATE se contente de filmer ce conte violent et passionné ; les images y sont belles, le décor intéressant, les crapules de premier choix, mais il manque un souffle épique qui ferait décoller le film, ce qui est particulièrement cruel dans le «climax» final, qui paraît prévisible et manquer d’allure ; très à l’aise au début de l’ouvrage en sudiste amoureux, HESTON y fait preuve d’un humour et d’une légèreté qu’on ne lui a encore jamais vus, pour ensuite s’étioler un peu dans un numéro d’homme bafoué et déçu par la femme qu’il aime, ce qui d’ailleurs fait plus que penser à l’intrigue de THE NAKED JUNGLE ! les clichés ont la vie dure, et le film souffre d’ailleurs de cet affadissement du sujet, d’autant que, contrairement à Eleanor PARKER qui était toute grâce et finesse dans JUNGLE, « la » BAXTER est en plein Odéon et en fait des tonnes, car il n’y a pas eu, visiblement, un patron sur le plateau pour la remettre à sa place ! 


    Le succès sera pourtant bien là au box-office, mais ne sera rien à coté du triomphe des TEN COMMANDMENTS de De MILLE, projet titanesque qu’il a porté jusqu’au bout malgré la maladie, et qui sera supérieur à sa célèbre première version ; on pensera ce qu’on voudra de De MILLE sur le plan politique et humain, mais on ne peut lui enlever le génie visuel qui est la marque des grands et s’exprime si bien dans son œuvre ; très impressionné par le travail avec celui qui fut un des créateurs d’ HOLLYWOOD, HESTON ne va plus avoir envie de redescendre, pas en termes de statut, mais d’ambitions ; engagé dans le projet «  TOUCH OF EVIL «  de WELLES, il va s’y consacrer avec passion en prenant le risque de devenir un second rôle au profit du grand Orson, ce qui ne va pas le déranger vu l’ampleur de l’œuvre ; mais sa modestie relative à cette occasion ne pouvant devenir une habitude, il refuse du coup un rôle dans un nouveau … western, à très gros budget celui-ci, que William WYLER et Gregory PECK, co-producteurs de l’affaire, lui proposent, au moment même ou «  TOUCH OF EVIL » se termine difficilement, avec un WELLES porté disparu à faire des repérages pour son Don Quichotte , personnage qu’il promet à HESTON , lequel savoure l’idée d’avance !


    On est en droit de s’interroger sur ce refus, car comme dira son agent CITRON, «  on ne refuse pas un job chez WYLER ! » mais il y a en fait deux raisons qui motivent le refus ( momentané) de l’artiste :
    La première, c’est qu’il n’est que le quatrième rôle du film, derrière PECK, Jean SIMMONS et Caroll BAKER, et il a du mal à accepter l’idée maintenant qu’il est enfin une star ;
    La deuxième, plus « artistique »c’ est qu’il doit jouer le personnage d’un «  heavy » un contremaitre de ranch amoureux de la fille de son patron, donc encore pour lui la promesse d’un rôle sans grande profondeur, et il ne voit pas ça d’un bon œil !


    Ces réserves vont être balayées avec fermeté par CITRON qui, déjà passablement irrité par les complications autour de TOUCH OF EVIL, trouve délirant de refuser de travailler avec WYLER, qui est le réalisateur le plus prestigieux et oscarisé du métier !
    «  you’re out of your mind, boy, you must do that godamn picture!”

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       C’est donc avec une conviction moyenne qu’HESTON va se lancer dans “ THE BIG COUNTRY”       ( LES GRANDS ESPACES) très grosse production qui sera du reste, à nos yeux, le premier des “grands” westerns de l’Artiste…


    THE BIG COUNTRY, régulièrement snobé par les «  spécialistes » du genre, est souvent considéré par ceux-ci comme un long prêche barbant et pseudo-philosophique n’ayant aucune des qualités propres au genre mais épousant tous les défauts des «  sagas » romanesques hollywoodiennes ; ce jugement sévère est d’autant plus incompréhensible que, justement, WYLER qui n’était pas un idiot, a pris soin de mettre en valeur tous les éléments clé d’un bon western, paysages somptueux, cavalcades réglées de main de maitre, musique lyrique et envoutante, personnages forts et typés, mais au service d’une morale et d’une éthique « différentes » qui se rencontrent rarement dans le genre !

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            James Mc Kay (Gregory Peck)                          Steve Leech (Charlton Heston)                        Henry Terrill (Charles Bickford)


    En effet, le héros de ce film, James Mac Kay, marin qui se rend dans l’Ouest pour y épouser la fille d’un grand rancher et se trouve mêlé à une véritable guerre entre deux familles, est en fait le pendant année 1880 de Gregory PECK , c’est-à-dire un humaniste, un homme de paix et de réflexion, qui a horreur des armes et de la violence, et ne tirera d’ailleurs, symboliquement, qu’un seul coup de pistolet de tout le film, et ce vers le sol, épargnant ainsi un rival lamentable pour essayer, une dernière fois, de faire entendre la voix de la raison ; tout le film gravite autour de ce personnage intègre qui pas une fois ne déroge à ses principes, permettant à PECK qui joue finalement lui-même, de se régaler et de donner, peut-être, la meilleure prestation de sa riche carrière.


    HESTON avait donc raison de craindre le pire au départ, car plus le personnage principal est fort, plus ses opposants doivent avoir de la consistance ; très ennuyé au début que ce Steve Leech ne soit sur le papier qu’un rude cowboy baraqué de plus, l’acteur va peu à peu lui donner de la profondeur, sans pour autant que WYLER, capable de refaire quinze fois une scène si nécessaire, lui donne beaucoup d’indications positives ; il sera même tenté de lui proposer quelques remarques constructives, mais s’en abstiendra au dernier moment, au vu d’un épais cahier comprenant tous les scénarii de WYLER, entre autres «  THE BEST YEARS OF OUR LIFE » « WUTHERING HEIGHTS » « DETECTIVE STORY » « MISS MINIVER » ; et bien d’autres…


    Sans donc beaucoup d’aide de la part du metteur en scène, HESTON va faire en sorte d’exprimer, davantage par les regards que par la voix, les incertitudes, les blocages et la frustration profonde de ce personnage finalement acceptable, car il finit par rendre son comportement explicable ; on peut même dire qu’il va sur ce film progresser dans un domaine essentiel au cinéma, celui du silence et de la capacité à exprimer son ressenti non par le texte, comme le comédien de théâtre qu’il est au départ, mais par le regard et la capacité à réagir et écouter l’autre ; à plusieurs reprises, il fait montre d’intelligence dans l’écoute, notamment lors de la capitale rencontre entre James Mac Kay et Leech au début de l’ouvrage ; par le poids d’un seul regard en réponse à une phrase anodine du marin fraichement débarqué dans l’Ouest, il annonce parfaitement l’antagonisme qui va présider à leurs futures relations !

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            Patricia Terrill (Carole Baker)                                    Rufus Hannassey (Burl Ives)                             Julie Maragon (Jean Simmons)


    Au cours du film, même s’il est bien sûr moins présent que PECK, il arrive à lui donner une vraie substance, d’abord dans la scène qui l’oppose à Caroll BAKER ou rudoyé par elle, il exprime toute sa colère et sa jalousie, puis bien sûr dans le fameux combat à poings nus avec PECK, ou il s’aperçoit en fin de compte que jouer de ses poings ne sert à rien ; séquence extraordinaire, affrontement filmé de loin dans la solitude nocturne des «  grands espaces » qui n’ont jamais aussi bien porté leur nom, réalisme visuel d’un moment ou les personnages ont vraiment mal aux poings et au corps à chaque coup porté, on est très loin du pittoresque fordien, ici une bagarre n’est pas un jeu, et on n’en sort pas indemne…


    William WYLER, qui durant toute sa carrière, n’aura eu de cesse de stigmatiser la violence et ses mécanismes , avait quelque peu loupé le coche avec son «  FRIENDLY PERSUASION » ( LA LOI DU SEIGNEUR) tourné deux ans auparavant et qui mettait en scène une famille de quakers amenés à prendre parti lors de la guerre de Sécession ; malgré la présence de Gary COOPER et de bonnes intentions, le film manquait de rythme, d’action et de rebondissements et finissait par perdre l’impact d’un bon scénario de départ… N’étant pas homme à faire deux fois la même erreur, WYLER va conserver la ligne pacifiste et humaniste qui est la sienne, mais profiter de la photogénie incomparable des grands espaces du titre pour proposer au spectateur du mouvement, des séquences d’action remarquables ( notamment l’embuscade finale de Blanco Canyon) sans jamais perdre de vue son propos initial, et présenter une galerie de personnages variés et hauts en couleur, contrairement à son précédent opus ou COOPER se trouvait bien seul… Jean SIMMONS en institutrice pleine de bon sens et de finesse, Caroll BAKER à l’opposé en véritable petite peste ,fille de propriétaire à laquelle tout semble dû, forment un duo intéressant , de par leur différence de caractère et la façon subtile qu’a WYLER de les mettre en valeur, car c’est un metteur en scène qui comprend les femmes et ne les réduit pas à l’état de clichés comme trop de ses collègues de l’époque ; quand à l’excellent Burl IVES en rude chef du clan Hannassey opposé à la famille Terrill ( rôle pour lequel il obtiendra l’oscar du meilleur second rôle) et à Chuck CONNORS dans celui de son fils, le batailleur mais pourtant lâche Buck, ils représentent l’homme de l’Ouest tel qu’il a pu être en 1880, qui se bat pour sa survie sans aucun égard pour la morale et les règles des «  gens comme il faut », et la rudesse et la violence propres à ces êtres sont parfaitement mises en valeur par le cinéaste : comment oublier cette scène ou ayant surpris son fils tentant de violenter l’institutrice sous son propre toit, le patriarche Rufus bat son fils comme plâtre en lui criant «  rampe comme un chien, puisque tu agis comme un chien » !

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    On est là dans une véritable tragédie, que conclura de manière grandiose le «  gunfight » opposant les deux chefs de clan, et jamais l’intensité ne faiblira ,bien au contraire, et même si le personnage de Leech / HESTON est moins présent à l’écran lors de la dernière heure, l’acteur reste efficace et s’offre de beaux moments avant le «  climax » final ; sans doute motivé par la présence de Charles BICKFORD dans le rôle du major Terrill , un vétéran du genre qui en connait bien les ficelles et impose jusqu’au bout son entêtement de vieillard prêt à tout pour assouvir sa haine de son voisin, il sait exprimer avec finesse sa gêne à recourir à une violence dont il commence à percevoir l’absurdité, et en même temps son attachement pour ce père adoptif.

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    Le bilan le concernant va donc s’avérer positif, bien avant d’ailleurs la fin du tournage, puisque WYLER , impressionné par son sérieux et son professionnalisme, va commencer à penser à lui pour son futur BEN-HUR, mais plutôt pour le moment dans le rôle de MESSALA, ce qui tend à confirmer qu’on ne lui voit pas encore une stature de héros, mais cela viendra très vite…
    Mais pour revenir à THE BIG COUNTRY, on peut considérer ce film comme une étape essentielle dans la carrière d’HESTON, parce qu’il s’agit d’une nouvelle rencontre, après De MILLE et WELLES avec un grand metteur en scène ; et c’est un très beau film de toute façon, une fresque de deux heures quarante qui se voit sans ennui, portée par une interprétation excellente et homogène et une mise en scène de haut niveau, ce qui prouve que les grands sentiments font parfois les bons films…

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    A SUIVRE

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  • Charlton HESTON & le Western - 1ère partie

    Les spécialistes et critiques du Western, qu’ils soient américains ou européens, ont en général leurs «  têtes » qu’il s’agisse de metteurs en scène ou d’interprètes, et la longue histoire du «  genre américain par excellence » selon les termes de l’historien du cinéma André RIEUPEYROUT, prête effectivement à de nombreux classements dont la subjectivité ne saurait, pour paraphraser Georges Bernard SHAW, être aucunement mise en doute !


    Pour la plupart des afficionados du genre, quand il s’agit de juger les mérites des artistes hollywoodiens qui ont contribué à l’âge d’or du Western, que l’on situe généralement entre 1940 et 1965, les noms de réalisateurs marquants qui reviennent le plus souvent dans leurs choix sont ceux de FORD, HAWKS, DAVES, WALSH, MANN, ce qui est difficilement contestable car ils ont créé les œuvres les plus marquantes.

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    (Photos banque d'images Google)

    Concernant les acteurs, les noms de John WAYNE, James STEWART, Richard WIDMARK, Kirk DOUGLAS ,Henry FONDA, sont ceux qui sont le plus souvent avancés pour définir la quintessence d’un héros américain type, les qualités physiques et morales de l’acteur censé donner vie à ce personnage étant souvent plus importantes dans le jugement que ses capacités pures de comédien, sinon comment expliquer que moult historiens du genre considèrent un Joel Mac CREA ou un Randolph SCOTT, acteurs limités mais très «  westerniens » , comme indispensables au genre, mais snobent allégrement un PECK, un NEWMAN ou un BRANDO, comédiens d’un niveau supérieur mais peut-être pas assez «  typés » pour le genre ?

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    Il nous semble qu’une des raisons pour lesquelles un artiste du calibre ( si j’ose dire) de Charlton HESTON n’est pas non plus, reconnu en général comme un «  grand » du genre, tient effectivement davantage à cette perception des spécialistes, et aussi d’une grande partie du public, qu’à l’appréciation de ses seules qualités d’acteur, et lui-même il faut le dire aussi, a certainement contribué par ses choix, à les conforter dans cette impression…


    En effet, et ce dès le début de sa carrière, le jeune HESTON qui débarque à Hollywood en 1950 pour ses premiers contrats, sans être un snob qui rejette le cinéma et ses paillettes, n’en est pas moins persuadé que sa vie, c’est le théâtre, et reste déterminé à faire carrière à BROADWAY plutôt que se retrouver enchainé par contrat à une firme ou un producteur de la West Coast ; d’ailleurs, après le tournage de son premier film, le polar DARK CITY, il a beaucoup de mal à se voir à l’écran, s’y trouve gauche et emprunté, forçant sur ses effets, et comme il est déjà un perfectionniste, n’en retire que de la frustration et l’envie de repartir sur les planches !
    Nous savons maintenant, heureusement pour le cinéma, qu’HESTON finit par adoucir sa vision un peu caricaturale de l’univers hollywoodien, aidé en partie par les conseils de Walter SELTZER, chef de la publicité pour le producteur Hal WALLIS, qui va lui suggérer de revoir ses ambitions un peu à la baisse, en tournant pour commencer ce que PARAMOUNT lui propose !

     

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    DARK CITY (1950)

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    Sous le plus grand chapiteau du monde (1952)


    Le «  Chuck » ayant grand besoin de travailler après le tournage très formateur pour lui de «  THE GREATEST SHOW ON EARTH «  pour Cecil B de MILLE, dont il ne sait d’ailleurs à ce moment précis s’il annonce le début d’une vraie carrière à l’écran ou sa fin misérable, va se trouver donc impliqué dans son tout premier western, sous la direction du vétéran George MARSHALL, «  THE SAVAGE » ( grotesquement intitulé en France «  LE FILS DE GERONIMO ») tourné dans la superbe région des « black hills » dans le DAKOTA, et cette fois on lui confie le rôle principal…


    Ce premier Western, non dénué d’intérêt selon les amoureux du genre, raconte l’histoire d’un jeune garçon élevé par les Sioux après l’attaque fatale pour sa famille d’une caravane de pionniers ; le film est considéré de nos jours comme remarquable car il participe d’une première vague de westerns «  pro-indiens » ou Hollywood commence ( il était temps) à mettre en valeur la culture et la civilisation indiennes en cessant de réduire les «  native americans » à une bande d’indigènes peinturlurés et sanguinaires, ce qui fut le cas depuis pratiquement les débuts du cinéma ! sans avoir l’impact, public ou critique, de «  BROKEN ARROW » de DAVES ou de «  DEVIL’S DOORWAY «  de MANN sortis en 1950, il va avoir le mérite de présenter HESTON dans un rôle de composition, son personnage étant déchiré entre deux cultures, celle qui lui vient de ses parents disparus et celle qu’il a acquise dans la tribu CROW qui l’a adopté ; il est d’ailleurs à noter que, même s’il en est à son début de carrière et qu’on peut supposer qu’en tant que jeune acteur, il parait souhaitable qu’il marche droit et ne se fasse pas trop remarquer, HESTON va bien évidemment faire tout le contraire lors des tournées de promotion du film… 

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    THE SAVAGE (1952)
    En effet, censé faire l’éloge du produit et se contenter de faire savoir à la presse combien il a été heureux de tourner ce beau western et à quel point l’équipe était formidable, Chuck va au contraire utiliser ses interviews pour mettre en exergue le mal qui a été fait aux Indiens pendant la conquête de l’Ouest, et combien ils ont été jusqu’ici caricaturés par le cinéma de façon scandaleuse ! en gros, le rêve pour un intervieweur, beaucoup moins pour les dirigeants de la PARAMOUNT !
    Un peu comme un précurseur de Kevin COSTNER, dont le «  DANCE WITH WOLFES » de 1990 est resté légendaire, HESTON ne va pas y aller par quatre chemins, et déclarer entre autres :
    « THE SAVAGE est plus qu’un simple western, et maintenant que j’ai travaillé avec les Sioux comme conseillers pour ce film, je pense qu’on devrait faire un film sur les Sioux d’aujourd’hui, et enfin parler d’eux, car ce sont des gens qui méritent qu’on agite le drapeau pour eux ; je trouve étrange que, alors que tout le monde est informé des problèmes actuels des Grecs, des Juifs, des orphelins de guerre, personne dans ce pays ne semble savoir quoi que ce soit sur les Sioux et sur ce qu’ils endurent ! peut-être sont-ils trop fiers pour demander de l’aide… » ( cité par Marc ELIOT dans sa biographie de l’acteur, 2016)


    Voilà qui est dit et bien dit, et annonce à peu de choses près ce que va devenir plus tard HESTON aux yeux des médias, quelqu’un qui dit ce qu’il pense et ne tient compte d’aucune pression qui puisse l’amener à «  adoucir » son point de vue, ce qui d’ailleurs va en l’occurrence, profondément ulcérer le studio qui va revendre son contrat illico à Hal WALLIS … Et récupérer l’artiste assez vite, car PARAMOUNT, considérant HESTON comme redevable d’encore deux films pour le studio, va quand même le réemployer pour, devinez donc, un nouveau western ; il faut dire qu’en 1952, la crise du cinéma étant bien réelle du fait de l’émergence de la télévision, les maisons de production n’ont quasiment plus que deux types de choix possibles : les films à grand spectacle comme QUO VADIS ou THE ROBE, ce qui est le souhait d’un ZANUCK à la FOX, désireux de proposer ce que la télé est incapable de faire, ou les petits budgets «  série B » peu coûteux et donc peu risqués, dont les westerns font partie, car n’oublions pas de le dire, ce genre, aussi curieux que cela puisse paraitre, est globalement considéré dans le métier comme «  secondaire » !


    Voici donc, pour sa plus grande joie on s’en doute, notre héros engagé pour jouer un jeune Buffalo Bill, figure mythique de l’Ouest, dans «  PONY EXPRESS » que va réaliser Jerry HOPPER, un metteur routinier mais sympathique avec lequel Chuck va très bien s’entendre, au point qu’ils feront encore deux films ensemble ; disons le franchement, PONY EXPRESS ne sera nullement mémorable, de par la faiblesse d’un scénario insigne accumulant les erreurs historiques, (ce qui étonne de la part d’un writer aussi chevronné que Charles MARQUIS WARREN que nous évoquerons plus loin), et aussi le souhait de donner un ton de comédie au film, avec malheureusement deux inconvénients majeurs : HESTON, même s’il a beaucoup d’humour dans la vie, ne sait pas encore l’exprimer à l’écran, et Forrest TUCKER en «  wild » Bill Hicock , est terne comme c’est pas possible et pas sauvage pour un sou…

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    PONY EXPRESS (1952)


    Le bon côté de cette expérience, c’est que, confronté pour la première fois à un rôle vraiment «  historique », HESTON va s’intéresser de très près à l’apparence physique du personnage, selon sa formule «  je dois connaitre l’extérieur avant d’appréhender l’intérieur », et il va également prendre l’habitude de visionner les «  rushes » avec Jerry HOPPER, très étonné du reste de voir un comédien prendre les choses à ce point au sérieux !


    « Je veux savoir en quoi je me trompe, savoir ce que je fais mal ; si je vois une scène qui est bonne, ça ne m’apprend rien, je dois regarder ce que je fais mal, et le corriger ; et à mon avis, un acteur ne peut jamais être satisfait d’une scène, encore moins d’un rôle dans un film, les rushes sont un moyen d’en savoir un peu plus, sans s’illusionner » ( cité par Michael MUNN dans sa biographie, 1986)


    Toujours cantonné à la série B pour y apprendre les ficelles du métier, HESTON sait qu’il se trouve dans cette position pour une raison bien simple, c’est qu’il n’est encore nullement une vedette autour de laquelle on bâtit de gros projets, ce qui ne le gêne nullement d’ailleurs ; il est bien connu que ce qu’ HESTON a toujours souhaité, c’est être un vrai acteur et pas une star, une simple «  valeur marchande » ; et le fait de ne pas avoir d’image à défendre, de ne pas être déjà enfermé dans un type de rôle, va lui permettre de «  tenter des trucs »… Et ce, dès le film suivant, toujours sous l’égide de PARAMOUNT qui va lui proposer un rôle à l’opposé de celui de THE SAVAGE, dans un western assez violent et atypique, puisque prenant le contrepied de la vague «  pro-indienne » très en vogue en 1953 ; cette fois, c’est le sus- nommé Charles MARQUIS WARREN qui est aux commandes de «  ARROWHEAD » ( LE SORCIER DU RIO GRANDE) .

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    C’est un vrai spécialiste de l’Ouest et plutôt bon scénariste, quand il ne tombe pas dans la facilité, qui considère, en gros, qu’il n’y a pas de «  bons indiens » et de «  méchants blancs », et qu’il est dans la nature humaine de s’écharper pour défendre ou acquérir un territoire ; en fait, son ARROWHEAD, qu’il considérera plus tard comme sa plus grande réussite, annonce par son cynisme et sa vision brutale des choses, un autre film encore plus extrême, le fameux «  ULZANA’S RAID »( FUREUR APACHE) de Robert ALDRICH qui renvoie dos à dos Indiens et Blancs pour ce qui est de la cruauté et de la violence ; d’ailleurs, les deux films, à vingt ans d’intervalle, mettent en scène une variation autour d’un même personnage, celui d’un éclaireur nommé Al SIEBER, un homme dont toute la vie se déroula dans un mépris complet pour toute autorité, devenu chez WARREN Ed BANNON, individu violent, alcoolique, farouchement individualiste, pas du tout sympathique, et un type de rôle de mal-aimé que Chuck va affectionner pendant une bonne partie de sa carrière.


    Au sujet de ce film globalement intéressant et connu surtout des cinéphiles pour la prestation de Jack PALANCE dans le rôle de l’Indien insoumis Toriano, Bertrand TAVERNIER, homme de gauche mais analyste très pointu et objectif pour ce qui est de juger du talent des autres, considère avec pertinence qu’il vaut beaucoup mieux que sa réputation de western raciste :
    « on écrit que c’est un film d’un racisme inadmissible, que c’est un des seuls westerns ou tous les personnages sont antipathiques ;la réalité est différente, car ce que certains semblent ne pas prendre en compte, c’est que le fait d’imposer des personnages noirs, peu sympathiques, peut être un signe d’ambition, un désir de se démarquer de la production courante ; ce n’est pas du tout le manichéisme «  noble sauvage contre méchant civilisé » ; tout le monde y a ses raisons, bonnes ou mauvaises, et le personnage d’HESTON est tout à fait complexe, on ne le glorifie, ni ne le condamne, et pour PALANCE, pareil »

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    Concernant HESTON justement, TAVERNIER se livre à une analyse tout à fait intéressante :
    «  Charlton HESTON est tout aussi remarquable ( que PALANCE) et impose un personnage torturé, au rebours de ses convictions politiques de l’époque ,je pense d’ailleurs que l’alcoolisme du personnage est un ajout de l’acteur, voulant souligner sa culpabilité, lui qui est ravagé par la haine. WARREN lui a ajouté une enfance chez les Indiens qui l’ont rejeté, ce qui en fait un personnage assez «  Fullerien » une sorte de paria ; aussi puissant que dans THE NAKED JUNGLE jamais il n’édulcore ou n’affadit la violence noire du personnage » ( Postface du roman de WR BURNETT «  ADOBE WALLS »)


    On peut effectivement penser que, tranchant avec la production routinière de la série B du moment , même si par son budget il s’apparente au genre, «  ARROWHEAD » annonce en quelque sorte une nouvelle étape dans la carrière de l’acteur, par son immersion, pour la première fois peut-être, dans un «  character » difficile à défendre, et donc passionnant pour un comédien déjà un peu «  créatif » ; même si ARROWHEAD n’est aucunement un chef – d’œuvre et pâtit d’un final spectaculaire mais prévisible, on peut y percevoir chez l’artiste comme une volonté d’échapper aux conventions dans lesquelles le genre, justement, pourrait l’enfermer ; donc, en 1954, avec déjà trois westerns à son actif, HESTON, conscient des limites de ce genre de rôle, ce qui ne l’empêche pas d’apprécier, comme beaucoup d’américains, la noblesse du genre en général, a déjà en tête quelques «  pistes » pour tenter de construire sur la lancée de ARROWHEAD de vrais personnages, malgré les restrictions qu’imposent plus ou moins, les conventions du Western …

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    A SUIVRE...


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