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JULES CESAR ET ANTOINE ET CLEOPATRE - Deuxième partie

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"ANTONY, ou la solitude de l'artiste HESTON"...

 

«  Qu’allons nous faire, Enobarbus ? »

« Penser , et puis mourir… »

La question que pose la reine Cléopâtre à son conseiller, tout comme sa réponse désabusée et réaliste, après le désastre de la bataille d’ACTIUM, reflètent bien la précision et la vivacité de la langue shakespearienne, et expliquent en grande partie la fascination que le « barde » comme disent les Britanniques, a pu exercer sur l’artiste Charlton HESTON …

Amoureux du texte et du langage de SHAKESPEARE depuis son enfance, HESTON était aussi bien sûr homme de cinéma, et c’est très tôt dans sa carrière qu’il a su déceler le potentiel cinématographique de cette œuvre, pour lui une des trois plus belles tragédies de l’auteur. Ce potentiel résidait pour lui dans deux aspects, disons « points forts » majeurs :

La valeur purement dramatique de la pièce, contenant à elle seule tous les grands thèmes shakespeariens : la quête du pouvoir, le combat entre la raison et la passion, l’absurdité de l’existence, la toute-puissance du sentiment amoureux poussé à l’extrême.

La valeur «  cinégénique » de l’ouvrage, car son action ne se situe pas dans un lieu unique, ou dans un décor sans importance dramatique, mais va des palais égyptiens jusqu'à ROME, pour se poursuivre en GRECE et s’achever dans le mausolée dédié aux pharaons, parfait point de départ pour une création cinématographique…

C’est donc armé de sa seule conviction que HESTON se lance, début 1970, dans la préparation de ce film, car si ses actions ont remonté dans le milieu hollywoodien du fait de ses récents succès, l’équilibre de ses finances reste fragile, et il ne se sent pas le droit d’engager sa fortune, fût-elle modeste, dans un pari artistique dont sa famille pourrait subir les conséquences ; il est d’ailleurs très clair à ce sujet dans ses « Journals » ; c’est grâce aux encouragements de son épouse Lydia, persuadée qu’il en va de son équilibre, qu’il se lancera finalement  dans un projet que son bon sens et sa prudence naturelle ( traits de caractère peu connus de son personnage) auraient pu lui interdire !

Le financement du projet, contrairement à ce qu’on aurait pu penser, va en effet être un véritable chemin de croix ; suite au désastre financier de « JULIUS CAESAR » évoqué dans une précédente chronique, personne, absolument personne, n’est chaud pour appuyer un projet encore plus coûteux, si ce n’est le jeune Peter SNELL, qui demande d’ailleurs à HESTON, vu son implication dans JULIUS, s’il ne souhaite pas carrément mettre en scène le film !

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Peter Snell avec Charlton Heston sur le plateau de "Antony and Cleopatra" ¹

Réponse catégorique de l’artiste : NO ! Il est vrai qu’il pense exercer déjà assez de contrôle créatif sur un projet pour ne pas avoir en plus à le diriger, mais surtout, sa modestie et son sens des réalités lui suggèrent qu’il n’est pas prêt, et que seuls deux grands « metteurs » peuvent faire le job : Larry OLIVIER et bien sûr Orson WELLES !

Ces deux amis de longue date restent cependant prudents, et refusent de s’engager tant qu’il n’a pas trouvé la bonne CLEOPATRE… La pièce tournant essentiellement autour de la reine d’EGYPTE, on peut les comprendre aussi…Orson dira même au Chuck lors d’un déjeuner à LONDRES : «  dear boy, si tu n’as pas une «  grande » Cléo, tu ne peux pas faire cette pièce » !

Encouragé et refroidi en même temps, Chuck va donc partir dans d’épuisants meetings avec diverses ladies susceptibles d’incarner le mythe en question, le tout sans aucun « backing » financier digne du nom, ce qui en dit long sur sa détermination ! on passera donc de l’invraisemblable ( Sophia LOREN, sous prétexte que son mari le producteur PONTI aurait pu mettre un peu d’argent) aux plausibles ( Irene PAPPAS, Glenda JACKSON , et même Ann BANCROFT) avec toujours un refus poli, ce qui le mettra dans tous ses états ! comment en effet peut-on refuser un tel rôle ?

L’explication tient sans doute dans le fait que le Chuck de l’époque n’était pas très facile avec ses « leading ladies » et que donc il valait mieux ne pas passer six mois avec lui sur un tournage… éternel revers de la médaille, tout comme DOUGLAS, LANCASTER et consorts, Chuck avait la réputation d’un gars très difficile, et cela a joué en sa défaveur …

En tous cas, voilà notre héros privé d’une co-star pour porter le projet, et amené à se rabattre sur une actrice sud-africaine d’une beauté fulgurante, certes, mais sans vraie expérience cinématographique : Hildegard NEIL, en effet, a beaucoup joué au thêatre, et c’est d’ailleurs là que Chuck l’a d’abord vue. Il va donc arranger une rencontre à LONDRES, prévue pour durer dix minutes et qui va s’étendre sur deux heures , la passion commune des deux acteurs pour le sujet va achever de convaincre HESTON que, non, il ne trouvera pas une meilleure Cléo pour le moment, et c’est maintenant que ça se passe !

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Hildegard Neil et Charlton Heston au Dorchester Hôtel 5 mars 1971²

A ce stade du projet, le Chuck se retrouve aussi dans l’obligation de mettre en scène le film lui-même : il connaît parfaitement la pièce, et sait qu’avec un bon directeur de la photo et l’aide de son producteur, il peut mettre à bien le projet, malgré ses compétences modestes question caméra et montage, mais il croit aux vertus du « team work » ce en quoi l’avenir lui donnera, en partie, raison.

Par contre, le soutien financier des banques et même l’amorce d’une future distribution étant plus qu’aléatoires,  il se voit obligé de tourner en tant qu’acteur pour montrer qu’il est, justement, toujours «  bankable » ! ce sera THE OMEGA MAN, projet qui lui est cher, et le très gros succès de ce futur classique SF ne sera pas pour rien dans la réalisation de son cher ANTONY !

Son ami Walter SELTZER s’étant prudemment écarté du projet, HESTON va donc investir une grande partie de ses deniers personnels dans l’affaire, car il n’a pas le choix, et comme c’est largement insuffisant, ne percevoir aucun salaire de metteur, ou d’acteur, sur le tournage ; c’est là qu’on réalise à quel point l’artiste, immergé dans une quête aussi importante pour lui, est prêt à quasiment tous les sacrifices, qualité que l’on trouve naturelle chez un homme comme WELLES habitué à ce genre de situation, mais moins chez une « superstar » qui aurait pu s’épargner tout cet effort en se contentant de rester une vedette pour films grand public.

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Walter Seltzer³

C’est pourquoi on peut dire qu’il y a, chez Charlton HESTON, un « avant » et un « après » ANTONY, dans le sens ou l’avant correspond à un idéal artistique très affirmé, et l’après, malheureusement, à une période de doute et de déception qui se retrouvera dans son travail, comme dans ses choix humains ou politiques…

Mais nous n’en sommes pas là, car pour le moment, notre héros, en panne de financement et n’ayant convaincu personne quant à la validité commerciale du «  project » est toujours dans les starting-blocks, contraint d’attendre et espérer ….

 

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A SUIVRE ….

A Cécile toujours...

 

 

1 photo Peter Snell et Charlton Heston  http://www.britishlion.com/mobile/peter-snell-producer.shtml

2 - photo Hildegard Neil et Charlton Heston https://www.google.fr/search?q=hildegard+neil+et++charlton+heston&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwi4w-zllYzcAhXCNxQKHcMIASYQ_AUICigB&biw=1366&bih=635#imgrc=ZiosxmVmeUNXyM:

3 - photo Waltez Seltzer : https://www.google.fr/search?biw=1366&bih=586&tbm=isch&sa=1&ei=Y0ZAW6iRLYPbUZbrhPgN&q=walter+seltzer+&oq=walter+seltzer+&gs_l=img.12..0i8i30k1.36338.36338.0.41034.1.1.0.0.0.0.66.66.1.1.0....0...1c.1.64.img..0.1.66....0.VD0_Z0p_7BE#imgrc=ejKOW-ckafx7sM:

 

 

Commentaires

  • Passionnant !! Un Chuck essuyant des refus, obligé de courir après les financements, un aspect de cet artiste qu'on ne soupçonne pas après les succès qu'il a connus ! Un homme qui sait ce qu'il veut, qui persiste et qui croit en lui-même !

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