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Renaud Vallon : Le grain de sel de Renaud - Page 4

  • « EL CID » ou l’acteur face à la légende (3ème partie)

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    «  28 JANVIER 1961 : Quelque soit le résultat final de ce travail , on peut dire que ce film aura eu de la chance. QUATRE heures seulement après qu’elle ait complété ses scènes dans le film, Sofia a fait une chute et s’est démis l’épaule ; je lui ai apporté des fleurs et tous mes sincères regrets avant qu’elle prenne l’avion pour ROME, mais je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée privée bien coupable, comme si je regrettais que cet accident ne soit pas arrivé un mois plus tôt » (JOURNALS)

    Ces propos de l’artiste au sujet de sa co-vedette, même s’il a pu les nuancer par la suite, illustrent bien à quel point ce tournage, du moins sa première partie, n’aura pas été un « tournage heureux », provoquant chez HESTON, outre ses réserves quant à l’attitude de sa partenaire, des doutes sérieux sur la valeur de MANN en tant que directeur du film ; il va même jusqu’à remettre en cause ses choix de mise en scène, fait nouveau chez lui, à plusieurs reprises, notamment son absence de fermeté devant le refus de Sofia d’accepter de vieillir à l’écran, alors que lui-même trouve normal et appréciable en tant que comédien, de devenir ce champion marqué physiquement par les batailles et les épreuves de la vie !

    En tous cas, toutes les scènes avec Sofia ayant été tournées, le Chuck, même insatisfait, va mettre toute son énergie dans les scènes d’action, persuadé que l’apport de Yak CANUTT comme directeur de la seconde équipe contribuera à relever le niveau du film ; amené par la nature de son personnage, à pratiquer beaucoup l’épée, il se retrouve tous les matins avec le maitre d’armes italien Enzo GRECO pour travailler au duel qui va l’opposer à Don GORMAS, ce qui fera l’admiration de MANN : « en dehors de ses attributs physiques, Chuck est un homme qui sait parfaitement manier l’épée, la lance, monter à cheval, il semble avoir été fait pour ça, et apprend à une très grande vitesse » ; ces qualités vont également lui servir lors du spectaculaire duel qui opposera le Cid au champion adverse Don MARTIN, puisque Joe CANUTT ne le doublera que pour sa chute de cheval, tout le reste du combat, dont le tournage prendra une semaine, étant assuré par l’acteur.

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    (Charlton Heston entraînement au duel avec Enzo Greco)

    Cet engagement physique du comédien pour vraiment exprimer toute la détermination et la passion qui habitent son personnage vont d’ailleurs tellement impressionner BRONSTON et YORDAN qu’avant même la fin du tournage, ils lui soumettront leur «  projet romain » qu’HESTON refusera d’ailleurs plus tard pour diverses raisons….

    Pendant que MANN tourne les rares scènes ou il est absent du champ avec Herbert LOM dans le rôle de Ben YOUSSOUF, à la place d’Orson WELLES qui s’est désisté, Chuck apprend à connaitre BABIECA, son cheval fétiche, refuse à regret la proposition d’OLIVIER de jouer BECKETT à BROADWAY, se passionne pour le travail de la seconde équipe qu’il trouve plus reposant que les scènes d’intérieur, bref, il s’occupe !

    Car le «  clou » du film se rapproche, c’est-à-dire la bataille de VALENCE, qui va opposer le CID à Ben YOUSSOUF et le faire rentrer dans la légende…

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    (Herbert Lom dans le rôle de Ben Youssouf)

    Pour cette séquence capitale, impliquant des milliers de figurants de l’armée espagnole ( au grand regret du libéral BARZMAN) le grand cascadeur Yakima CANUTT a été signé pour réaliser tous les grands mouvements et les combats eux-mêmes, ce qui fait du metteur de seconde équipe, un homme-clé d’une production d’une telle envergure !

    Or, assez curieusement, Anthony MANN semble alors prendre ombrage du prestige et de l’influence qu’exerce le fameux CANUTT sur la compagnie, d’autant que ce rude « westerner » n’a pas sa langue dans sa poche et insulte à tour de bras les cavaliers et fantassins espagnols qu’il accuse de manquer de conviction ; persuadé qu’il peut aussi bien faire, MANN va donc prendre en main la réalisation des combats sur la plage, ce qui peut en partie se comprendre, car il s’est plutôt bien tiré de la spectaculaire ruée de 500 chariots dans «  CIMARRON » ! malheureusement pour lui, le combat de VALENCE qui verra la victoire finale des Espagnols sur les Maures, c’est une toute autre histoire, et il va vite se rendre compte que sa technique consistant à filmer le maximum de plans d’ensemble, si elle marche pour les westerns, ne fonctionne pas pour un film comportant cent fois plus de figurants ; conscient qu’il n’obtient que des plans de foule à la limite du flou qui désespèrent même le très british chef-op Robert KRASKER, il va finir par jeter l’éponge, mais non sans avoir usé l’énergie de tous et l’argent de BRONSTON, et failli provoquer le départ de CANUTT, furieux, qui est quasiment rattrapé par la production alors qu’il s’apprête à reprendre l’avion pour LOS ANGELES !

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    (Photo Google)

    CANUTT va donc sauver ce qui peut encore l’être, en organisant de petites formations de combattants autour d’actions précises qu’ils vont répéter » ad nauséam » jusqu’à ce que chacun de ces groupes fasse un travail cohérent et puisse s’intégrer à l’ensemble, donnant enfin du rythme et du mouvement à ce qui ressemblait à une pagaille organisée ; cette affaire aura pris quatre semaines à tourner, et mobilisé une logistique sans précédent dans l’histoire du cinéma, 2000 fantassins et 1000 cavaliers, et même si à l’écran, le résultat parait encore aujourd’hui époustouflant, HESTON regrettera toujours que MANN n’ait pas laissé dés le début, les clefs du camion au fameux «  white Indian » du cinéma, qui sera plus tard de l’équipe de KHARTOUM , avec un grand succès.

    Il faut cependant tempérer le jugement sévère porté par Chuck sur son metteur en scène, d’autant qu’il ne l’a pas spécialement révisé plus tard, car si MANN a certainement commis des erreurs, son implication et sa passion pour le projet ne peuvent être mises en doute ; c’est lui qui aura choisi l’essentiel des décors naturels qui donnent sa magie visuelle au film, c’est lui qui aura soutenu sans arrêt BARZMAN dans sa vision d’une oeuvre historique mais humaniste, c’est aussi lui qui, de par sa formation théâtrale et sa sensibilité, aura su donner une dimension shakespearienne aux scènes opposant les deux fils et la fille du roi FERDINAND, tous excellemment interprétés par Gary RAYMOND , John FRASER et notre distinguée française à la voix unique, Geneviève PAGE !

    « Tony était un homme très doué, qui a fait de bons films, mais avec le recul, je ne crois pas qu’il était le bon director pour un film aussi difficile, réclamant autant de contrôle et de précision de la part de son metteur en scène ; les personnages et l’intrigue sont plus complexes que dans BEN-HUR, ce qui me porte à penser que si WYLER et MANN avaient échangé les rôles, BEN n’aurait pas été inférieur à ce qu’il est, mais EL CID aurait été le plus grand film épique de l’histoire du cinéma » ( JOURNALS, révision de 1978)

    Quelque soient les doutes de l’acteur sur les capacités de son réalisateur, force est de constater que les dernières semaines de tournage seront les plus efficaces, avec notamment le fameux duel, longtemps préparé, avec Don MARTIN,sur lequel MANN saura s’effacer, se contentant de filmer le début et la fin de l’action ,et HESTON tournera son dernier plan le 15 avril, pour se voir imposer par BRONSTON une séance de public relations à ROME, afin de satisfaire DEAR FILMS, co-producteur italien de l’œuvre, corvée à l’issue de laquelle il pourra enfin respirer, et repartir pour les USA après un séjour d’une semaine en FRANCE !

    Convaincu du potentiel commercial de l’œuvre, Chuck reste cependant, éternel perfectionniste, encore dubitatif quand à sa valeur artistique, même s’il trouve que l’essentiel de la captivante légende a été globalement bien capté à l’écran, mais on peut mettre ses doutes sur le compte de l’épuisement après six mois de travail dans des conditions souvent frustrantes ; il va donc ne plus fréquenter une caméra pendant six mois, et ne reprendra un tournage qu’en octobre, en Italie pour l’amusant,( et beaucoup moins crispant à réaliser) «  PIDGEON THAT TOOK ROME »

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    «  EL CID », comme chacun sait, fera plus que réaliser un box-office honnête, il sortira fin 1961 dans le monde entier, pour rapporter plus de 35 millions de dollars lors de sa première année d’exploitation, approchant les 50 millions l’année suivante, il va donc être un véritable triomphe, cimentant au passage la place d’HESTON au sommet de la hiérarchie des acteurs- décideurs, une position qu’il aura toujours souhaité assumer ; star, sûrement pas, mais artiste responsable de projets, c’est un rôle qui l’attire énormément et qu’il a enfin, après le triomphe de BEN-HUR et de celui-ci, l’occasion de jouer, avec on le verra des résultats commerciaux assez variables…

    Que reste t’il d’ «  EL CID »,un peu moins de soixante ans après sa sortie ?

    N’en déplaise au comédien, dont le jugement sur ses films n’est par ailleurs pas toujours partagé par ses fans, il s’agit bien d’un des plus grands films «  historico-mythologiques » de tous les temps, et on ne saurait rester indifférent devant le souffle épique qui anime ses plus belles séquences, le gout avec lequel MANN et son équipe ont su faire renaitre à l’écran l’Espagne médiévale, les passions humaines qu’il décrit et l’excellence d’un dialogue qui arrive à éviter les clichés et le pompiérisme propres à ce type d’ouvrage, sans oublier l’interprétation parfaite du rôle de RODRIGO par un HESTON véritablement possédé par son personnage…

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    Quand à l’image du CID mort, attaché à son cheval, semant la panique dans les rangs adverses et galopant à l’infini sur la plage pour entrer dans la légende, elle continue à resplendir dans la mémoire des cinéphiles, comme une inoubliable prolongation d’un Mythe éternel.

     

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    FIN .

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    A CECILE, qui aimait « EL CID »

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  • « EL CID » l’acteur face à la légende… partie 1

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    photo : https://historiaespana.es/biografia/rodrigo-diaz-vivar-cid-campeador

    LE 7 mars 1960, se produit  aux USA la première  grève d’acteurs dans l’histoire de la « Screen Actors Guild », impliquant 14000 comédiens, soucieux d’obtenir une part des profits engendrés pour les studios par la vente de leurs films aux chaînes de télévision américaines, un mouvement sans précédent, qui paralyse complétement HOLLYWOOD , provoquant un véritable bras de fer entre le syndicat et les studios, dont les comédiens et leurs représentants sortiront vainqueurs.

    Charlton HESTON, qui va devenir plus tard le leader de la SAG pendant sept ans, ne peut, on s’en doute, que faire partie du mouvement et lui apporter tout son soutien, même s’il se considère alors déjà comme un privilégié du système, vu le succès triomphal de «  BEN-HUR » qui lui vaut une nomination l’Oscar du meilleur acteur...

    Le principal sujet d’étonnement à ce jour est plutôt le rôle majeur de Ronald REAGAN, futur président des USA, peu connu pour ses opinions progressistes et pourtant engagé à fond dans la défense des « petits » comédiens contre les « gros » de la hiérarchie des pontes d’HOLLYWOOD , une prise de position courageuse à l’époque…

    En tout cas, cette situation de crise dans le métier va amener HESTON à réfléchir posément à ses futurs projets en prenant le temps de lire de nombreux scripts, qu’il va d’ailleurs tous refuser, perdant du coup un peu de sa motivation bien connue, jusqu’à ce que lui parvienne un « pitch » du fameux Phil YORDAN au sujet d’un héros de l’Espagne médiévale, totalement inconnu aux USA, mais qui va grandement titiller sa passion pour l’Histoire et ces «  extraordinary men » qui n’ont de cesse de le fasciner ; ce chevalier, surnommé par les Maures « EL CID » en vertu de son courage et de sa générosité, appartenant en partie à l’Histoire mais tout autant à la Légende, a en effet de quoi captiver l’artiste en quête d’un projet qui lui demande autant d’investissement que « BEN-HUR » auparavant !

     

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    Phil Yordan (photo Google)

    De plus, il se retrouve sans perspective immédiate de faire son métier, c’est-à-dire JOUER, car le fait d’être devenu une STAR ne l’intéresse pas plus que ça, vu que ce qu’il veut vraiment, c’est être un ACTEUR, et pour cela, il faut de la pratique ! son ami Orson WELLES l’ayant embarqué dans un projet autour de JULIUS CAESAR, mais sans obtenir les garanties voulues de la part de CBS pour lesquelles il aurait mis en scène, Chuck, sans en vouloir aucunement au magicien Orson, se retourne donc vers le « pitch » YORDAN .

    « Pitch » et non scénario, car la technique de ce rusé filou qu’était YORDAN consiste à ne surtout rien écrire, vu qu’il paye à bas prix des auteurs « blacklistés » pour faire le travail à sa place, mais à proposer quelques idées fulgurantes dans le but d’accrocher acteurs ou producteurs !

    C’est cette tactique qu’il va employer, mais elle s’avère un peu mince au début, car HESTON ne se contente pas d’un « first draft » aussi prometteur soit-il, et fait savoir au producteur BRONSTON, par le biais de son agent CITRON, qu’il n’est pas intéressé…

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    Samuel Bronston (photo Google)

    Or, Samuel BRONSTON, qui vient de monter son studio en Espagne grâce à des manœuvres et spéculations diverses avantageuses pour l’état franquiste, considère la présence d’HESTON comme indispensable, il est pour lui le SEUL acteur au monde qui puisse donner au personnage du CID la dimension légendaire requise, car il a vu BEN-HUR et  TEN COMMANDMENTS comme  tout le monde et sait reconnaître un talent qui crève «  l’écran », donc, soutenu par son director Anthony MANN qui pense à peu près la même chose, il va insister….

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    Charlton Heston et Anthony Mann (photo Google)

    A force, HESTON accepte de reconsidérer le projet si une «  major rewrite » est opérée par YORDAN, c’est-à-dire en fait son auteur, Ben BARZMAN, au sujet duquel il convient de dire quelques mots…

    Scénariste et écrivain, BARZMAN est un humaniste généreux, accusé en 1947 par la fameuse commission des affaires anti-américaines de sinistre mémoire, d’avoir été affilié au parti communiste ; après avoir écrit de beaux scripts pour LOSEY, comme « THE BOY WITH GREEN HAIR » il se réfugie à LONDRES en 1949 avec son épouse Norma, puis recommence à écrire, notamment pour YORDAN, sans que son nom apparaisse au générique  des films, se voyant même retirer la nationalité américaine en 1954 ; il est donc un paria, mais un paria talentueux, et c’est son point de vue modéré et humaniste sur l’Histoire qui va donner en partie à EL CID une originalité qui le distinguera d’autres productions épiques de l’époque.

    En effet, s'il joue à fond la carte du héros légendaire, dévoué à son roi et à son pays, ce qui flatte la «psyché» hispanique, il va refuser de faire de ce film un western puéril opposant les «bons» Espagnols  aux «mauvais» Maures, insistant sur la compréhension entre les peuples et la nécessité d'un rapprochement entre Ibères et Arabes malgré les différences religieuses ; il refuse de faire du CID un combattant magnifique  mais obtus, et dresse le portrait d'un «héros par accident», un être généreux qui devient un mythe sans le vouloir, mais surtout un homme tolérant et qui ne fait la guerre que par nécessité, un personnage aux valeurs humanistes, dans lequel BARZMAN, de par son passé de victime de la bêtise et du sectarisme, a sûrement mis beaucoup de lui-même ! 

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    Ben Barzman (photo Google)

    On peut penser sans trop s’avancer que cette vision du personnage et du contexte historique dans lequel il évolua a pesé dans le choix positif de HESTON d’accepter le rôle ; il va d’ailleurs, selon son habitude, mener des recherches approfondies sur le personnage, sans obtenir beaucoup d’informations sur ce héros peu connu aux USA ce qui l’amènera à poursuivre ses recherches sur le terrain, grâce à l’aide du docteur PIDAL, autorité reconnue sur le sujet de l’Espagne médiévale et qui lui donnera accès à toute une documentation cruciale pour lui.

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    (Dr. PIDAL)

    En attendant , HESTON se retrouve invité par la production en plein été 1960 dans la chaleur madrilène, armé de son seul instinct concernant la valeur du sujet, reçu comme un roi par BRONSTON qui va tout mettre en œuvre pour qu’il se sente indispensable, un homme qu’il décrit dans son autobiographie «  IN THE ARENA » comme « un être dédié à faire de beaux projets, qui sait dépenser d’énormes sommes ne lui appartenant pas, pour réunir les gens les plus talentueux afin de les mettre à bien »

    Parmi ces hommes talentueux, HESTON va être impressionné par les «  production designers » COLASANTI et MOORE, qui ont la particularité de concevoir à la fois les costumes et les décors, une bonne idée selon lui, et la manière dont ils vont recréer les intérieurs du 11ème siècle avec un soin et un professionnalisme méticuleux va contribuer à le convaincre, lui le perfectionniste compulsif, que le film est sur la bonne voie .

    Le fait que Yak CANUTT, son mentor sur «  BEN-HUR » ait été choisi pour diriger la seconde équipe, élément essentiel dans un film de cette importance, va également rassurer le Chuck, même si lors du tournage, les choses ne seront pas si simples ; il rencontre bien sûr Anthony MANN, sur lequel son opinion au début, sans doute grâce à la réputation du cinéaste comme auteur de westerns, est plutôt bonne, mais nous savons tous maintenant qu’il fera plus que la réviser dans le futur…

    Nanti de ces éléments positifs, il va donc retourner à Los Angeles, car il n’a donné qu’un accord de principe ! envahi de documents concernant EL CID envoyés avec habileté par BRONSTON pour qu’il puisse patienter avant que le script soit révisé et approuvé par lui, il s’y plonge avec la délectation de l'amateur d’Histoire qu’il a toujours été, décryptant davantage la part de légende et la part de réalité concernant ce Campeador «  bigger than life » ; il découvre un homme qui n’est ni un mercenaire impitoyable ni un saint irréprochable et vertueux, mais plutôt un mélange captivant des deux aspects, à partir d’un ouvrage écrit plus de deux cents ans après sa mort, «  El cantor de mio Cid » une des premières œuvres conservées de la littérature hispanique, et selon HESTON, la plus importante avant CERVANTES …

    A l’appui de toutes ces recherches, HESTON finit par définir peu à peu, loin du mythe médiéval et des excès de la légende, le portrait d’un homme ordinaire transformé par des évènements extraordinaires, obstinément loyal envers un roi qui pourtant a emprisonné sa femme et ses enfants, et ce Rodrigo Diaz de Bivar va peu à peu l’ensorceler et lui donner envie de tenter l’aventure…

    « J’étais celui qui avait insisté pour que le scénario soit réécrit, YORDAN m’avait envoyé 40 nouvelles pages plus convaincantes, et je n’allais pas rester chez moi, assis sur mon postérieur à bouder comme Achille sous sa tente ! je dis donc à Herman de conclure le deal pour que je puisse me préparer à la rude partie qui m’attendait, et deux semaines plus tard, nous faisions route pour l’Europe à bord du « Leonard de Vinci » ( IN THE ARENA)

    Voila donc notre héros en route pour six mois de gros labeur dans la fournaise espagnole, toujours pas rassuré par ces nouvelles pages qu’il trouve « meilleures que les précédentes, mais meilleures ne veut pas forcément dire bonnes », prêt à affronter un nouveau défi, des conditions logistiques complexes, des centaines de figurants de l’armée espagnole grimés en Sarrasins patibulaires…

    ...Et Sophia LOREN .

     

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    A SUIVRE, bien sûr…

    A ma chère CECILE 

     

     

    ¹ PHOTOS PROVENANT DU SITE :

    https://docplayer.es/57033493-El-cid-del-cantar-a-la-gran-pantalla.html

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • KHARTOUM : un additif aux billets de Maria et Renaud

    "KHARTOUM" est de nouveau d'actualité puisque sa réédition améliorée en  DVD et BLU-RAY, sort le 1er octobre prochain. Une bonne raison de relire les excellents billets que nos deux amis, Maria et Renaud avaient consacrés à ce film.

    Je les ai donc relus ainsi que les commentaires qui les accompagnent.

    Bien m'en a prise de les relire, notamment celui de Maria, puisque je me suis rendue compte que j'avais laissé passer trois commentaires de Maria et de Renaud qui lui répondait.

    Je les prie de m'en excuser et je répare ce vilain oubli en les publiant ici, aujourd'hui. 

     

     

    1 - KHARTOUM : HISTOIRE D'UN HOMME HORS DU COMMUN du 17 janvier 2017 par Renaud (commentaire de Maria)

    http://charltonheston.blogspirit.com/archive/2017/01/30/khartoum-histoire-d-un-homme-hors-du-commun-3087104.html

    Bravo il nostro Renaud
    siamo perfettamente d'accordo su questo film e questa interpretazione. Effettivamente Chuck non si contentò di acquisire la pronuncia britannica dell'inglese, quello che in genere viene definito "King's English", ma cercò di riprodurre la cadenza dell'inglese alla fine del XIX secolo.
    il film è certamente un gran bel film e come al solito si avvale di una grande interpretazione da parte di Chuck come anche da parte di Richard Johnson. Quello che invece mi convince di meno è proprio Laurence Olivier, convinto forse che il Mahdi doveva parlare inglese come un suddito dell'impero britannico, esagerando sul versante esotico del linguaggio.
    E' un po' di tempo che non rivedo "Khartoum", ma mi sembra di ricordare come una certa rigidezza e un tono un po' gelido, per cui sembra che il povero Gordon, nonostante il suo viaggio all'inferno dell'autodistruzione, non riesca a coinvolgere lo spettatore. Gordon il Cinese, come lo chiamavano i suoi contemporanei, era un bel mistero. Credente sino all'autoimmolazione o fanatico del suo status militare da non accorgersi che per i politici come Gladstone la sua vita era del tutto sacrificabile, visto che altro non era se non un gesto?
    Rivedrò Khartoum e cercherò di capire se nella interpretazione Heston è riuscito a far filtrare quella disperazione del tutto umana che pure deve aver toccato l'animo del "Cinese" quando capì di essere solo contro il suo nemico, come un martire cristiano davanti ai leoni del Colosseo (lo so che non ci sono mai stati martiri cristiani al Colosseo, era per fare un esempio). Grazie comunque Renaud per le gentili parole che hai speso per il mio racconto degli Anni della Crisi (1965-1968). A seguire un analisi di 3 piccoli grandi film 1968-1973 : gli anni della lucidità.
    Maria Russo Dixon
    Écrit par : maria russo dixon 21h29 - jeudi 09 février 2017 

    TRADUCTION

    Bravo à notre Renaud.
    Nous sommes entièrement d'accord sur ce film et cette interprétation. En fait, Chuck ne se contente pas d'acquérir la prononciation britannique de l'anglais, ce qui est généralement appelé "Inglese du Roi», mais il a essayé de reproduire la cadence de l'anglais à la fin du XIXe siècle.

    Le film est certainement un grand et beau film servi comme d'habitude, par une grande interprétation de Chuck et aussi celle de Richard Johnson. Ce qui me convainc bien moins par contre, est vraiment celle de Laurence Olivier, convaincu peut-être que le Mahdi devait parler anglais comme un sujet de l'Empire britannique, en exagérant sur le côté exotique du langage.

    Il y a longtemps que j'ai vu "Khartoum", mais il me semble me souvenir d' une certaine rigidité et d'un ton un peu glacial, il semble donc que le pauvre Gordon en dépit de son voyage dans l'enfer de l'autodestruction, ne réussit pas à impliquer le spectateur.

    Gordon le Chinois, comme il était appelé par ses contemporains, était un beau mystère. Croyant même à l'auto-immolation ou fanatisme de son statut militaire, il n'a pas remarqué que pour des politiciens comme Gladstone sa vie était entièrement sacrifiable, vu qu'il n'y avait rien d'autre à faire, sinon un geste?

    Je dois revoir " Khartoum " et essayer de comprendre si dans son interprétation, Heston a réussi à faire filtrer le désespoir de tout humain qui doit aussi avoir touché l'âme du «Chinois» quand il savait qu'il était seul contre son ennemi, comme un martyr chrétien devant les lions du Colisée (je sais qu'il n'y a jamais eu de martyrs chrétiens au Colisée, c'était juste un exemple).

    Renaud merci quand même pour les paroles aimables que vous avez écrites sur mon histoire des années de crise (1965-1968). Après une analyse des 3 grands petits films 1968-1973: les années de lucidité.

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    2 - ANALYSE DU LIVRE DE MARC ELIOT du 19 septembre 2018 par Maria

    (commentaires de Renaud et de Maria)

    http://charltonheston.blogspirit.com/archive/2018/09/14/analyse-du-livre-de-marc-eliot-par-maria-russo-dixon-a-tradu-3119892.html

    UN très grand " BRAVO" à MARIA pour son billet concernant les derniers chapitres du livre de MARC consacré à la fin de carrière difficile de l'artiste; avec sa modestie coutumière, elle nous fait croire qu'elle se contente de commenter, mais son analyse est pleine de passion ET de méthode, et cerne parfaitement les doutes et la vraie souffrance de l'homme HESTON à cette époque.
    EN mettant l'accent sur ses difficultés à rester " bankable" après l'échec si douloureux de " ANTONY" elle nous rappelle que tout artiste est partagé entre son désir de continuer à plaire et ses exigences artistiques, un duel de tous les instants pour HESTON, dont on ne sait quelle partie de lui-même est sortie victorieuse! elle souligne fort bien son besoin de rester actif dans le monde culturel ( la période NEA) ainsi que l'épisode peu connu, et surtout bien oublié par ses détracteurs, de son opposition à REAGAN quand à l'aide de l'état aux arts et au cinéma, c'est remarquable de sa part.
    Sans tomber dans la polémique, elle nous rappelle aussi la période, douloureuse pour tous ceux qui idéalisent leur héros, de sa présidence de la NRA, et l'écroulement de son statut " héroïque" dans le monde tout-puissant des médias..
    ENFIN et surtout, elle écrit avec une passion toute latine au sujet d'un homme qui lui importe malgré ses contradictions et ses erreurs, ce que MARC, limité par son éducation anglo-saxonne sans doute, n'a peut-ête pas su transmettre, malgré ses recherches plus que documentées;
    J'espère sincérement que tu seras LUE chère MARIA, car l'image ternie de l'artiste a vraiment besoin d'analyses aussi justes et bien pesées que les tiennes...
    GRAZIE MILLE VOLTA, MARIA, PER QUESTA MERAVIGLIO

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    Grazie a tutti per i vostri apprezzamenti e grazie in particolar modo a Renaud che ha compreso il mio stato d'animo nel descrivere gli ultimi anni di Chuck . A chi lo ha amato e ammirato ho risparmiato l'infelice descrizione degli ultimi giorni di vita, ricordando che anche mia madre è morta di quell'orribile malattia che colpisce la vittima e soprattutto chi gli sta intorno.
    Ieri sera ho rivisto "Khartoum" e ho notato come nella scena finale Heston/Gordon scende con un tenue sorriso sulle labbra i gradini del palazzo che ospita il Governatorato inglese. In basso lo attendono gli uomini del Mahdi, armi alla mano. Heston/Gordon si mostra appunto quasi sorridendo, come se la Morte fosse l'ospite atteso e benvenuto. E' una scena da guardare con particolare attenzione e partecipazione. E del resto tutto il film non sembra altro che la preparazione di Gordon ad affrontare la morte.
    Chuck non era naturalmente contento neppure di questa interpretazione eppure come naturale e umano appare il generale -eroe nel film. Umano e partecipe dell'infelice destino che attende i cittadini di Khartum. Ne' epico nè iconico Heston/Gordon da una splendida interpretazione di un uomo che credeva di lasciare un'impronta indelebile nella storia e di cui non si ricordano più nemmeno i libri di scuola. Chuck credo che attraverso Gordon interpreti la fragilità dell'essere umano di fronte all'inevitabile fine della vita, sua come di ogni altro mortale. Sarebbe bene rivedere questo film dicendosi "Quest'uomo sa di star vivendo gli ultimi mesi della sua vita" e magari ricordare la sua ultima intervista quando rispondendo a come intendeva affrontare la consapevolezza di essere affetto da un male inguaribile dice"What cannot be cured must be endured" Quello a cui non vi è cura o rimedio deve essere sofferto. Fino alla fine, aggiungo io.
    Grazie a tutti voi

    TRADUCTION 

    Merci à tous pour votre appréciation et en particulier à Renaud qui a compris mon état d'esprit en décrivant les dernières années de Chuck. Pour ceux qui l'aimaient et l'admiraient, j'ai épargné la description malheureuse des derniers jours de la vie, en me rappelant que même ma mère était morte de cette maladie horrible qui affecte la victime et particulièrement son entourage.
    La nuit dernière, j'ai vu "Khartoum" et remarqué comment, dans la scène finale, Heston / Gordon descend les marches du bâtiment qui abrite le gouvernorat anglais avec un léger sourire. Au fond, les hommes du Mahdi attendent les armes à la main. Heston / Gordon se montre presque souriant, comme si la Mort était l'invitée attendue et bienvenue. C'est une scène à regarder avec une attention et une participation particulières. Et le reste du film ne semble pas être autre chose que la préparation de Gordon à la mort.
    Naturellement, Chuck n’était même pas content de cette interprétation et pourtant le héros naturel apparaît dans le film comme humain et normal. Humain et participant au destin malheureux qui attend les citoyens de Khartoum. Heston / Gordon, épique et emblématique, ne donne pas une interprétation splendide d’un homme qui croyait laisser une marque indélébile dans l’Histoire et dont on ne se souvient plus dans les livres scolaires. Chuck croit qu’à travers Gordon, il interprète la fragilité de l’être humain face à la fin inévitable de sa vie comme de celle de tout autre mortel. Il serait bon de revoir ce film en se disant: "Cet homme sait qu'il vit les derniers mois de sa vie" et peut-être vous souviendrez-vous de sa dernière interview quand il dit comment il avait l'intention de faire face à la prise de conscience du fait de souffrir d'une maladie incurable.
    Ce serait bien de revoir ce film en se disant : "Cet homme sait qu’il vit les derniers mois de sa vie." et peut-être se rappeler sa dernière interview quand répondant à la façon dont il voulait faire face à la conscience d’être touché par un mal incurable, il dit : "What cannot be cured must be endured" -" Ce qui n’a pas de traitement ou de remède doit être enduré "... jusqu'à la fin, j'ajoute.
    Je vous remercie tous

     

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  • LA PLANETE DES SINGES : HISTOIRE D’UN RETOUR AU SOMMET ( 3ème partie & fin )

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    « JE ne pense pas que le film aurait pu être aussi puissant et en même temps drôle, s’il n’était pas porté par les musculeuses épaules de Charlton HESTON , car il représente l’archétype de l’Amérique qui gagne et de sa puissance, mais il est aussi cet Adam américain parfait qui peut permettre d’exprimer une forme de culpabilité propre à notre peuple ».

    Cet article de Pauline KAEL, redoutable critique du NEW YORKER, paru en février 1968 au moment de la sortie du film, met bien en valeur, en quelques mots, à la fois l’image classique (mais partiellement fausse) que les Américains peuvent à l’époque avoir d’une de leurs « icones », mais aussi les questionnements que le film de SCHAFFNER fait plus que sous-entendre, et que la critique américaine « intellectuelle » va spectaculairement prendre à son compte, surtout quand PLANET OF THE APES va, à la surprise générale, faire un triomphe !

    Pourtant, quand le «  CHUCK » se rend à la première du film à New York, il est loin de se douter du triomphe qui attend l’ouvrage, et sa première préoccupation est de savoir si les spectateurs ne vont pas rire un bon coup devant les malheurs de son Taylor martyrisé par des singes ! Lui qui n’a pas eu de « hit » majeur depuis finalement EL CID et moindrement FIFTY FIVE DAYS IN PEKING, qui vient de passer sept ans à incarner des personnages tourmentés et difficiles ( ce qui contredit d’ailleurs le point de vue premier de Miss KAEL) sans que son Michel-Ange, son Gordon ou son Chrysagon aient beaucoup ému le public américain, en est à un point de sa carrière où, disons- le, l’erreur n’est plus tellement possible s’il souhaite conserver son statut de « mégastar » !

    Il sait déjà que son WILL PENNY tant chéri ne risque pas de faire un malheur au box-office, et NUMBER ONE, mis un peu de côté pour privilégier la sortie de APES, ne s’annonce pas non plus comme un film à grand public, tout repose donc sur ce curieux « space-opera » ou son image de héros en prend un sacré coup pendant une heure quarante, sans aucune «  happy-end » pour rétablir la balance, et c’est même le contraire, du fait d’une fin parfaitement négative qui ne caresse vraiment pas le public « pop’corn » dans le sens du poil…

    Mais le public «  pop », oui !

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                                      Car PLANET OF THE APES, par l’étrangeté de son propos, les allusions philosophiques, le point de vue progressiste sur les dangers que court la planète, et l ’utilisation de HESTON à contre-emploi,( « hero turned to zero » selon Renata ADLER du New-York Times) va justement déclencher une véritable passion collective, touchant certes les spectateurs déjà sensibles au travail de l’acteur, donc plutôt la «  middle class » américaine à tendance démocrate, mais aussi et surtout, la masse de jeunes, les collégiens et étudiants, et tous les opposants, hippies ou autres, à un système dont, pour eux, HESTON n’était pas tout à fait l’incarnation comme un John WAYNE abhorré par les pacifistes et libéraux, mais quand même partie prenante !

    Et ce sont ces mêmes jeunes, représentants d’une très grosse partie de la jeunesse américaine, ceux qui ne croient plus dans les valeurs de l’oncle Sam, ceux qui militent contre la guerre du Vietnam, ceux qui dans un an feront du festival de WOODSTOCK un évènement planétaire, ce sont les non-violents et les marginaux qui vont se retrouver dans ce film généreux et clairvoyant, mais pas marginal ou subversif pour autant, et faire de HESTON, à son corps défendant ( si j’ose dire) un symbole de leur «  contre-culture » !

    Richard ZANUCK avait cru bon de se voiler la face en niant tout contenu politique à ce qu’il considérait au départ comme un pur divertissement, mais ce sont bel et bien le côté insolite et la parabole philosophique du scénario de WILSON, appuyant l’idée que si l’homme se retrouve en bas de l’échelle, c’est parce qu’il l’a bien cherché, qui vont en quelques mois, faire de APES un triomphe local puis planétaire, et redorer le blason de sa vedette…

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    A l’âge de quarante-cinq ans, donc à un moment ou en général, la plupart des acteurs se disent qu’ils ont mangé leur pain blanc, voici donc HESTON redevenu un « hot box-office darling », le tout vêtu d’un simple pagne pendant la majeure partie de l’opus, flanqué d’une partenaire féminine qui ne dit pas ( et pour cause ) un seul mot, avec pour seule victoire au final, le fait d’avoir toujours eu raison quand à sa vision cynique de l’humanité !

     

    On ne saura d’ailleurs jamais vraiment à quel point l’homme HESTON, même s’il est encore un démocrate convaincu à l’époque, aura pu apprécier le fait de se retrouver propulsé au rang d’icône de la contre-culture, et ce serait pousser le bouchon un peu loin que de penser qu’il a pu approuver les critiques délirantes du moment au sujet du film, notamment celle de ADLER dans le « New York Times » écrivant en substance que le film de SCHAFFNER  «  est un ouvrage anti-guerre » et un tract libéral de science-fiction, inspiré d’un roman du français BOULLE, pas un grand film du tout, mais une œuvre amusante et caustique, visiblement opposée à toute forme d’establishment » !

    Quoiqu’il en soit, dans un pays ou le commerce et l’image, même fausse, sont rois, CHUCK va profiter sans sourciller de ce regain de popularité, et franchement, après la longue traversée du désert de ce moderne MOISE, qui pourrait bien lui en vouloir ? après tout, il s’est battu deux ans pour ce projet, et même s’il n’y perçoit pas toutes les idées progressistes dont beaucoup se régalent, il sait que l’idée première d’un irrémédiable déclin de l’humanité si on n’y prend pas garde, lui reste chère et c’est tout ce qui importe !

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    Il va donc enchainer les émissions TV et radio, apparaitre sur de nombreuses couvertures de magazines, passer au fameux Johnny CARSON SHOW en mars, puis au non moins notoire Ed SULLIVAN SHOW, accepter une tournée de promotion en EUROPE alors que Lydia subit de récurrentes migraines, et constater avec bonheur que le film bat des records d’affluence partout sur le continent, notamment en FRANCE …

    Il y aura pourtant un revers à la médaille, c’est que devant le succès incroyable du film, Richard ZANUCK qui est avant tout un homme d’affaires, va bien sûr flairer la bonne occase et échafauder rapidement un nouveau projet, «  BENEATH THE PLANET OF THE APES » destiné , avec des moyens inférieurs, à profiter des retombées financières du premier volet ! Il se heurtera d’abord au refus de l’acteur de participer à une suite qui selon ses termes, « n’a aucune valeur créative »,alors que la présence du personnage TAYLOR est évidemment indispensable pour assurer le liant entre les deux épisodes…

    On connait la suite : reconnaissant que sans le concours de ZANUCK, il n’y aurait pas eu de film du tout, HESTON acceptera finalement de participer à cette réalisation de son ami Ted POST pour témoigner à Dick de sa gratitude, mais à la condition expresse que son personnage meure dès le début ; en fait, cajolé par le décideur, Chuck, garçon généreux et influençable, jouera au bout du compte trois scènes importantes, dont sa mort à la fin ,mais en y ajoutant une idée personnelle, celle de l’ultime explosion atomique, croyant du coup supprimer toute possibilité de séquelle…

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    Mais nous savons maintenant qu’il n’en sera rien, et que l’original donnera lieu à trois autres suites de qualité plus que discutable, les scénaristes hollywoodiens ne manquant jamais d’imagination quand il s’agit d’exploiter un filon !

    Le triomphe de APES, conjugué avec celui du très sérieux et surtout moins « lisible » 2001 de KUBRICK, va d’ailleurs provoquer un retour en grâce de la science-fiction au cinéma, mais cette fois sur l’échelle des « big budgets » et non celle de la série B dans laquelle le genre s’étiolait depuis des années ; c’est en effet, finalement, à ces deux films fort différents mais passionnants, que l’on doit, avec ses bons et moins bons côtés, le renouveau d’un genre méprisé par les décideurs, qui donnera lieu dans un proche avenir à la série des STARS WARS et aux divers ALIEN de Ridley SCOTT .

    A la différence que, contrairement à PLANET OF THE APES qui ne se contente pas d’être un divertissement, la plupart des nouveaux produits du genre seront avant tout des œuvres destinées à distraire et procurer de l’évasion à leur public, mais très peu d’entre eux dépasseront le stade du «  good time movie » pour proposer une vision du monde, ou à tout le moins une réflexion sur le devenir de notre planète…

    Et c’est là que l’on prend pleinement conscience de l’importance du film de Messieurs SCHAFFNER, HESTON et JACOBS, car on ne peut qu’associer, avec le recul, les trois personnages ; même si certains effets spéciaux ou décors peuvent paraitre aujourd’hui un peu «  démodés », la puissance, l’intelligence et la beauté plastique de ce film « différent » restent intactes et continuent à nous interpeller avec force, cinquante ans plus tard ; peu importe que les tendances de l’époque aient pu récupérer à bon compte le propos du film sans que ce soit vraiment justifié, l’essentiel n’est pas là !

       L’essentiel, c’est l’image d’un homme à demi-nu, interprété par un des plus grands comédiens de ce siècle, pleurant de rage devant une statue enlisée dans le sable, comme un rêve américain échoué sur le rivage ,par la faute de la folie meurtrière des hommes, sans espoir de rédemption pour toutes les erreurs commises.

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    Comment, en ce début ô combien difficile du 21ème siècle, ne pas s’identifier à la colère désespérée de George TAYLOR ?

     

     

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    A CECILE, plus que jamais.