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Renaud Vallon : Le grain de sel de Renaud - Page 5

  • KHARTOUM : HISTOIRE D'UN HOMME HORS DU COMMUN

    Publié le 31 janvier 2017

    MAJ le 13 août 2019

    A l'occasion de la sortie prochaine en DVD et BLU-RAY très attendus du film KHARTOUM, j'actualise la publication du très bon Grain de sel sur le film que Renaud avait écrit et dont la publication avait été faite le 31 janvier 2017.

    Une petite relecture n'est pas inutile. 

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    L’affiche française du film, telle que les spectateurs la découvrirent en 1966 !

    Dans le cœur de nombreux admirateurs de l’acteur-artiste qu’est Charlton HESTON, un film comme Khartoum semble occuper une place particulière car il est le premier rôle de britannique dans sa pourtant déjà longue carrière, et c’est également son premier film à disposer d’un casting totalement anglais : on y trouve en effet Laurence OLIVIER, Ralph RICHARDSONNigel GREEN, Richard JOHNSON (rien que ça !), pour encadrer CHUCK dans le rôle de Charles GORDON, dit " le chinois ", figure historique légendaire pour les Anglais, au même titre que Laurence d’Arabie plus tard. Ce Charles GORDON, qui avait servi en Crimée, bataillé pour l’empereur de Chine, réussi à supprimer l’esclavage au Soudan et, en général obéi pendant toute sa carrière à ses propres règles plutôt qu’à celles de l’establishment militaire britannique, ne pouvait qu’intéresser l’homme HESTON, lui-même admirateur de ces fortes individualités qu’il appelle « the extraordinary men ».

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    L’excellent Richard JOHNSON dans le rôle du colonel STEWART, adjoint de GORDON. Ce fut le début d’une grande amitié avec CHUCK, et ils tournèrent encore quatre fois ensemble.

    Quand il reçoit le script de Khartoum, il pense d’abord refuser ce nouveau projet épique car il sort d’une longue période en costumes et ne veut pas replonger dans un énième film spectaculaire. C’est le scénario extrêmement précis et documenté de Robert ARDREY qui va le décider à changer d’avis. Il découvre peu à peu derrière la façade de l’officier rigide et loyal, un personnage plein de profondeur et d’humanité, un chrétien mystique pour qui la solution militaire ne suffit pas, et que n’effraie aucunement la peur de la mort, mais celle de l’échec. Mieux informé sur l’homme GORDON et fasciné par le courage d’un homme capable de se sacrifier pour une cause qu’il trouve juste, CHUCK va, avec le professionnalisme qu’on lui connaît, totalement s’approprier l’allure, le visage et la voix d’un officier anglais de la fin du XIXème siècle, s’astreignant à un coaching vocal très pointu pour que son accent anglais, et non celui d’un américain, se rapproche de la perfection. Ce souci d’authenticité sera d’ailleurs très apprécié en Angleterre, où le film fera plus tard un très gros succès.

    Cependant, si GORDON est la figure principale de son scénario, Robert ARDREY a eu l’excellente idée de lui opposer un protagoniste à sa mesure, choix dicté par le simple respect de la vérité historique, puisque GORDON ne fut envoyé à Khartoum que pour contrer la révolte locale menée par un « fou de Dieu » très en avance sur ceux de notre époque, un homme du désert qui se faisait appeler le « Mahdi » (celui qu’on attendait), et qui projetait de porter la parole du prophète dans toutes les mosquées d’Orient. Pour jouer ce personnage tout aussi habité par sa foi que l’était GORDON, le plus grand acteur anglais de l’époque, Laurence OLIVIER, s’imposait comme un choix évident. Barbu, grimé, et s’étant pourvu d’une diction arabisante totalement différente de son phrasé habituel, OLIVIER sera un adversaire et un concurrent de premier choix pour CHUCK, qui dira avoir beaucoup appris de leur rencontre.

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    « Le jour où l’empereur de Chine cessera d’être un infidèle, j’accepterai ce cadeau somptueux. » Voilà ce que dit le « Mahdi » (Laurence OLIVIER) à GORDON (Charlton HESTON), lors de leur première entrevue. Dans la réalité, les deux hommes ne se rencontrèrent jamais.

    Un autre aspect important du scénario est le refus absolu de ARDREY de tomber dans le piège du film de prestige à la gloire de l’empire britannique. Il dénonce au contraire l’hypocrisie d’un système prêt à tout pour défendre ses intérêts dans le canal de Suez, mais surtout pas à secourir une population en danger, quitte à sacrifier GORDON sur l’Autel de leurs bonnes intentions. Vision clairvoyante et très avant-gardiste, surtout pour un film destiné à un grand public. Ralph RICHARDSON, parfait dans le rôle de GLADSTONE, incarne avec brio les contradictions de l’homme politique tiraillé entre ses sentiments personnels et la raison d’Etat.

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    Arrivée de GORDON à Khartoum, accueilli comme un sauveur. Cette scène émut grandement CHUCK et lui rappela l’entrée dans Valence lors du tournage de « EL CID ».

    Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire de KHARTOUM un grand film : le sujet, le scénario, les interprètes et, pourtant, une légère frustration demeure quant au résultat final. La cohérence et la rigueur ne font jamais défaut à ce film, la reconstitution est de qualité, la musique de Franck CORDELL est envoûtante… On peut juste regretter qu’avec un tel projet, un metteur en scène comme Anthony MANN ou David LEAN n’ait pas été aux commandes plutôt que le trop sage Basil DEARDEN. Ce cinéaste de la qualité anglaise (1911-1971), n’était peut-être pas l’homme qu’il fallait pour donner à Khartoum le souffle épique nécessaire. Très à l’aise dans les scènes d’intérieur et la direction d’acteurs, il l’est moins quand il s’agit d’animer l’écran par du mouvement et du rythme, même si la seconde équipe menée par Yakima CANUTT fait plus que le job. D’ailleurs, CHUCK dira lui-même de son travail : « je crois pouvoir dire que c’est le seul film que je considère comme très bon, dont je pense que la réalisation n’est pas la qualité principale ». On ne peut qu’approuver cette lucidité, surtout quand on connaît le degré d’exigence du personnage.

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    Dénouement tragique du film : fidèle à ses convictions, GORDON refuse de se défendre et fait face aux fanatiques, armé de sa badine et de son seul courage.

     

    Tourné de manière logistiquement complexe mais sans réelles difficultés, en partie en Egypte, puis en Angleterre, KHARTOUM sera un très grand succès en Grande-Bretagne (ce qui suffira d’ailleurs à couvrir les frais de production), mais fera un score moyen aux USA, où le public habituel de CHUCK sera désemparé par ce personnage. Déçu par le résultat commercial global, CHUCK n’en conservera pas moins une affection sincère à ce film tout sa vie. On peut le comprendre, car c’est un de ses plus beaux rôles, où il fait preuve d’une finesse de jeu exemplaire pour camper cet être complexe à la fois orgueilleux, généreux, et habité par une foi inébranlable.

    Auteur : Renaud
    Script-girl : Cécile

     

  • LA PLANETE DES SINGES Histoire d’un retour au sommet ( 2ème partie)

    «  Je viens d’apprendre que la FOX a décidé de donner le job de chef opérateur à Leon SHAMROY pour “APES” , pendant que de son côté UNIVERSAL a retiré à Ralph NELSON le montage de «COUNTERPOINT », les deux choix me semblent être de grossières erreurs, j’ai appelé Herman ( CITRON) à ce sujet et il m’a entendu ! »

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    En date du 6 mars 1967 dans ses «  Journals » cette petite «  entry » de l’artiste, qui arrive toujours à policer par écrit ses moments de colère noire, indique clairement à quel point il est à l’époque engagé dans tous les aspects du «  processus créatif » autour d’un film, et même dans le cas présent, de plusieurs à la fois ! Comme nous l’avons déjà souligné, l’acteur est dans une période difficile ou peu de ses projets, en gros depuis 63 , ont rencontré la faveur du public, et c’est pourquoi il attache de l’importance à tous les aspects de la production ! la mise à l’écart de son ami NELSON le scandalise d’autant plus qu’il n’est pas vraiment persuadé de la valeur du film, et l’arrivée de SHAMROY aux commandes de la photo de APES l’inquiète au plus haut point parce que cet ancien d’HOLLYWOOD a selon lui en partie ruiné le travail sur «  THE AGONY AND THE ECSTASY » en prenant un temps considérable à éclairer le plateau, enlevant du coup aux comédiens beaucoup de temps de travail …

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    On en est en effet arrivé au moment tant attendu par JACOBS et HESTON de la concrétisation d’un rêve, et la distribution des rôles à tous les niveaux de la production est donc capitale ! sur ce point, à part le triste abandon du « space ship » par Eddie ROBINSON pour raisons de santé, tous les signaux sont au vert ; HESTON , toujours ravi d’être entouré de comédiens de talent, se réjouit de la présence de Roddy Mac DOWALL, ex-enfant prodige d’HOLLYWOOD, au palmarès impressionnant vu qu’il a commencé sous la férule de John FORD, de celle de Kim HUNTER, grande spécialiste de Tennessee WILLIAMS, et aussi de celle de Maurice EVANS, qui l’avait impressionné en prêtre déluré dans «  THE WAR LORD » … Le point commun entre ces acteurs brillants étant qu’ils jouent tous des singes, et seront donc grimés au moyen de maquillages époustouflants de John CHAMBERS, à tel point qu’un cadre de la FOX déclarera non sans ironie : «  à quoi bon payer une fortune pour des acteurs dont on ne va jamais voir le visage ! »

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    (Photo extraite du livre : " La Planète des singes " toute l'histoire d'une saga culte de Joe Fordham et Jeff Bond)

    https://www.ebay.fr/sch/i.html?_from=R40&_trksid=m570.l1313&_nkw=toute+l%27histoire+d%27une+saga+culte+la+plan%C3%A8te+des+singes+de+Joe+Fordham+et+Jeff+bond&_sacat=267

    Celui dont par contre on va voir constamment l’auguste faciès sait parfaitement, et ce depuis qu’il a pris la mesures du scénario cette fois bien défini avant tournage de STERLING et WILSON, à quel point ce « APES » peut être un véritable «  turning point » pour son image et sa carrière ; il a accepté le projet parce que ce n’est pas un simple « space opera » de plus, mais bel et bien un conte philosophique sur le devenir de l’humanité, une « satire à commentaire social » selon ses propres termes, qu’il comparera pertinemment aux « VOYAGES DE GULLIVER » de Jonathan SWIFT, et il entend bien que cet aspect de l’histoire reste présent dans le résultat final ! de même qu’il se retrouve à endosser le costume d’un personnage totalement différent de ceux qu’il a pu interpréter auparavant, et c’est ce qui le captive au plus haut point ; ce Georges TAYLOR, astronaute et scientifique américain qui se retrouve sur une planète inconnue après avoir quitté la Terre en 1972, a certes quelques points communs avec d’autres « characters » joués par lui avant, et il a effectivement souvent joué des individus complexes, cyniques, parfois antipathiques ( DIAMOND HEAD, DUNDEE, COUNTERPOINT récemment) mais aucun d’entre eux ne se rapproche de ce savant désabusé et disons-le, totalement misanthrope qu’il va incarner…

     

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    La première scène, un monologue de TAYLOR sur le point de quitter la Terre, va donner le ton du film et situer le personnage, puisqu’il évoque avec noirceur l’état de la planète qu’il laisse sans regret, une planète ou l’homme laisse mourir de faim les enfants de son prochain tout en continuant à faire la guerre, propos que l’acteur nuance avec maestria, se demandant pour finir s’il n’y a pas, quelque part dans l’univers, une forme de vie meilleure… mais cette introduction, qui aurait pu se limiter à n’être qu’un «  pitch » racoleur, va être développée avec rigueur tout au long du film, sans perdre de vue que TAYLOR reste un « outcast » un paria qui a renoncé à l’humanité parce qu’il ne croit plus en elle…Le héros de BEN-HUR, de EL CID ou le prophète éclairé de TEN COMMANDMENTS, porteur de valeurs humaines ou religieuses rassurantes, est devenu ce philosopheur barbu, moqueur et sans pitié pour l’establishment qui l’a pourtant façonné : il est celui qui se gausse de son collègue LANDON et de la statue qu’on a bien pu construire pour lui « back home » en son honneur, celui qui rit à gorge déployée devant le spectacle dérisoire d’un petit drapeau américain en papier planté par ce même astronaute, il est celui qui ne supporte pas ses « frères » humains, et donc pour HESTON un vrai challenge, incarner ce qu’il n’est pas !

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    Il va donc s’y employer le mieux possible, effectuant des variations sur son timbre de voix basse habituel pour exprimer au mieux l’ironie et la méchanceté du personnage lors de la ( capitale) première demi-heure du film, ce passage clé de l’ouvrage, essentiel pour SCHAFFNER ! Contrarié par l’attitude de ZANUCK qui à ce moment précis envisage de réduire le budget, le «  metteur » défend bec et ongles son point de vue, selon lequel il faut absolument soigner ce long préambule.

    «  si ça ne fonctionne pas, le film est mort » dira t’il pour justifier le temps consacré à ces séquences merveilleuses de découverte d’une planète «  inconnue » par les trois astronautes, que l’on revoit toujours avec la même fascination cinquante ans plus tard, à coup sûr le travail d’un « grand » que HESTON avait bien fait d’imposer …

    Cela étant, il s’agira bien du seul véritable «  accrochage » pendant ce tournage de deux mois ( mai-août 1967) où HESTON se verra par ailleurs soumis à un déluge de « violences » physiques tout à fait supérieur à tout ce qu’il aura pu expérimenter jusqu’ici ; fait prisonnier par les singes, maitres de la planète, le voilà considéré comme un animal au même titre que les « humains » qui sont devenus les esclaves et les souffre-douleurs d’une nouvelle race dominante, et là c’est l’image classique du HESTON héros américain idéal, qui va en prendre un coup ; battu, lapidé, mis en laisse, dénudé devant la cour de justice et d’une façon générale, toujours mis en infériorité, il redevient peu à peu, le seul garant du savoir et de la culture humaine qu’il avait pourtant reniés au départ, subtile nuance qui aura, également, plus qu’échappé aux décideurs …

                                                                                           

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    «  Il me semble qu’il y a rarement eu une scène dans ce foutu film où je ne me suis pas retrouvé traîné par les pieds, lapidé, étouffé, fouetté, piétiné, pourchassé, matraqué, arrosé, mis dans un filet, bref généralement maltraité ! comme me le soulignait Joe CANUTT tout en réglant une scène de combat : » tu sais Chuck , je me souviens qu’à une époque, ou avait l’habitude d’en sortir vainqueurs ! »( JOURNALS, 19 juillet 67)

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    Un autre aspect intéressant du tournage sera l’importance donnée, contre l’avis de SCHAFFNER, au personnage de NOVA, la jeune « subhumaine » rencontrée par TAYLOR et qui le suivra pendant toute l’aventure, sans prononcer une seule parole, ce qui n’est pas plus mal car la jeune Linda HARRISON, à la plastique irréprochable, est davantage mannequin que comédienne et doit sa participation au film à deux facteurs de taille : elle est la petite amie de Dick ZANUCK ( ça peut aider) et Raquel WELCH et Ursula ANDRESS ont refusé le rôle, ce qui est aussi bien, vu le froncement de sourcils qu’une telle perspective aurait pu provoquer chez Lydia HESTON …

    « J’aime toutes les idées de Frank , on peut dire que tout cela est «  vraiment intéressant » ;Je pense que Roddy, Kim et Maurice sont formidables ;James WHITMORE en particulier est un orang-outan remarquable ( je ne sais pas à quel point il apprécierait ce compliment) ; Linda H a ses problèmes, mais Frank s’arrange pour qu’elle reste presque immobile dans ses scènes, ce qui semble fonctionner »  (JOURNALS, 16 et 20 juin 67)

    Et on va donc en arriver tranquillement au «  climax » du film, qui a toujours été la motivation première de JACOBS et d’HESTON, à savoir la découverte par TAYLOR de ce qui a été sous-entendu tout au long du film, et ne saurait être un « spoiler »pour celles et ceux qui vont nous lire et connaissent bien le sujet ; en effet, cette planète ou le singe semble descendre de l’homme et non l’inverse, c’est bien sûr notre bonne vieille Terre finalement ravagée par un conflit atomique de trop, et qui aura permis par sa destruction d’en arriver à ce cauchemar anthropologique …deux mille ans plus tard, le misanthrope TAYLOR , aux pieds de la statue de la Liberté à demi-enfouie sur une plage ne peut que clamer son dégoût et sa colère devant ce que l’homme a bien pu faire pour en arriver là, ce qui nous renvoie en toute logique à son monologue du début évoquant la bassesse et la profonde bêtise de ses contemporains…

    «  Mort ABRAHAMS ( producteur exécutif pour JACOBS) m’a entrainé dans une discussion peu constructive sur ce que je devrais dire ou pas dans mon dernier discours devant la statue de la Liberté.Je préfère dire le discours que j’ai écrit moi-même, et c’est ma seule chance de mettre du poids derrière ce choix,en plus, c’est la meilleure version possible sur les trois proposées ; je ne peux pas croire que le Code interdise de nos jours d’utiliser la phrase «  Dieu vous maudisse », alors qu’elle est plus qu’acceptable dans le contexte du discours, vu que TAYLOR en appelle littéralement à Dieu pour punir ceux qui ont détruit la civilisation ! » ( JOURLNALS, 3 aout 67)

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    Et oui, vous l’avez bien lu, c’est donc HESTON himself qui a construit ce fameux texte final, qui ne serait certes pas aussi déterminant si la mise en scène de SCHAFFNER sur la plage de ZUMA n’atteignait pas là son sommet d’inventivité, mais il n’en résume pas moins l’état d’esprit du comédien au moment de conclure ce passage important dans sa carrière ; toujours conscient du fait que l’Homme est finalement son unique ennemi sur cette terre, mais toujours animé d’une authentique foi religieuse, le citoyen HESTON pose là un point de vue fort et sans concessions, et ce à une époque de doutes et de violence qui menacent gravement l’équilibre fragile de la planète…

    On comprend d’autant mieux la passion qu’il a mis dans ce projet, où tout ce qui a été mis en œuvre allait dans le sens de ce « finale » époustouflant, et qui depuis est entré fort justement au Panthéon des mythes du 7ème art !

    Reste à découvrir , après deux ans de travail autour de cet OVNI filmique, comment justement il va être accueilli, et quelle sera son influence dans l’évolution du cinéma américain et dans la carrière de Chuck HESTON …

    «  je pense que c’est du bon travail, que ce film sera forcément, différent, et si le commentaire social a autant d’impact que le côté «  aventure exotique », il se peut que nous arrivions à retenir l’attention d’un vaste public » ( JOURNALS, 10 aout 1967)

    A Cécile ...

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    A SUIVRE...

     

     

  • LA PLANETE DES SINGES , retour au sommet ( 1ère partie)

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    « Le projet intitulé «  LA PLANETE DES SINGES » est encore dans les limbes ; JACOBS essaie actuellement de réduire le budget à deux millions, ce qui parait risible, il veut aussi engager un réalisateur rompu à la télévision, ce qui me semble aussi être une erreur ; d’un certain côté, ce serait bon pour moi que ce projet se réalise, car c’est justement ce genre de «  script différent » qui m’intéresse … » ( JOURNALS, 3 novembre 65)


    Ces propos tirés des « journals » de l’artiste HESTON illustrent bien la difficulté éprouvée par les artistes pour monter un projet différent de la moyenne, surtout dans le contexte difficile de la crise sans précédent qui toucha HOLLYWOOD au milieu des années 60 ; en effet, l’heure n'est plus aux coûteux films épiques mais à un cinéma plus intimiste destiné à toucher les plus jeunes, et la notion même de «  superstar » commence à perdre beaucoup de son «  appeal » auprès des décideurs ; quant au plus grand studio de l'époque, la FOX, il n’est pas loin de la banqueroute au moment ou le fils de Darryl ZANUCK, Richard, reprend les commandes de la société pour «  faire des affaires » et non du grand art comme l’ambitionnait souvent son moraliste de père !


    Pour mener à bien un grand projet, il faut un inspirateur possédé par son idée fixe, et l’homme cité par HESTON dans ses “Journals”, Arthur P JACOBS est celui-ci ; homme de spectacle, agent artistique et producteur occasionnel, l’homme a pour lui une imagination débordante et une grande capacité de séduction, et surtout il entend réaliser tous ses rêves ; un de ceux-ci remonte à la petite enfance, quand il découvrit le « KING-KONG » de SCHOEDSACK et COOPER ! ébahi devant ce spectacle, il a vu grandir en lui cette obsession de faire un film où les singes seraient les protagonistes principaux, et c’est donc armé de cette conviction brûlante qu’il va littéralement harceler toutes les boîtes de production du moment, pour se voir essuyer un ‘NO’ global de la part de tous les décideurs, souvent assorti d’un commentaire goguenard… IL faut bien dire que l’époque ne se prête absolument pas à l’inventivité, et surtout s’il s’agit de science-fiction, genre considéré avec dédain par les producteurs, tout juste bon pour la série B, et donc pas du tout «  porteur » ce qui fait bien sûr beaucoup rire de nos jours, où la donne a été totalement inversée !

    richard D Zanuck.jpg        (Richard D. ZANNUCK)                 arthur P Jacobs.jpg       (Arthur P. JACOBS)                                  Rod_Serling scenariste de LA PLANETE DES SINGES 1968.jpg

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    JACOBS acquiert en effet , pour une somme moyenne, les droits d’un étrange roman français de Pierre BOULLE, qui vient de faire un triomphe avec LE PONT DE LA RIVIERE KWAI et s’étonne grandement qu’on puisse acheter les droits d’un roman qu’il juge «  inadaptable » mais JACOBS a eu le coup de foudre pour cette épopée où les singes sont les maîtres et les humains leurs esclaves ! armé de ce pitch qu’il juge prometteur, il s’expose donc aux quolibets les plus divers alors qu’il a fourni divers dessins et maquettes pour soutenir sa thèse, et fait appel au remarquable Rod STERLING pour mitonner une «  first draft » qui mette l’eau à la bouche des responsables de studio ; et comme rien n’y fait, il va donc proposer à une grande star de se joindre au projet, sans aucune garantie à proposer, si ce n’est son enthousiasme communicatif !

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    ( Charton HESTON )

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                                                  (Arthur P. JACOBS - Esward G. ROBINSON - Charlton HESTON (test)

    La grande star en question, HESTON himself, se demande justement à ce moment précis s’il en est encore une, car THE WAR LORD a été saboté par UNIVERSAL et son KHARTOUM chéri n’est pas promis à un grand avenir aux USA, il est donc dans une période de doute, sans pour autant être «  out of work » puisqu’il va bientôt tourner COUNTERPOINT, histoire d’un chef d’orchestre un peu fêlé, et qu’il va aussi refuser un western à gros budget qui se révélera un coûteux navet «  THE WAY WEST » .

    Seulement, voilà, tout ça est bel et bon mais ne l'émeut pas trop, alors que le pitch de JACOBS l’amuse et l’excite tout de suite, le voici donc, comme au temps de DUNDEE, prêt à faire le forcing pour imposer ce projet novateur aux obtus qui sont en place, enfin pas tout à fait, car il est toujours celui que WELLES appelait avec malice «  ce bon vieux Chuck fédérateur » c’est-à-dire un garçon courtois et diplomate, qui sait par exemple que son amitié avec ZANUCK junior pourrait bien aider leur petite entreprise…


    «  je suis allé cette après-midi aux studios de la FOX pour répéter une «  test- sequence » pour APES ,je suis pas sûr qu’il faille la faire vu que le film n’est pas encore approuvé par la compagnie, mais bon, j’ai accepté, alors autant la fermer et faire le job ! » ( JOURNALS, 7 mars 66)


    Ces quelques lignes illustrent bien la motivation de HESTON pour le projet, car ce «  test » va s’avérer décisif pour convaincre ZANUCK que, même s’ils sont imparfaits encore, les maquillages de singes proposés vont être convaincants, et non, «  les spectateurs ne rigoleront pas » ce qui est le souci de Dick ; celui-ci sera d’ailleurs un élément moteur du film, puisqu’il va consentir à lui donner le budget d’une grosse production, mais avec toujours une certaine naiveté de sa part ; en effet, APES ne sera toujours pour lui qu’une œuvre de divertissement, un «  big money maker » et les aspects politiques et philosophiques de l’ouvrage vont complétement lui échapper !

    Et comme le dit si bien HESTON à propos des déceptions que peut encaisser un artiste de cinéma devant la dure réalité du business, «  the one who pays the piper calls the tune » ; littéralement : «  c’est celui qui paye les musiciens qui leur dit quels airs ils doivent jouer »


    Donc, c’est bien ZANUCK junior, enfin rassuré quant aux possibilités de APES en tant que divertissement, tout en étant totalement inconscient des sous-entendus philosophiques et politiques dont Michael WILSON a parsemé sa nouvelle mouture du scénario, qui va payer l’orchestre, et faire démarrer le travail de tout ce beau monde à l’été 1967, ce fameux «  summer of love » qui marquera, pour d’autres raisons, la deuxième moitié du 20ème siècle !


    Aspects qui sont d’une importance capitale, pas tellement pour Rod STERLING qui va surtout s’employer à créer le décor et l’atmosphère de cette planète pas comme les autres, mais surtout pour Michael WILSON, écrivain remarquable et plus que soupçonné d’obédience communiste pendant la chasse aux sorcières de 47, auquel JACOBS va laisser les coudées franches pour apporter son grain de sel et donner une portée philosophique au sujet, notamment en écrivant une scène de procès d’anthologie, à laquelle HESTON, toujours fort libéral à l’époque, va parfaitement adhérer !

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    (Mike Wilson)


    « je viens de lire 70 pages du nouveau script de Mike WILSON pour APES, c’est sensationnel, et me parait une nette amélioration par rapport au premier scénario de STERLING ,il faut maintenant que j’aille de l’avant en ce qui concerne les nouveaux personnages qu’il a conçus » ( JOURNALS, 25 janvier 67)


    C’est aussi à ce moment, peu avant le tournage de ce WILL PENNY qui compte tout autant pour lui, que HESTON va jouer à son avantage de son statut de superstar pour imposer à la mise en scène son copain de longue date, Franklin SCHAFFNER, avec lequel il a partagé l’expérience créative mais douloureuse de THE WAR LORD, convaincu qu’il est de l’inventivité et de l’énergie de cet excellent capitaine ; l’avenir lui donnera raison, car SCHAFFNER va se passionner pour le projet, et contribuer à faire de ce «  space opera » qui pourrait rester banal, une véritable réflexion sur l’avenir de l’humanité …


    « Frank et moi avons travaillé ensemble de nombreuses fois et on s’entend bien,ZANUCK lui a donné sa confiance dés le début du tournage, et ne l’a jamais regretté, vu ses énormes capacités créatives et son sens visuel hors du commun » ( cité par Michael MUNN dans sa biographie,1986)


    On voit donc que, malgré les difficultés rencontrées, l’énergie et la complicité combinées de JACOBS et HESTON ont eu raison des réticences plus ou moins légitimes selon lesquelles un tel projet ne tenait pas, et il est également évident que l’un n’aurait rien pu faire sans l’autre ! tout comme il est intéressant, avant de refermer ce premier volet consacré à APES , de citer cette réflexion de l’artiste en marge de ses débats souvent animés avec Herman CITRON, qu’on ne saurait limiter non plus à un rôle d’homme d’affaires uniquement intéressé par le devenir financier de son poulain :


    « Herman pense qu’il n’est pas bon pour moi de «  mendier » pour un projet, et je vois bien son point de vue, il pense que ça ternit mon image de «  vedette très demandée »,mais je me dois d’ avancer avec circonspection sur ce film ;après qu’un acteur ait atteint un certain degré de réussite, il est supposé attendre dans un glorieux isolement que d’humbles scribouillards déposent leurs offres sur le pas de sa porte, et les choses sont différentes quand c’est l’acteur lui-même qui doit déposer humblement ses offres sur le pas de la porte des autres »( JOURNALS, 20 avril 67)

    A Cécile forever

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    A SUIVRE …

     

     

    QUELQUES PHOTOS DES ESSAIS ET MAQUETTES POUR " PLANET OF THE APES "

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    (photos extraites du livre : " LA PLANETE DES SINGES " de Joe FORDHAM et Jeff BOND " 

  • LES CINQUANTE CINQ JOURS DE PEKIN , Ou la fin de l’âge d’or d’ HOLLYWOOD ….

     

     

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    DANS la filmographie de l’artiste HESTON, une œuvre comme «  les 55 JOURS DE PEKIN » est souvent vue par la critique et même par ses fans comme un film un peu bancal, mal conçu et réalisé dans des conditions difficiles, et du coup, très peu d’amateurs lui trouvent quelque crédit, même si la récente ressortie du film en BLURAY a quelque peu remis les choses en perspective, notamment le soi-disant calvaire de son réalisateur Nicholas RAY, qu’on a tôt fait de considérer comme un auteur martyr injustement sacrifié par le système hollywoodien !

    En fait, comme souvent dans le cas d’une production aussi énorme que celle-ci, mettant en œuvre des moyens colossaux pour l’époque et faisant cohabiter pendant plusieurs mois un  groupe d’individus aux égos de la taille d’une pastèque, rien ne peut être aussi simple que les critiques de cinéma veulent bien le dire, et il apparait maintenant, avec le recul du temps, que ce «  FIFTY-FIVE DAYS IN PEKING » est loin d’être une œuvre négligeable, et doit certainement, finalement, beaucoup de son intêret aux conditions délirantes dans lesquelles il a été réalisé !

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    Le premier obstacle qui va se dresser presque chronologiquement, sur la route de ce spectacle mammouth imaginé par le producteur filou Sam BRONSTON va en effet être de taille, puisque cet homme, fort du triomphe de son EL CID, et qui n’a qu’une idée en tête au début de l’année 1962 , retrouver son cher ( dans tous les sens du terme) Charlton HESTON , commence ses préparatifs sans aucun vrai scénario, juste un «  pitch » hâtivement proposé par Philip YORDAN , scénariste à ses heures mais surtout «  vendeur » de tout premier ordre ! YORDAN s’est en effet «  fait un nom » dans le métier comme scénariste, sans avoir quasiment jamais rien écrit, vu que sa spécialité est de faire travailler à sa place des auteurs blacklistés et donc peu chers, auxquels il permet d’écrire tout en empochant l’essentiel des dividendes… fort de cette éthique d’une haute valeur morale, il va donc suivre à peu près le même chemin pour «  vendre » le projet à HESTON, sous la forme d’un traquenard agrémenté d’une bonne bouteille du meilleur malt, lors d’un vol MADRID- LOS ANGELES !

    Chuck va donc donner son accord de principe, d’autant qu’il admire le deuxième larron également présent sur ce vol, Nicholas RAY himself, qui vient de tourner KING OF KINGS pour BRONSTON avec un certain succès, et se verrait bien retenter un coup semblable avec, en plus, la présence de la mégastar que par ailleurs il apprécie ; autant pour « l’artiste maudit » que certains imaginent, c’est d’un homme d’affaires avisé qu’il s’agit, et il va d’ailleurs négocier un contrat avec BRONSTON d’un million de dollars ( !!!) qui en fera le réalisateur le mieux payé de l’époque !

    De quoi traite donc ce fameux «  pitch » qui a tout de suite plu à HESTON, grand amateur d’histoire ? Il y est question de la rebellion , en 1900, de nationalistes chinois, les « BOXERS » contre l’impérialisme européen et américain qui vise à l’époque à prendre le contrôle économique de la CHINE, en profitant de la faiblesse de son impératrice et surtout des divisions au sein de la classe politique dirigeante ; mais autant le décor et les faits historiques seront rapidement bien plantés et apparemment, plutôt véridiques, autant la faiblesse insigne du premier script et des personnages censés y évoluer vont très vite apparaitre comme des obstacles majeurs, HESTON se montrant particulièrement consterné devant la platitude de ses répliques et la façon dont son futur commandant LEWIS est décrit, une sorte d’ ersatz de John WAYNE dans ses pires moments ; mais comme il s’est engagé dans le projet, tout ce qu’il peut espérer faire, c’est limiter la casse en humanisant son personnage et en réécrivant pratiquement tous ses dialogues, à l’instar de sa co-vedette David NIVEN, choisi pour incarner l’ambassadeur britannique Sir Arthur ROBERTSON, et avec qui il aura une excellente relation pendant tout le tournage ! il dira même en substance dans ses mémoires : «  quand un acteur censé jouer finit par écrire ses propres répliques, c’est qu’il y a un souci du côté du scénariste »

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    La réalisation doit donc commencer pendant l’été 62, dans le cadre somptueux d’un ancien champ de blé, «  LAS MATAS » acheté par BRONSTON pour y planter le décor de sa future «  FALL OF THE ROMAN EMPIRE », ajourné en catastrophe vu le refus catégorique de HESTON de /

    a) accepter un scénario pareil

    b) retravailler avec Sophia LOREN, ce qui confirme sa noble conception du métier, car franchement, quel acteur au monde à part lui n’aurait pas souhaité travailler DEUX FOIS avec Sophia ? quoi qu’il en soit, l’équipe de scénaristes de YORDAN, composée de messieurs GORDON, BARZMAN et HAMER ( et oui, rien moins que l’auteur de NOBLESSE OBLIGE !) va tenter de faire une recherche poussée sur le plan historique, mais sans tout à fait comprendre la démarche des BOXERS, et donc en tombant dans un schématisme bons / méchants parfois puéril, qui fera dire à l’excellent pince-sans rire qu’est NIVEN : «  c’est le western le plus coûteux auquel j’ai pu participer, et sans jamais le savoir ! »

    C’est d’ailleurs au niveau de la révision d’un scénario discutable qu’il faut reconnaitre l’apport important de Nick RAY, qui donc, contrairement à ce qu’ont souvent prétendu à tort les critiques, était parfaitement motivé par le film, car il va apporter sa «  touche « » personnelle en s’attachant au personnage de la petite Theresa, fille d’un collègue du Major tué au combat, avec laquelle celui-ci développera une relation d’abord maladroite, se rapprochant d’elle au fil des évènements, sans qu’on tombe dans le pathos et le convenu ; et ce seront d’ailleurs, les scènes les plus intéressantes à jouer pour Chuck, grâce en grande partie à la direction d’acteurs subtile du cinéaste !

    Un autre ajout important et quasi inévitable dans une «  grosse machine » de ce genre va être l’insertion artificielle d’une romance orageuse au milieu de toute cette pagaille, mettant aux prises une aristocrate russe au passé trouble rejetée par les siens et notre fameux major ( who else ?), ce qui, on s’en doute, sera vu par l’artiste comme un coup bas supplémentaire ; beau joueur, HESTON se met en quête d’une actrice à la sensibilité européenne et propose MOREAU, MERCOURI et d’autres à BRONSTON, lequel va littéralement fondre en larmes devant lui lors d’un déjeuner pour tenter de lui imposer Ava GARDNER, typique femme fatale américaine ! comme le CHUCK a du cœur, il finit par capituler ( n’oublions pas qu’il a droit de regard sur le casting) et ce sera le début d’une relation disons, difficile, avec cette icone hollywoodienne déjà dévorée par le démon de l’alcool et qui va, tranquillement mais sûrement, faire du tournage un enfer.

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    Ava traverse à l’époque une période sentimentalement délicate, mais là ou d’autres se contenteraient de faire le travail sans que leurs problèmes personnels interviennent, cet état va avoir sur son jeu déjà hésitant une influence déplorable : incapable de dire son texte sans fautes, elle oblige les scénaristes à tailler dans ses dialogues, se montre colérique envers ses partenaires, arrive souvent en retard, parfois ivre, fait subir aux scénaristes les pires sarcasmes ( elle dira même à propos de BARZMAN, de confession israélite, qu’il est dommage qu’HITLER ne se soit pas occupé de son cas), bref, provoque un chaos bien supérieur à ce qu’on peut normalement attendre d’une star de l’époque, et SURTOUT, elle déteste Nick RAY .

    Celui-ci, qui jusque là avait pris le film à cœur et proposé d’excellentes idées à ses acteurs pour les scènes intimistes ou il excelle, avait gagné la confiance d’HESTON, à tel point que les deux hommes envisageaient le tournage d’une future épopée sur la Croisade des enfants, c’est dire qu’entre eux, le courant passait bien ! hélas, il va beaucoup moins bien passer quand HESTON, furieux de voir son « metteur » traité comme un paillasson par Ava et surtout incapable de la faire rentrer dans le rang suite à ses nombreux retards, va commencer à se demander si RAY, malgré son talent, est bien le bon capitaine pour ce navire à la dérive !

    Cette question, il ne se la posera pas longtemps, hélas pour Nick , car celui-ci, épuisé par les journées de tournage sous un soleil de plomb, sa propre addiction au whisky et les harcèlements constants de « la » GARDNER, va faire une attaque cardiaque foudroyante à laquelle il survivra miraculeusement ! Certains y verront une « maladie diplomatique », en tous cas, son retrait va mettre la compagnie dans la panique la plus complète, car les investissements bancaires concédés par BRONSTON sont tels qu’il est capital de finir cette «  godamm picture ! »

    HESTON va se montrer, dans ces circonstances difficiles, particulièrement efficace pour rattraper les jours de retard accumulés par la production, à tel point qu’on lui décernera sur le plateau le titre de «  meilleur premier assistant non officiel », puisqu’il va proposer d’intégrer l’excellent Guy GREEN, avec qui il vient de réussir «  DIAMOND HEAD » à la mise en scène, tandis qu’Andrew MARTON s’occupe des scènes de combat autour des légations européennes. Dormant au maximum quatre heures par nuit pendant plusieurs semaines, il va cumuler les scènes dialoguées avec les séquences d’action sans jamais faiblir, prenant un peu de repos quand il n’est pas impliqué ( ce qui est rare dans le film) pendant que les deux metteurs en scène travaillent séparément dans des décors différents , la nuit pour l’un, le jour pour l’autre ! un exploit logistique formidable ou il aura pris plus que sa part, sans pour autant perdre de vue que ce film reste bancal, que son scénario même remanié reste faible, et que plus jamais on ne le reprendra à accepter un travail sans un script bien finalisé ! ( en fait, il fera la même erreur deux ans plus tard sur MAJOR DUNDEE, comme quoi…)

    Bien que GARDNER, consciente de ses erreurs , tentera de s’amender en se montrant plus docile avec GREEN qui de toute façon ne se laisse pas faire, HESTON ne lui pardonnera jamais vraiment son comportement lors du tournage, malgré son admiration pour certains aspects du personnage ; il évoquera d’ailleurs avec émotion dans ses «  journals » cette scène nocturne en plein MADRID ou Ava, sérieusement esquintée, se grisera à faire des passes de toréador avec son manteau devant un défilé de voitures et donc d’automobilistes médusés, concluant sa description par ces mots : «  she was absolutely marvelous »

    Malgré les prédictions de nombreux professionnels présents sur le tournage, le film sera plutôt très bien reçu en EUROPE, non par la critique qui va globalement le massacrer mais par un public enthousiaste, et même si la réception aux USA sera moyenne ( «  qui connait dans ce pays la révolte des Boxers ? » dira son ami Kirk DOUGLAS) HESTON va nuancer son jugement impitoyable au début, sur ce qu’il considère comme « un beau sujet historique maltraité par ses auteurs » ; au fil du temps, il va même lui reconnaitre les qualités d’une certaine «  flamboyance », et c’est ce qu’on est tenté de penser aujourd’hui en tant que cinéphile …


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    C’est un film fondé contrairement à ce qui a été dit, sur une base historique sérieuse et documentée, et ceux qui disent le contraire ne sont pas forcément les mieux informés sur ce soulèvement crucial pour la CHINE, car il préfigure la future révolution populaire ; on peut lui reprocher un point de vue européen au détriment de l’objectivité, mais n’en va-t-il pas de même dans le cas de productions asiatiques mettant en scène des Européens ? il est donc un peu facile de le juger sur des critères de réflexion d’aujourd’hui ;on peut par contre en déplorer les «  trous » scénaristiques, la gestion par-dessus la jambe de la relation amoureuse très mal développée, mais on peut aussi en admirer la mise en scène ,ou parfois on retrouve des fulgurances typiques d’un RAY «  at his best », la magie des décors, la somptuosité de sa photographie et ces moments savoureux entre d’excellents acteurs dans des styles différents, HESTON,NIVEN, IRELAND en sergent bougon un peu «  fordien » et Harry ANDREWS qui campe un prêtre truculent, en apprécier sans honte le faste, le glamour et la sentimentalité débordante de ce qui reste, après tout, un des derniers films marquants de cet âge d’or d’HOLLYWOOD, cette époque ou on fabriquait du rêve en suant sang et eau sans le confort des ordinateurs pour faire le travail à la place de figurants et de techniciens besogneux, cette époque pleine de magie et d’excès aussi, ou les stars qui brillaient au firmament faisaient plus que mériter leur place.

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    A ma chère CECILE, qui adorait particulièrement la scène finale, ou THERESA retrouve son major …

    «  come, take my hand »

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    " COME, TAKE MY HAND "...

    En mémoire de Cécile que je n'oublie pas,  qui a contribué au blog avec Renaud.


    Cher Renaud, j'ajoute également cette video de l'interview de Charlton, durant une pause lors du tournage des 55 JOURS DE PEKIN.

     

     

  • «  LES TROIS MOUSQUETAIRES  » , ou la rencontre de deux géants…

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    Oliver REED (Athos) - Michael YORK (d'Artagnan) - Richard CHAMBERLAIN (Aramis)  - Frank FINLAY (Porthos)

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    «  JE n’ai jamais compris pourquoi les français révèrent NAPOLEON, un homme qui a contribué à détruire leur pays, et ignorent complétement RICHELIEU, qui peut être considéré comme le fondateur d’un Etat moderne »…


    CES propos, même s’ils manquent de nuances et illustrent une certaine méconnaissance de l’histoire de France, tenus par Charlton HESTON dans son autobiographie, n’en sont pas moins révélateurs de la curiosité intellectuelle et du besoin incessant d’apprendre qui caractérisent le comédien mais aussi l’homme, même s’il a pu souvent se montrer excessif et porter des jugements disons «  arbitraires » sur des sujets qu’il connaissait peu.


    Tous les admirateurs de l’artiste savent pertinemment qu’il avait une véritable passion pour les «  grands personnages » de l’histoire, et qu’il avait une nette préférence pour interpréter ces «  géants » plutôt que des personnages contemporains qui l’attiraient moins ; cette fascination a pu être jugée par ses critiques comme une forme d’élitisme méprisant, mais rien n’est plus faux : HESTON souhaita toute sa vie s’améliorer en tant qu’acteur ( ce qu’il fit !), et trouvait justement que jouer des flics ou des shérifs qui avaient déjà été sur-utilisés à l’écran, ne le ferait jamais autant progresser que de tenter d’approcher, « d’investir » des personnages complexes et hors du commun ! d’où son choix de redonner vie à Moïse, Gordon pacha , El Cid , Andrew Jackson, et dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, Armand du Plessis, cardinal duc de Richelieu…

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    HESTON avait été au départ, approché par les frères SALKIND, producteurs de renom, pour jouer en fait ATHOS, comte de La Fère, dans une nouvelle adaptation luxueuse et plutôt satirique du chef d’œuvre de DUMAS, le tout pour un cachet vertigineux qui lui fit dire avec humour que « si tous les comédiens étaient rémunérés de la même manière, ils devraient aussi faire de la figuration pour couvrir les frais de production !» Jouer ATHOS ne l’amusait pas plus que ça, et il avait aussi des doutes quand à l’idée de tourner en comédie un ouvrage aussi sérieux et renommé ; c’est quand il apprit que le metteur en scène serait Richard LESTER, qu’il commença à s’intéresser au projet, d’autant plus que l’année 1973 s’annonçait pour lui plutôt calme côté tournages…

    (Richard Lester)
    Richard LESTER s’était fait en quelques années une réputation, formidable dans le milieu, grâce à son sens de l’humour, sa virtuosité caméra en main et son sens aigu du rythme et du montage, qu’on pourrait rapprocher pour nous Français d’un Jean-Paul RAPPENEAU ; son talent avait su faire des BEATLES des stars de l’écran avec l’excellent «  A HARD DAY’S NIGHT » et il avait su capter le tourbillon du « swinging LONDON » des sixties grâce à PETULIA, un autre grand succès artistique et commercial ; malheureusement, son dernier opus «  THE BED-SITTING ROOM » avait été un four complet jusqu’à ruiner sa maison de production ! il se trouvait donc, comme on dit, dans l’impasse, n’ayant pas tourné depuis quatre ans, et prenait donc très au sérieux la chance à lui donnée par les SALKIND de refaire surface avec un sujet excitant pour lui…


    C’est donc LESTER, toujours prompt à développer des idées originales, qui va insister pour garder HESTON dans le casting, malgré son refus de s’engager pour plusieurs mois sur un personnage qui ne l’inspire pas, et n’a selon lui, «  pas grand-chose à jouer » ; quand HESTON lui suggère de lui donner un petit rôle sans forcément passer beaucoup de temps en Espagne, LESTER lui propose alors, fidèle à son approche non conventionnelle, de jouer RICHELIEU, personnage certes central à l’intrigue et disons capital, mais présent dans un nombre restreint de scènes, ce qui convient parfaitement à Chuck ! Celui-ci ne manquera pas de souligner que «  rarement un personnage secondaire à l’écran aura vu son nom autant prononcé dans un film » !

     
    Beaucoup a été dit sur ce choix inattendu de faire jouer par un américain un rôle aussi typiquement européen, et certains se sont gaussés de cette star américaine tentant de recréer un personnage aussi étranger à sa propre culture ; en effet, quel besoin avait donc LESTER d’employer HESTON, alors qu’il faisait jouer le rôle du Roi par CASSEL ( excellent au demeurant) et aurait pu employer un autre «  frenchie » pour jouer le cardinal ! disons que ce besoin de LESTER allait parfaitement de soi avec la fantaisie, l’impertinence et l’humour passablement déjanté qui caractérisent son cinéma ; de même que DUMAS n’avait cure de «  faire des enfants à l’histoire si ce sont de beaux enfants », LESTER fera donc à son tour de charmants bambins à DUMAS, dans une adaptation de Mc Donald FRASER absolument délirante, ou tous les personnages font preuve tour à tour de bouffonnerie et parfois de stupidité, servis par des comédiens anglo-saxons jouant parfaitement le jeu de la satire et de la comédie !


    Tous ?


    Tous, sauf un ,évidemment, on aura facilement deviné qui…


    Car si HESTON, loin d’être l’insupportable Wasp coincé et rigide que ses détracteurs imaginent, adore la comédie et souhaite au départ rentrer à fond dans la danse de la parodie, il se voit sur ce coup opposer un veto catégorique à ce niveau par LESTER himself ! pourquoi ? Et bien justement, parce que RICHELIEU étant à priori le « méchant » de l’histoire, il n’y a selon le metteur aucune raison de l’aborder sous l’angle de la comédie, mais bien lieu d’en faire, au contraire, cette éminence impitoyable, sans autre scrupule que la défense de l’Etat à tout prix, et dans ce but, RICHELIEU doit être « un antagoniste crédible »,donc exit la tentation du pastiche, il sera joué « straight » et en sera donc, par contraste avec tous les joyeux bretteurs insouciants qui peuplent l’ouvrage, d’autant plus inquiétant !

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    Marché conclu entre les deux hommes, qui vont s’amuser comme des fous pendant le tournage, même si les dix jours prévus au départ vont se transformer assez rapidement en quatre semaines, ce que la star accepte de bon cœur ; il échappe ainsi à une situation difficile avec Lydia, son épouse avec laquelle il a failli rompre pour de bon peu de temps avant, et surtout, il vit une expérience de tournage inoubliable, avec une équipe de comédiens de haut niveau !


    Tous ( ou presque) sont en admiration devant cette icone hollywoodienne, son charisme et son talent, et Michael YORK lui-même, dans une interview de 2002 pour le DVD sorti cette année-là, ne tarit pas d’éloges sur le personnage HESTON, tout comme son complice FINLAY ( PORTHOS), parlant même de sa troupe de «  jeunes parvenus britanniques confrontés à ce qui se fait de mieux » avec beaucoup de tendresse et d’humour.

     

    Le seul de la troupe à ne pas avoir trop tenu compte de la «  gravitas » de la mégastar semble être, et on comprend pourquoi vu son caractère d’éternel trublion, l’ami Oliver REED, qui a justement hérité du rôle d’ATHOS auquel il apportera une profondeur inoubliable ; dès le premier soir, à peine arrivé à l’hôtel, HESTON se verra apostrophé par REED d’un « hey, Chuck ! » retentissant depuis le bar de l’établissement, à l’issue de quoi ils se livreront à une puissante session alcoolique dont REED sortira comme à l’accoutumée, vainqueur, et HESTON particulièrement amoindri, au point qu’il avouera souhaiter «  ne plus jamais être confronté à un acteur britannique dans un bar ! »


    L’amusement est une chose et le travail en est une autre, et il faut bien dire qu’à ce niveau, le «  Chuck » sait toujours se faire respecter ; ayant pris la mesure d’un personnage qu’il considère comme « le seul à montrer une réelle intelligence, tous les autres sont des idiots » ( toujours dans la nuance, notre héros…) il va s’employer à faire ressortir toutes ses qualités, pas seulement sa duplicité et sa rouerie, mais aussi son sens aigu du devoir et son respect de l’Etat auquel il voue toute son énergie ; un peu trop grand pour le rôle, il compense ce handicap par une subtile claudication qui l’ « humanise », tout en usant avec talent de sa subtile diction mélodieuse, ou chaque mot semble ciselé et pesé, héritage de son récent vécu théâtral ( il vient de jouer THE CRUCIBLE de MILLER ) et de sa fameuse présence physique naturelle, fort inquiétante effectivement dans ses scènes.


    La plupart du temps confronté à Jean-Pierre CASSEL dans le rôle du Roi et surtout à Christopher LEE, excellent ROCHEFORT, il prend un plaisir certain à ces échanges savoureux, et sera particulièrement impressionné par Faye DUNAWAY, qui compose une Milady haineuse et impitoyable ; on voit à quel point le casting conçu et défendu bec et ongles par LESTER porte ses fruits, contribuant tout autant que le choix des décors et des costumes parfaitement délirant, à la réussite totale de cet opus !

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    (Jean-Pierre Cassel : Louis XIII)

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    (Christopher Lee : Rochefort)


    A la fin du tournage, Chuck note d’ailleurs dans ses «  journals » la phrase suivante :


    « pour résumer, maintenant que c’est terminé, je serais fort surpris que cette production ne marche pas ; le script est magnifique, tous les acteurs sont bons, et LESTER est encore meilleur, j’ai un très bon feeling sur ce film, vraiment »


    Venant d’un artiste qui avoue avec humour s’être souvent trompé sur ses prévisions quand au succès de ses films, le compliment pourrait augurer donc d’un futur échec, mais il n’en sera rien : le film sera un triomphe lors de sa première parisienne, et fera un tabac dans toute l’Europe , avec un début timide aux USA, très vite compensé par un bouche à oreille plus que positif, qui en fera la meilleure recette d’un film européen pour l’année 73, ce qui n’est pas rien !


    TOUT est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? pas tout à fait, car une légère «  crapulerie » s’est quand même immiscée dans ce tableau idyllique ; en effet, peu de temps après la fin du tournage, constatant qu’ils disposaient d’un métrage de longue durée ( ce qu’ils savaient depuis le départ) les frères SALKIND vont, à la surprise des comédiens impliqués, scinder le film en deux parties pour sortir la première époque fin 73 et la deuxième l’année suivante, choix certes courageux dans le cas où le premier film aurait fait un flop rendant inutile la sortie du deuxième, mais particulièrement contestable vis-à-vis des acteurs prévenus au dernier moment !


    La colère de certains ( LEE, DUNAWAY, WARD) sera telle qu’ils refuseront d’entendre parler des brothers SALKIND pendant de longues années, d’autres préfereront adopter une position plus « diplomatique » notamment YORK, et surtout REED et HESTON , qui retravailleront même avec eux plus tard pour THE PRINCE AND THE PAUPER, avec un succès moindre cependant…

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    (Rachel Welch : Madame Bonassieu - Geraldine Chaplin : Reine d'Autriche - Faye Donoway : Milady)


    AH, les éternelles errances et magouilles du show-biz ! mais comme en tant que spectateurs, nous en ignorons la plupart des mécanismes, contentons-nous d’apprécier pour l’éternité ce petit chef d’œuvre d’humour et de fantaisie, ou la création de RICHELIEU par l’artiste reste une de ses grandes performances des années 70 !

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    A MA CECILE, mon éternelle script-girl...

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