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CHARLTON HESTON : "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

 

 

PUBLIE LE 1er FEVRIER 2016 - MAJ le 1er FEVRIER 2017

 

Toujours en quête d'informations sur Charlton Heston, j'ai découvert ce texte écrit par Chuck pour "GUIDEPOSTS_CLASSIC". Je l'ai trouvé intéressant, passionnant, aussi je l'ai traduit pour en connaître la teneur exacte. Je ne suis pas déçue, j'ai été très émue en découvrant les impressions de notre grand Chuck, sur son rôle bien particulier de Moïse et ses réflexions sur le personnage auquel nous l'avons tous identifié. 

 

MALHEUREUSEMENT, CE TEXTE ECRIT PAR CHARLTON HESTON, N'EST PAS DATE, MAIS IL A ETE POSTE DANS GUIDEPOSTS LE 25 JUILLET 2013

 

https://www.guideposts.org/guideposts-classics-charlton-hestons-meetings-with-moses?nopaging=1

 

 

 

Pour Guideposts Classic, Charlton Heston révèle comment il a rencontré  Moïse,  l'homme.

 

 CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

 
Si vous êtes comme moi, le nom de  "Moïse" évoque immédiatement, un visage semblable à Dieu, sévère, avec une longue barbe blanche. Au moins, c'est ainsi que j'ai eu l'habitude de penser à Moïse. Alors quelque chose m'est arrivé qui, pendant un instant a effacé brusquement la barbe blanche et m'a laissé regarder fixement le visage d'un homme de chair et de sang.

Ce n'est pas arrivé  une fois, mais trois fois. Je voudrais vous parler de l'homme que j'ai rencontré en ces trois occasions extraordinaires.

Ma première vision de Moïse vint sur le mont Sinaï, où nous sommes allés filmer des scènes pour le film  " Les Dix Commandements ". Il nous a fallu deux jours pour nous rendre du Caire jusqu'à la montagne,  dans un paysage si désolé, qu'il a perdu toute prétention d'avoir une route et que les guides  ont dû faire la moitié du chemin parmi les rochers.

Puis, soudain, il était là à l'horizon :  le Mont Sinaï  - pour nos guides arabes  " Djebel Musa " : " la montagne de Moïse ".

Qu'y avait-il à propos de cette "forme menaçante " qui a soudainement refroidi le jour étouffant ? Certes, c'était la montagne solitaire, je ne l'avais jamais vue : un vaste rocher contre le ciel du désert.

Mais il y avait autre chose à ce sujet, quelque chose qui m'a fait une demi-peur d'aller plus près. À l'époque de Moïse, les hommes ont cru qu'il était mort certainement  d'avoir mis  les pieds sur le Sinaï - parce que, disaient-ils, c'était le lieu d'habitation de Dieu.

Je me suis dit que les hommes modernes savaient mieux. Mais comme nous avions bifurqué vers le pied du Djebel Musa, je ne pouvais pas me débarrasser de l'impression que d'une certaine façon mystérieuse, cette montagne appartenait à Dieu et non aux hommes.

Nous avons campé cette nuit-là  à sa base et le lendemain matin nous partions à pied pour le sommet. Après quelques minutes de montée, mon souffle état court et mon coeur cognait.

Les pentes étaient encore plus raides et plus sauvages que ce que l'on pouvait voir d'en bas. abîmes soudains, venus de nulle part, des cendres volcaniques réduisant mes bottes en lambeaux  et le vent brûlant du désert remplissant mes poumons.

Et pendant tout ce temps, j'avais la conviction obsédante que j'étais seul. C'était des absurdités bien sûr ; il y avait une douzaine d'hommes travaillant dur en haut de la montagne avec moi. Mais la montagne était tout autour de nous maintenant, jusqu'à ce que je réalise que j'étais seul ici avec les rochers s'effondrant.

C'était à proximité de l'un d'eux qu'eut lieu ma première rencontre avec Moïse.

Je l'ai vu en difficulté en haut de ces mêmes falaises, sandales déchirées, cheveux soufflés par le vent du désert, les yeux écarquillés par la peur. Oui, Moïse avait peur quand il a grimpé cette montagne ; si elle me remplit d'une terreur indéfinissable dans ce siècle incrédule, qu'a t'elle pu faire pour l'homme qui savait qu'il commettait une violation du lieu saint de Dieu Lui-même ? 

A cet instant, le Législateur Majestueux avec sa longue barbe blanche avait disparu, et Moïse était un homme comme je l'étais, haletant , cœur battant et martelant de la cruelle montée, avec quelque chose de plus terrible encore.

Pour Moïse, alors qu'il montait, il a été pris dans la présence étrange qui entoure encore cette montagne. Et soudain, je savais qu'il avait grimpé dans la terreur.

Ce fut ma première vision de Moïse. Une semaine plus tard, je l'imaginais, je l'ai revu, à un autre moment de sa vie.

Une des choses les plus difficiles à faire au cinéma je pense, est que vous n'interprétez pas votre rôle directement du début à la fin, de la même façon que cela s'est réellement passé.

Dans ce film, les premières scènes que j'ai jouées étaient celles sur le  Mont Sinaï. Maintenant, une semaine plus tard, je devais interpréter une séquence qui avait eu lieu de nombreuses années plus tôt dans la vie de Moïse : les scènes qui le montrent fuyant l'Egypte à travers le désert.

Pendant trois jours, j'ai marché, trébuché et rampé à travers ce désert tandis que les caméras tournaient et les couches de poussière sur moi me maculaient d'une croûte solide.

Nos guides arabes étaient abasourdis par cette nouvelle tournure des événements. L'un d'eux, en particulier, me regardait avec anxiété quand  je me suis effondré sur mes genoux dans le sable.

C'était une scène où Moïse déracine une plante verte minuscule et gratte dessous dans le sol à la recherche d'eau. Il  nous a vu tourner plusieurs prises, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus le supporter.

 " Pourquoi  ne donnons-nous pas un peu d'eau à cet homme triste ? — s'écria t'il avec une grande compassion — puis tous retournent au Caire !"

Mais, sur le rocher rouge flamboyant, et ici dans le désert, j'ai rencontré Moïse pour la deuxième fois.

Ce n'était pas une réunion soudaine, à couper le souffle, comme au moment où  j'avais contourné un rocher sur le Mont Sinaï. Ceci était une connaissance graduelle, une connaissance qui a grandi en moi quand je marchais, heure après heure, dans le paysage le plus désespéré que j'ai jamais vu. 

C'était tout simplement ceci : Moïse savait ce que signifiait l'échec. Sa fuite à travers ce désert est venu à un moment de sa vie où il n'avait pas la foi ; il n'a pas encore rencontré Dieu et reçu sa Mission divine. Il était juste un homme qui court pour sa vie.

Il fuyait la condamnation à mort du Pharaon, seulement pour trouver une mort bien plus hideuse qui l'attendait sous le soleil impitoyable.

Il a continué à aller tout simplement parce que il y avait une chose plus horrible que de marcher dans ce désert, et cette chose c'est d'arrêter là, où la chaleur se referme autour de lui comme un linceul. Il a continué à marcher, mais il ne pouvait pas espérer traverser ce désert,  vivant.

Il suffit simplement de regarder et d'oublier tout espoir. Comme la chaleur ondulante, le désespoir monte des oueds secs (cours d'eau qui coulent seulement pendant les pluies), et même les collines sont construites de poussière. 

Ici encore, le patriarche Moïse était nulle part. Ici, il  était seulement un homme épuisé, un homme qui, une fois au moins, avait touché le fond.

Ma dernière vision de lui est venue près de deux semaines plus tard. A l'orée du désert, non loin du Caire, notre équipe de tournage avait reconstitué les portes d'une ville et là, un samedi matin, 7.000 figurants égyptiens étaient rassemblés pour la scène de l'Exode.

J'étais arrivé tôt, pour des heures de maquillage et d'essayage et je suis sorti sur le tournage. Là, je me suis arrêté brusquement. Je savais  qu'il y aurait 7.000 personnes là-bas, mais je ne l'imaginais pas jusqu'à ce que je les vois.

Sur un mile (environ 1 km 610) en face de moi,  s'étirait une masse solide de personnes et d'animaux. Ils ont rempli l'avenue des Sphinx qui conduit dans le désert et ils se répandirent sur le sable de chaque côté. 

Quelques temps après, je commençais à remarquer des individus. Juste en face de moi six chameaux poussiéreux, vomissant, que leur guide plaçait en position. À côté de lui,  une petite fille entourée de mouches, gardait  quelques oies décharnées.

Un vieux bédouin à côté d'elle tirait la carcasse d'un âne mort. Un nouveau poulain brillant et un enfant âgé d'une semaine tétaient le lait de leur mère. Peu de ces personnes avaient déjà vu un film ; aucun d'eux n'avait la moindre idée pourquoi ils étaient payés pour être ensemble ici.

Pendant deux heures, je marchais,  avançant petit à petit, à travers l'essaim de personnes en sueur et des animaux, répétant  avec hésitation  mes deux phrases en arabe : "Salutations" et "Comme Dieu le veut."

Et partout où j'ai marché, les gens reconnaissaient  la grande Figure et  la robe Levite. Moïse est une aussi grande figure pour les Musulmans que pour les  Chrétiens et les Juifs. Partout leurs murmures chaleureux m'ont suivi : "Musa! Musa!" (Moïse ! Moïse)

Je suis perdu maintenant, pas dans l'espace, mais au travers des siècles. Sûrement que le matin de cet Exode, il y a longtemps, ce sont les mêmes yeux qui ont suivi Moïse. Les mêmes animaux maigres, les vêtements en lambeaux, la puanteur de la pauvreté.

Je me suis dirigé en tête à travers la foule en direction du désert. Infini et sans vie,  il s'étire à l'horizon, tandis que derrière moi les voix affaiblies se gonflent : "Musa, Musa".

 CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

 Ces gens avaient eu confiance en  Moïse, ils l'avaient suivi où il les dirigeait et,  où les avait-il conduits ? Dans cette aride désert ? Dans ce désert indicible ?

Je me suis retourné et ai regardé derrière moi cette marée d'hommes âgés, des femmes affamées, des enfants minuscules. Moïse ne pouvait pas les avoir menés dans ce désert !

Pas Moïse ! Je l'avais vu, pas l'homme qui avait rampé sur ses genoux à travers le désert. Pas l'homme qui avait lutté, haletant et qui était terrifié, en haut des pentes du Mont Sinaï ; cet homme était capable de doute. Pourrait-il maintenant marcher dans ce désert avec la petite fille et ses oies?

Le moment était venu pour Moïse de donner le signal  du départ et d'emmener la foule vers l'Exode. Je marchais lentement vers l'endroit tortueux où ils avaient attendu, groupés en arrière, entre les sphinx "cools". Qu'est-ce que Moïse a ressenti quand leurs yeux se tournèrent vers lui en confiance ? L'homme que j'avais entrevu sur le mont Sinaï avait eu peur.

 CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

J'avais rencontré Moïse sur le Sinaï, oui, mais Moïse avait rencontré Dieu. Et ensuite je savais ce que Moïse avait ressenti, il avait été confiant, joyeux, spontané.

Bien sûr Moïse ne pouvait pas mener ces milliers de gens à travers le désert. Il n'aurait jamais essayé. Mais Dieu pouvait le faire. Et Moïse, cet homme " bien-trop-humain ", cet homme tellement comme les autres, s'était simplement transformé en instrument par lequel la force de Dieu s'est déplacée.

Avec joie, j'ai crié les mots que Moïse cria :

"Aidez-nous à sortir d'Égypte, Seigneur,

Comme l'aigle porte son jeune sur ses ailes ... "

 CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

Alors j'ai levé le bâton de Moïse et j'ai vu la multitude se soulever en un vaste frisson en mouvement, sortir de l'esclavage.

CHARLTON HESTON

 

Commentaires

  • Je remercie France de m avoir permis de lire ce splendide texte écrit par
    Charlton ....
    Il m a bouleversée par sa sincérité, sa véracité, sa sensibilité :une belle âme
    notre Chuck !
    J y ai trouvé un reflet de ce que je ressens moi aussi , sur un sujet aussi essentiel
    pour moi que la foi .
    Toute mon admiration à Charlton !!
    Mon amitié à France

  • Merci Christiane d'avoir apprécié à sa juste valeur ce texte magnifique et personnel de Charlton Heston. J'avais été séduite par la sincérité, la force de son texte, sa foi et sa fragilité. Un homme qui a bien mérité du titre de MAGNIFIQUE.
    C'est vrai que ce texte est infiniment bouleversant. Croyant ou agnostique, on peut être sensible aux émouvants ressentis de Chuck devant ce mont du Sinaï. Je me demande combien de personnes sont sensibles à ce texte !!!
    Mon amitié à Vous Christiane.

  • Ce texte m'a bouleversée ! Quelle sincérité! Quelle humilité! J'admire la simplicité avec laquelle Charlton arrive à nous faire partager tout cela. Devons nous en conclure que, quelles que soient les circonstances qui font du larron un héros, nous restons des hommes soumis à la bienveillante toute puissance de Dieu?

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