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CHARLTON HESTON LE MAGNIFIQUE

  • 26 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

     

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    Un Succès singé

    Souvent, rien ne soulage plus la perte d'un être cher que le dur labeur, et Charlton avait la chance d'avoir un film à faire pour se ressaisir. C'était La Symphonie des héros1, un drame de guerre dans lequel il incarne un chef d'orchestre en tournée avec son orchestre dans une Europe déchirée par la guerre. Quand l'orchestre est capturé par les Allemands, Heston se retrouve à mener une bataille d'esprit avec leur ravisseur brillamment joué par Maximilian Schell.

    Charlton a été formé à diriger un orchestre par Léo Damiani pendant deux mois, et Heston dit que ce qui l'intéressait dans ce film était précisément le défi de devoir apprendre à être chef d'orchestre :

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    (Leo Damiani)

    https://www.google.com/search?q=leo+damiani&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwjt47_FvLDgAhVRJlAKHWKWBLYQ_AUIDigB&biw=1366&bih=626#imgrc=h9POXhmYr3b-YM:

    «Mon goût a toujours penché pour la musique, mais comme on l'apprend rapidement, diriger un enregistrement de Beethoven à une heure du matin chez soi, n'est pas pareil… ce n'est pas comme ça qu'ils font.

    Le fait que je sois musicalement illettré rendit la tâche compliquée. Un chef d'orchestre doit connaître la partition par cœur, et on ne peut pas apprendre une partition symphonique sans être vraiment capable de lire les notes. Heureusement, il restait du temps avant le début du tournage et nous avons réussi à trouver une solution à chacun de ces problèmes.

    Je dirai sincèrement qu'apprendre à faire semblant d'être chef d'orchestre fut la préparation la plus difficile que j'aie jamais faite pour un film.»

     

    Il sortait de chaque session d'entraînement couvert de sueur, mais il apprit ainsi à diriger la cinquième symphonie de Beethoven (ou du moins une partie), Le Lac des cygnes et un peu de Brahms.

    Début 1967, après avoir fini La Symphonie des héros, il fut convoqué à Washington où le président L. B Johnson le nomma personnellement au National Council of the Arts. C'était une responsabilité supplémentaire qu'il promit d'endosser du mieux qu'il pouvait bien qu'il portait déjà le poids de la présidence de la Screen Actors Guild et était lourdement impliqué à ce moment-là pour bloquer le plan proposé d'amener des touristes sur les plateaux en plein tournage.

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    Avec tant de choses se passant en même temps, il est surprenant qu'il ait trouvé le temps de jouer, mais il avait les yeux rivés sur un petit western pas comme les autres, Will Penny, le solitaire2. Il explique :

    «Le script me fut apporté par Walter Seltzer, je le lus et j'eus envie de le faire aussitôt. J'ai supposé que l'homme qui l'avait écrit, Tom Gries, était un historien ou une figure éminente de l'histoire de l'Ouest, mais il s'avéra être un auteur amateur qui n'avait jamais écrit de western. J'ai dit à Walter que le projet pourrait intéresser Wyler ou Georges Stevens, mais il me dit qu'il y avait un os. L'auteur voulait réaliser le film lui-même.

    Je lui ai demandé ce qu'il avait réalisé auparavant : rien du tout, dit Walter. Le script était cependant tellement bon et j'avais tellement envie de le faire que nous avons fini par céder

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    Lydia face à Chuck dans "WILL PENNY LE SOLITAIRE"

    C'est le nom d'Heston qui convainquit Paramount de soutenir le film, et le tournage commença à Bishop, en Californie. Lydia offrit ses services juste pour une journée dans un petit rôle tandis que le rôle féminin principal revint à Joan Hackett dont le talent et le professionnalisme ravirent Heston. Malheureusement, Joan Hackett est maintenant partie, sans avoir exploité tout son potentiel d'actrice de marque.

    Donald Pleasence jouait le méchant au cœur noir du film et sembla remarquer que beaucoup de ses scènes furent coupées par déférence pour Charlton Heston, mais il a une histoire amusante à raconter :

    «Je jouais un homme sauvage, un fou qui tirait sur tout le monde, avait une maîtresse et torturait Charlton Heston. À la fin, Heston m'abat avec un fusil à canon scié, me faisant valdinguer plusieurs mètres en l'air. Après que nous avons fait cette scène, Heston me dit : « ça t'apprendra à t'en prendre au personnage principal. »

    Ce qui attira vraiment Heston dans ce film, hormis la qualité du script, était son authenticité. Il dit :  

    «Will Penny, le solitaire est le contraire de L'Homme des vallées perdues3 en terme de protagoniste, mais son environnement avait le même réalisme. Penny n'est pas un mythique héros de western avec une peau de daim dorée, un chapeau couleur fauve, plusieurs pistolets et un cheval alezan bien pouponné.

    Je porte un chapeau trentenaire déchiré, une moustache en guidon de vélo et des jambières en cuir que j'avais volées d'un précédent film et que j'avais gardées au fond du placard. Je ne chevauche pas un cheval bien bichonné mais un qu'on laissa volontairement dans un enclos en extérieur pour qu'il ait un pelage d'hiver.

    Sur place, où tout est nécessairement plus éloigné comme l'assistante du réalisateur, la perche du micro  et le cameraman, on est dans un environnement complètement immersif, et il est plus simple de remplir une des missions de l'acteur qui est de se persuader que les circonstances de l'histoire donnée sont réelles. Je pouvais bien mieux le faire en chevauchant dans la poussière provoquée par un millier de têtes de bétail dans l'Orange River Valley où nous tournèrent Will Penny le solitaire, que je ne l'aurais pu sur les plateaux totalement « réalistes » que l'on construisait dans les studios d'enregistrement.»  

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    Donald Pleasence, Anthony Zerbe, Bruce Dern. 

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    (Lee Majors) 

    Will Penny, le solitaire, l'histoire d'un cow-boy vieillissant qui pense être trop vieux pour changer même par amour, reste un des chouchous d'Heston. Il me dit également que c'était l'un des deux seuls films dont il se souvienne (Khartoum étant le deuxième) pour lequel le script fut à peine modifié.

    C'est en faisant Will Penny, le solitaire que Charlton, se laissant convaincre par son camarade à l'affiche Bruce Dern, se mit à la course pour rester en forme. Il détesta ce coureur-professionnel-devenu-acteur depuis lors, dit-il en plaisantant, mais depuis, courir est devenu une habitude quotidienne.

    Comme cela arriva si souvent aux projets qui lui tenaient à cœur, le film fut un échec malgré les critiques positives. Heston blâme les distributeurs qui ont soudain projeté le film à l'inauguration d'un théâtre à Londres, sur un écran installé à la hâte. Personne ne savait que c'était là, et Paramount décida finalement de l'intégrer dans une double séance avec un film de Tarzan pour enfants qui n'étaient pas le public ciblé par ce film.

    Heston n'avait plus eu de succès inconditionnel depuis Le Cid, et il désespérait d'en trouver un. Il travailla en réalité en silence en arrière-plan d'un film qui sera en fin de compte exactement ce qu'il cherchait.

    « Je veux trouver quelque chose comme King-Kong, » dit le producteur Arthur P. Jacobs. En fait, il demandait à tous les agents littéraires du coin s'ils avaient quelque chose pour lui. Un agent français l'appela alors et lui dit : « j'ai quelque chose pour toi qui est tellement bizarre que je ne pense pas que tu puisses le faire. » Il continua en racontant le récit du roman La Planète des singes de Pierre Boulle, une histoire où les singes sont les maîtres et les hommes sont les bêtes.

    Jacobs était extasié devant l'idée. « je l'achèterai, il me le faut, » cria-t-il.

    « je pense que tu es fou, mais d'accord, » lui dit l'agent.

    Jacobs passa les trois années et demi suivantes à tenter de convaincre un studio de le faire en montrant des croquis des singes qu'il avait commandés, mais chaque studio disait « pas possible ». « j'ai ensuite demandé à Rod Sterling de rédiger le script, » explique Jacobs, « et je suis retourné voir tout le monde : refus catégoriques. Je me suis alors dit que peut-être que si j'avais un acteur… je suis allé vers Heston qui accepta dans l'heure. »

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    Jacobs avait trouvé de l'or, car comme l'expliqua Heston, « j'étais fasciné par l'idée vu son évident potentiel commercial. J'ai donc dit à Arthur ce que je dis rarement pour un projet qui n'est pas encore bien financé, que j'étais prêt à le faire. »

    Charlton suggéra que Frank Schaffner serait le réalisateur idéal et Jacobs réussit à le convaincre lui aussi. Il retourna alors auprès des studios. Chez Fox, l'attention de Richard Zanuck fut attirée, mais il dit : « c'est très bien tout ça, mais qu'est-ce qu'on fait si les gens rient à cause des costumes ? Jacobs convainquit Zanuck de les laisser filmer une tentative avec Heston et Edward G. Robinson dans le rôle du singe Zaius. Le test montra que Jacobs avait raison et que les singes n'étaient pas risibles, et Fox leur donna le feu vert bien que le tournage ne commença qu'un an après le test, à Page, en Arizona.

    Twentieth Century-Fox est l'un des studios préférés d'Heston bien qu'il n'y ait travaillé qu'en de rares occasions. Jugeant comment le studio géra les Singes, il dit, « j'aime la façon qu'ils ont de travailler chez Fox. » il continue :

    «Je pense que Richard Zanuck mérite une grande part de crédit pour le fait que Fox a financé le film car il examina attentivement le projet et les coûts énormes qu'il impliquait. Zanuck avait une grande confiance en Franklin Schaffner, tout comme moi, non seulement comme réalisateur plein de créativité, mais également comme un bon capitaine.

    Frank et moi avons travaillé plusieurs fois ensemble et avons de bonnes relations. Je pense que nous envisagions de la même manière le projet et tout sembla se mettre en place très efficacement. Les problèmes majeurs dans la création du film s'avérèrent surtout d'ordre technique. Les problèmes créatifs allaient sûrement se régler d'eux-mêmes.

    Il y a peu d'histoires de science-fiction qui laissent la moindre place pour l'évolution du personnage. Les tentatives désespérées de Taylor pour communiquer quand il est momentanément incapable de parler est un merveilleux défi pour un acteur. Je dois dire que ce fut l'un des rôles les plus physiquement douloureux que j'ai fait puisque j'étais battu à coup de bâton ou de pierres presque dans chaque scène, ou alors traîné avec une laisse autour du cou ou aspergé à la lance à eau quand je ne tombais pas d'une falaise.»  

    Ce film inaugura également sa toute première scène nu. La nudité ne laisse pas indifférent Heston. Il dit :

    «si on le fait seulement pour montrer un corps nu, je crois qu'on rate l'objectif. La nudité doit être utilisé avec grande sélectivité autant que de sensibilité, mais il y a parfois une remarque pertinente à faire à travers la nudité. Le genre d'idée que nous développons dans les Singes durant la scène dans la salle du trône où Taylor est dénudé pour montrer que ça n'a aucune importance pour les singes, pas plus que de retirer le collier d'un chien. Je défie quiconque de trouver un meilleur moyen de montrer ce que les singes ressentent envers les humains que de le voir dénudé et se tenir debout entièrement nu.

    Il y a eu une étrange erreur de parcours dans le tournage de cette scène où les trois juges font le tableau « ne voient pas le mal, n'entendent pas le mal, ne disent rien de mal. » On peut justifier tous les autres clichés employés par les singes car leur culture est une imitation d'une autre, leur faisant logiquement employer les clichés langagiers, mais il n'y a aucun moyen de justifier ça : c'est faux.

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    Quand nous tournions la scène, Frank dit : « ce serait terriblement drôle d'avoir une prise où ils le font. » On en a ri, et il ajouta « non, ça ferait tâche, je ne devrais pas faire ça. » Je dis : « pourquoi ne pas en faire une pour la forme, » et il répondit « très bien. » On l'a fait, on a ri, et tout le monde trouva cela merveilleux, mais il ne voulait pas le garder au montage.

    Mais alors, sans savoir pourquoi, la prise finit dans le premier montage et tous les échelons du studio le virent et dirent, « non, ne change rien ! » ils eurent un premier pré-visionnage, et ce fut un énorme succès. Alors voilà.»

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    Le film fut un succès immédiat, et Fox, certain qu'il n'y avait pas de meilleur affaire qu'une affaire de singes, se prépara pour une suite, ce qui terrifia Heston. Résistant à tout prix à tous les efforts pour qu'il y joue, il se concentra sur une pièce à la télévision, Elizabeth and Essex, à la fin de l'année 1967. Bien sûr, il incarnait Essex, aux côtés de Dame Judith Anderson en Elizabeth. Ce fut un prestigieux spectacle, réalisé par George Schaefer qui remporta un Emmy Award.

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    Judith Anderson et Chuck dans ELIZABETH AND ESSEX

    Pendant ce temps, Fox était inflexible en voulant répéter son succès et un script fut pondu pour Le Secret de la planète des singes.

    Ce fut le premier film dans lequel Heston fut impliqué qu'il ne voulait vraiment pas faire.

    Il explique :  

    «Je me sentais en quelque sorte redevable envers Richard Zanuck. Le premier avait été un tel succès à la fois critique et commercial, et j'étais si reconnaissant du rôle et de la récompense matériel qu'il m'avait apportée. Ils vinrent me parler d'une suite aussitôt que l'écrasant succès devint indéniable. Je répondis : « vous savez, il n'y a pas de suite. Il n'y a qu'une seule histoire. Il peut y avoir d'autres péripéties parmi les singes, ça peut être un film divertissant, mais sur le plan créatif, on n'a rien qui ressemble là à un film. »

    Maintenant, comme je l'ai dit à Zanuck, ce commentaire n'était nullement destiné à les critiquer. Un film qui engrange vingt-deux millions de dollars, qui a le potentiel de faire l'objet d'une ou plusieurs suites donne évidemment une responsabilité vis-à-vis des actionnaires et tous les autres membres de l'industrie du cinéma comme vous, qui gagnent de l'argent grâce aux profits du film.

    C'est sûr que sur le plan de l'histoire, le premier est le seul à en avoir une. Néanmoins, je me sentais redevable envers Zanuck et lui dit que je serais heureux de le faire comme un service à un ami 

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    LE SECRET DE LA PLANETE DES SINGES avec James FRANCISCUS et Charlton HESTON

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    En acceptant de faire le film, il leur fit promettre de le tuer à la fin du film pour qu'il ne puisse absolument pas réapparaître dans une quelconque suite à venir. Ils acceptèrent et il leur donna même l'idée de faire exploser toute la planète, croyant probablement que cela mettrait fin à la série une bonne fois pour toute.

    Fox était rusé, cependant. Ils réussirent quand même à faire encore trois suites et une série télévisée.  

    Charlton Heston ne s'était plus autant amusé d'un gros titre sensationnaliste depuis qu'un torchon italien criait fort « Les Poux de Michel-Ange. » Cette fois, c'était un magazine people américain qui titrait avec une intensité choquante « Charlton Heston : la scène d'amour NUE qui est allée  trop loin ! » Non : pas l'homme qui a peint la chapelle Sixtine, suppliait ingénument le magazine. Pas le président de la Screen Actors Guild. Pas Charlton Heston !

    Ils ont suggéré que ce devait être Kirk Douglas. Non, ils démentirent eux-mêmes leur propre révélation choquante. C'était vraiment Chuck Heston. Wow, quel scandale !

    La scène était pour un film sur un footballeur vieillissant, Number One, dans lequel Heston partageait le lit avec l'actrice Jessica Walter. C'était en tout bien tout honneur : elle jouait sa femme. Évidemment, quelqu'un parmi le département communication, certain que personne ne trouverait un film sur le football américain aussi sensationnel qu'un film dans lequel Heston a une scène au lit, couvrit les bureaux de la presse à scandale des photos les plus langoureuses d'Heston et madame Walter, puis les invita à rencontrer les deux vedettes dans les studios.

    Heston obtempéra scrupuleusement, acceptant de parler de sa scène de nu. À la grande déception des journalistes, il dit : « ce ne sont pas vraiment des scènes nues. Nous étions habillés. Là, je vais vous montrer. » Il montra une photo de lui et Jessica allongé dans un étreinte passionnée. « vous voyez, rien qui ressemble à une poitrine dénudée. Ce sont des scènes extrêmement sensuelles, mais c'est le visage de Jessica, pas la nudité, qui donne cet effet. »

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    NUMBER ONE (photo Cinémonde 1969)

    L'affaire une fois éclaircie, la presse people essaya encore de trouver quelque chose à se mettre sous la dent avec la rumeur qui courait selon laquelle Charlton Heston était vraiment nu. Ils ne semblaient clairement pas intéressés par le fait de faire savoir à leur lectorat ce qui avait vraiment décidé Heston à faire Number One.

    Cela arriva en 1963 tandis qu'Heston lisait un article sur la vie d'un quarterback. Un film commença à prendre forme dans sa tête. Avec le soutien et l'intérêt de Walter Selzter, il contacta Richard Zanuck qui accepta de payer pour qu'un synopsis soit rédigé. Charlton et Walter étaient contents depuis qu'ils avaient commencé avec Le Seigneur de la guerre à utiliser leur propre argent dans la rédaction de scripts. Mais quand le père de Dick, Darryl F. Zanuck, toujours actif chez Fox, a vu le synopsis, il le rejeta aussitôt. United Artists reprit finalement le projet en promettant à Heston une part des revenus mais pas d'avance financière, donc si le film était un échec, il était possible qu'il n'en tire aucun profit. Ce n'est que vers fin 1968 que le tournage commença enfin sous la direction de Tom Gries.

    Pour se préparer pour son rôle de quaterback, Heston passa des semaines à s'entraîner avec les entraîneurs de l'USC Craig Fertic et Marx Goux. Il se blessa le dos, eut de terribles crampes aux jambes, se froissa un muscle de l'abdomen et, durant le vrai tournage, s'est fêlé une côte quand un footballeur de 100 kilos le chargea. Tandis qu'il était allongé à se tordre de douleur, le footballeur se pencha sur lui et lui dit, « bienvenue dans la ligue national de football américain ! » drogué de médicaments et les côtes bandées de près, Heston retourna sur le plateau de tournage le lendemain pour tourner un match de football.

    Personne parmi les journalistes ne s'intéressait cependant à cela, pas plus que le public allant au cinéma. Le film fut un échec en Amérique, et fut à peine regardé ailleurs dans le monde. Et la scène d'amour ? Coupée au montage !

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  • 25 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    L'Homme Extraordinaire

     

    APRES TANT DE MOIS AU COURS DE LA DERNIERE ANNEE  à travailler dans des endroits aussi éloignés que le Mexique et Rome, ce fut une joie profonde d'enfin tourner un film uniquement en Californie. Le simple fait de faire Le Seigneur de la guerre était suffisant pour le rendre heureux car il s'était passé plus de deux ans depuis qu'il avait mis en branle la préparation de l'adaptation au cinéma de la belle pièce The Lovers de Leslie Stevens.

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    La majorité de ce temps fut consacrée à la conception d'un script, ce que fit John Collier lentement et méticuleusement, mais le plus dur était de trouver un studio pour le soutenir. Universal lui donna enfin le feu vert, mais ils étaient plus intéressés par le fait d'en faire un film aussi spectaculaire que leur permettait leur maigre budget, et ils voulaient une fin bien plus heureuse que celle du script original dans laquelle le personnage d'Heston, un chevalier normand du XIème Siècle, est tué. Ils chargèrent Millard Kaufman de la fin et le vieux copain de télévision en direct d'Heston, Franklin Schaffner, porta la casquette de réalisateur. Charlton travailla étroitement avec Walter Seltzer pour la mise en place de toute la production, mais il préféra ne pas voir son nom apparaître comme coproducteur.

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    La clé pour assurer le succès du film était dans le choix de l'actrice pour incarner la jeune jouvencelle que le Seigneur de la Guerre enlève avant sa nuit de noces, initialement par passion,  menant à un amour étrange et profond entre eux. La jeune Rosemary Forsyth  âgée de vingt ans, un seul film à son actif,  fut choisie. Les seconds rôles furent distribués à Richard Boone, Maurice Evans, Guy Stockwell et Henry Wilcoxon.                                                                                       

     Richard Boone                                                                                                                 Guy Stockwell

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                           Maurice Evans                                                                                                                                         Henry Wilcoxon

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    Rosemary Forsyth

    On tourna le film dans les marais de Marysville pour représenter la Belgique, puis ils retournèrent ensuite à Universal Studios où une tour normande plus vraie que vraie avait été érigée pour les spectaculaires scènes de bataille. C'était alors l'hiver et l'habituel soleil californien avait disparu, le rendant beaucoup plus froid que d'habitude, aidant à donner aux scènes nocturnes un effet remarquablement froid.

    Joe Canutt dirigeait l'équipe secondaire comme il le ferait dans presque tous les films d'Heston, et juste avec une poignée de figurants, il fit des scènes de bataille extrêmement efficaces, quoique loin d'être aussi somptueuses que celles de Le Cid. C'était cependant bien la simplicité que recherchait Heston, même s'il luttait avec la détermination compréhensible d'Universal d'en faire un projet susceptible d'avoir un succès commercial.

    Le tournage se passa relativement sans difficulté, et ce n'est qu'une fois le film dans la boîte que les ennuis commencèrent. Comme cela arriva si souvent avec les films d'Heston, le studio décida de faire sortir le réalisateur du projet et de laisser le montage être supervisé par quelqu'un d'autre. Schaffner avait déjà monté le film comme il le voulait et Heston en était très satisfait, mais Universal fut intraitable et légalement en droit de faire ce qu'ils voulaient du produit fini.

    Le Seigneur de la guerre reste un film exceptionnel, mais un dont Heston fut déçu car son rêve, qui était le même que celui de Seltzer et Schaffner, avait été fracassé.

    « Je trouvais que le montage de Frank était juste comme il fallait, » dit-il, « juste ce dont j'avais besoin, mais alors, juste après que nous sommes rentrés chez nous, le studio refit le montage. Leur montage gâcha un film qui était presque exactement comme l'idée que s'en faisaient ses créateurs. »

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    Le fait qu'un acteur soit toujours sujet aux caprices de tant d'autres est une réalité de la vie qu'accepte Charlton, mais il savait que sur scène, dans le véritable « pays de l'acteur », il pouvait déterminer le succès ou l'échec d'une pièce. Suite à Le Seigneur de la guerre, lui et Lydia firent A Man For All Seasons à Chicago qui s'avéra être un carton pour Charlton. Pour la toute première fois, il sentit la magie qui venait après un spectacle où la salle entière se lève et l'acclame.

    Immédiatement après A Man For All Seasons, il était de nouveau outremer, au Caire et à Londres pour Khartoum. Il a d'abord été réticent avant d'accepter le rôle du général Gordon parce que ça allait encore être un long film à spectacle, mais le scénario écrit par Robert Ardrey était peut-être le meilleur qu'il ait jamais lu, surpassant même L'Extase et l'Agonie.

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    L'EXTASE ET L'AGONIE

    Faisant suite à sa propre suggestion, le rôle de Mahdi fut offert à Laurence Olivier qui accepta, mais Charlton n'était pas content du choix de réalisateur, Basil Dearden.

    Il me dit :  

    « Je pense devoir dire que Khartoum est le seul film que j'ai fait que je considère vraiment bon sans trouver qu'il a été bien réalisé. Il avait vraiment un magnifique script et un producteur très talentueux, Julian Blaustein en plus d'avoir de très bons acteurs, mais peut-être que la clé était la qualité du script. »  

    C'était un rôle exigeant pour Charlton qui devait apprendre à parler avec cette sorte d'accent britannique victorien que devait avoir le général. Il y parvint très bien et fut facilement crédible pour le public anglais. En fait, Gordon de Khartoum reste l'une des meilleures performances d'Heston. C'est un rôle qui le stimula grandement et n'était pas très différent de Moïse ou du Cid ou beaucoup d'autres rôles qu'il avait incarnés en cela que c'était tous des hommes extraordinaires qui touchèrent des millions d'individus par leurs actes. Heston dit :

    « Je crois beaucoup au pouvoir de l'homme extraordinaire pour faire bouger le monde. Gordon était clairement l'un d'entre eux, un homme remarquable avec le genre de fanatisme curieusement simple, presque religieux qui semble faire surface dans l'histoire de l'Angleterre quand elle en a besoin. »

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    KHARTOUM

    Je crois que ce que dit Gordon à propos de l'homme extraordinaire est vrai. Il dit : « J'ai appris à ne jamais avoir peur de la mort mais de toujours avoir peur de l'échec. »

    Khartoum rencontra un grand succès au Royaume-Uni, mais le public américain était bien plus réticent à l'aimer. Cette crainte de l'échec entra dans la vie d'Heston. Le Seigneur de la guerre fut un échec commercial et L'Extase et l'Agonie n'attirait pas grand-monde, mais peut-être que ce qui inquiétait le plus Chuck était la façon dont les films furent reçus par les critiques qui n'étaient pas vraiment chaleureux avec le moindre de ses films alors qu'Heston avait rarement mieux travaillé que dans ces trois films.

    Laissant de côté toute cette expérience dont il fallait tirer des leçons, Charlton se mit à sa nouvelle fonction qui était celle de président de la Screen Actors Guild, une nomination qui démontrait le respect et l'admiration qu'avaient ses pairs pour lui.  

    Des Seabees1 blessés ou mourants et des marines étaient allongés dans leurs lits de camp dans l'hôpital au front tandis que d'autres étaient précipitamment portés sur des civières depuis les hélicoptères directement vers les tentes de chirurgie. Cela aurait presque pu être une scène tirée de MASH, sauf que c'était 1966, avant que le film ou la série soient conçus, et que ce n'était pas la Corée, mais le Vietnam. Charlton se tenait là, les regardait et les écoutait, notant des numéros de téléphone et des adresses, promettant de prévenir des petites amies, des épouses, des pères et des mères quand il serait de retour.

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    Il n'était pas venu avec des danseuses, des chansons à chanter ou des blagues à raconter. Il n'était venu qu'avec sa fierté et l'espoir que sa présence ici, arrangée par l'United Service Organization2, aiderait à leur remonter le moral. De plus, contrairement à des gens comme Bob Hope qui amenèrent de grandes équipes de divertissement, il fut capable de visiter les postes les plus reculés qui ne voyaient normalement rien d'autre que la mort des deux côtés. Quand il revint aux États-Unis, il tint sa promesse faite aux garçons qu'il avait rencontrés et téléphona à plusieurs centaines d'amis et de proches des soldats. Cela prit des jours à Heston de passer les appels, mais il le fit avec joie même si normalement, il détestait parler à des inconnus.

    Redevenant un acteur au travail, il refit A Man For All Seasons, cette fois dans le Valley Music Theater de Los Angeles où il fit de nouveau un carton. Cela l'encouragea à courir après le rôle pour le film que Fred Zinnemann préparait.

    Heston dit :  

    «J'avais joué Thomas More deux fois et j'étais très bon dans ce rôle. C'était l'un de mes meilleurs rôles. J'ai fait quelque chose que je n'avais presque jamais fait ni avant ni après, qui fut d'écrire à Freddie Zinnemann et lui demander d'interpréter le rôle dans le film. Il répondit : « Paul Scofield a crée le rôle sur scène et je pense qu'il le mérite, » et je ne pouvais pas le contredire. Paul a été brillant dans ce rôle. »  

    Ironiquement, un an plus tard, c'est Chuck qui sortit le nom de Paul Scofield de l'enveloppe à la cérémonie des Oscars pour le déclarer Meilleur Acteur pour son interprétation de Thomas More. Charlton et Lydia rejouèrent tout de même la pièce à Miami juste un mois après Los Angeles et il fut plus que satisfait du travail qu'il y a accompli.

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    Paul Scofield dans "A MAN FOR ALL SEASONS" (1966)

     

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    Charlton Heston dans "A MAN FOR ALL SEASONS" (1988)

    À l'exception d'un petit rôle dans un film, ce fut la dernière performance professionnelle d'actrice de Lydia. Sa carrière était devenue très irrégulière, mais elle était désormais définitivement finie. « J'ai été si occupée que ma carrière n'a jamais eu le temps de me manquer, » dit-elle. « j'ai adoré faire A Man For All Seasons avec Chuck. C'était merveilleux, mais il n'y avait pas beaucoup d'autres rôles que je voulais jouer. »Sans surprise, son temps était presque entièrement pris à être une mère occupée à élever ses deux enfants, mais elle trouva un passe-temps gratifiant dans la photographie dont elle a réussi à faire une petite carrière.

    Ayant joué le rôle de Thomas More comme il l'avait souhaité, Charlton travailla pendant un temps pour le gouvernement quand le Département d'État l'envoya en Australie, à Rangoun et à Bangkok. Il visita de nombreuses universités, lisant la littérature américaine et australienne, et promouvant généralement les bonnes relations entre l'Amérique et le pays qui l'accueillait.

    Son poste de président de la Screen Actors Guild lui prenant le plus gros de son temps, il trouva quand même un jour pour aller à Washington, lisant Jefferson à Watergate pour soutenir le programme fédéral de soutien aux pauvres et à l'éducation.

    Sur le chemin du retour, il fit un crochet par Detroit pour rendre visite à Russ qui avait eu une série de malaises. Russ eut une nouvelle crise quand il était là, mais Charlton restait optimiste, persuadé que son père serait à Coldwater pour noël. Chuck dit au revoir à son père le lendemain et s'en alla à l'aéroport pour s'envoler vers la Californie. Russ décéda pendant son vol. Ils l'enterrèrent là où il voulait reposer en paix, dans la St Helen adorée de Chuck, au milieu des forêts de pins. La pluie tombait tandis que l'on mettait son père en terre, avant que Charlton n'emmène Fray loin dans la forêt, là où lui et Russ s'étaient un jour promenés.

     

    Il y a longtemps, dans ses années adolescentes, Charlton avait perdu son père, et puis, juste avant de partir en guerre par-delà les mers, il l'avait retrouvé. Même maintenant, même dans la mort, Russ restait son père, et tant qu'il y aurait des bois et un lac à St Helen, Charlton savait qu'il ne perdrait plus jamais son père.

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    1Unité de génie militaire de l'US Navy fondée lors de la Seconde Guerre Mondiale

    2USO, une association à but non lucratif prodiguant des services de soutien moral et de loisir aux soldats américains

  • CHARLTON HESTON LE SAUVAGE, LE BRUTAL EST AUSSI...(Cinémonde du 2 août 1956)

    Il est toujours amusant de redécouvrir et relire certains magazines de cinéma auxquels j'étais abonnée dans ma jeunesse.

    C'est le cas avec ceux que je publie et nous pouvons y lire parfois pas mal d'erreurs et surtout une somme d'âneries écrites sur l'acteur, sa carrière et sa vie privée. Que ne fallait-il pas faire ou écrire pour la publicité d'un artiste pour séduire les fans, qu'il soit français ou d'un autre pays, notamment les Etats-Unis, puisque dans le cas qui nous intéresse il s'agit de Charlton Heston. 

    Je vous laisse le soin d'apprécier et de relever les idioties qui étaient écrites dans cet article par ailleurs très flatteur pour Chuck ....

     

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  • 24 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

     

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    Les Poux et les Amours de Michel-Ange

     

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    Le gros titre criait à son lectorat « I Pulci di Michelangelo » : « les poux de Michel-Ange » ! et les photos éparpillées sur la première page du Lo Specchio appuyaient leurs propos : des bouteilles vides jonchaient le sol de la villa où les Heston étaient restés durant le tournage de L'extase et l'Agonie, des débris de vaisselle gisaient, des chaises étaient renversées. Il y avait, d'après l'article, des poux partout dans la maison. Ça continuait de parler de l'état dégoûtant dans lequel Charlton Heston et son épouse avaient laissé la villa somptueuse, prouvant que l'homme qui avait incarné Moïse et Jean le Baptiste était, après tout, loin d'être un saint.

    C'était, pour le dire gentiment, un coup monté.

    Lydia fut terriblement blessée par cette histoire scandaleuse. Charlton songea même à poursuivre en justice le journal, mais il trouva le moyen de rire de toute cette affaire. Lydia a expliqué :

     «Un magazine italien était allé dans la maison que nous avions louée, a mis de travers les cadres, balancé les chaises, jeté la nappe de la table dans la salle à manger et prit des photos en disant que c'était comme ça que nous l'avions laissée. C'était entièrement inventé et j'étais prête à y retourner me battre, mais Chuck trouva tout cela drôle !»  

    C'était la toute première fois que le nom d'Heston était lié à quelque chose vaguement scandaleux. Ça l'a toujours empêché de devenir ostensiblement populaire, en ce qui concerne la presse people, car il ne faisait jamais un pas de travers. Un jour Frank Sinatra a dit de Charlton Heston : « Ce garçon Heston doit faire gaffe. S'il ne fait pas attention, il pourrait donner bonne réputation aux acteurs. » Charlton fait un peu preuve d'autodérision à propos de sa propre image :

     « je suis trop ennuyeux, carré et protestant – dans le sens philosophique et non religieux – pour devenir une grande figure populaire ; une célébrité aimée. Je ne suis pas un alcoolique de notoriété publique. Je n'ai eu qu'une seule femme. Mes enfants ne sont pas des fugueurs. Ce n'est pas ce que les gens veulent.

    J'avance sur un chemin bien tracé ce qui n'est pas très intéressant. Les gens ne me trouvent pas de défaut majeur en public alors qu'ils semblent en avoir besoin, pas seulement venant de moi, mais venant de n'importe qui ayant eu du succès ou de l'attention.

    Certaines personnes font des choses stupides parce qu'il ne leur vient pas à l'esprit que leur comportement sera reporté par la presse et la télévision. Je suis tombé dans un schéma de comportement parce que tout ce que je fais ou dis ira dans mon dossier, et je veux avoir un bon dossier. Frank Sinatra et Elizabeth Taylor font souvent la une. Ce n'est juste pas mon style.

    Les acteurs qui sont des figures publiques ont droit à une curieuse indulgence. Ils peuvent boire, battre leurs femme ou divorcer d'avec elle, et on leur pardonnera – ou même, on les appaudira, parce que le public aime voir des gens s'en sortir en faisant des choses qu'eux-mêmes ne peuvent pas faire ou n'osent pas faire. La mort parfaite pour un acteur est celle de Marilyn Monroe, nue sur le sol d'une maison de Beverly Hills dont le loyer n'est pas payé, avec une flacon de somnifères vide et sans amis. Elle décroche le téléphone et personne ne vient.

    Vous voyez, c'est là que vous payez. Il faut assumer les conséquences, et de ce fait, je ne suis pas une bonne personnalité publique.

    Les audiences aiment les stars qui semblent souffrir, qui sont déçues en amour, toujours au bord d'un désastre personnel. Eh bien, je ne suis pas comme ça, et je n'ai pas le goût de détruire mon foyer pour avoir un fan qui me suit

     Résultat de recherche d'images pour "charlton heston et sa famille"

    En fait, il y avait des raisons bien plus sombres pour expliquer pourquoi le foyer d'Heston était aussi stable. Sa propre enfance marquée par un foyer décomposé lui a laissé des marques, sauf que maintenant, il est le père ayant deux enfants auxquels penser.

     «Si les parents réalisaient combien un divorce brise le cœur des enfants, il n'y aurait probablement pas un taux aussi terrifiant de divorce dans ce pays. J'imagine que parfois, le divorce semble être la seule solution saine pour un couple malheureux. Je pense quand même qu'il est impératif que, d'une manière ou d'une autre, le lien naturel des enfants avec leurs deux parents ne devrait pas être coupé.

    Ce qu'on fait avec un enfant a toujours infiniment plus de valeur que les cadeaux matériels. Je ne l'ai jamais oublié. C'est pourquoi je passe autant de temps que possible avec Fray et Holly. J'ai emmené Fray avec moi autant que je le pouvais sur mes lieux de tournage parce que je connais le ravissement que ressent un petit garçon en étant avec son père.

    Fray a vécu sept mois en Espagne la première fois que j'y ai tourné, a appris la langue et quelque chose des gens là-bas. Quand nous sommes retournés à Rome pour tourner L'extase et l'Agonie, Fray eut des réminiscences des dix mois où il avait vécu sur la Voie Appienne durant le tournage de Ben-Hur !

    Un père ne devrait pas avoir à prétendre qu'il est parfait. Il n'a pas à être plein de sagesse. Il doit juste communiquer.»

     Dans une industrie où le nombre de divorces est si important – essayez de compter le nombre de stars qui n'ont jamais divorcé les Heston semblent rester aussi solides que la solide interprétation de Moïse par Heston. Charlton est cependant prompt à faire remarquer que leur mariage n'a rien de si inhabituel.

    « Il serait inutile et loin d'être vrai de prétendre que nous vivons en plein bonheur à chaque minute de la journée. Ce serait impossible pour n'importe qui. Quand on se dispute, il faut apprendre à ne pas penser « oh mon dieu, ça suffit, je ne peux pas continuer comme ça. »

    Il faut apprendre à venir à bout des obstacles et des chocs émotionnels. Il faut comprendre que l'autre personne fait de son mieux et être prêt à trouver des excuses à l'autre autant qu'à soi-même. Cela requiert beaucoup de travail, mais ça peut donner de merveilleux résultats.

    Le mariage réclame beaucoup d'attention, et les gamins qui se marient à 19 ans (comme moi et Lydia) s'imaginent que ce sera une longue lune de miel. Ça ne l'est pas

    Lydia et Charlton ont visiblement appris à être indulgents l'un envers l'autre et à composer avec les excentricités de l'autre. Ils semblent incompatibles sur certains plans mais semblent pourtant avoir trouvé un moyen de faire avec leurs différences, ou alors simplement à les supporter.

    L'une d'elle est quand il faut faire ses bagages, et les Heston doivent souvent les faire. Chuck déteste ça. « je suis tendu quand on est sur le point de partir en voyage, » dit-il, « parce que le simple fait de faire mes bagages m'énerve. » Il laisse à Lydia le soin de tout faire. Elle doit faire avec, tout comme elle doit le faire avec certaines de ses qualités qu'elle n'a pas.

    Elle dit :  

    «Organisation, propreté et ponctualité : il est très précautionneux avec ses papiers, et jamais en retard. Je suis tout le contraire. Rien ne se trouve là où je l'ai mis. Ça ne me dérange pas moi de laisser des trucs par terre, mais ça me dérange que Chuck soit dérangé par mes affaires par terre. Je suis toujours en retard, et quand j'arrive, il a les yeux rivés sur sa montre

     Comment explique-t-elle alors le succès de leur mariage ?

    « Je pense que c'est surtout une affaire de vouloir être marié, » dit-elle. « Je pense qu'il faut trouver un homme qui a vraiment envie de se marier. Tout fonctionne alors très facilement. »

    Le plus gros problème qu'ils avaient peut-être,  était de surmonter la pression sous laquelle ils étaient mis à cause du travail de Chuck.

    Il dit :  

    «Mon travail interfère bien sûr énormément avec ma vie privée, et cela prend du temps que je préférerais passer avec ma femme et mes enfants, mais ils restent compréhensifs. Mon travail est au cœur de ma vie, et ils le comprennent. Nous faisons preuve de cohésion à ce sujet 

    Il a cependant appris à contrôler comment une grande partie de son temps est employé, car son travail consiste rarement seulement à tourner dans des films ou à apparaître sur scène. Cela implique aussi de faire la promotion de son travail ce qui se traduit souvent par des tours du monde avec des arrêts qui ne peuvent pas toujours accueillir sa famille.

    Je pense que je me sens entièrement pris par ma vie publique. Je ne fais donc pas de grandes fêtes quand je suis à la maison parce que je les associe au travail. Quand je suis en tournée pour un film, il y a des réceptions et des fêtes. Si un ami a une première1, j'irai, et il y aura sûrement une fête après cela. Sinon, ce sont des fêtes pour des associations caritatives. Je ne suis pas blasé. Je m'y amuse parfois beaucoup, mais c'est du travail.

    Ce n'était cependant pas seulement le désir de passer le plus de temps possible avec sa famille qui lui faisait éviter toutes les grandes fiestas typiques des stars hollywoodiennes. Il y a un aspect basique de la nature d'Heston qui ne changea pas malgré son image publique.

    Les gens ont du mal à le croire quand il dit :  

    «Je suis quelqu'un de très timide. C'est vrai, mais j'ai été un acteur publique pendant si longtemps, pendant la plus grande partie de ma vie, que je suis arrivé à trouver un moyen de me comporter correctement en public.

    Je suis une personne très secrète, et quand je suis dans la toute petite partie de ma vie encore privée , je ne sors jamais et ne vois jamais de gens que je connais depuis longtemps. Je rencontre de nouvelles personnes avec beaucoup de réticence et de timidité.

    Bien sûr que je donne des interviews. Quand j'ai commencé mon travail d'acteur, j'étais très craintif à l'idée de les faire et je n'étais pas très bon. Maintenant j'ai appris à les faire assez correctement

    Charlton Heston, l'homme secret, l'acteur public (il ne se définit jamais comme une star) est un homme en désaccord avec lui-même, mais a découvert comment combler le fossé entre la part de lui qui est timide et celle qui doit sortir et être acteur. Le petit garçon qui a vécu à St Helen n'a pas changé trop drastiquement, mais le marginal de Chicago a appris à jongler avec les différentes facettes de sa vie en imposant ses propres conditions. Sans plus être un marginal, il s'est construit un château sur un canyon et a érigé une barrière invincible qui empêche quiconque, hormis ses plus proches amis et bien sûr sa famille, de connaître trop bien le véritable Charlton Heston. Cette barrière, comme je le découvris plus tard, est son propre talent d'acteur à projeter à travers une interprétation, même dans les interviews, une personnalité publique qui n'est pas forcément sa personnalité privée.

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    1 En français dans le texte original