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1 - BIBLIOGRAPHIE - Page 7

  • HESTON et DE MILLE, histoire d’un conte d’Hollywood ( 3ème partie & fin)

    ⇒SUITE

    L’expérience égyptienne du tournage va trouver son point culminant lorsque De MILLE, sublimé par l’objectif malgré de graves problèmes de santé, va emmener toute l’équipe près du CAIRE, dans le décor de la Cité des Pharaons recréé pour l’occasion,  tour de force à couper le souffle mais qui n’est rien en comparaison de la séquence de l’Exode qu’il s’apprête à tourner ! Environ 10 000 figurants vont être employés, et 15 000 animaux de toutes sortes, chameaux( bien sûr !) mais aussi chevaux, ânes, pigeons, chiens, canards , chèvres, bref une ménagerie imposante que De MILLE, à son sommet dans les scènes de ce genre, va prendre tellement plaisir à contrôler dans ses moindres détails qu’HESTON se demandera sérieusement si la séquence va finir par être réalisée ! 


     Après cinq heures de préparation sous un soleil brûlant, De MILLE, assisté de son co-producteur WILCOXON et de 65 assistants mêlés à la foule et munis de talkie-walkies pour écouter les instructions du maitre, finira ( quand même)  par siffler le départ de l’action, non sans avoir corrigé tous les détails qui ont pu heurter son incroyable sens visuel, mais qui auraient échappé à tout futur spectateur normalement constitué !

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    Car il ne faut pas manquer de le (re) souligner, pour ce fils de pasteur qui approche la fin de son expérience terrestre, « THE TEN COMMANDEMENTS » est plus qu’un film, c’est un devoir, une mission  qu’il s’est donnée, celle de porter à l’écran le plus fidèlement possible :


    «  le plus grand drame de l’Histoire, la relation entre l’Homme et Dieu ; je veux que les gens qui voient ce film soient touchés par la beauté du spectacle, mais que le film leur apporte une meilleure compréhension de la vraie signification de ce schéma de vie que Dieu nous a donné à suivre ; car si nous ne respectons pas les Commandements, ce sont eux qui nous brisent »


    Cette louable ambition aura un coût, et pas seulement financier, car le cinéaste va souffrir d’une grave attaque cardiaque peu après l’ascension d’une échelle le menant à un poste de tournage situé au plus haut du décor ; emmené d’urgence au Caire, obligé par les docteurs de passer deux semaines sous une tente à oxygène avec interdiction absolue de faire le moindre effort, il va bien sûr passer outre ces recommandations et revenir sur le plateau trois jours après, comme galvanisé par quelque intervention divine, pour finir la mise en scène de l’Exode et commencer à réfléchir sur la suite du projet, car on n’a même pas tourné le tiers de l’ouvrage !

     

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    En tout cas, on en a fini avec la partie égyptienne du plan de travail, ce qui va chez HESTON provoquer un relâchement compréhensible, d’autant que son épouse Lydia  est enceinte de six mois du futur Fraser, un bonheur que la maisonnée HESTON attend avec impatience ; les décors de studio choisis pour poursuivre le tournage n’ont certes pas la magie de lieux authentiques, mais comme c’est du De MILLE, ils ne vont pas manquer de grandeur pour autant, notamment l’inénarrable orgie autour de la célébration du «  Veau d’Or »  qui prendra une semaine à tourner .


    Elle épuisera  d’ailleurs tellement les nombreux figurants irrités par les exigences du metteur en scène revenu en pleine forme, que l’une des jolies filles engagées pour cette gigantesque séquence de beuverie et  disons-le, de partouze inavouable, déclarera à un assistant :


    «  Bon dieu, Eddie, avec qui  dois-je coucher pour pouvoir sortir de ce film ? »


    Scène particulièrement réussie ceci dit, si on s’en tient aux canons de l’époque, même si bien sûr certaines poses de figurants ne manqueront pas de prêter à rire aujourd’hui, et finalement, osera t’on dire, peut-être supérieure à la séquence pourtant tellement vantée de «  la Mer Rouge » dont l’ouverture des eaux fera subir à l’armée égyptienne le poids de la toute- puissance de Dieu ! On a souvent comparé ce passage clé de l’ouvrage à la fameuse course de chars de BEN-HUR, et les deux occupent une place de choix dans l’imaginaire hestonien, mais force est de constater que le temps n’a pas  été clément avec la première des deux séquences ; la conception en est superbe et la présence d’HESTON  ainsi que son inimitable phrasé sont fascinants, mais  la réalisation technique des transparences ainsi que le découpage des figurants  dans le cadre de l’action principale paraissent aujourd’hui maladroits, grossiers, et nuisent beaucoup à l’efficacité émotionnelle du passage, ce que HESTON, beau joueur, ne manquera pas de souligner plus tard :


    « la scène de la Mer Rouge n’est pas aussi bonne que l’Exode, structurellement ou en résultat global ; en mettant de côté les considérations techniques qui rendent la séquence difficile, il faut qu’il y ait de la conviction, il faut y croire, et je suppose que maintenant, on pourrait la faire mieux ; il n’y a pas vraiment de performance dans cette scène, ma contribution  est «  purement chimique »( a chemical contribution)


    La foi de De MILLE dans son projet étant restée intacte pendant toute cette longue période,  il lui parut finalement facile d’en arriver à ce quasi –final symbolique, encore une fois totalement créé en studio, qui voit MOISE punir  son peuple pour s’être égaré loin des Commandements de Dieu, selon les propres mots du cinéaste : « les Hébreux n’étaient plus que démence et folie, devenus serviteurs du péché, soumis aux faiblesses de la chair, idolâtres, adultères, remplis d’iniquité et  de vanité, indignes de l’Amour de Dieu »


    Commentaire qui, parmi d’autres, comptait beaucoup pour De MILLE, et qu’il considérait comme indispensable  pour exprimer son point de vue sur la Foi et la destinée de l’Homme ; on peut d’ailleurs trouver ses propos pompeux et ronflants aujourd’hui, mais THE TEN COMMANDEMENTS a le mérite, au-delà du produit commercial qu’il a pu être également, d’être l’expression d’une totale sincérité de la part d’un Artiste qui sentait sa fin approcher,  et considérait l’ouvrage comme une nécessité absolue,  dans l’idée d’une transmission  de valeurs morales aux générations futures, peut-être naïve mais sûrement pas infondée ; De MILLE reste une personnalité complexe à tous points de vue, et il est parfois difficile de comprendre que c’est le même homme, qui ne s’est pas illustré lors de la fameuse «  chasse aux sorcières » des années 47 /50, faisant preuve d’une intolérance inacceptable, qui tint également ces propos  peu avant la sortie du film :


    « les centaines de milliers de personnes qui verront ce film feront un pèlerinage sur les lieux mêmes ou vécut MOISE, depuis les déserts de Shur et de Zin jusqu’aux pentes majestueuses et nues du Mont SINAI, jusqu’aux lieux saints où il reçut les Tables de la Loi ; est- ce trop  d’espérer que notre production aidera à faire ce que des siècles de tuerie et de conflit n’ont pas réussi à obtenir : rappeler aux millions de personnes de confession Chrétienne, Musulmane ou Juive qu’ils proviennent tous d’une source commune, que MOISE est le lien qui les unit et le Décalogue une loi de fraternité universelle ? »

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    Charlton HESTON, qui a toujours été un humaniste en dépit de ce qui a pu être écrit parfois à son sujet, a certainement été ému, poussé à donner le meilleur de lui-même par la conviction qui anima de bout en bout son metteur en scène, il n’y a aucun doute là-dessus, et il n’est pas étonnant que son interprétation de MOISE ait joué plus tard un rôle déterminant dans son image, un effet positif pour lui quant à l’obtention d’un statut de décideur, peut-être en partie négatif car il a contribué à lui donner une image de «  héros biblico-épique » qu’il n’était pas vraiment, ce que Burt LANCASTER ne manqua pas de souligner un peu durement un jour :


    «  Chuck est excellent, mais s’il s’est retrouvé coincé dans un personnage en toge ou en babouches aux yeux du public, c’est quand même un peu de sa faute »


    Quoiqu’il en soit, après quatre ans de préparation et de tournages titanesques,  le film se dirige une fois monté et présenté à grands renforts de publicité par De MILLE himself dans la capitale mormone de Salt Lake City, vers un triomphe également sans précédent ; le public va répondre présent dès cette première, les critiques vont, comme à l’accoutumée, plus ou moins le snober, les leaders religieux amis du cinéaste vont l’encenser,  mais surtout, la réussite au box-office sera totale, dépassant à elle seule tous les gains des précédents films de l’auteur !  pour son quinzième métrage, un HESTON encore jeune obtient là une reconnaissance qui lui permettra très vite  ( mais c’est bien lui …) de s’attaquer avec WELLES à un film d’auteur qui en comparaison ne sera vu par personne, et De MILLE  quant à lui, aura obtenu pour sa dernière réalisation, non pas la consécration, qui l’intéressait peu, mais, chose bien plus importante, le sentiment que sa foi et ses convictions se trouvaient partagées par des millions d’autres.


    Alors, soixante ans et quelques poussières après sa sortie en salles, que penser de cette œuvre, de ce monument, de cette «  pièce montée gigantesque » comme l’écrivait Pauline KAEL ? Qu’on y retrouve les excès, les gros effets, les grands sentiments, l’ »over-acting » et le Technicolor parfois dégoulinant du grand cinéma de l’époque ? oui, bien sûr, mais pour être objectif, disons aussi que l’émotion, le goût du Beau , la Passion  et la Démesure, le grand frisson lié aux grands projets  sont plus qu’au rendez-vous également, comme l’expression d’un « Age d’Or d’Hollywood » disparu, mais dont on n’a pas fini de  vanter les mérites.

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  • 6 - BEIJING DIARY : Samedi 17 septembre deuxième jour de répétition

     

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    Nous avons commencé ce matin par retravailler la mise en place des personnages que mon assistant, Ren Ming, a prévue. Il est affable, intense, plus grand que la plupart des Chinois, et plus mince que la plupart des hommes. Ce qu'il a fait jusqu'à présent avec la distribution et la pièce, est bon. Le simple fait de pouvoir commencer à travailler sur une scène et de voir les acteurs bouger et parler de manière plus ou moins appropriée, vous donne une bonne base sur laquelle vous pouvez vous appuyer.

    Le principal problème pour moi, comme je le savais depuis le début, c'est la langue. J'ai deux interprètes, dont une jolie jeune femme au sourire éblouissant qui s'occupe  des messages et des appels téléphoniques... une gofer(¹) bilingue, je suppose. Son nom est très difficile à prononcer, alors nous avons opté pour une approximation de l'anglais qui semblait l'amuser : Miss Rainbow, et,  il y a Mme Xie (non, ce n'est pas si difficile à prononcer : il suffit de commencer à dire "X" et de passer à "Zhee"), une dame extraordinaire au regard sage,  avec une facilité fulgurante à passer de l'anglais au mandarin et inversement. Son sang-froid suggère la façon dont elle a enduré ce qu'elle a vécu pendant la révolution culturelle (avec des millions de ses compatriotes, bien sûr). Depuis lors, la plus grande partie de son travail consiste à traduire des pièces américaines. J'ai été impressionné par son aisance lors d'une conférence de presse à l'hôtel ce matin avant la répétition, en la regardant passer du mandarin au français et à l'anglais. C'est une femme remarquable. Je ne pourrais guère avoir une meilleure interprète pour atteindre mes acteurs.

    Comme Arthur Miller me l'a dit [le premier Américain à mettre en scène une pièce en Chine d'après son excellent livre ; il a eu la gentillesse de me décrire longuement au téléphone, son expérience  que j'ai pu concrétiser par la suite], lorsqu'il a mis en scène ici Death of a Salesman(²), il a constaté qu'on n'a pas vraiment de mal à savoir où se trouvent les acteurs dans une scène. Si vous êtes un acteur, vous n'avez aucun problème. A mon avis, l'ordre des répliques, qui parle,  la façon dont il parle - même en chinois - indique clairement où nous en sommes et ce que je veux faire à ce sujet.

    Mais je ne peux pas prendre de notes et attendre la fin de la scène. La plupart du temps, en réalisant, il y a des morceaux dont vous êtes plus ou moins satisfait dès le début ... vous pouvez tourner votre esprit vers d'autres choses en cours. (Je dois parler à Maryk de ses cheveux ... dois-je vraiment faire pipi maintenant? Non, attendez le déjeuner.) Ici, je dois observer les acteurs et le texte anglais devant moi à chaque seconde, pour être sûr que je sais où j'en suis. C'est un formidable exercice de concentration.

    Cela signifie également que je dois m'arrêter et commenter chaque fois que je vois quelque chose de douteux ou que je veux changer quelque chose. Je n'ose pas attendre la fin de la scène. Les acteurs sont merveilleusement patients et étonnamment faciles à diriger. En vingt minutes de travail, j'ai pu faire rire le reste de la compagnie—qui peut servir à Urban, de public de substitution en répétition—. [Urban est un aiguilleur de vingt ans... un garçon de la campagne qui est appelé à témoigner de ce qui s'est passé sur le pont du Caine pendant le typhon lorsque le lieutenant Maryk a relevé Queeg de son commandement. La dernière chose au monde qu'il veut faire est de mettre quiconque en danger... surtout lui-même. C'est une scène hilarante. Dans la production londonienne, j'avais choisi un très bon jeune acteur anglais pour incarner Urban, j'avais teint ses cheveux blonds en roux et je lui avais appris un accent géorgien précis. (Pendant la Seconde Guerre mondiale, il y avait beaucoup de Sudistes dans la marine.) Pour la production américaine, j'ai trouvé un acteur du Sud qui était roux, en fait. En Chine, bien sûr, ni roux ni géorgien n'était une option possible. Urban était joué par Li Guangfu, un jeune homme au visage frais qui était très bon, ⌈une fois qu'il avait compris le rôle]. Aujourd'hui, il essayait d'être drôle dans la scène, ce qui n'est pas la bonne façon de faire. Urban est un garçon de ferme sorti de son milieu et effrayé ; son but dans la scène est de rester en dehors des problèmes... donc il est drôle. Noel Coward, qui était sûr que Lord le savait, l'a dit : "Toutes les scènes comiques doivent être jouées très sérieusement."

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    [Li Guangfu dans le rôle de l'aiguilleur Urban. Après une première tentative d'incarner le jeune marin terrifié comme un péquenaud de la campagne, Li a trouvé son personnage en jouant sérieusement, et donc d'une manière beaucoup plus humaine et touchante.]

     

    Nous avons bien fait, ayant travaillé la moitié du premier acte (de loin le plus long des deux) à la fin de la journée. [Certains réalisateurs aiment commencer par faire asseoir les acteurs autour d'une table et lire la pièce. Bien que ce soit une tradition raisonnable, je ne l'ai jamais trouvée terriblement utile. Cela ne m'aidera certainement pas à entendre le texte lu en chinois à ce stade. J'ai besoin de garder les acteurs debout, pour se déplacer dans les scènes. C'est à ce moment-là que je peux en savoir plus sur eux et les personnages qu'ils interprètent. C'est ce que nous avons commencé aujourd'hui.]

    J'étais fatigué quand je suis rentré à l'hôtel, mais comme je dors dans les avions (ma pureté de cœur innée³), je n'ai pas vraiment souffert du décalage horaire, même avec le changement d'heure de quinze heures. Lydia a amené de l'aéroport,  Maggie Field (une amie aimée et de longue date qui nous a rendu visite depuis Paris), et nous sommes allés dîner à la résidence de l'ambassade américaine. Bien sûr, le taxi nous a d'abord conduits à l'ambassade du Nord-Vietnam, que j'ai en quelque sorte reconnue instantanément, grâce aux gardes à la porte, bien que je ne sois pas allé au Vietnam depuis quand... ‘71’? Si j’étais sorti du taxi, je serais peut-être encore à l’intérieur, ce qui serait très agaçant pour Lydia, sans parler du Théâtre d’Art Populaire.

    Bien sûr, cela ne fait pas si longtemps que George Bush a repris l'ancienne ambassade du Pakistan, notre premier représentant  ici depuis 1949. Le chauffeur de taxi l'a finalement trouvée, et les Lord nous ont offert une belle soirée. Ils me semblent très bien équipés pour nous représenter ici.

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    [Maintenir les membres de la cour vivants et impliqués a été l'une des difficultés majeures (voir les personnages  à droite !)]

    (les photos sont extraites du livre "Beijing Diary")

     

    (¹)gofer : personne à tout faire

    (²)Death of a Salesman : Mort d'un commis-voyageur.

    (³)"Ma pureté de coeur innée": je suppose que nous pourrions remplacer cette phrase par "je dors du sommeil du juste" ou "je dors comme un enfant".

     

    A SUIVRE....

  • 7 - DIMANCHE 18 SEPTEMBRE JOUR DE REPOS

     

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    Nous avons eu une journée tranquille, dont j'avais besoin. Après m'être allongé toute la matinée dans la Suite (pas aussi relaxant que de m'allonger à mon retour sur la Crête), Pat Corcoran, qui a dans son agenda le programme USIA (¹)du film que j'ai fait ici, nous a conduits à la Cité interdite, dont je me souviens bien du tournage des 55 jours de Pékin. Colesanti et Moore avaient fait un excellent travail de conception de ce décor... il ressemblait exactement à celui-ci. Il y en a bien plus ici, bien sûr, avec la patine des siècles et l'odeur de l'histoire ancrée dans ces toits de tuiles incurvées. C'était étrange qu'il me soit aussi familier.

    (1) L'United States Information Agency ou USIA (littéralement « Agence d'information des États-Unis »), était une agence américaine qui exista de 1953 à 1999, vouée à la « diplomatie publique » - Wikipedia

    Ce que je trouve dans la vraie Cité Interdite, que même Sam Bronston n’a pas pu réaliser, c’est une grandeur sans cesse croissante à mesure que vous progressez à travers de vastes cours, chacune plus grande que celle d’avant ; les marches du bâtiment au fond sont plus longues, plus hautes ; chaque bâtiment est un temple plus grand, à la gloire inimaginable de l’empereur, encore invisible, inconnu, au-delà de cours encore plus grandes, des marches plus élevées, des temples plus grands, s’étendant démesurément au-delà de toute croyance. Devant tout cela, qu’est-ce qu'a pu ressentir Marco Polo à la fin d’une année de lutte à travers l’Asie, ou le premier émissaire britannique deux siècles plus tard, en marchant seul à travers les tambours battants sur près d’un kilomètre ? Il n’est pas étonnant que l’Empire ait duré tant de milliers d’années... ou que la réaction contre lui ait été si sanglante.

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    Photo  https://www.merveilles-du-monde.com/Cite-interdite/Photos-de-la-cite-interdite.php#Photos

     

    J'aime les Corcoran ; Pat et sa femme, Renata, sont tous deux des gens profondément intelligents et engagés. Ils se passionnent pour ce qu'ils font. C'est très rassurant de savoir qu'il y a des gens de cette qualité qui nous représentent dans le monde entier. Quand je ne gagnais pas encore vraiment ma vie, j'en ai passé une petite partie à me faire payer par l'Ambassade pour une course ou une autre. 

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    (Pat Corcoran)

    Pat Corcoran, Premier Secrétaire de l'Ambassade Américaine, et sa femme, Renata, ont organisé de nombreux divertissements dans leur appartement du quartier des affaires étrangères de Pékin. La capacité de Pat à s'exprimer facilement en mandarin et sa bonne humeur constante sur toute notre folle entreprise, ont renforcé notre amitié. Pat et Renata (aujourd'hui en poste en Italie) ont rempli leur maison de superbes antiquités chinoises et de peintures "paysannes". Notre admiration pour eux est sans limite. 

    (Lydia dit trente pays. Je pense moins .) Chaque fois que vous descendez d'un avion, d'un bateau ou d'une jeep au fond de nulle part, il y a quelqu'un comme Pat Corcoran qui veille à ce que vous ne vous ridiculisiez pas (ou à ce que vous ne vous fassiez pas tirer dessus, ce qui revient au même). Je ne crois pas au scénario du burn-out de Graham Greene. Il y a des hommes et des femmes comme les Corcoran dans le monde entier, qui essaient de faire en sorte que tout fonctionne. Que Dieu les bénisse ainsi que tous ceux qu'ils aiment. 

    Lorsque nous sommes rentrés à l'hôtel, leur gourou de l'informatique interne (un affable Néo-Zélandais nommé Kevin King) travaillait depuis une heure pour faire fonctionner Igor (mon ordinateur portable, une brute grincheuse) sur le courant local. Igor était d'un silence maussade, mais Kevin est resté imperturbable. " Peu importe... je l'aurai demain. " Il me semble que les Australiens et les Kiwis sont probablement tenus par la Constitution d'être imperturbables. Ce n'est pas une mauvaise idée. On était comme ça aussi, avant. 

     

    A SUIVRE...

    Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

     

  • 8 - Lundi 19 SEPTEMBRE, troisième jour de répétition

    CHINA JOURNAL  BOOK 2

    19/09/88 - 25/09/88

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    Maintenant nous commençons à nous installer dans la routine des répétitions, immensément aidés par le plateau de répétition complet, avec des meubles et des portes pratiques que nous  n'aurions  jamais pu avoir chez nous. Ils m’ont aussi trouvé une énorme chaise rembourrée avec des dragons sur les bras, dans laquelle je vais passer la plupart des prochaines semaines, à regarder Caine Mutiny prendre vie. Cela rehausse considérablement l'image du réalisateur en tant que Dieu. J'obtiens tout ce dont j'ai besoin.

    Mme Xie est assise à ma gauche, avec une table étroite devant nous, tenant son texte en mandarin et mon script personnel de la production londonienne. Elle fait glisser une pointe de crayon le long du texte anglais pendant qu'ils jouent en mandarin, afin que je puisse vérifier quelle ligne est prononcée, si j'en perds le fil, en regardant les acteurs .

    Je ne peux pas me joindre à la plaisanterie facile qui marque le temps avant chaque répétition, partout dans le monde, jusqu'à Richard Burbage qui plaisante avec Shakespeare. ("Will, veux-tu vraiment que je fasse cette stupide connerie de "être ou ne pas être" ? Tu peux faire mieux que ça, pour ainsi dire.") Ici, à Pékin, je ne sais pas ce qu'ils disent ! Je ne peux pas demander à Mme Xie de traduire la blague du matin avant la répétition de l'acteur, pour l'amour de Dieu. 

    Cette barrière linguistique impose une relation acteur/réalisateur un peu plus formelle que celle à laquelle je suis habitué. Les acteurs semblent à l'aise avec cela, et je ne vois pas d'autre solution. Je m'assure d'être le premier dans la salle de répétition, bien sûr, et je reste assis à lire mon International Herald Tribune jusqu'à ce qu'il soit temps de commencer. (C'est un journal curieusement naïf, politiquement parlant, mais je l'ai lu en travaillant sur six continents pendant quarante ans, reconnaissant pour la bonne couverture médiatique, les résultats de football ou tout autre sujet).

    Il y a aussi le thé... trop,  bien plus important pour les Chinois que la Tribune, je suppose. À ma droite, il y a une table ronde basse (avec des dragons, mais plus petits) pour ma tasse en porcelaine joliment peinte. Quand j'arrive le matin, la tasse m'attend, un quart plein de feuilles de thé sèches.  Quelqu'un la remplit instantanément d'eau très chaude et la garde ainsi toute la journée. Je ne vois jamais personne ajouter de l'eau ou des feuilles fraîches, mais le thé est toujours fort, noir, et là. Je n'aime même pas le thé en particulier, mais cela fait l'affaire. 

    [Je n'ai remarqué que quelques jours plus tard que, si tous les acteurs avaient des tasses à thé personnelles, la plupart  de ces tasses étaient des bocaux de Nescafé isolés avec un emballage de ficelle personnalisé. Ces types sont des acteurs de la compagnie la plus distinguée de Chine et ils se rendent au travail à vélo et boivent du thé dans des pots de café instantané. Le socialisme au travail.]

    Nous avons bien travaillé aujourd'hui, en finissant l'acte 1. Cela signifie que nous avons bouclé  plus de la moitié de la pièce en deux jours ouvrables. Bien sûr, je me rappelle que Ren Ming m'a donné la pièce à l'état brut, les acteurs ayant appris la plupart de leurs rôles. Par Dieu, tant mieux pour eux.

    Nous avons un problème. Le vendredi, la pièce a duré une quarantaine de minutes de plus que dans les productions anglaises ou américaines que j'ai mises en scène. Deux heures et cinquante minutes, c'est trop long pour cette pièce [un peu comme dans le Roi Lear]. Il y a aussi ceci : Les bus de Pékin s'arrêtent à dix heures. Le public sortira avant la fin si le rideau n'est pas tombé bien avant. Croyez-moi, ce fait a attiré mon attention. La pièce supportera des coupures. N'importe quelle pièce le supporterait. J'ai coupé Shakespeare et O'Neill à chaque fois que je les ai joués... et Wouk d'ailleurs, quand j'ai joué cette pièce pour la première fois à Londres. Nous avons alors retiré un peu moins de deux minutes, avec l'accord d'Herman. Je pense que ça nous a aidés. Il sera plus difficile d'obtenir plus que cela ici, sans perdre quelque chose de précieux. Essayons. 

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    Cong Lin commence à comprendre un peu d'anglais alors que Chuck montre ce qu'il veut obtenir dans la prestation de Cong. Mme Xie, toujours attentive et alerte, s'efforce de mettre en relation l'acteur et le metteur en scène. Sa maîtrise de l'anglais est assez impressionnante ; en fait, sa seule question sur l'usage de l'anglais était : "Quelle est la différence entre pisser et faire pipi ? Chuck a dû réfléchir à cette question.

    [Alors que je passe en revue ces pages de mon journal de Pékin, je reviens tout juste de neuf heures de travail sur la quatrième réalisation,  dans une salle de montage, bobine par bobine, plan par plan, de mon film actuel (Non pas Un homme pour toutes les saisons qui a été tourné l'année dernière. Il s'agit de  l'île au trésor, et c'est mon fils qui réalise, pas moi. Sinon, l'équipe est la même, y compris beaucoup d'acteurs). Le montage d'un film, ou le découpage d'une pièce de théâtre, consiste à enlever les parties moins bonnes pour que les bonnes parties se rapprochent. Mille petits détails  si vous voulez, comme dans Shakespeare, c'est très difficile à obtenir. Vous êtes toujours confrontés à des choix compliqués, comme les bus de Pékin. C'est à cela que nous avions affaire].

     

    SUIVRE...

     

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  • HESTON et DE MILLE, histoire d’un conte d’Hollywood ( 2ème partie)

     

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    Cecil Blount De MILLE n’était pas du genre à se reposer sur ses lauriers, même après un triomphe aussi  probant que son «  GREATEST SHOW ON EARTH » , c’est pourquoi quelques mois à peine après que son film ait battu tous les records de recette de l’année 1952, il se lança dans un projet qui lui tenait bien plus à cœur : réaliser le remake de «  THE TEN COMMANDMENTS » qu’il avait  mis en scène en 1923, estimant sans doute qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même !


    De multiples raisons ont pu être à l’origine de ce choix : économiques pour commencer, puisque le cinéma américain traversait la plus grande crise de son histoire, et se trouvant concurrencé par la télévision, devait à tout prix ramener les spectateurs dans les salles au moyen de grands spectacles «familiaux» ; philosophiques ensuite, puisque De MILLE , homme de grande foi religieuse, considérait ce projet comme une «  mission spirituelle » ; personnels pour conclure, car le metteur en scène, âgé de 76 ans, savait très bien que ce nouveau  projet serait vraisemblablement son dernier…


    C’est donc armé de ses convictions  et de l’assurance que le studio le suivrait dans son vœu de « réaliser  le plus grand film épique de l’Histoire du cinéma »  que De MILLE commença par prendre la décision capitale  de filmer la saga de MOISE   sur les lieux mêmes de son déroulement, c’est-à-dire en EGYPTE ! la première version avait été réalisée à moindres frais sur les dunes californiennes de GUADALUPE, près de LOS ANGELES, mais là, comme saisi d’un élan mystique, l’artiste  voulait «  the real thing », et chose étonnante quand on connait les difficultés financières des studios à l’époque, il obtint ce qu’il désirait !

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    (De Mille dirigeant le film "the ten commandments" en Egypte)


    Il faut dire que, fort de son passé de réalisateur de films historico-bibliques à succès, De MILLE  ne pouvait que convaincre les décideurs, d’autant que sa «  formule de persuasion » était globalement la même, celle qu’il asséna un beau jour à Adolphe ZUKOR qui se plaignait de ses dépassements de budget pharaoniques( c’est le cas de le dire…)
    « Monsieur ZUKOR, mes films vous coûtent beaucoup d’argent, mais dites -vous bien qu’à chaque dollar supplémentaire dépensé par moi pour améliorer notre film, c’est un spectateur de plus dans la salle ! »


    Logique de raisonnement impitoyable et indiscutable, qui lui permit donc d’obtenir le feu vert du studio pour ce qui serait au bout du compte, le budget  le plus élevé de l’Histoire d’Hollywood, plus de 13 millions de dollars, sans compter le « petit détail »de 9 mois de tournage !


    Pendant que l’artiste  se lançait dans une préparation méticuleuse de son projet tout au long de l’année 1953, le comédien qui nous intéresse ici se trouvait plus ou moins « dans le creux de la vague », obligé de jouer dans des séries B  certes plaisantes, mais qui ne lui offraient aucune perspective de sortir du rang ; n’oublions pas qu’à l’époque, Charlton HESTON a plus ou moins  renoncé à sa carrière théâtrale pour se lancer au cinéma, mais n’a obtenu pour le moment que des rôles d’aventurier ou de «  westerner » ou son réel talent de comédien n’est ni mis en valeur, ni  poussé vers ses limites, et pour un homme aussi ambitieux et passionné par son art que lui, la frustration à ce moment est immense.

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    Et comme De MILLE lui aura tendu la main pour faire décoller modestement sa carrière en 1951, c’est le même homme, comme dans un conte de fées moderne, qui va lui offrir le rôle de MOISE, et  cette fois lui permettre de faire prendre à sa carrière un tournant décisif !


    A vrai dire, il est tout à fait clair aujourd’hui que De MILLE n’eut aucun  doute profond quant à l’attribution du rôle du prophète, tant sa précédente collaboration avec HESTON avait été fructueuse ;  dès les premiers jours de tournage de « THE GREATEST SHOW ON EARTH », il a été impressionné par le professionnalisme du jeune homme, son enthousiasme et son charme naturel, et le fait qu’il ait trouvé, lors d’un voyage à ROME, une ressemblance frappante entre  le MOISE sculpté par Michel-Ange et les traits de l’acteur a certainement compté dans sa décision ; homme de spectacle avant tout plus que directeur d’acteurs, il considère la présence physique et l’aura d’un comédien comme essentielles, bien avant la diction ou l’expressivité !On sait que ce système de pensée comporte ses limites, comme on peut le constater en revoyant ( au hasard) un Victor MATURE par exemple dans son SAMSON AND DELILAH, mais force est de constater que dans son choix crucial, il aura fait mouche !

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    EST-CE  aussi  le cas en ce qui concerne le reste de l’imposant casting qu’il va mettre en place pendant toute l’année préparatoire au tournage ?   Il est évidemment facile de juger «  a postériori » des décisions qui correspondaient aux critères en vogue il y a plus de 60 ans, mais on ne peut manquer de le trouver cohérent : on y trouve des  comédiens de stature, comme Edward G ROBINSON  dans le rôle de l’infâme Dathan, Vincent PRICE , Sir Cedric HARDWICKE en Pharaon Sethi, une actrice de talent «  mais-qui-n’en-fait-qu’à-sa-tête »Ann BAXTER en Nefertari , plusieurs «  non-acteurs » c’est-à-dire davantage gravures de mode que vrais interprètes, comme John DEREK, Debra PAGET, et (moindrement) Yvonne De CARLO …
    ET … Yul BRYNNER !

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                                      Vincent Price                                                                                 Sir Cedric HARDWICKE

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                             Edward G. Robinson                                                                                                        Anne Baxter

               

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                                     John Dereck et Debra Paget                                                                                          Yul Brynner 

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    Un homme à part que  ce Yul,  ni mannequin-potiche ni comédien à part entière, mais très grosse personnalité, qui vient de triompher au théâtre puis à l’écran dans THE KING AND I, et qui sait à peu près tout faire : d’origine russe, ancien technicien de cirque à Paris , danseur, chanteur, guitariste, photographe, polyglotte, il fait de son charme et de sa force physique son atout premier car, homme d’une grande intelligence, il connait ses limites dans la diction et les joutes verbales ; dès qu’il se voit assigné le rôle essentiel de RAMSES, principal adversaire de MOISE, il va vivre son personnage à fond, et considérer HESTON comme son rival, à l’écran comme à la ville ; ce (relatif) antagonisme sera d’ailleurs bien exploité par De MILLE, qui obtiendra d’eux une alchimie réelle dans leurs nombreuses scènes communes, mais BRYNNER, qui s’est battu toute sa vie pour « devenir quelqu’un » et est prêt à tout pour arriver au sommet, conservera pendant tout le tournage une certaine distance avec ses collègues,  comportement qui deviendra un vaste sujet de moquerie  pendant la suite de sa carrière ! Georges SANDERS, sardonique comédien britannique, dressera d’ailleurs de lui un portrait pendant le tournage de «  SALOMON AND SHEBA » qui reste, surtout avec le recul, à mourir de rire :

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    « Quand Monsieur BRYNNER arriva sur le tournage de SALOMON pour remplacer mon regretté ami Tyrone POWER, il ne fit aucun doute pour toute l’équipe du film que nous allions assister à un évènement considérable : BRYNNER ne se déplaçait sur le plateau  qu’accompagné d’une troupe de secrétaires, chacun d’entre eux étant assigné à une tâche particulière : l’un d’entre eux avait pour vocation de lui allumer  puis éteindre ses cigarettes,  un autre avait pour rôle de veiller à ce que son noble crâne  restât immanquablement  vierge de toute souillure ou particule qui puisse porter ombrage à sa noble tête ; il avait également un troisième secrétaire dont la fonction ne me parut jamais vraiment définie, mais nul doute qu’elle devait être également essentielle » («  mémoires d’une fripouille »)


    Quoi que l’on puisse penser des frasques de BRYNNER, qui il faut bien l’admettre étaient fréquentes chez bien d’autres stars de l’époque, on saura reconnaitre qu’il a su faire de son Pharaon UN VRAI personnage, et non une « statue qui parle » comme on en a souvent vues chez De MILLE ,  lequel nous ne le savons faisait du spectacle sa priorité.


    ET spectacle il y aura, car toute l’équipe du film va se déplacer dans un premier temps en EGYPTE,  pour commencer en octobre 54 les prises de vues, sur les pentes du fameux Mont SINAI, lequel d’ailleurs n’existe pas sur les cartes de la  vaste Péninsule  ; c’est donc aux pieds de «  Gebel MUSA » ( la montagne de MOISE) que  va débuter le tournage, De MILLE ayant été persuadé par les religieux de l’ancien monastère de Sainte Catherine que cette montagne fut celle ou Dieu parla à MOISE !


    C’est donc un HESTON pieds nus qui va pratiquer cette ascension en marchant sur les pentes rocailleuses, expérience douloureuse mais sans commune mesure avec sa confrontation avec le chameau, animal indispensable pour faire voyager l’équipe technique et son matériel ,mais pour lequel il va assez vite éprouver une certaine répugnance ; ce sera le début d’une relation bien particulière entre Chuck et ce mammifère , poursuivie avec un succès comparable dix ans plus tard sur « KHARTOUM » : «  Dieu a créé toutes sortes d’animaux sur cette terre, mais il aurait franchement pu se passer d’inventer celui-ci ! »


    Difficultés certes secondaires par rapport à la tâche beaucoup plus difficile de  donner au Prophète l’épaisseur et l’humanité voulues, car sans une incarnation parfaite, dont il se sent à l’époque incapable, le film tombe à l’eau ! fidèle à sa méthode consistant à s’informer le plus possible sur le personnage qu’il doit jouer, HESTON  va totalement s’immerger dans l’étude de l’Ancien Testament, choisissant  de s’éloigner des acteurs et figurants pour mieux se pénétrer du rôle, passant de longs moments à marcher seul dans le désert, mais se défendant plus tard d’en avoir fait une «  expérience religieuse » :
    « C’est facile de dire «  j’ai marché sur le mont SINAI et j’ai rencontré Dieu » , je déteste ce genre de commentaire ! mais d’un autre côté, je ne peux pas dire que l’expérience ne m’a pas marqué non plus. Je dois dire que les premiers plans que j’ai tourné consistaient  à marcher pieds nus en bas du Mont SINAI, et on ne peut pas se sentir tout à fait le même après ça ! »

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    Le façonnement son personnage prendra  donc sa source dans les recherches de documents, dans le choix de costumes et  les différents maquillages qu’imposera fatalement son vieillissement progressif , mais bien sûr aussi dans la volonté délibérée du comédien de faire de MOISE un être humain, certes exceptionnel de par sa destinée, mais sans chercher à le statufier comme la tradition biblique chère à De MILLE l’exige ; il va en faire un être humble, un homme bon qui  devient un serviteur de Dieu et ne cherche aucune gloire, aucune récompense, anticipant son personnage dans EL CID et bien d’autres films.


     Et c’est en cela que son interprétation, y compris de nos jours, parait étonnamment moderne, et ce dans toutes les phases de l’ouvrage, en contraste avec le jeu outré et appuyé, bourré d’effets, de presque tous ses partenaires, notamment Ann BAXTER ; on a là la naissance d’un vrai comédien à l’écran, qui a compris que «  trop essayer ne fait qu’appuyer vos défauts » ( trying too hard only adds up to one’s deficiencies) .
    Réussite évidente à l’écran, mais qui n’empêchera pas le comédien, qui restera toute sa vie son meilleur critique, de considérer avec  objectivité que «  c’était un rôle énorme, comme de jouer le Christ, et donc presque injouable ; il se situait bien au-dessus de mes capacités à l’époque, et le serait encore aujourd’hui , j’oserais même dire qu’il était peut-être au-dessus des capacités de Laurence OLIVIER .Je pourrais le jouer mieux  maintenant, mais n’importe quel acteur pourrait dire cela de n’importe quel rôle ! »

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    A SUIVRE ⇒