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  • DOCUMENTS PARTAGES PAR DANIEL O'LEARY

     
     
    Une nouvelle contribution au blog qui me réjouit vraiment. Il s'agit de celle de Daniel O'Leary, hestonien de  notre groupe FB "CHARLTON HESTON", dans lequel il partage ses documents et que je souhaitais pouvoir présenter sur le blog. Je lui en ai donc fait la demande. 
     
    Je remercie particulièrement mon ami Daniel O'Leary, qui a accepté de partager ses documents hestoniens ici. Cela me touche beaucoup et offre la possibilité aux nombreux hestoniens qui visitent le blog, de découvrir probablement de nouveaux documents dont nous n'avons pas toujours connaissance. 
     
    Voici le message que j'avais envoyé à Daniel pour avoir l'autorisation de publier ses documents :
     
    Bonjour Daniel, J'ai vu les lettres que vous possédez et avez publiées dans notre groupe Charlton Heston. Je me permets de vous demander l'autorisation de les publier sur mon blog que je consacre à Chuck, blog que vous connaissez probablement. Il est évident que je vous en ferai crédit sur la page de publication.
     
     
    Voici sa réponse en forme d'autorisation :
     
    Yes France, that's ok to use them and the other ones i posted previously. Send me your link. Your blog sounds amazing. I will post some more soon.
     

    I was in Los Angeles in August. I was staying behind the famous Grauman's Chinese theatre. Had to get my photo taken at Charlton's slab.

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    Another piece from my collection. A candid vintage press photo from Ben Hur. This was sent by the studio to the newspapers. Charlton and Haya Harareet seem to really get on well with each other. Never seen such admiration in any other of his candid photos. You can see in between filming, Charlton is reading various books on the Romans

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    Another piece of Charlton history I own. One of my favourite pieces. It's a contract for the loanout services of Charlton to his own movie company - Agamemnon Studios. From 1985, Charlton had just returned from London. I believe he had been appearing in London's west end theatre, and had to go back to continue with the Colby's. Also shown is a pic from 3 years ago from the same studios from Heather the manager and Fraser to myself.

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    A 1961 original candid newspaper photo of Charlton and Laurence Olivier.

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    I own 3 letters from Charlton's secretary (Cora Sommer) the letters date between 1966-67. This is one of them. She talks about Chuck finishing "Will Penny" at Paramount studios. At the top of the letter in ink, she also writes about Bisley the small town where the outdoor locations for Will Penny were filmed. I also own an original vintage press photo, taken just the previous month in Bisley. It shows Charlton with his young son Fraser. Hope you enjoy them. I will post the other letters soon.

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    13 novembre,

    For mon amie France Darnell ...an original picture of Chuck near the Champs Ellysees Paris in October 1960. Promoting Ben Hur

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  • 17 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    La Touche Wyler

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    (Chuck - Sam Zimbalist - William Wyler)

    Jack L. Warner examina de nouveau le contrat qu'il avait signé pour Heston pour qu'il fasse Les Commandos passent à l'attaque1, réalisé par William Wellman.

    Herman Citron, surnommé « l'homme de glace »2, avait formulé tout à fait clairement les termes du contrat. Heston travaillait désormais contre un pourcentage des recettes. Universal avait accepté ces termes pour La Soif du mal, et c'est ainsi que firent également les frères Warner pour Les Commandos passent à l'attaque. Jack Warner n'avait cependant pas pris la mesure de ce que cela signifiait. Après tout, peu d'acteurs de l'époque se faisaient payer au pourcentage des revenus bruts.

    C'était pourtant écrit noir sur blanc. Heston allait recevoir une part des profits du film. Jack s'était décidé trop hâtivement. Il renvoya aussitôt Heston et choisit un acteur avec qui ils avaient déjà un contrat : James Garner. Heston les poursuivit en justice tout aussi promptement.

    Charlton fit une déposition calme, un peu verbeuse, devant le tribunal. Il y avait eu des périodes de sa vie où il ne prenait pas beaucoup la parole. Il avait maintenant tendance à la monopoliser. Après son témoignage, son avocat lui signala : « Vous savez, M. Heston, il est tout à fait acceptable de répondre aux questions simplement par oui ou par non.»

    Jack Warner en dit cependant trop. Sa colère surgit rapidement à la surface pendant son interrogatoire, et laissa échapper : « tous ces maudits acteurs méritent tout ce qui leur pourrit la vie. » Cela régla la question pour la cour de justice. Ils décidèrent en faveur d'Heston et lui donnèrent droit à un dédommagement financier payé par les frères Warner, ce qui lui offrit les fonds nécessaires pour enfin commencer à chercher une maison qui lui appartiendrait.

     La lumière rouge tant crainte s'alluma et Heston était de nouveau dans une émission en direct à travers le pays. Cette fois, il faisait The Anderson Court-Martial, portant une moustache postiche. Il sentit que c'était un superbe script et le meilleur rôle qu'il avait eu depuis un bout de temps. Il était ravi de la direction de Ralph Nelson, et à part sa moustache qui manqua de peu de tomber devant 40 millions de téléspectateurs, la pièce se passa bien, flattant suffisamment son égo d'acteur pour lui permettre de faire une pause dans la promotion de son prochain film, Les Grands Espaces3 de William Wyler.

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    Il n'aimait pas particulièrement son rôle, devant être gros pour la première fois, et ce n'était qu'un rôle de soutien majeur. Il ne l'avait accepté que parce qu'il ne voulait pas laisser passer l'opportunité de travailler pour Wyler. Le tournage n'a pas été des plus joyeux. Sa vedette, Gregory Peck, coproduisait avec Wyler. Ils se disputèrent en tant que producteurs et amenèrent cette dispute jusqu'à leur relation réalisateur–acteur. Wyler, tel qu'il était, faisait généralement les choses à sa manière.

    Il ne lâchait jamais les acteurs ni une scène tant qu'il n'était pas convaincu qu'il avait tout tiré d'eux et du script. Il pouvait prendre une douzaine de prises ou plus d'une seule séquence, essayant tous les angles, toutes les idées, toutes les motivations et en tirant chaque goutte d'émotion. C'était une technique à laquelle Heston n'était pas habitué – il avait tendance à vouloir que les choses avancent. Il dut apprendre à être patient et à faire confiance à l'instinct de Wyler qui, après tout, avait fait ses preuves sur une période de plus de trente ans.

    Charlton apprit à ne pas s'attendre au moindre compliment de la part du réalisateur. Wyler lui expliqua les choses simplement : « écoute, si je ne dis rien après une prise, c'est que c'est bon. »

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    Une seule scène sous la direction de Wyler pouvait être une expérience exténuante. Il fit jouer une scène de combat au corps à corps à Peck et Heston du matin au soir, jusqu'à ce que les deux acteurs furent complètement épuisés – ce qui allait bien avec la scène.

     Même les femmes ne furent pas épargnées. Quand Heston et Carroll Baker durent se quereller à l'écran, Carroll finit les poignets couverts d'ecchymoses à cause de la forte poigne de Chuck.

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    Charlton explique :

    «Willy nous a fait jouer cette scène encore et encore, jusqu'à ce qu'il soit satisfait. Il ne cessa pas de l'exhorter à se dégager tout en insistant sur le fait que je ne devais pas la laisser partir, et j'ai fini par la blesser aux poignets. La pauvre fille était dans un drôle d'état après cela.

    Et voilà encore une autre preuve de son insistance à vouloir avoir exactement ce qu'il veut. À Rome, six mois après que nous avions terminé Les Grands Espaces aux états-Unis, il me fit jouer un gros plan qu'il voulait caler dans le gros combat que j'ai avec Gregory Peck.

    Ironiquement, il ne l'utilisa finalement pas

     La valeur qu'accordait Charlton aux premiers rôles féminins, qui n'avait pas toujours été très haute, grimpa de façon dramatique durant ses scènes avec Jean Simmons. Il dit une fois des vedettes féminines ceci :

    «Certaines d'entre elles ont une attitude très peu professionnelle. Elles ne s'intéressent pas vraiment à ce qu'elles font. Elles sont trop désenchantées par ces histoires de star de cinéma et ont tendance à voir cela comme un engagement social. L'industrie a créé ses propres monstres, et certains d'entre eux sont féminins

     C'était son avis à l'époque, et il n'a pas trop changé au fil des années. Il complète cependant :

     « Parmi les femmes partageant mon métier, je respecte beaucoup Jean Simmons. Non seulement elle est très talentueuse, mais ce que je trouve encore plus digne de louanges, c'est le fait qu'elle a réussi à rester inchangée malgré les influences destructrices et les pièges qui viennent avec la célébrité, et qui ont détruit tant de ses sœurs-actrices

     

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    En tout, Les Grands Espaces, malgré son rôle relativement secondaire, prit à Heston 3 mois de dur labeur et de sueur pour terminer. Il était cependant content d'avoir fait le choix de travailler avec Wyler, et ce fut rétrospectivement un de ses meilleurs choix stratégiques car à ce moment-là, MGM était en train de persuader Wyler de réaliser leur titanesque remake de Ben-Hur.

     Pour Charlton, c'était comme offrir à sa femme le plus beau des cadeaux de Noël. Il se tenait à côté d'elle sur la montagne, admirant le canyon, lui laissant le temps d'apprécier le même paysage à couper le souffle qui l'avait captivé. En dessous se trouvait Hollywood, à portée de main et pourtant si loin. Au-delà se trouvait l'Océan Pacifique. Russ l'avait trouvé en premier ; une vue sur le canyon n'attendant que quelqu'un qui vienne y construire une maison. Chuck adora dès le premier regard et avait hâte que Lydia lui donne son consentement. Quand elle le vit, elle se tint là, muette. Elle se délecta de la beauté à laquelle elle faisait face, et des larmes commencèrent à couler.

    Charlton était comme foudroyé. « Qu'y-a-t'il ? Cria-t-il, tu n'aimes pas ? »

    Lydia raconte : « en dépit de sa taille, il ressemblait tellement à un petit garçon inquiet que je n'ai pu qu'en rire au lieu de pleurer. »

    Le lopin de terre fut donc acheté, et les Heston commencèrent à prévoir comment faire dessiner et construire leur maison.

    Heston travaillait alors sur un autre petit rôle dans un film, mais c'était vraiment plus une sorte de brève apparition4. Il jouait de nouveau Andrew Jackson du film Les Boucaniers de De Mille Production. Cette fois, De Mille n'était pas le réalisateur. Au départ, il comptait en faire une version musicale avec Yul Brynner dans le rôle de Jean Lafitte, mais Brynner n'était pas satisfait par le scenario et son traitement, faisant que De Mille décida de faire un simple remake de son ancien film d'aventure. À ce moment-là, il n'était cependant pas motivé à  réaliser le film et chercha quelqu'un d'autre pour remplir cette mission.

    Un jour, alors qu'il déjeunait, sa fille Katherine et son beau-fils Anthony Quinn lui rendirent visite. De Mille demanda à Quinn s'il pensait que Budd Boetticher serait un bon choix comme  réalisateur pour Les Boucaniers.

    « Ce n'est pas ton genre de réalisateur, » répondit Quinn.

    Soudain, De Mille se pencha en avant et dit, « Tony, comment est-ce que tu aimerais le réaliser ? »

    Quinn réfléchit un instant et dit, « je le ferai. »

    Charlton eut vent de ce projet qui était fait par Paramount, et comme il avait encore un dernier film à tourner pour ce studio, il demanda à De Mille s'il pourrait jouer à nouveau Jackson pour enfin conclure son contrat. Par ailleurs, il admirait beaucoup Jackson et qu'essayer de le jouer de nouveau serait une expérience des plus plaisantes.

    De Mille adorait la perspective d'avoir Heston dans son film et ordonna à ses auteurs, Jesse Lasky Jr et Berenice Mosk, de donner plus d'importance au rôle de Jackson.img028.jpg 

    Heston se mit impatiemment au travail de création du maquillage, basant l'apparence de Jackson sur de vieilles peintures de lui à l'âge de 60 ans. C'est seulement une fois que la production avait déjà bien avancé qu'Heston se rendit compte qu'il avait fait une terrible erreur. Jackson, à l'époque à laquelle se déroule le film, n'a que 46 ans, mais Chuck le représentait comme un vieil homme.

    Quinn n'avait jamais été réalisateur auparavant, mais en tant qu'acteur, il a pu montrer aux acteurs exactement comment il s'attendait à ce qu'ils jouent leurs rôles en les interprétant lui-même pour leur avantage.

     Cependant, tous les acteurs n'appréciaient pas de se faire dire exactement comment jouer. Heston, ceci dit, trouvait que Quinn était un homme plein de talents qui l'aida à ajouter un petit quelque chose à son jeu grâce à cette technique. Ils travaillaient si bien ensemble qu'ils parlèrent de monter d'autres projets à l'avenir, bien que rien ne s'est jamais concrétisé.

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    De Mille était rarement sur le plateau. Quand il venait, il restait assis en silence dans un coin, quoique son ombre se projetait clairement sur le plateau, mais la plupart du temps, Quinn avait l'équipe de tournage, les acteurs et le plateau pour lui tout seul. La participation de De Mille se limitait à demander à refaire des prises (n'étant pas toujours satisfait par le travail de Quinn), et ensuite à superviser le montage du film, ce qui aida à ajouter quelques touches du maître.

    Les Boucaniers est en fait un assez bon film ; en tout cas moins mauvais que ce que certaines critiques le font croire. Peut-être y a-t-il toujours quelques fautes de goût quand un acteur est réalisateur pour la première fois. En tout cas, Quinn n'a jamais plus été réalisateur depuis.

    De Mille offrit à Charlton cette petite statue de cire qui avait trôné dans sa loge pendant le tournage de Le Général Invincible pour sa contribution au film.

    Même pendant la production de Les Boucaniers, MGM essayaient de séduire Heston pour qu'il joue Messala dans Ben-Hur face à Burt Lancaster dans le rôle-titre. Charlton n'était pas du tout à l'aise à l'idée de jouer le méchant et Wyler, chargé du film, fit de son mieux pour le rassurer. Pendant ce temps, Lancaster se désolidarisa du film, croyant curieusement que le film contredirait ses idées athées ! Un remplaçant fut trouvé – un Italien nommé Cesare Danova – mais Wyler avait des appréhensions à son sujet, en grande partie parce qu'il n'avait pas une maîtrise particulièrement bonne de la langue anglaise. Wyler commença à sa demander si Heston ne serait pas mieux dans le rôle de Ben-Hur.

    Heston ne se faisait pas trop d'illusions alors que Wyler allait prendre sa décision. Il retrouvait 2 de ses collègues acteurs de Les Boucaniers, Claire Bloom et E. G. Marshall, pour une production télévisuelle de La Belle et la Bête pour CBS. Cela attira une forte audience et reçut des commentaires dithyrambiques.

    Wyler décida enfin qu'Heston devrait jouer Ben-Hur, et Charlton accepta immédiatement l'offre et célébra cela avec Lydia et une bouteille de champagne.

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    Avant de se mettre en route pour l'Italie où Ben-Hur serait filmé, Chuck fit Point of No Return pour Playhouse 90, mis en scène par Frank Schaffner. Il fut diffusé en direct le 20 février 1958.

    Trois semaines plus tard, Charlton, Lydia et Fray embarquaient à bord du SS United States à New-York, en direction de Southampton puis, enfin, Rome et Ben-Hur.

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    A SUIVRE...

    1 Darby's Rangers

    2 « The Iceman » dans le texte original

    3 The Big Country

    4 « a cameo » dans le texte original. Le mot  est déjà dans l'usage courant en France, et désigne l'apparition brève d'un acteur connu dans un film.

  • 16 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    ... SUITE 

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    La neige tournoyante enveloppa Charlton tandis qu'il descendait avec difficulté de la voiture dans la nuit à la recherche de la route vers St-Helen. Il s'était déjà frayé un chemin à travers le blizzard et les collines enneigées, et aussi familier qu'il fût avec le terrain, Charlton ne pouvait pas voir à plus de 10 yards devant lui.

    En découvrant la route cachée quelque part sous les profondeurs de la couche de neige, il remonta dans la voiture et reprit le volant. Ils arrivèrent au cabanon dans la nuit et, Noël était dans deux jours à passer auprès de Russ et Velda, à invoquer tout les éléments familiers ravivant les souvenirs de petit garçon dans les bois qu'il chérissait tant.

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     Pendant la période des vacances, Charlton survola quelques scripts. Il cherchait plus que jamais, mais la qualité de ce qu'il parcourait ne l'inspirait pas vraiment. Il y en avait cependant un qui avait l'air prometteur. C'était La Soif du mal chez Universal qui voulait qu'il joue un détective mexicain. C'était un thriller plutôt classique – un peu supérieur à un scénario de série B quand même.

    Il téléphona à Universal pour leur demander qui en serait le réalisateur.

    « Nous n'avons encore aucun réalisateur », lui répondit-on. « Mais nous aurons Orson Welles dans le rôle du policier corrompu. »

    « Pourquoi ne pas lui laisser également la réalisation, » suggéra Heston.

    « Vous plaisantez, » dirent-ils.

    Heston ne plaisantait pas. L'un de ses films préférés était Citizen Kane, que Welles avait écrit et réalisé en plus de jouer dedans, en 1941.

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    La suggestion fut soumise au producteur Albert Zugsmith qui tenait à avoir Heston dans son film. Lui et Universal décidèrent que plutôt que de voir Heston se rétracter, – il surfait alors sur la vague de succès que lui prodiguait Les Dix Commandements – ils préférèrent demander à Welles d'être le réalisateur.

    Avec Welles comme appât, Universal ferra Heston sans lui donner un salaire fixe mais 7,5% des gains bruts. Charlton était extrèmement enthousiaste à l'idée de faire le film sans autre raison que le fait  qu'Orson Welles le réalisait et réécrivait le script.

    La version finale de Welles créa un vent de panique chez Universal. Son travail de réécriture  transforma le mélodrame prévisible qu'ils avaient imaginé en un film policier décalé. Charlton, cependant, était enthousiasmé par ce qu'il lisait, et encore plus par l'idée de Welles de répéter tout le film chez lui. En même temps, Charlton se sentait grandir en tant qu'acteur, assimilant tout ce que Welles lui disait en tant que réalisateur et acteur. Selon Heston :

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    « Ce fut une expérience remarquablement enrichissante pour moi – l'une des plus précieuses de toute ma carrière cinématographique. J'ai probablement plus appris du jeu d'acteur avec Welles qu'avec aucun autre réalisateur. C'est lui-même un acteur, et un incroyable communicant plein de ressources. Il comprend les acteurs et communique avec eux. C'est ce qu'il fit avec moi de manière très détaillée, ce qui est inestimable.»

    La seule critique d'Heston à l'égard de Welles était que celui-ci semblait ressentir le besoin de lui cacher le fait que le rôle central  était celui qu'il jouait lui-même alors que le rôle d'Heston était secondaire. En tant qu'auteur et réalisateur, Welles ajouta quelques scènes non nécessaires pour Heston. 

    Heston découvrit vraiment combien Welles pouvait être un réalisateur innovant au premier jour du tournage. Welles les fit répéter toute la journée et ne commença pas à filmer avant 17h45, à l'heure où le producteur Zugsmith devint pâle à l'idée de dépasser le budget initial et les délais prévus dès le premier jour. Deux heures plus tard, Welles cria : « coupez ! C'est dans la boîte, on en a fini avec ce lieu de tournage. » d'un seul coup, ils avaient deux jours d'avance sur le planning, quelques douzaines de pages de script filmées alors que cela aurait dû prendre plusieurs jours pour tout terminer.

    La fameuse scène d'ouverture du film fut tournée en une seule nuit. Welles tourna l'ensemble en une seule prise, suivant Heston sur trois rues1 pendant que le dialogue continuait, atteignant son point culminant quand Heston embrasse sa partenaire pour le film, Janet Leigh, puis une voiture qui explose – le tout dans ce qui est probablement le plus long plan-séquence jamais enregistré2.

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    Heston était impressionné chaque jour par l'une ou l'autre technique innovante, même quand il s'agissait de déplacer un dialogue d'un lieu de tournage à un autre complètement différent. Charlton sentit bien que La Soif du mal serait un film majeur.

    Même dans les dialogues doublés, Welles s'avéra être un magicien. Heston se retrouva à doubler des dialogues complètement différents de l'original dans certaines scènes, créant ainsi un nouveau point de suspense. À partir de ce moment-là, Charlton fit un usage créatif des sessions de doublage, ou de « bouclage »3, pour progresser plus qu'il ne l'aurait cru possible.

    Universal, cependant, n'était pas aussi impressionné par Welles que ne l'était Heston. Le film était juste trop en avance sur son temps. Toute l'histoire était racontée là, sur cet écran, mais Welles ne l'expliquait pas clairement au public qui devait se donner un peu de mal pour suivre le film. Le public n'a plus aucun souci à faire cela, mais en 1957, si un homme allait d'un point A à un point B en voiture, il fallait le voir dans la voiture plutôt que de simplement le voir arriver au point B. Universal choisit donc un autre réalisateur, Harry Keller, pour tourner quelques scènes complémentaires et interdire à Welles de remettre le pied sur le plateau de tournage. Au début, Heston refusa de travailler sans Welles sur le plateau, mais comme son avocat le lui fit remarquer, il était légalement lié par contrat et devait obtempérer. Ceci dit, Heston mit en pause le tournage pendant une journée pour essayer de se dépêtrer du dilemme moral et légal dans lequel il était, mais il remboursa le studio pour la journée de travail perdue, lui coûtant 8 000$ directement tirés de sa poche.

    Considérant son enthousiasme pendant la production et son estime pour Welles, il est surprenant de constater qu'en voyant pour la première fois La Soif du mal, il fut très déçu. C'est un phénomène qui le surprend lui-même aujourd'hui. D'après lui :

     « Ce film n'est peut-être pas un grand film. Ce n'est pas l'égal du Citizen Kane de Welles, mais "La Soif du mal" est certainement un film qui en vaut la peine. Il a beaucoup de qualités dont une, je crois, à laquelle n'importe qui dans l'industrie du cinéma aurait été heureux de contribuer. Pourquoi je ne l'ai pas remarqué en voyant le film la première fois ? Je n'en sais rien ! Peut-être que j'en attendais plus. Peut-être que je m'attendais à l'incroyable projet que cela semblait être quand nous travaillions dessus.

    Contrairement à ce qu'on raconte, il n'y a pas de « version perdue de Welles ». Le film était très proche de ce qu'il aurait été si le studio avait laissé Welles sur le plateau jusqu'à la fin.

    Je dois dire que ce fut une merveilleuse expérience de travailler avec sans doute l'homme le plus talentueux du cinéma de l'époque. Ça ne veut pas dire qu'il était le meilleur acteur ni le meilleur réalisateur, mais peu importe ce qu'on appelle le talent, – un mot que l'on épingle sur la contribution intangible d'un artiste et que l'on ne peut pas appeler autrement – Welles en avait. Encore une fois, La Soif du mal n'est certainement pas un grand film, mais il fut décrit comme le meilleur film de série B jamais créé.

    J'attribuerai à Welles ce mot trop souvent utilisé – génie ! »

     La Soif du mal ne fut ni un succès critique ni commercial. Il est cependant devenu une sorte de classique au fil des années et est aujourd'hui considéré par les critiques et par tout ce qui ressemble à un mordu de cinéma, comme l'un des meilleurs films de Welles. Comme Heston l'a dit, « La Soif du mal n'est pas Citizen Kane, mais il ne se place pas loin derrière Kane dans la liste des films de Welles. »

    Malgré la première réaction un peu froide devant ce film, il voulait vraiment pouvoir de nouveau travailler avec Welles et discutèrent à propos de nombreux sujets parmi lesquels Jules César et une version cinématographique de "Je suis une légende"4, un livre de science-fiction. Charlton découvrit cependant qu'il ne pourrait jamais tenir Welles en place suffisamment longtemps pour faire naître un quelconque projet. « Malheureusement, Welles a tendance à être indiscipliné, négligent peut-être, et souvent malavisé. »

    Même s'il ne tira rien d'autre de sa collaboration avec Welles – et il n'en tira pas non plus un gros pécule – il se souvient de cette expérience professionnelle comme l'une de ses plus inoubliables, et cite toujours Welles parmi ses réalisateurs favoris.

    1 « for three blocks », « block » peut signifier « rue », « quartier » ou « pâté de maison ».

    2 Du moins le plus long travelling à la grue, même encore à ce jour. Si, à l'époque, la longueur de la bobine de cinéma limitait la durée d'un plan à environ 12 minutes, le numérique a permis l'émergence de caméras capables de filmer pendant deux heures sans discontinuer. Cela donna naissance à des films sans montage telles que Victoria de Sebastian Schipper (2015).

    3 « looping » dans le texte original

    4 I am legend