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THE OMEGA MAN : chapitre 2 : DERRIERE LE MIROIR

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 A première vue," THE OMEGA MAN" de Boris SAGAL, tel qu'on le perçoit maintenant près d'un demi-siècle aprés sa sortie, pourrait apparaitre, comme l'écrivait le critique anglais B Mac CABE en 1994 comme un " film hors de son temps"... IL est vrai que l'histoire de ce chercheur devenu par la force des choses le seul survivant d'un monde décimé par une guerre bactériologique, et livré à lui-même dans un LOS ANGELES désert, a quelque chose d'irréel, d'onirique, comme un cauchemar éveillé où le spectateur, fasciné, aurait tendance à s'identifier à ce héros. D'autant plus qu'il est joué par Charlton HESTON, icône rassurante pour le public de l'époque ; et pourtant, ce sujet apparemment "hors du temps" est au contraire bien ancré dans la réalité des années 70, grâce à l'habileté du scénario des époux CORRINGTON !

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CERTES, la fin du film nous montre ce Christ moderne sacrifier sa vie et offrir son sang pour sauver ses frères repentis, et c'est d'ailleurs cette vision symbolique qui est restée dans bien des mémoires à la sortie du film, et l'a rendu impopulaire dans les médias bien-pensants, notamment européens, contrairement à "PLANET OF THE APES" et "SOYLENT GREEN" dont le discours écologique et libéral était limpide et cohérent, le discours du "SURVIVANT" parut nauséabond et HESTON fut,bien malgré lui, assimilé à un "Homo Americanus" sûr de son droit et toujours prêt à user de ses flingues pour éliminer les "sous-hommes" qui hantent les rues de la ville...Gérard LENNE parla de "Superman militaire" et même récemment, une critique de TELERAMA dont je tairai l'identité vit une relation évidente entre le personnage de NEVILLE et le président de la NRA dans ses vieux jours !
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ON ne peut nier que le film fut conçu pour un large public par le staff de la WARNER pour être un "big money maker" et qu'ils n'avaient pas lésiné sur les moyens pour en faire un "blockbuster" de l'été 71, loin de toute considération intellectuelle ! mais comme toujours dans le cas des grosses productions de l'époque, il faut pouvoir se promener derrière le miroir, et distinguer, au- delà de l'apparence du film ; a priori un "thriller horrifique", les nombreux symboles et éléments contre-culturels qui sont présents dans son scénario et sa narration, et ne sont, à notre avis, aucunement le fruit du hasard !

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Quand on voit HESTON-NEVILLE parcourir les rues dans sa décapotable en écoutant de la musique légère, et tirer sur tout ce qui bouge à l'occasion, on peut bien sûr en tant que spectateur procéder à une sorte d'identification à ce héros froid, méthodique et apparemment très à l'aise dans son environnement, mais on est en fait très vite confronté aux failles et aux doutes du personnage, à sa vraie nature : c'est en fait un angoissé, traumatisé par le souvenir d'une guerre impitoyable,tourmenté par sa frustration sexuelle (sous-entendue par certaines images) rongé par l'alcoolisme, et surtout désespérément seul, ne va t'il pas, dans une séquence mythique, visionner pour la énième fois WOODSTOCK, symbole d'une contre-culture à laquelle son passé de scientifique de l'armée devrait le rendre insensible ? petit à petit, l'image positive de ce héros fait place à de nombreuses zones d'ombre, la moindre n'étant pas la motivation haineuse qu'il éprouve pour la "famille", de prime abord un ramassis de mutants fanatiques, mais au fond surtout un groupe d'individus meurtris par "la peste" et rendus quasiment aveugles, et dont on peut comprendre le refus de tout ce que NEVILLE représente ! guidés par l'ancien journaliste MATHIAS, pour qui NEVILLE représente " le dernier des morts, symbole d'un passé ou la science offrait moins qu'elle détruisait " et surtout "un scientifique, un homme qui n'a jamais rien compris, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à comprendre ",  ils ne peuvent qu'obéir à la logique que le destin leur a tracé....
 

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C'est aussi là que le scénario des CORRINGTON devient très intéressant, car il renvoie en quelque sorte dos-à -dos NEVILLE et MATHIAS, chacun représentant une vision destructive de son prochain, l'un par son entêtement à éliminer tout ce qui lui rappelle la faillite de l'humanité, l'autre par son acharnement presque désoeuvré, à détruire la famille, soi-disant parce qu'elle le menace, mais surtout pour préserver à tout prix, son "habitat social", car NEVILLE , et c'est très bien souligné par le jeune DUTCH quand il se moque de son refus de changer de lieu d'habitation, tient avant tout à ne rien changer, conserver sa maison, ses objets, ses"gadgets"; tout ce qui le rattache à son passé, alors qu'il aurait pu depuis longtemps partir et trouver un nouveau sens à sa vie," c'est là que j'ai toujours vécu, et aucun fils de p...ne me fera jamais partir " ce que le film explique clairement, c'est que, tout comme MATHIAS, NEVILLE est une victime de son histoire et porte un fardeau bien trop lourd pour ses (même larges) épaules....c'est un aspect du film dont HESTON était très fier, et on ne peut que rendre hommage à la manière avec laquelle, par petites touches,  il est parvenu à mettre en lumière la détresse de son personnage.

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C'est la rencontre de NEVILLE avec LISA, jeune femme noire déterminée, libre dans sa féminité et parfaitement capable de lui tenir tête, qui constitue le tournant du film, non pour aménager une happy-end de circonstances, mais pour provoquer en lui l'ouverture vers un monde nouveau, à fabriquer de toutes pièces puisque le précédent n'est plus que ruines... EN cela, le propos du film n'est nullement réactionnaire mais purement rousseauiste, puisqu'il prend en compte que seul un "nouveau monde" pourra effacer les torts de l'ancien ! "ou va t'on aller?"  demande un DUTCH un peu incrédule à NEVILLE  " loin, très loin de tout ce qui a déja été construit, là ou nous serons les premiers à faire quelque chose de nouveau" ce à quoi DUTCH répond : " un jardin d'EDEN ,mais nous nous méfierons du Serpent " à cet instant du film, NEVILLE semble avoir renoncé à ses démons, tout comme TAYLOR le misanthrope finissait par défendre ce qui reste de l'humanité dans APES....on est donc très loin, à ce stade de symbolique pas lourdingue grâce à l'écriture intelligente des époux CORRINGTON, d'une quelconque célébration de "l'homo americanus!"

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Lorsque NEVILLE meurt, les bras en croix dans la fontaine au petit matin,il apparait effectivement comme un CHRIST rédempteur versant son sang pour permettre à ce qui reste de l'humanité de reprendre sa route, par son allusion à une religion unique, le propos peut paraitre outré , voire réactionnaire, mais on ne saurait l'éloigner du contexte : NEVILLE mort, DUTCH le jeune savant pacifique, qui représente la jeunesse et l'espérance, emmène avec lui LISA et quelques enfants que le sérum pourra sauver, et tourne ainsi le dos à la famille, symbole d'un passé promis à une mort prochaine, et aussi à NEVILLE, l'homme réformé, certes, mais néanmoins sacrifié pour que les survivants, en se libérant de tout ce qui est lié au vieux monde disparu, puissent tenter de ne pas en répéter les erreurs et donc en construire un autre....

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De NOS JOURS, beaucoup d'amateurs de SF préfèrent APES ou SOYLENT à cet OMEGA MAN pas si facile à décrypter, mais je ne me range pas de cet avis, en dehors des qualités visuelles et de l'imagination certaine qui embellissent l'ouvrage à chaque vision, sans même évoquer l'excellente interprétation des trois principaux comédiens, la richesse et l'ambiguité du propos, justement, me semblent toujours captivantes et résistent plus que bien à l'usure du temps ; parce que, justement la question du devenir de notre humanité,traitée ici avec intelligence, reste un sujet intemporel et indémodable.
 
 A CECILE ...CECILE ET MOI DEPUIS LE 26 MAI 2016 - Copie.JPG
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