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CHARLTON HESTON LE MAGNIFIQUE - Page 2

  • LE SEIGNEUR D’HAWAI ...

    MAJ le 5/10/2016

     

    OU QUAND L’ACTEUR ET LE CITOYEN NE FONT QU’UN …..

    (1962)

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    Dans sa fameuse autobiographie «  IN THE ARENA » ou le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’y pratique pas la langue de bois, Chuck HESTON explique que les interminables vols transatlantiques sont un moment idéal pour parler films, et notamment pour proposer un «  pitch », en gros un résumé d’intrigue, à tout comédien désireux de passer le temps le mieux possible … c’est ce qui lui arrive début 1962, lorsqu’un traquenard organisé par Phil YORDAN et Nicholas RAY, le tout favorisé par l’absorption d’une bouteille du meilleur malt, leur permet d’obtenir l’accord de principe de la star pour un futur « épic » sans scénario, « 55 DAYS IN PEKING » !

    A peine débarqué à NEW YORK et conscient qu’il s’est sans doute engagé à la légère, HESTON va donc passer un certain temps à d’une part, refuser poliment de participer à «THE FALL OF THE ROMAN EMPIRE» que BRONSTON lui propose avec insistance, sous prétexte que le scénario est mauvais, et d’autre part, à s’intéresser de près à ce projet PEKING, qui n’a pas de scénario du tout ; la logique de ce choix n’est pas évidente, et d’ailleurs, Chuck en retirera la leçon suivante, ne jamais accepter quoi que ce soit sans un script et des dialogues valables.

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    Désireux de retrouver un peu d’activité pendant cette période de préparation d’une grande production BRONSTON, il peut donc se consacrer à un film au budget bien moindre, mais qui a le mérite d’avoir un scénario bien défini sur un thème qui lui importe : le racisme et les formes de ségrégation qui en découlent, «  DIAMOND HEAD », qu’il a décidé de tourner rapidement, raconte en effet l’histoire d’un riche planteur d’HAWAI dont la sœur est amoureuse d’un métis d’une classe inférieure, et de son refus obstiné de la laisser vivre sa vie avec l’homme de son choix .

     

    Comme son personnage est lui-même amoureux d’une Eurasienne à laquelle il refuse néanmoins le bonheur d’avoir un enfant avec lui, HESTON se retrouve à incarner un individu égoiste, violent et négatif, porteur de valeurs qui lui sont étrangères, et c’est ce qu’il trouve intéressant ; sans doute, bien que la mode ne soit pas encore celle de la parité cinématographique entre blancs et noirs, voit-il là une occasion de mettre ses idées de démocrate en pratique ! il est vrai aussi que la minorité évoquée dans le film n’est pas la population noire, mais celle des « iliens » d’HAWAI, mis à l’écart de la communauté blanche dans une forme d’apartheid déguisé… néanmoins, la symbolique est claire, et même si le sujet d’actualité un peu trop «  chaud » est soigneusement évité, le fond du problème est le même, celui de l’égalité des droits et des chances de toutes les ethnies, dans un système démocratique.

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    Donc, aborder ce personnage de « King » HOWLAND n’est pas un problème pour lui, mais plutôt un vrai plaisir ; il a déjà abordé pas mal de rôles antipathiques avant, mais c’était à ses débuts, ou le risque d’être identifié à un «  heavy » n’était pas bien grand ; or, il est devenu une star, qui plus est dans des incarnations «  positives » et le public a de lui cette image rassurante ! DIAMOND HEAD va donc être la première véritable occasion pour lui de casser cette aura en jouant ce qu’on n’attend plus de lui : pas forcément un vrai « méchant » mais un individu incapable de compassion et de compréhension dés que ses privilèges de classe et de caste lui paraissent menacés ! plus tard, il va collectionner ces personnages difficiles et refuser de jouer les héros, il en fera presque une routine, mais, à notre impression, DIAMOND HEAD est bien le premier d’une longue série.

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    IL est amusant de constater qu’au départ, le script a été conçu pour Clark GABLE, abonné aux rôles de planteur ou d’aventurier dur à cuire, et que depuis son décès, on a tenté de « refiler » les scénarii qui lui étaient proposés aux nouvelles vedettes du moment. Chuck le sait et n’en prend pas ombrage, il va simplement essayer de comprendre ce faux héros, d’éviter tout effet et tout romanesque pour mieux en faire apparaitre les zones d’ombre, ce dont GABLE, de par son statut de mégastar, n’était pas capable. Globalement satisfait du script, il va avoir, selon ses mémoires, une influence capitale sur un aspect destiné à « humaniser » son personnage, à savoir le souvenir de la mort de sa femme et de son fils par noyade, qui l’empêche de vivre une vie normale et de s’autoriser le bonheur d’un enfant avec sa maitresse eurasienne. Par d’autres petites touches subtiles, il va aussi épaissir sa relation avec le personnage de sa sœur, jouée plutôt bien d’ailleurs par Yvette MIMIEUX : on sent bien sûr l’autorité cassante de celui qui veut jouer au père, mais aussi l’ambiguité de ses positions, la jalousie qui le consume, bien plus que l’expression d’un racisme « ordinaire » ; sans dire qu’il s’agit d’une interprétation exceptionnelle, car d’autres, supérieures, sont à venir, on sent vraiment ici la volonté de gratter la surface et d’aller plus loin que ce que lui proposait le scénario «  bien-pensant » initial.

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    Très confiant quant à la tournure que prend ce qu’il appelle lui-même «  une tragédie intimiste », HESTON ne tarit pas d’éloges sur son metteur en scène, l’Anglais Guy GREEN, vif, précis et imaginatif, à tel point que la séquence du rêve aquatique de la jeune sœur, chargée d’un érotisme torride pour l’époque, va même lui faire un peu froncer les sourcils ! Il reste un artiste pudique, en difficultés quand il s’agit d’exprimer ses émotions, mais même dans ce domaine, il va être en progrès, sa relation avec la jeune Chinoise jouée par France NUYEN, étant pour une fois assumée par l’acteur avec la passion et la fièvre requises.

     

    Le point faible du film, malheureusement, va se trouver là ou justement, on aurait dû trouver force et crédibilité : les deux acteurs censés incarner les frères KAHANA, ceux par lesquels le scandale arrive, ont beau se démener et tenter d’incarner au mieux la jeunesse et la révolte, rien ne se passe qui donne vraiment envie de pencher de leur côté, ce qui est un peu un comble ! Il se peut que, conscients de l’énorme présence d’HESTON, CHAKIRIS et DARREN n’aient pu s’exprimer comme ils le voulaient, mais leur ( relative) médiocrité dessert quelque peu, la puissance dramatique du sujet.

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    Pas autant cependant, que les tripatouillages auxquels va se livrer le producteur Columbia maison, le nommé Jerry BRESLER, dès que sa vedette aura eu le dos tourné ! C’est en effet un « money maker » sans états d’âme que ce BRESLER, au sujet duquel Guy GREEN disait en riant à HESTON au début du tournage : «  il est sympa, mais comment un exécutif quelconque peut- il se vanter d’avoir fait un film appelé : «  GIDGET GOES HAWAIIAN » ?

     

     

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     Sans beaucoup toucher au sujet ni à son intrigue principale, BRESLER va donc demander à ce que le film finisse sur une note positive, à savoir l’acceptation par HESTON de l’enfant qu’il a eu de sa maitresse décédée, alors qu’il était prévu que, justement, « King » se retrouve seul dans son immense plantation, livré à ses démons personnels ; tenu à son contrat avec Columbia, Chuck devra donc se résoudre à jouer une scène globalement indéfendable, et se tiendra sur ses gardes quand il croisera de nouveau la route de BRESLER, deux ans plus tard pour un certain «  MAJOR DUNDEE » !

    BRESLER va aussi et surtout, amoindrir la portée du récit en coupant plusieurs scènes (notamment celles de confrontations entre HESTON et CHAKIRIS, environ 3 minutes, ce qui est énorme) uniquement dans le souci de rendre le personnage de HOWLAND plus acceptable, là ou le comédien s’était efforcé de faire l’inverse ! On est là au cœur de la contradiction hollywoodienne entre le pouvoir de l’argent et le travail des créatifs, qui dépend hélas des hommes d’argent, situation vécue de façon souvent amère par l’artiste durant sa carrière.

    Curieusement, ou disons plutôt miraculeusement, le film va rester cohérent et solide, en grande partie grâce aux astuces de GREEN qui s’est arrangé pour qu’un seul montage soit possible sur toutes les scènes dialoguées ! HESTON lui sera tellement reconnaissant de sa vivacité qu’il le recommandera à BRONSTON pour, littéralement, sauver un 55 DAYS IN PEKING bien mal en point l’année suivante.

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    Quand on regarde le film de nos jours, même si on peut considérer que certaines scènes ont vieilli, ou que le rythme manque parfois un peu du « swing » des grands mélodrames, on reste convaincu par la fermeté du propos et des idées défendues, à une époque ou l’Amérique blanche avait bien du mal à accepter ses minorités et à leur trouver une place dans son système politique ; il n’était donc sûrement pas facile de réaliser un tel projet, quitte à être impopulaire auprès du grand public, et HESTON a su assumer ce risque, et se montrer en accord avec son anti-racisme naturel, qui restera un de ses principes forts, toute son existence.

    Dans ce sens, on peut donc dire que, dans le cas de ce DIAMOND HEAD finalement réussi , l’artiste et le citoyen n’ont fait qu’un .

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    A Cécile, toujours...

     

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  • 4 OCTOBRE 2018 : 95ème anniversaire de Charlton Heston

     
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    Cette année 2018 est particulière pour nous les Hestoniennes et les Hestoniens, puisque c'était le dixième anniversaire de son décès le 5 avril dernier. Aujourd'hui 4 octobre 2018, Charlton Heston aurait eu 95 ans. 
    Pour honorer sa mémoire, j'ai choisi de faire cette photo que j'ai un peu "stylisée" et j'ai fait le choix de faire un montage d'extraits des premiers films qu'il avait tournés pour la télévision à partir de la fin des années 40. 
    J'ai voulu commencer par un extrait du "PEER GYNT", film muet de 1941, qui allait être le déclencheur d'une carrière exceptionnelle que nous laisse Chuck. 
    Ces extraits (chronologie aléatoire) nous montrent le jeune acteur dans des rôles différents mais qui nous prouvent que Chuck était un acteur exceptionnel en devenir. Personnellement, je vois en lui un acteur au jeu moderne déjà à cette époque.
    En votre nom à toutes et tous, je souhaite un bon anniversaire à notre Chuck, qui, j'en suis certaine se réjouit avec Lydia et les personnages qu'il a incarnés au cours de sa longue vie. 
     

    Dans cette video, nous pouvons voir Charlton Heston dans " A BOLT OF LIGHTNING ". En voici le résumé :

    Charlton Heston joue le rôle principal dans cette histoire vraie de John Otis, l'un des premiers défenseurs des droits de l'homme dans l'Amérique coloniale. En 1760, indigné par l'utilisation des mandats d'assistance pour permettre la perquisition et la saisie d'une propriété privée sans mandat de perquisition, Otis a démissionné de son poste d'avocat général du gouverneur britannique dans le but de mener une bataille juridique de dix ans pour mettre fin à cette pratique. 

    http://www.constitution.org/bor/otis_against_writs.htm

     
    CONTRIBUTION DE CHRISTIANE 
     
    Je vous joins ce que j'ai écrit en pensant au 4 octobre prochain. 

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    .
     
    C. Son Chapiteau avait trois pistes .
    H. Son Héroïsme fit de lui le champion de l Espagne .
    A.  Dans le cirque, il fut le meilleur des Auriges.
    R. Les Romains occupèrent son pays et opprimèrent son peuple .
    L. Dieu lui fit part des tables de la Loi au mont Sinaï .
    T. Le Tonnerre résonna lorsque le Christ rendit l âme.
    O. Ce film magnifique valut à Chuck son Oscar .
    N. Il se rendait à Burgos pour ses Noces avec Chimène
     
     
    Il est évident que Chuck , artiste, ne se résume pas à cela ..... Ces quelques lignes sont simplement ma petite participation à la commémoration du 4 octobre ....Hestoniennement vôtre .....

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  • 13 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    SUITE 

     

    Pieds nus sur le Mont Sinaï

     

    Cecil B. De Mille regardait avec admiration la statue en marbre blanc de Moïse. Ça valait la peine de prendre un peu de retard sur son planning pendant son séjour à Rome,  afin d'aller à la basilique de Saint-Pierre-Aux-Liens1 , pour voir de ses propres yeux le chef d’œuvre de Michel-Ange. Il regarda la statue dans le fond des yeux, y cherchant l'âme de l'homme. Il s'arrêta sur le nez qui semblait cassé. Il remarqua les pommettes proéminentes.

    Tiens, se dit De Mille, c'est exactement comme ce garçon qui m'avait salué de la main !

    Après avoir terminé Sous Le Plus Grand Chapiteau du monde, De Mille avait prévu de refaire son classique muet, Les Dix Commandements, voulant en faire le pinacle de toute sa carrière, éclipsant tout ce qu'il avait fait auparavant. Après avoir présenté aux patrons de Paramount, Barney Balaban et Frank Y. Freeman son projet de raconter de nouveau l'histoire de Moïse, on lui laissa une entière liberté d'exécution. Ils stipulèrent seulement qu'il devrait être tourné avec leur nouveau système d'enregistrement pour grand écran, VistaVision.

     Barney Balaban

     

    Barney Balaban


    téléchargement.jpgY. Franck Freeman

     

     

    De Mille tira de ses archives le script de Jeannie Macpherson rédigé pour la version muette où se trouvait une parabole2 sur l'époque moderne qui constituait la moitié du film achevé. Au départ, De Mille concevait la version parlante en couleur de la même manière, mais changea rapidement d'avis, se disant que le film ne serait rien d'autre qu'un conte biblique. Il envoya le chercheur Henry S. Noerdlinger et une équipe en Égypte pour étudier dans le détail l'histoire égyptienne tandis que le cameraman Loyal Griggs fut envoyé faire des prises de vue sur le terrain,  autant sur la rive Est que sur la rive Ouest du Nil.

    En cherchant un acteur pour Moïse, De Mille étudia de nombreuses photos de la statue de Michel-Ange.

    Heston se souvient :  

    " Pendant qu'il décidait qui retenir pour ce rôle, quelqu'un fit remarquer à De Mille la ressemblance frappante entre mon visage et la sculpture de Moïse par Michel-Ange dans la basilique Saint-Pierre-Aux-Liens à Rome. C'est vrai, la ressemblance ne fait aucun doute. Le nez est cassé au même endroit. Les pommettes sont identiques. C'est curieux comme mon visage semble appartenir à tous les siècles sauf au mien."

    Heston avait beaucoup traîné dans la tête de De Mille ces six derniers mois, et le réalisateur discutait souvent avec lui mais ne s'était jamais engagé à rien. Là, en observant le Moïse de Michel-Ange à Rome, il se dit : « bon, si Michel-Ange lui a donné ce visage, je lui donnerai le même. »3

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    Le Moïse de Michel-Ange statue qui a inspiré Cecil B. De Mille pour le choix de Charlton Heston

    Charlton Heston eut le rôle, et ce fut une sorte de révélation. Il dit :

    " C'était un choix osé de sa part. J'étais très jeune et n'avais pas une filmographie remarquable. La seule réputation que j'avais était celle que m'avait donné l'autre film de De Mille.

    En gros, il mettait sur mes épaules le film le plus cher qu'il ait jamais fait alors que je n'étais pas vraiment fermement éprouvé au cinéma. Il avait cependant un gros atout : il n'avait pas besoin du nom d'une grand acteur. Son propre nom était aussi estimé que celui de n'importe quel acteur."

    Néanmoins, De Mille pimenta le film avec de grands noms du cinéma. Yul Brynner, qui venait de recevoir son Oscar pour Le Roi et moi allait jouer Ramsès II, le cruel pharaon qui refusera de libérer les enfants d'Israël ; Anne Baxter allait être Néfertiti, la princesse égyptienne destinée au Trône ; Yvonne De Carlo jouerait Séphora, la femme de Moïse ; John Derek serait Joshua, le jeune chef des Hébreux ; Debra Paget allait être la jeune esclave Lilia ; Nina Foch serait Bithiah qui tire l'enfant Moïse du Nil ; Edward G. Robinson jouerait Dathan, le prophète Hébreux ; Sir Cedric Hardwicke représenterait Sethi I, le père adoptif de Moïse ; Martha Scott serait Yochabel, la mère hébraïque de Moïse ; Vincent Price serait Baka, l'égyptien qui ralentira Moïse ; Judith Anderson serait Memnet, la servante de Bithiah, et John Carradine serait Aaron, le frère de Moïse.

    Pourtant, Heston avait raison. Sur toutes les affiches et toutes les publicités du film, le nom de De Mille brillait au-dessus même du titre du film.

    Charlton Heston, Edward G. Robinson, Anne Baxter, Yul Brynner, John Carradine, Yvonne De Carlo, John Derek, and Vincent Price in The Ten Commandments (1956)

    Après un temps de préparation et de recherche de presque 10 ans et une série de superbes peintures à l'huile des scènes majeures – réalisées par Arnold Friberg – comme moyens de guider les scénographes et les caméramans dans leur travail, De Mille prit la route pour sa grande aventure en Égypte en Octobre 1954 pour commencer les principales prises de vue sur les versants du Mont Sinaï.

    Il n'y a pas de Mont Sinaï noté sur les cartes de la superbe Péninsule du Sinaï. Il y a cependant un pic appelé Gebel Musa, signifiant « la montagne de Moïse ». Aux frontières du Sinaï se trouve l'antique monastère de Sainte-Catherine où De Mille et toute son équipe furent autorisés à s'installer pendant le tournage de la scène du Buisson ardent. C'est là que les moines dirent au chercheur de De Mille, Henry S. Noerdlinger, que Gebel Musa était effectivement la montagne où Dieu avait parlé à Moïse.

    De Mille voulait filmer Charlton marchant pied nu sur les pentes rocheuses du Sinaï, et une véritable expédition d'hommes, d'ânes et de chameaux se lança dans une ascension dangereuse vers le plus haut sommet de Gebel Musa. Heston  tout comme de Mille, étaient assis sur un chameau agité. Les bêtes crachèrent sur tout le monde et leur odeur fit qu'Heston se sentit malade. Il détestait ces créatures mais il n'y avait pas d'autre moyen de faire le voyage. Vers la fin du trajet, la pente devint trop raide même pour les animaux, et le précieux matériel et les caméras durent être déharnachés et portés ou traînés pour le reste de la montée. Chuck était bien heureux de grimper à pied pour la fin de la route. Ses yeux sensibles à la lumière reçurent un répit quand il s'avéra impossible de traîner jusqu'au sommet le générateur nécessaire pour faire marcher les puissants arcs de lumière. Au lieu de ça, Loyal Griggs n'utilisa que des réflecteurs offrant un effet visuel absolument saisissant.

    Heston s'était méticuleusement préparé pour ce rôle. Il avait lu un total de 22 volumes sur la vie de Moïse et pouvait réciter par cœur des passages entiers de l'Ancien Testament. Il rendit Lydia à moitié folle à chaque repas en ne parlant de rien d'autre que des Manuscrits de la Mer Morte4. « Je fais toujours de minutieuses recherches sur les rôles qu'on me demande de jouer. J'aime entrer dans leur peau, découvrir quel genre de personnes ils sont vraiment, » dit-il. Ainsi, je lui ai une fois demandé s'il s'était suffisamment plongé dans le rôle de Moïse pour considérer cela comme une expérience spirituelle.

    Il répondit :

    " Ce serait trop facile, « j'ai grimpé sur le Mont Sinaï et trouvé Dieu. » J'abhorre ce genre de phrase. D'un autre côté, on ne peut pas complètement s'exposer à être un homme comme Moïse sans en être marqué. De fait, on ne peut pas grimper pied nu le Mont Sinaï et être exactement le même en descendant. C'était assurément une expérience intéressante."

    Une bonne partie de la qualité de sa performance en tant que Moïse ne venait pas seulement de recherches méticuleuses, mais également du maquillage et des vêtements qu'il portait. Dans les faits, il y eut 11 maquillages différents au fil de son évolution d'un prince égyptien propre sur lui à un Hébreu esclave et berger jusqu'à un prophète de Dieu puis enfin le vieux patriarche à la longue barbe blanche à la fin du film.

    Heston disait souvent, « je ne peux pas jouer l'homme intérieur tant que je ne sais pas à quoi il ressemble de l'extérieur. » La façon dont Heston découvrit le Moïse qu'il incarna est un exemple intéressant de la façon dont un acteur comme Heston peut s'approprier un personnage à l'écran. Il ne le fit cependant pas seul. Dans ses dernières années, il créait son propre maquillage avec l'aide de son artiste maquilleur personnel, Ziggy Geike. Dans le cas de Moïse, le design fut créé par un artiste biblique, Arnold Friberg5. En effet, c'est lui qui créa l'apparence de Moïse de la tête aux pieds, même les costumes.

    De Mille avait recruté Friberg  qui reconnut ne rien connaître de la création du film ou des costumes, après avoir vu une série de peintures de Friberg représentant des scènes tirées d'un Livre Saint intitulé Le Livre de Mormon6. Il fut si fasciné par le réalisme dont étaient chargés les images et les personnages que De Mille décida de confier au talent de cet artiste la création des personnages pour son film.

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    Arnold Friberg

    Friberg explique :

    " J'ai « dessiné » Moïse. Pas seulement son costume. C'était une création totale du jeune prince devenant prophète jusqu'à finalement devenir patriarche. Tout le monde auparavant le concevait comme un vieil homme aux cheveux blancs. Il ne l'était pas. C'était un jeune homme ; puis plus tard un prophète énergique entre deux âges quelque part dans le désert, responsable ; un leader vigoureux, un homme de Dieu. Eh bien, je devais présenter à quoi il ressemblait. Je fis une série de dessins montrant ses différents maquillages et comment il changerait au fil des diverses parties du film.

    Il grimpe sur la montagne et voit le buisson ardent, et De Mille dit, « quand il redescend, je veux que le public puisse comprendre qu'il est allé sur des terres sacrées. Il est arrivé quelque chose à cet homme. Il faut qu'on le voit à l'écran. Il ne pourra plus jamais être le même homme après avoir parlé avec Dieu à travers le buisson ardent. Comment allons-nous réussir à faire parvenir cette impression au public ? »

    C'était mon travail. Je devais trouver une solution, et les images que je créais devaient servir de modèle aux cameramans et aux maquilleurs ainsi que ceux qui s'occupaient de la lumière. Je devais concevoir tout cela. J'ai donc peint ce à quoi devrait ressembler Heston à différentes époques, puis ils sélectionnèrent des costumes qu'il allait devoir essayer, puis vint enfin le jour où ils transformèrent entièrement Heston, non seulement avec le costume mais également le maquillage et le reste. Un changement s'opéra alors sur Heston. Il devint Moïse et  il entra  sans jamais me reconnaître. C'était désormais Moïse. Ce n'était plus l'Heston que je connaissais. J'eus alors cet étrange sentiment : où est-ce que j'ai déjà vu cet homme ? Je me souvins alors qu'il était sur mes planches de dessin. C'était la chose la plus étrange à voir, ce que j'avais créé entrant dans la pièce. C'était un peu troublant.

    Friberg se souvient d'une histoire montrant comment son enthousiasme dans ce travail finit par mettre Heston dans une gêne considérable.

    " Un des costumes que j'avais créé pour lui, était pour la scène où il était dehors en train de s'occuper de ses moutons sous la montagne sacrée. Je lui avais donné une cape fauve et pensais la faire en peau de lion. Oh, ça avait un air pittoresque, et De Mille aima tant l'idée qu'il envoya acheter 300 peaux de lion7.

    Ce que je ne savais pas, c'est combien lourde est une peau de lion. Heston est un grand homme robuste, mais il a eu du mal à se tenir debout avec cette grande cape en peau de lion."

    L'ampleur du film eut un grand impact sur tout le monde quand De Mille déplaça l'équipe jusqu'à Beni Youssef, près du Caire où la cité des trésors des pharaons fut reconstituée minutieusement. C'est là que la scène de l'Exode allait être jouée.

    Environ 10 000 Arabes furent recrutés pour représenter les Hébreux débordants de joie au début du voyage vers la Terre Promise. Il y avait également 15 000 chameaux, buffles, moutons, chevaux, bœufs, chèvres, canards, oies, pigeons, chiens et ânes. Quelque part,  parmis eux se trouvaient John Derek, Edward G. Robinson, Nina Foch, Yvonne De Carlo, John Carradine et Charlton Heston.

    De Mille raconta une fois l'incroyable expérience d'Heston sur le plateau de l'Exode.

    "Avant le grand moment, il resta seul en costume pendant une demi heure, et fit les cent pas plongé dans ses pensées. Je ne lui demandais jamais à quoi il pensait dans ces moments-là, mais quand il arriva sur le plateau et marcha au milieu des figurants arabes, leurs yeux le suivirent, et ils murmurèrent avec révérence « Moussa ! Moussa ! » Pour eux, tous musulmans, il était le prophète Moïse."

    Heston s'en souvient :

    On commença le tournage en Égypte, et nous tournions en extérieur dans le désert avec littéralement 10 000 figurants. C'était un peu effrayant bien sûr, car Moïse est une figure sacrée pour les Musulmans autant que pour les Juifs et les Chrétiens, et c'était très étrange de marcher à travers cette masse,  tout fardé avec le bâton à la main, entendant comme un bruit d'eau dans du sable derrière moi,  alors que c'était eux disant « Moussa ! Moussa ! Moussa ! » C'était un peu effrayant, en vérité."

    Pour un spectateur non-averti, ou peut-être pour un assistant technicien peu expérimenté, tout le plateau de tournage, grouillant de figurants dont pas un seul était figurant professionnel – ils étaient recrutés pour leur appartenance ethnique – c'était une mer de chaos, mais pas pour le maître. De Mille gérait ce genre de foule de cinéma depuis des décennies.

    Il arrivait sur le lieu de tournage à 7h30 précisément. Le coproducteur Henry Wilcoxon, qui apparaît également dans le film, était à cheval, donnant les instructions aux 64 directeurs-assistants qui les communiquaient aux figurants, talkie-walkie à la ceinture pour que De Mille puisse les contacter à n'importe quel moment.

     

    A SUIVRE ...

    Toutes les photos proviennent de :

     

    https://www.google.fr/search?q=Arnold+Friberg+peinture+moise&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ved=2ahUKEwjTyIOjrNXdAhXrLcAKHWCCAY0QsAR6BAgEEAE&biw=1366&bih=626

     

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    1 La basalica di San Pietro in Vincoli, où se trouve le fameux tombeau de Jules II, un travail resté inachevé de Michel-Ange où trône au centre la fameuse sculpture de Moïse.

    2 Terme religieux désignant une métaphore renfermant une idée morale. Il est quasiment exclusif aux images religieuses.

    3 « Well, if it's good enough for Michelangelo, it's good enough for me. » Autrement dit, si, pour Michel-Ange, Charlton Heston ressemble suffisamment à Moïse pour servir de modèle, ça me convient aussi.

    4 Également appelés les Manuscrits de Qumrân, datés d'entre le IIIème Siècle av. JC et le Eer ap. JC, sont un ensemble de fragments de 970 parchemins dans lesquels on trouve l'Ancien Testament en hébreu.

    5 Peintre de formation, il est connu pour ses sujets bibliques et religieux.

    6 The Book Of Mormon

    7 Le lion est aujourd'hui une espèce vulnérable dont la population est passée de 500 000 à 20 000 au cours du dernier siècle.

  • 12 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

    ... LES FILMS DE JEUNESSE 

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    ... suite

     

     

    C'était un rôle qu'il avait hâte de jouer. « Je crois que j'admire Andrew Jackson plus qu'aucun autre homme de ce genre que j'ai joué, » dit-il.

    L'actrice principale était Susan Hayward, celle qui lui tendrait huit ans plus tard son Oscar du meilleur acteur mais à l'époque, c'était une star plus importante que lui, et son nom apparut avant le sien dans les crédits. Elle était en fait plus âgée que lui – il n'avait que 29 ans, elle en avait 35, mais toujours belle et juvénile. Leur alchimie fonctionna bien à l'écran et il est regrettable qu'ils n'aient plus jamais travaillé ensemble.

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    Oscars 1960 Charlton Heston et Susan Hayward

    Pour préparer son rôle, Heston voulut l'aide de De Mille qui avait fait quinze ans plus tôt,  Les Flibustiers1 dans lequel « Old Hickory »2 apparaissait. De Mille le laissa prendre connaissance des documents de recherche qu'avait collectés son équipe et autorisa Heston à visionner son vieux film. Tout cela l'aida à étudier le personnage, fixant sa propre méthode pour s'immerger entièrement dans le personnage de toutes les figures historiques qu'il allait incarner.

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    De Mille lui offrit comme porte-bonheur, une statuette en cire de Jackson haute d'environ 25 centimètres3. Tout au long du tournage et de la production du film " Le général invincible ", Charlton garda la statuette dans sa loge et la rendit quand le film fut terminé.

    Le Général Invincible était à la fois un film historique d'amour et d'aventure. Il aurait pu facilement devenir un somptueux spectacle mais au lieu de cela, il permit à Heston et à Hayward de développer leurs personnages dans le cadre modeste du film sous la direction d'Henry Levin, un artisan prolifique à la main sûre qui travaillait mieux avec de petits budgets pour ce genre d'histoire d'aventure.

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    Charlton Heston et Susan Hayward dans GENERAL INVINCIBLE (1953)

    Bien qu'il ne fut pas un gros succès au box-office, Le Général Invincible resta l'un des films préférés d'Heston parmi ses propres films (si encore l'on réussissait à le pousser suffisamment pour qu'il admette qu'il avait déjà été satisfait par le moindre de ses films). Parmi ses films de jeunesse, c'est toujours le préféré de Lydia.

    Il fallait maintenant retourner à Paramount et aux westerns qu'ils avaient préparés pour lui. Le premier était Le Triomphe de Buffalo Bill4 dans lequel il incarnait un autre héros ayant réellement existé (bien qu'avec moins d'exactitude historique) : Buffalo Bill Cody. Avec ses longs cheveux ondulés parcourant son dos, vêtu de peau de daim et tirant avec un six-coups dans chaque main, Heston faisait un héros de western populaire convainquant. C'est dommage que Forrest Tucker en tant que Wild Bill Hickok n'essaya même pas au moins de paraître supposé sauvage5, mais Heston avait alors développé sa technique de trouver le personnage grâce au costume et au maquillage. « Je dois d'abord comprendre l'apparence extérieure de l'homme avant de pouvoir comprendre sa vie intérieure, » comme il disait.

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    Il avait également appris à cette époque qu'il y avait beaucoup à gagner en regardant les séquences tournées chaque jour, contrairement à d'autres acteurs qui n'approcheront jamais d'une salle de visionnage quand le réalisateur les regarde. Heston dit ceci :

    " Je veux voir les choses que je fais mal. Si je vois une scène qui est bonne, ça ne m'apprend rien. Il faut apprendre les choses que l'on fait mal et les corriger, et à mon avis, un acteur ne doit jamais être satisfait de sa performance ou ne serait-ce même que d'une scène. Si jamais j'ai un jour le sentiment que je ne pourrai pas mieux jouer une scène, il sera temps pour moi d'arrêter."

    Le réalisateur Jerry Hopper s'habitua à avoir Heston à ses côtés pour regarder les séquences. Le Triomphe de Buffalo Bill était le premier des trois films sur lesquels ils allaient travailler ensemble, Hopper ayant déjà dirigé Lydia dans Le Vol du secret de l'atome.

    Le Triomphe de Buffalo Bill n'a pas la moindre prétention ; c'était un film amusant, un des rares films de ce genre qu'ait fait Heston. Dans la scène d'ouverture, Heston salue de la main une diligence alors qu'il a perdu son cheval face aux Indiens.

    « Je suis Buffalo Bill Cody, » dit-il au conducteur.

    « bien sûr, lui répond le conducteur, et je suis Wild Bill Hickok ! »

    « non, dit Heston, vous n'êtes pas si moche que ça ! »

    Et le film suit son cour en enchaînant ces taquineries amicales entre Heston et Tucker. Il y a également deux femmes qui se disputent l'affection d'Heston. L'une était jouée par Rhonda Fleming, une ravissante femme rousse assez spectaculaire dans les films en couleur, et l'autre par Jan Sterling, une actrice aux cheveux blonds très clairs.

    Le producteur, Nat Holt, a également dirigé le troisième western d'Heston pour Paramount, Le Sorcier du Rio Grande6. Heston avait une fois encore un personnage historique, mais le nom original Al Sieber fut cette fois changé en Ed Bannon. Chuck se retrouva de nouveau sur les décors qui avaient servi à tourner Le Fils de Géronimo en compagnie des mêmes techniciens et des mêmes figurants. Charles Marquis Warren, qui avait écrit le scénario de Le Triomphe de Buffalo Bill était également le scénariste et le réalisateur de Le Sorcier du Rio Grande. Il était en quelque sorte spécialiste de l'univers d'Amérique de l'Ouest, et d'après lui, Al Sieber était un éclaireur dans la guerre contre les Indiens qui aurait mérité la Medal of Honor du Congrès7 pour avoir agi bien au-delà de ce que lui commandait le sentiment du devoir.

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    Le Sorcier du Rio Grande comprend l'une des premières apparitions de Katy Jurado dans un film Américain. Elle était auparavant chroniqueuse dans son Mexique natal avant de jouer le rôle de la señorita sensuelle et exotique pour lequel elle deviendrait célèbre. Cependant, dans Le Sorcier du Rio Grande, un western plus sérieux et au réalisme bien plus cru que Le Triomphe de Buffalo Bill, elle incarne une fille Indienne qui feint l'amour auprès d'Heston afin d'espionner pour le compte du vicieux Jack Palance jouant un guerrier Apache meurtrier.

    Il sembla à Heston qu'il n'eut jamais de pause en 1953. Il se retrouva à jouer le docteur dans une ville minière dans Éternels Ennemis8 dans les studios réputés de Columbia. Comme on pourrait s'y attendre, le point culminant du film est un désastre minier. C'était un film sans intérêt, rendu plus vivant par Lizabeth Scott, l'actrice principale au côté de Chuck dans La Main qui venge. Elle était dans le métier depuis bien plus longtemps qu'Heston, mais à l'époque où ils firent Éternels Ennemis, Miss Scott allait bientôt devoir partir. En effet, l'année suivante, sa carrière a été presque ruinée quand la presse à scandale, le tristement célèbre Confidential, publia un article prétendant qu'elle préférait les femmes aux hommes, et bien qu'elle gagna son procès contre eux, sa carrière ne s'en est jamais remise.

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    Charlton Heston et Lizabeth Scott dans "Eternels ennemis" (1953)

    Pendant ce temps, Heston continuait à patauger dans les scénarios plats et les films d'aventure classique. Au moins, son prochain film, Quand la marabunta gronde9, fut un franc succès. Produit par le spécialiste des effets spéciaux George Pal et réalisé par un autre sorcier des effets spéciaux du nom de Byron Haskin, on se souviendra toujours de ce film comme celui avec tous ses millions de fourmis légionnaires10 dévorant les plantations d'Heston en Amérique du Sud. C'est un film qui offrit également à Heston un de ses meilleurs rôles de « heel »11 qu'il adore incarner. Plus important encore, Quand la marabunta gronde s'avéra être son plus gros succès depuis Sous le plus grand chapiteau du monde il y a deux ans, ce qui est long pour quelqu'un en quête d'un succès.

    Pour citer Heston :

    " J'imagine que Quand la marabunta gronde s'est finalement révélé plutôt bon. Ce fut un gros succès commercial qui a reçu un bon accueil critique. Ma femme décrit le personnage que je joue comme « un de ces héros-méchants dont tu as le secret », et c'était mon premier du genre, ce qui a peut-être contribué à ce que je sois retenu pour des rôles similaires par la suite. Un homme qui semble ne rien vouloir comprendre, dépourvu d'empathie12, stupide, mais que le public comprend quand même d'une manière ou d'une autre.

    Il y a une scène dedans dont semblent se souvenir beaucoup de gens. C'est curieux car je suis allé écouter  Jimmy Stewart pendant un de ses cours d'université à Londres, et il développa une idée remarquablement censée. Il disait qu'un film est constitué de moments à succès. Il est très difficile de structurer tout une performance comme on peut le faire au théâtre, car il faut jouer chaque scène comme elle vient et une fois tournée, c'est terminé.

    Il voulait dire que si l'on joue une scène et qu'elle fonctionne bien dans la version finale, alors cette scène sera un moment dont le public se souviendra. Deux ou trois bons moments en feront un film mémorable. Une demi-douzaine ou une dizaine peuvent faire un grand film."

    Il dit ensuite quelque chose qui me semblait vrai dans mon propre cas à propos de Quand la marabunta gronde. Il dit que les gens venaient vers lui et lui disaient : « j'ai vu ce film que vous avez fait. Je ne me souviens plus qui l'a réalisé, ni le titre ni qui jouait dedans, mais il y avait cette scène où vous êtes dans une salle et ce gars referme la porte, vous prenez une bouteille et le regardez. »

    Eh bien, dans le cas de Quand la marabunta gronde, c'est ce genre de film, sauf que les gens ne disent pas « oh les fourmis… » ou quoi que ce soit, mais ils disent : « je me souviens de cette scène où vous avez cette fille, Eleanor Parker, et vous vidiez cette bouteille de parfum sur elle. »

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    Charlton Heston et Eleanor Parker dans QUAND LA MARABUNTA GRONDE (1953)

    scène de la bouteille de parfum

     

    Et c'est là exactement ce à quoi faisait référence Stewart, et c'est là le genre de film qu'est Quand la marabunta gronde."

    Son film suivant ne l'était pas. Le Secret des Incas13 est un film tout à fait oubliable. Paramount voulait encore exploiter Heston dans un autre rôle de « héros-méchant », cette fois à la recherche d'un bijou légendaire Inca dans les ruines de l'ancienne civilisation Inca. Il retrouva de nouveau des visages connus sur le plateau : Mel Epstein le producteur, il avait produit Le Fils de Géronimo ; Jerry Hopper était de nouveau le réalisateur ; la plupart des techniciens étaient les mêmes que dans ses films précédents. Heston s'est sûrement un peu senti comme s'il était sur un tapis roulant. La tête d'affiche au côté d'Heston, Robert Young, se retira de l'industrie du cinéma après ce film qui conclut un cycle de films sans distinction.

    Charlton Heston dans le rôle de Harry Steele "LE SECRET DES INCAS" 1954

    La carrière d'Heston, en 1954, était au trente-sixième dessous. Il n'avait pas l'air d'avoir d'avenir. Au mieux, il gagnait une précieuse expérience pour apprendre son métier dans les limites plutôt restrictives du  système des studios, même s'il n'était pas enchaîné à un quelconque studio.

    Le tapis roulant continua sa course apparemment sans fin avec Horizons lointains14, l'histoire de Lewis et Clark et leur expédition au Nord-Ouest. En tant que film d'aventure, ce n'était pas mauvais du tout – grâce aux yeux de réalisateur de Rudy Mate qui donnait tout le temps dans ce style – mais le niveau du film fut à nouveau trahi par le choix d'un autre acteur à la carrière battant de l'aile – Fred MacMurray. Donna Reed, la future Miss Ellie dans Dallas y apparut également dans le rôle d'une fille Indienne. Pour elle aussi, sa carrière était sur la pente descendante après avoir gagné cette année-là un Oscar pour sa performance en tant qu'Alsa, la prostituée dans Tant qu'il y aura des hommes15. Après Horizons Lointains, elle fit cinq autres films avant de se retirer de l'industrie du cinéma.

    Charlton Heston (Clark) et Donna Reed das "HORIZONS LOINTAINS" 1955

    Charlton lui-même devait lui aussi en être arrivé à se demander s'il y avait vraiment un avenir pour lui dans le cinéma, surtout quand les producteurs d'Horizons lointains, William H. Pine et William C. Thomas convainquirent Paramount de mettre leur "poulain" dans leur prochain film, un mauvais feuilleton16, Lucy Gallant. Jane Wyman avait le rôle-titre, une femme riche qui, une fois larguée au sommet, gagne l'affection du fermier Heston. Quand sa carrière semble devenir plus importante que leur mariage, il s'en va et rejoint l'armée et, surprise, devient un héros. Elle décide alors que l'amour est plus important que l'argent, donc elle abandonne tout pour Heston.

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    Charlton Heston et Jane Wyman dans "LUCY GALLANT" 1955 

    C'était grosso modo un film pour femme, Jane Wyman plaisant bizarrement plus aux femmes qui aiment pleurer qu'aux hommes qui aiment les poupées. Miss Wyman avait alors 40 ans et Heston à peine 31. C'était cependant un léger soulagement de remarquer que le rôle joué par Claire Trevor, une fois encore une cruche au cœur d'or, se faisait appeler « Lady Macbeth. »

    Désormais, Heston commençait à ressentir le besoin de briser le moule dans lequel il avait été plongé, spécialisé dans les vilains et les héros durs à cuire. Il réussit en 1954 à fuir Hollywood et le cinéma pour quelques semaines pour jouer Mr Roberts sur scène à Palm Beach. Ce fut un rafraîchissant changement d'air de retourner au théâtre où, en fin de compte, c'était lui, l'acteur, qui faisait de la pièce une réussite ou un échec. Les films dépendent de trop d'éléments pour permettre à l'acteur d'être autre chose qu'un facteur contribuant au résultat final sur l'écran.

    En retournant à Hollywood, il ressentit le besoin de trouver le genre de studio qui l'attirait le plus en tant qu'acteur ; un dans lequel il aurait son mot à dire sur le résultat final. Il le trouva chez Paramount. C'était un script titré La Guerre privée du major Benson17 de William Roberts et Richard Alan Simmons. C'était l'histoire amusante d'un rude major qui parle alors qu'il aurait mieux fait de se taire et se retrouve à l'académie militaire à entraîner des cadets et à être entouré de nonnes.

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    Charlton Heston dans "LA GUERRE PRIVEE DU MAJOR BENSON" 1955

    Paramount espérait avoir Cary Grant pour jouer ce rôle, mais il refusa. Heston se présenta et demanda à pouvoir le remplacer, mais Paramount ne pouvait pas l'imaginer lui, le héros dur comme fer de Quand la marabunta gronde et Le Secret des Incas, reprendre un rôle taillé sur mesure pour Cary Grant. La Guerre privée du major Benson fut donc laissé dans un coin, et Heston a dû se demander si sa carrière au cinéma n'y était pas avec.

    Peut-être que ça aurait fini ainsi, si Michel-Ange n'avait pas regardé dans l'avenir et utilisé Charlton Heston comme modèle pour sa statue de Moïse.

     

    A SUIVRE ...

    1 - The Buccaneer (sorti en France le 10 mars 1938)

    2 - Un surnom donné à Andrew Jackson, septième président des États-Unis, littéralement traduit « le vieux noyer blanc ». Ce surnom vient des soldats l'ayant servi alors qu'il était commandant durant la guerre de 1812 du fait de sa dureté et de sa ténacité.

    3 - 10 pouces dans le texte original

    4 - Pony  -Express

    5 - « wild » se traduit par sauvage

    6 - Arrowhead

    7 - La plus haute distinction que puisse recevoir un militaire aux États-Unis

    8 - Bad for Each Other

    9 - The Naked Jungle

    10 - Le texte original dit « soldier ant », la fourmi soldat, un terme générique pour désigner un type spécifique de fourmi dans une colonie (se distinguant de la reine et des ouvrières, donc), mais qui ne permet pas de savoir de quelle espèce il est question. Je choisis donc de traduire par « fourmi légionnaire » (une espèce dont la migration est appelé « marabunta »), qui se dirait normalement « army ant » en anglais.

    11 - Un anglicisme qu'il nous faut conserver ici. Ce terme tiré du monde du catch désigne le « méchant » sur le ring, celui qui s'oppose au « face », le « gentil » du combat.

    12 - Le texte dit « an unempathic man ». l'adjectif « unempathic » n'existe dans aucun dictionnaire que j'ai pu consulter, mais semble être parfois employé. C'est un de ces mots dont on comprend le sens sans pour autant qu'il n'existe dans la langue officielle.

    13 - Secret of the Incas

    14 - The Far Horizons

    15 - From Here to Eternity

    16 - Le texte dit « trashy soap opera ».

    17 - The Private War of Major Benson

     

  • SYNTHESE SUR LES DERNIERS CHAPITRES DU LIVRE DE MARC ELIOT par Maria R.D.

    Maria nous offre une synthèse sur les derniers chapîtres du livre de Marc Eliot, qui fait écho à la traduction qu'a faite Renaud du chapître 23 intitulée "Major Dundee".

    Nous pouvons constater que leurs points de vue et ressentis sont identiques. J'apprécie que leurs analyses soient en concordance, et cela sans se connaître. 

     

    Le 14 septembre 2018 à 16:08

    Carissima France,

    Scusa per aver fatto passare tanto tempo, ma leggendo questo “billet”, capirai perché

     

    Proprio ieri sera ho letto gli ultimi capitoli della biografia di Chuck scritta da Marc Eliot. Dovrei dire: ho riletto gli ultimi capitoli. Alla prima lettura, mi addolorava troppo seguire la progressiva decadenza dell’uomo che era stato Charlton Heston. Ora con più attenzione e con tanto affetto mi è sembrato di capire qualcosa in più.

    Bisogna andare al di là dei luoghi comuni e partire dai tormenti di una carriera che sembrava dissolversi tra scelte sbagliate e un periodo infelice di vita coniugale, quando Lydia non è più la compagna alla quale appoggiarsi, ma la donna infelice della cui infelicità Chuck si sente responsabile.

    Dopo i tre film degli anni difficili , Planet of the apes – The omega man – soylent green, dopo il fallimento di Anthony and Cleopatra davanti a lui c’è solo il vuoto , riempito in parte da alcune esperienze teatrali. La decisione è di abbandonare il mondo di Hollywood e tagliare i ponti anche con il sindacato . La presidenza Reagan gli offre la possibilità di interessarsi di istituzioni culturali, come il National Endowment of Arts, fondato dal presidente Johnson con lo scopo di distribuire fondi statali per progetti nel campo delle arti e dell’umanesimo. Gregory Peck gli chiede di affiancarlo nella gestione dell’American Film Institute . Il cinema non è solo un’industria, è anche un’arte ed è necessario fornire gli strumenti per apprendere quest’arte e salvare le opere cinematografiche che ne hanno sottolineato l’importanza. Il progetto diventa realtà e Chuck trova un’altra strada su cui compiere un percorso che lo riempie di orgoglio e gli da un ruolo importante nel mondo della cultura.

    Sorgono però ostacoli finanziari da parte dell’amministrazione reaganiana, devota al neoliberismo e contraria a qualunque intervento pubblico. Ma anche questi ostacoli vengono superati. Quello che non si può sconfiggere rimane il tempo che passa e la difficoltà di trovare ruoli adatti ad un attore che si appressa ai 50 anni.

    Chuck ritorna alla televisione.  Anche qui il suo passaggio al partito Repubblicano lo pone in una sorta di Lista nera (o grigia) e le recensioni, teatrali come televisive, sono spesso venate di valutazioni negative. E’ un vecchio attore che non si rassegna ad un lento scivolare fuori della moda corrente? O e colpa della sua coerenza a sostenere dei valori nei quali ha creduto tutta la vita?

    La NRA si infiltra in questa fessura di tristezza e indecisione : Chuck non viene  sconsigliato nemmeno dal suo consigliere di sempre: il figlio Fraser, che anzi  lo convince a continuare la sua carriera di attore fondando una casa di produzione in cui regnano lo stesso Fraser, un suo amico Martin Shafer e naturalmente Charlton Heston, la Agamennon films. Non particolarmente fortunata.

    Troppe esperienze negative portano Chuck ad apprezzare il sostegno della NRA e quest’ultima ad apprezzare il richiamo che il nome dell’attore esercita su una parte degli americani. Finanziariamente non è Chuck a guadagnarci, ma piuttosto l’associazione sostenitrice del diritto di tenere e portare armi da fuoco, forte lobby del partito Repubblicano.

    Gli ultimi anni 90 vedono un sovrapporsi della ostilità pubblica contro l’attore Heston e una progressiva decadenza fisica e mentale dell’uomo Heston.

    L’infelice brano di Bowling for Columbine con Michel Moore e l’annuncio pubblico  fatto dallo stesso Heston di essere probabilmente afflitto dal morbo di Alzheimer segnano come un improvviso silenzio a Hollywood e nel resto degli USA. E’ come se la gente non sapesse come rispondere a queste due infelici esperienze. Qualche voce si sente anche troppo forte in questo silenzio, come quella di George Clooney. Chuck e Lydia rilasciano un’ultima patetica intervista. Poi la fine il 5 aprile del 2008.

    Nel primo decennio dopo la morte ritornano all’attenzione del pubblico, anche di quello giovane, i classici come Ben -Hur  e El Cid   (quest’ultimo restaurato da Martin Scorsese) e i 3 film della distopia o dei cosidetti “anni difficili”. Ora che il cinema è entrato a far parte del mondo dei prodotti”digitali” (si veda il risultato dell’ultima Mostra di Venezia) si torna ad apprezzare il rombo degli zoccoli nel silenzio del Circo di Antiochia ricostruito per intero a Cinecittà.

    Arrivata alla fine della biografia di Eliot, era passata mezzanotte. Sono uscita sulla veranda a guardare le stelle. Sono le stesse che brillavano nel 1958 sul set di Ben-Hur. Grazie Marc Eliot per questi ultimi dolorosi capitoli.

     

    Maria R. D.

     

     

    Le 14 septembre 2018 à 16h08

    Ma chère France,

    Désolée d'avoir laissé passer autant de temps, mais en lisant ce "billet", tu comprendras pourquoi.

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    Hier soir, j'ai lu les derniers chapitres de la biographie de Chuck, écrite par Marc Eliot. Je devrais dire : je relis les derniers chapitres. À la première lecture, je regrettais trop de suivre la décadence progressive de l'homme qui avait été Charlton Heston. Maintenant, avec plus d'attention et avec beaucoup d'affection, il me semble comprendre quelque chose de plus.

    Nous devons aller au-delà des clichés et nous éloigner  des affres d'une carrière qui semblait se dissoudre entre des choix erronés et une période malheureuse de la vie conjugale, lorsque Lydia n'est plus la compagne sur laquelle s'appuyer, mais la malheureuse femme dont Chuck se sent responsable

    Après les trois films des années difficiles, après l'échec d'Anthony et Cléopâtre, devant lui  il n'y a que le vide, rempli en partie par des expériences théâtrales. La décision est de quitter le monde d'Hollywood et de couper les ponts avec le syndicat. La présidence Reagan lui offre l'opportunité de s'intéresser aux institutions culturelles, telles que le National Endowment of Arts, fondé par le président Johnson dans le but de distribuer des fonds publics pour des projets dans le domaine des arts et des sciences humaines. Gregory Peck lui demande de le soutenir dans la gestion de l'American Film Institute. Le cinéma n'est pas seulement une industrie, c'est aussi un art et il faut fournir les outils pour apprendre cet art et sauver les œuvres cinématographiques qui ont souligné son importance. Le projet devient une réalité et Chuck trouve une autre voie sur laquelle accomplir un parcours qui le remplit de fierté et lui donne un rôle important dans le monde de la culture.

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    Ceependant, il existe des obstacles financiers de la part de l'administration Reagan, qui se consacre au néolibéralisme et opposée à toute intervention publique. Mais même ces obstacles sont surmontés. Ce qui ne peut pas être vaincu reste le temps qui passe et la difficulté de trouver des rôles appropriés pour un acteur qui approche les 50 ans.

    Chuck retourne à la télévision. Même ici, son passage au parti républicain le place dans une sorte de liste noire (ou grise) et les critiques, théâtrales comme la télévision, sont souvent guidées par des évaluations négatives. Est-ce un vieil acteur qui ne se résigne pas à une lente sortie de mode ? Ou est-ce la faute de sa cohérence à défendre les valeurs auxquelles il a cru durant toute la vie ?

    La NRA s'infiltre dans cette fissure de tristesse et d'indécision : Chuck n'est pas conseillé, même par son conseiller habituel : son fils Fraser, qui l'a même convaincu de poursuivre sa carrière d'acteur en fondant une société de production où règnent Fraser, un de ses amis, Martin Shafer et Charlton Heston : "La Agamennon-films".

     
     

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    Trop d’expériences négatives amènent Chuck à apprécier le soutien de la NRA et celle-ci à apprécier l’influence que le nom de l’acteur exerce sur une partie des Américains. Sur le plan financier, ce n'est pas Chuck qui gagne, mais plutôt l'association de défense du droit de détenir et de porter des armes à feu, le lobby puissant du parti républicain.

    Au cours des années 90, on voit un chevauchement de  l'hostilité du public contre l'acteur Heston et la décadence physique et mentale progressive de l'homme Heston .

    La malheureuse séquence de Bowling for Columbine avec Michael Moore et l'annonce publique faite par Heston lui-même d'être probablement atteint de la maladie d'Alzheimer marquent un silence soudain à Hollywood et dans le reste des États-Unis. C'est comme si les gens ne savaient pas comment répondre à ces deux expériences malheureuses. Certaines voix se font entendre aussi trop fort dans ce silence, comme celle de George Clooney. Chuck et Lydia publient une dernière interview pathétique. Puis la fin le 5 avril 2008.

    Dans la première décennie après la mort, il revient à l'attention du public et même le plus jeune,  les classiques tels que Ben -Hur et El Cid (le dernier restauré par Martin Scorsese) et les trois films de dystopie ou les prétendues "années difficiles". Maintenant que le cinéma fait désormais partie du monde des produits "numériques" (voir le résultat du dernier Festival de Venise), le rugissement des sabots dans le silence du Cirque d'Antioche entièrement reconstruit à Cinecittà est de retour. 

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    À la fin de la biographie d'Eliot, il était minuit passé. Je suis sortie sur la véranda pour regarder les étoiles. Elles sont les mêmes qui ont brillé en 1958 sur le plateau de Ben-Hur. Merci Marc Eliot pour ces derniers chapitres douloureux.

    Maria R. D.

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