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  • «  LES TROIS MOUSQUETAIRES  » , ou la rencontre de deux géants…

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    Oliver REED (Athos) - Michael YORK (d'Artagnan) - Richard CHAMBERLAIN (Aramis)  - Frank FINLAY (Porthos)

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    «  JE n’ai jamais compris pourquoi les français révèrent NAPOLEON, un homme qui a contribué à détruire leur pays, et ignorent complétement RICHELIEU, qui peut être considéré comme le fondateur d’un Etat moderne »…


    CES propos, même s’ils manquent de nuances et illustrent une certaine méconnaissance de l’histoire de France, tenus par Charlton HESTON dans son autobiographie, n’en sont pas moins révélateurs de la curiosité intellectuelle et du besoin incessant d’apprendre qui caractérisent le comédien mais aussi l’homme, même s’il a pu souvent se montrer excessif et porter des jugements disons «  arbitraires » sur des sujets qu’il connaissait peu.


    Tous les admirateurs de l’artiste savent pertinemment qu’il avait une véritable passion pour les «  grands personnages » de l’histoire, et qu’il avait une nette préférence pour interpréter ces «  géants » plutôt que des personnages contemporains qui l’attiraient moins ; cette fascination a pu être jugée par ses critiques comme une forme d’élitisme méprisant, mais rien n’est plus faux : HESTON souhaita toute sa vie s’améliorer en tant qu’acteur ( ce qu’il fit !), et trouvait justement que jouer des flics ou des shérifs qui avaient déjà été sur-utilisés à l’écran, ne le ferait jamais autant progresser que de tenter d’approcher, « d’investir » des personnages complexes et hors du commun ! d’où son choix de redonner vie à Moïse, Gordon pacha , El Cid , Andrew Jackson, et dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, Armand du Plessis, cardinal duc de Richelieu…

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    HESTON avait été au départ, approché par les frères SALKIND, producteurs de renom, pour jouer en fait ATHOS, comte de La Fère, dans une nouvelle adaptation luxueuse et plutôt satirique du chef d’œuvre de DUMAS, le tout pour un cachet vertigineux qui lui fit dire avec humour que « si tous les comédiens étaient rémunérés de la même manière, ils devraient aussi faire de la figuration pour couvrir les frais de production !» Jouer ATHOS ne l’amusait pas plus que ça, et il avait aussi des doutes quand à l’idée de tourner en comédie un ouvrage aussi sérieux et renommé ; c’est quand il apprit que le metteur en scène serait Richard LESTER, qu’il commença à s’intéresser au projet, d’autant plus que l’année 1973 s’annonçait pour lui plutôt calme côté tournages…

    (Richard Lester)
    Richard LESTER s’était fait en quelques années une réputation, formidable dans le milieu, grâce à son sens de l’humour, sa virtuosité caméra en main et son sens aigu du rythme et du montage, qu’on pourrait rapprocher pour nous Français d’un Jean-Paul RAPPENEAU ; son talent avait su faire des BEATLES des stars de l’écran avec l’excellent «  A HARD DAY’S NIGHT » et il avait su capter le tourbillon du « swinging LONDON » des sixties grâce à PETULIA, un autre grand succès artistique et commercial ; malheureusement, son dernier opus «  THE BED-SITTING ROOM » avait été un four complet jusqu’à ruiner sa maison de production ! il se trouvait donc, comme on dit, dans l’impasse, n’ayant pas tourné depuis quatre ans, et prenait donc très au sérieux la chance à lui donnée par les SALKIND de refaire surface avec un sujet excitant pour lui…


    C’est donc LESTER, toujours prompt à développer des idées originales, qui va insister pour garder HESTON dans le casting, malgré son refus de s’engager pour plusieurs mois sur un personnage qui ne l’inspire pas, et n’a selon lui, «  pas grand-chose à jouer » ; quand HESTON lui suggère de lui donner un petit rôle sans forcément passer beaucoup de temps en Espagne, LESTER lui propose alors, fidèle à son approche non conventionnelle, de jouer RICHELIEU, personnage certes central à l’intrigue et disons capital, mais présent dans un nombre restreint de scènes, ce qui convient parfaitement à Chuck ! Celui-ci ne manquera pas de souligner que «  rarement un personnage secondaire à l’écran aura vu son nom autant prononcé dans un film » !

     
    Beaucoup a été dit sur ce choix inattendu de faire jouer par un américain un rôle aussi typiquement européen, et certains se sont gaussés de cette star américaine tentant de recréer un personnage aussi étranger à sa propre culture ; en effet, quel besoin avait donc LESTER d’employer HESTON, alors qu’il faisait jouer le rôle du Roi par CASSEL ( excellent au demeurant) et aurait pu employer un autre «  frenchie » pour jouer le cardinal ! disons que ce besoin de LESTER allait parfaitement de soi avec la fantaisie, l’impertinence et l’humour passablement déjanté qui caractérisent son cinéma ; de même que DUMAS n’avait cure de «  faire des enfants à l’histoire si ce sont de beaux enfants », LESTER fera donc à son tour de charmants bambins à DUMAS, dans une adaptation de Mc Donald FRASER absolument délirante, ou tous les personnages font preuve tour à tour de bouffonnerie et parfois de stupidité, servis par des comédiens anglo-saxons jouant parfaitement le jeu de la satire et de la comédie !


    Tous ?


    Tous, sauf un ,évidemment, on aura facilement deviné qui…


    Car si HESTON, loin d’être l’insupportable Wasp coincé et rigide que ses détracteurs imaginent, adore la comédie et souhaite au départ rentrer à fond dans la danse de la parodie, il se voit sur ce coup opposer un veto catégorique à ce niveau par LESTER himself ! pourquoi ? Et bien justement, parce que RICHELIEU étant à priori le « méchant » de l’histoire, il n’y a selon le metteur aucune raison de l’aborder sous l’angle de la comédie, mais bien lieu d’en faire, au contraire, cette éminence impitoyable, sans autre scrupule que la défense de l’Etat à tout prix, et dans ce but, RICHELIEU doit être « un antagoniste crédible »,donc exit la tentation du pastiche, il sera joué « straight » et en sera donc, par contraste avec tous les joyeux bretteurs insouciants qui peuplent l’ouvrage, d’autant plus inquiétant !

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    Marché conclu entre les deux hommes, qui vont s’amuser comme des fous pendant le tournage, même si les dix jours prévus au départ vont se transformer assez rapidement en quatre semaines, ce que la star accepte de bon cœur ; il échappe ainsi à une situation difficile avec Lydia, son épouse avec laquelle il a failli rompre pour de bon peu de temps avant, et surtout, il vit une expérience de tournage inoubliable, avec une équipe de comédiens de haut niveau !


    Tous ( ou presque) sont en admiration devant cette icone hollywoodienne, son charisme et son talent, et Michael YORK lui-même, dans une interview de 2002 pour le DVD sorti cette année-là, ne tarit pas d’éloges sur le personnage HESTON, tout comme son complice FINLAY ( PORTHOS), parlant même de sa troupe de «  jeunes parvenus britanniques confrontés à ce qui se fait de mieux » avec beaucoup de tendresse et d’humour.

     

    Le seul de la troupe à ne pas avoir trop tenu compte de la «  gravitas » de la mégastar semble être, et on comprend pourquoi vu son caractère d’éternel trublion, l’ami Oliver REED, qui a justement hérité du rôle d’ATHOS auquel il apportera une profondeur inoubliable ; dès le premier soir, à peine arrivé à l’hôtel, HESTON se verra apostrophé par REED d’un « hey, Chuck ! » retentissant depuis le bar de l’établissement, à l’issue de quoi ils se livreront à une puissante session alcoolique dont REED sortira comme à l’accoutumée, vainqueur, et HESTON particulièrement amoindri, au point qu’il avouera souhaiter «  ne plus jamais être confronté à un acteur britannique dans un bar ! »


    L’amusement est une chose et le travail en est une autre, et il faut bien dire qu’à ce niveau, le «  Chuck » sait toujours se faire respecter ; ayant pris la mesure d’un personnage qu’il considère comme « le seul à montrer une réelle intelligence, tous les autres sont des idiots » ( toujours dans la nuance, notre héros…) il va s’employer à faire ressortir toutes ses qualités, pas seulement sa duplicité et sa rouerie, mais aussi son sens aigu du devoir et son respect de l’Etat auquel il voue toute son énergie ; un peu trop grand pour le rôle, il compense ce handicap par une subtile claudication qui l’ « humanise », tout en usant avec talent de sa subtile diction mélodieuse, ou chaque mot semble ciselé et pesé, héritage de son récent vécu théâtral ( il vient de jouer THE CRUCIBLE de MILLER ) et de sa fameuse présence physique naturelle, fort inquiétante effectivement dans ses scènes.


    La plupart du temps confronté à Jean-Pierre CASSEL dans le rôle du Roi et surtout à Christopher LEE, excellent ROCHEFORT, il prend un plaisir certain à ces échanges savoureux, et sera particulièrement impressionné par Faye DUNAWAY, qui compose une Milady haineuse et impitoyable ; on voit à quel point le casting conçu et défendu bec et ongles par LESTER porte ses fruits, contribuant tout autant que le choix des décors et des costumes parfaitement délirant, à la réussite totale de cet opus !

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    (Jean-Pierre Cassel : Louis XIII)

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    (Christopher Lee : Rochefort)


    A la fin du tournage, Chuck note d’ailleurs dans ses «  journals » la phrase suivante :


    « pour résumer, maintenant que c’est terminé, je serais fort surpris que cette production ne marche pas ; le script est magnifique, tous les acteurs sont bons, et LESTER est encore meilleur, j’ai un très bon feeling sur ce film, vraiment »


    Venant d’un artiste qui avoue avec humour s’être souvent trompé sur ses prévisions quand au succès de ses films, le compliment pourrait augurer donc d’un futur échec, mais il n’en sera rien : le film sera un triomphe lors de sa première parisienne, et fera un tabac dans toute l’Europe , avec un début timide aux USA, très vite compensé par un bouche à oreille plus que positif, qui en fera la meilleure recette d’un film européen pour l’année 73, ce qui n’est pas rien !


    TOUT est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? pas tout à fait, car une légère «  crapulerie » s’est quand même immiscée dans ce tableau idyllique ; en effet, peu de temps après la fin du tournage, constatant qu’ils disposaient d’un métrage de longue durée ( ce qu’ils savaient depuis le départ) les frères SALKIND vont, à la surprise des comédiens impliqués, scinder le film en deux parties pour sortir la première époque fin 73 et la deuxième l’année suivante, choix certes courageux dans le cas où le premier film aurait fait un flop rendant inutile la sortie du deuxième, mais particulièrement contestable vis-à-vis des acteurs prévenus au dernier moment !


    La colère de certains ( LEE, DUNAWAY, WARD) sera telle qu’ils refuseront d’entendre parler des brothers SALKIND pendant de longues années, d’autres préfereront adopter une position plus « diplomatique » notamment YORK, et surtout REED et HESTON , qui retravailleront même avec eux plus tard pour THE PRINCE AND THE PAUPER, avec un succès moindre cependant…

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    (Rachel Welch : Madame Bonassieu - Geraldine Chaplin : Reine d'Autriche - Faye Donoway : Milady)


    AH, les éternelles errances et magouilles du show-biz ! mais comme en tant que spectateurs, nous en ignorons la plupart des mécanismes, contentons-nous d’apprécier pour l’éternité ce petit chef d’œuvre d’humour et de fantaisie, ou la création de RICHELIEU par l’artiste reste une de ses grandes performances des années 70 !

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    A MA CECILE, mon éternelle script-girl...

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  • 30 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    Mari et Père

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    Charlton et Lydia étaient un phénomène rare à Hollywood. En mars 1972, ils célébrèrent leur vingt-huitième anniversaire de mariage. Le fait que leur mariage ait survécu si longtemps était presque un mystère. C'était un point que Charlton détournait avec beaucoup d'humour. « Il faut avoir une certaine dose de tolérance mutuelle et un engagement basique envers le mariage, » expliquait-il avant d'ajouter : « ce qui est vraiment essentiel, c'est d'être un superbe mari, et il se trouve que je suis un superbe mari ! »

    Mais comme ils l'avaient déjà dit, leur mariage n'a pas toujours été une longue lune de miel, et au début des années 70, les Heston traversaient clairement une crise qui mit leur relation à l'épreuve comme jamais, et c'était les migraines de Lydia. Ils étaient comme pris dans un cycle infernal. Les migraines créaient des tensions dans le foyer qui ajoutait du stress ne faisant qu'aggraver les migraines. Les choses en arrivèrent à un effrayant seuil critique quand Charlton et Lydia eurent une énorme dispute. Pour se calmer, Charlton alla faire du jogging, mais la situation n'était pas calmée. Lydia annonça qu'elle partait à Honolulu pour écrire une pièce.

    « eh bien, tu veux que je t'accompagne ? » demanda Charlton.

    « Non, » répondit-elle.

    Elle passa les quelques jours qui suivirent seule à Honolulu jusqu'à ce que, incapable de le supporter plus longtemps, Charlton, Holly et Fray la rejoignirent pour être à ses côtés. Elle et Chuck se réconcilièrent et restèrent au luxuriant Royal Hawaiian Hotel pendant quelques jours.

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    (Royal Hawaiian Hotel)

    photo : https://www.historichotels.org/hotels-resorts/the-royal-hawaiian-a-luxury-collection-resort

    La crise prit fin pendant quelques jours, mais les migraines continuelles et les tensions étaient toujours là. Au bout d'un an seulement, ils semblèrent de nouveau sur le point de se séparer, mais à la dernière minute, ils en arrivèrent à l'inévitable conclusion qu'ils ne pouvaient pas vivre l'un sans l'autre.

    Tout en étant une période de crise pour la famille Heston, c'était aussi une période de croissance de plusieurs façons. Fray était maintenant un adolescent grand et maigre, et Holly une brillante jeune fille de onze ans aux portes de la puberté. Elle était également un peu farceuse. Charlton a une histoire sur elle qu'il adore :

     

    «Quand elle avait huit ans, elle a réussi une fois à avoir mon autographe parmi un groupe d'enfants sans que je m'en rende compte, et ça l'a ravie au plus haut point. Il y avait toute cette foule d'enfants et j'essayais de la traverser, vous savez, et Holly est venue et m'a tendu un truc à signer. Après cela, elle me l'a montré dans la voiture en jubilant.»

     

    Fray, qui avait maintenant dix-sept ans, devenait vraiment un enfant de la forêt, comme l'avait été son père. Cela venait beaucoup de Chuck qui s'assura que Fray sache monter à cheval à partir de l'âge de huit ans. Il l'emmenait également dans le désert et lui apprit à tirer, et quand l'occasion se présenta plus tard, ils allèrent ensemble avec Joe Canutt à la chasse au sanglier. Charlton encouragea aussi son fils à jouer au tennis, mais c'était la vie extérieure qui captivait vraiment Fray. En recherche d'aventure, il devint très indépendant. Il me dit :

     

    «Quand j'avais dix-sept, j'avais un truck, et j'avais coutume d'aller à travers toute l'Amérique. J'allais en Alaska et en Idaho le week-end, et au Mexique le vendredi soir. J'ai conduit ce truck partout. J'adorais faire ça et je le faisais avec très peu de moyens à l'époque. Je me suis beaucoup amusé, et je pense aussi que j'ai beaucoup appris de choses sur le pays

     

    Quand à savoir comment il a réussi à rester proche de son père sans passer par la période rebelle de l'adolescence, il dit :

     

    «Ca s'explique plus par mon père que par moi. C'était un père strict, mais pas austère. Il était aimant, et ma mère aussi a joué un grand rôle dans les bonnes relations que nous entretenons encore parce qu'elle m'a toujours traité avec respect, amour et admiration, et je leur ai rendu ce qu'ils m'ont donné. C'est une situation très simple d'échange de bon procédé.

    Quand j'aurai mes propres enfants, je pense que je les enverrai chez mes parents jusqu'à ce qu'ils deviennent adultes et les récupérer ! Je suis sûr qu'ils feraient un meilleur boulot que celui que je pourrais faire.»

     

    Charlton était gaga de sa fille et le fait qu'elle soit adoptée ne faisait aucune différence pour lui ou pour Lydia. Pour lui, c'est sa petite, et tout comme il le fit  pour que Fray aime sa vie d'homme, il s'assura qu'Holly devienne une parfaite jeune fille. Lydia, cependant, pense que parfois, il est allé trop loin. Elle raconte :

     

    «Vous savez, Chuck a appris à Fraser à jouer au tennis pour toujours avoir quelqu'un avec qui jouer, mais il pensait qu'Holly ne devait pas apprendre à jouer. Je lui ai dit : « c'est ridicule, bien sûr qu'elle devrait apprendre aussi. » Donc elle apprit. mais il ne la laisse pas jouer. Vous savez pourquoi ? Il est le président international de la Société de Prévention des Joueuses de tennis ! »

     

    Une chose qui lui fit plaisir à propos de ses enfants, est qu'ils n'ont jamais montré le moindre signe de vouloir devenir acteurs professionnels. Il savait de par sa propre expérience personnelle et douloureuse que ça pouvait être un moyen pénible de gagner de l'argent, et dès qu'il est appelé à aller parler à des corps étudiants à propos de l'art d'être acteur, il fait de son mieux pour dissuader chacun d'eux d'envisager une carrière d'acteur.

    A en juger  par le succès qu'il eut en tant qu'acteur, cela peut paraître difficile à comprendre, mais très jeune, Holly comprit les sentiments de son père. Comme elle le dit un jour à un journaliste qui ne comprenait pas pourquoi elle ne voulait pas devenir un star de cinéma quand elle serait grande : « Mon père connaît beaucoup d'acteurs qui sont sans travail. »

     

    « Je préférerais jouer un sénateur qu'en être un ! »

     

    C'était son anniversaire, son quarante-neuvième anniversaire. Pendant un moment, tous ceux sur le plateau de Soleil vert à MGM Studios s'arrêtèrent de travailler tandis qu'un grand gâteau glacé fut apporté sur un chariot. Il était décoré avec une image en glaçage d'Heston en Moïse tenant les tablettes des dix commandements.

    Tout le monde, y compris le réalisateur Richard Fleischer, chanta « Joyeux Anniversaire ! » quelques semaines seulement avant que le célèbre père de Fleischer, Max, le seul producteur de films d'animation à avoir sérieusement concurrencé Disney, ne décéde et que les bureaux soient fermés pendant une journée. Mais pour l'instant, la bonne humeur et la frivolité régnaient, alors même que le travail recommençait, bien que Richard Fleischer ne laissa pas l'atmosphère généralement joyeuse se mettre en travers du travail : faire ce qu'Heston espérait voir devenir un autre thriller futuriste innovant.

     

    Pour la première fois depuis Les dix Commandements, Charlton faisait un film avec Edward G. Robinson, devenu un homme de 79 ans frêle et, même si beaucoup l'ignoraient, mourant. Lui, cependant, savait qu'il mourait du cancer, et pourtant, il ne rata pas une seule journée de tournage. Ironiquement, comme Heston s'en rendit tristement compte après, la dernière scène que fit Robinson était la scène de sa mort dans laquelle il est doucement endormi volontairement en regardant des films montrant combien le monde était beau auparavant. Il savait, bien qu'il ne l'ait jamais avoué, que ce serait le dernier travail qu'il accomplirait en tant qu'acteur.

    Soleil vert était un film efficace et terrifiant, et tout comme les Singes et Le Survivant, le succès fut immédiat. Il était de nouveau prêt à retourner au pays de l'acteur. Il se tenait dans l'aile du Ahmanson Theater à Los Angeles, l'un des plus prestigieux de tous les théâtres américains. Broadway n'était plus le but suprême du théâtre américain, mais juste être de nouveau dans un théâtre, peu importe où, après six longues années loin de la scène, c'était l'exaltation dont avait besoin Chuck et qui lui avait manqué. Il y avait encore cette petite peur de la scène, ce moment de tension mêlé d'excitation juste avant de monter sur scène, et il savait qu'il serait bon dans cette pièce, The Crucible, et il savait également que c'était une pièce contemporaine, la seconde pour lui avec A Man for All Seasons. Ils jouèrent même le soir de noël, tant le succès fut au rendez-vous pour la pièce qui était complète presque tous les soirs pendant les cinq semaines où elle fut jouée. Se terminant triomphalement dans la deuxième semaine de 1973, il se prépara à réciter quelques paroles de Thomas Jefferson.

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    photo :  https://www.centertheatregroup.org/about/timeline/1967-1977/

    Le discours était pour le jour de l'investiture du président Richard Nixon à Washington. Il soutint Nixon, ce qui était étrange puisqu'il avait jusque là toujours voté pour le parti démocrate, mais cette fois-là, il se sentit forcé de voter républicain et resta républicain depuis. À cause de son soutien et de son talent, il se retrouva à participer à un concert au Kennedy Center lisant Jefferson sur une musique dont il souhaitait vraiment qu'elle ne soit pas  là.

    De nouveau, Heston fut bien vite de retour à Washington, cette fois pour représenter l'American film Institute, et pendant qu'il y était, il eut l'opportunité de jouer en double au tennis avec le sénateur Edward Kennedy. Charlton et son partenaire, le sénateur Tunny, se firent écrasés par Kennedy et son partenaire, mais ce qui était vraiment important était d'organiser l'ouverture de la salle de cinéma de l'American Film Institute ainsi que de renforcer la position de l'AFI.

    Il y avait également un dîner de remise de l'AFI Life Achievement Award pour John Ford à Los Angeles que Charlton aida à organiser et accueillir. Le président Nixon y était et remit également à John Ford la Medal of Freedom. Charlton était très fier en tant que membre de l'AFI d'avoir le privilège de présenter le nouveau président des États-Unis ce soir-là.

    Avec tout ce travail qui lui prenait du temps, et si peu pour être acteur, il y avait de nouvelles tensions sur la famille qui semblèrent se manifester sous la forme des migraines de Lydia. Elle dut finalement être hospitalisée. Les médecins virent alors que sa glande thyroïde était enflée. Charlton eut heureusement assez de temps pour rester à Los Angeles et la soutenir pendant sa guérison. Il espérait qu'avec cette opération qui aurait dû être faite bien plus tôt, les terribles problèmes dont Lydia avait souffert allaient disparaître.

    Le jour où il la ramena à la maison, il dut de nouveau la laisser ce qui ne fut pas facile car le simple fait qu'il parte la bouleversait terriblement. Il avait cependant un autre engagement qui l'attendait en Espagne pour jouer le cardinal Richelieu dans Les Trois Mousquetaires de Richard Lester.

    Au départ, Lester voulait Heston pour jouer Athos dans cette version comique du roman de Dumas. Il fallait tourner en Espagne, et comme Athos a un rôle assez faible mais est pourtant nécessaire dans beaucoup de scènes, Chuck n'était pas du tout motivé à passer l'été en Espagne sans grand rôle à jouer. Il proposa donc à Lester de lui donner une apparition à faire, et Lester proposa  Richelieu, sur lequel Charlton réagit, surtout quand Lester lui dit qu'il n'avait besoin de travailler que dix jours.

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    Heston aima jouer ce rôle, surtout parce qu'il signifiait qu'il devrait se cacher encore derrière une autre barbe et un faux-nez. Il avait toujours aimé créer le visage d'autres hommes à partir du sien. Il trouva également que Richelieu était un personnage fascinant à jouer. Il dit :

     

    « Le film était une interprétation sardonique de l'époque et des personnages. En fait tous les mousquetaires sont des crétins empotés tout comme le roi, ce qui est historiquement vrai.

    J'ai alors dit à Richard : « à quel point veux-tu que je sois comique? » Et Richard répondit « pas du tout. Tu dois jouer Richelieu comme si nous faisions un film biographique sur lui. Il doit être un antagoniste parfaitement crédible. »

    Je l'ai donc joué ainsi, droit, et bien que dans le roman de Dumas, il est un des grands méchants, il était en vérité l'un des hommes les plus talentueux de l'histoire de France. Il était certainement le seul homme avec une réelle intelligence ou des compétences dans le film.

    Il y a eu une phrase que j'ai lue dans une des biographies de Richelieu qui m'a tellement impressionné que j'ai demandé à Richard de l'intégrer. Quelqu'un lui dit : " ça doit être horrible d'avoir autant d'ennemis, " et Richelieu répond " moi ? Je n'ai pas d'ennemis. La France a des ennemis.

     

    Durant le tournage, Lydia vint pour être à ses côtés, faible mais heureuse d'être avec son mari. Quand chuck en a eu terminé avec le film, ils allèrent en Allemagne quelques semaines pour prendre des vacances, mais pendant qu'ils étaient là-bas, la tante de Lydia, Belle Clarke, est décédée, provoquant un choc dont n'avait pas vraiment besoin une Lydia déjà affaiblie. Ensuite, à peine quelques semaines plus tard, le père de Lydia décéda.

    Ils s'envolèrent pour Two Rivers pour l'enterrement, Lydia dans une chaise roulante à cause de problèmes de dos. Ils furent rejoints là-bas par Fray qui était parti pour une de ses aventures. Il avait dans l'idée de devenir biologiste marin, et passait une grande partie du temps hors de la maison, un état de fait difficile à supporter pour Lydia. C'était beaucoup plus difficile pour elle que pour Charlton de laisser leur garçon quitter le nid, et elle trouva cela tout aussi difficile de tenir,  juste une semaine après la mort de son père, quand Fray est parti à San Diego s'inscrire à la UCSD1  pour étudier la biologie marine.

     

    A SUIVRE...

     

    1University of California San Diego

  • NUMBER ONE, ou HESTON en « anti-héros »

    MAJ le 31 mars 2019 

    MAJ le 23 mars 2019 

     

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    S’il fallait rechercher dans la filmographie de Charlton HESTON un “ bon” film qui n’a quasiment été vu par personne et dont même certains de ses admirateurs ignorent jusqu’à l’existence, on pourrait sans trop s’avancer citer « NUMBER ONE » , production qui ne fut que très peu montrée aux USA et dont la distribution européenne fut pratiquement inexistante, comme pour rappeler à ceux qui feignent de l’ignorer que HESTON ne se contenta jamais, même au sommet de sa gloire, du statut de superstar et fut, à l’instar d’un PECK ou d’un LANCASTER, un artiste inspiré toujours prêt, du moins à ce stade de sa carrière, à prendre les risques qui s’imposaient.

    En effet , peu de temps après s’être engagé dans le projet de « PLANET OF THE APES » alors que la plupart des studios avaient trouvé l’idée de «  singes parlants » totalement ridicule et surtout invendable, HESTON remet sur le tapis un projet intitulé au départ «  PRO » soutenu par son ami Walter SELTZER, dont le thème était la fin de carrière d’un footballeur vedette de la NFL dont le parcours jusqu’ici glorieux se trouve compromis par des blessures diverses et surtout son incapacité à s’adapter au monde moderne ; conscient que ce sujet ne risquait d’intéresser qu’une clientèle américaine, et que donc le manque d’impact d’un tel projet sur l’EUROPE ou l’ASIE allait jouer en sa défaveur, les deux hommes décident donc de proposer l’idée, le « treatment » à la nouvelle équipe de UNITED ARTISTS qui vient de se mettre en place et recherche justement des «  peu coûteux » !

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    La belle affaire, se disent-ils, et ils ont partiellement raison, car David et Arnold PICKER, superviseurs de tous les projets chez ARTISTS, voient d’un bon œil qu’une star oscarisée accepte de travailler pour eux pour un salaire modeste et un pourcentage sur les profits qui parait plutôt aléatoire…l’agent «  iceman » CITRON va bien sûr s’inquiéter que son poulain tente l’aventure, tout comme il s’était opposé au western WILL PENNY réalisé l’année précédente par Tom GRIES, dont il craignait l’inexpérience ; on peut donc imaginer la tête du cher homme quand SELTZER lui annonce que GRIES mettra aussi en scène l’histoire du footballeur déchu…

    Concernant le choix du « metteur », les versions différent, car même si HESTON avait eu le courage de tenter l’expérience GRIES pour WILL PENNY, il n’avait surtout pas eu le choix, car en tant qu’auteur du scénario, GRIES ne voulait pas le vendre s’il ne mettait pas en scène ! pour NUMBER ONE, le cas est différent, car il n’est nullement auteur du scénario, et dans ses « journals » le comédien évoque clairement son envie d’utiliser les talents supérieurs d’un HUSTON et même d’un STEVENS, sans intéresser aucun des deux, et c’est contre mauvaise fortune bon cœur qu’il a fini par marcher avec GRIES ….

    Dans ses mêmes « journals » passionnants à plus d’un titre quand on veut comprendre comment se fabrique ou pas un film, il évoque aussi une industrie hollywoodienne en plein chaos, ou la moitié des lieux de tournage et autres «  sound stages » sont quasiment laissés à l’abandon par manque d’activité et chômage technique ; «  la ressortie de BEN-HUR va surtout aider la MGM à payer la note d’électricité de studios désespérément vides », note-t’il pendant l’été 68 ….

    C’est donc dans un climat morose et peu dynamique, à une époque ou HOLLYWOOD traverse une crise sans précédent, accentuée par le flop de comédies musicales ou films de guerre hors de prix ( MISTER DOOLITLE, STAR, TORA TORA TORA) que ce petit film UA va se construire, dans l’indifférence générale, il faut bien le dire !

    HESTON, toujours très professionnel dans ses choix et ses recherches, va se lancer dans la préparation du film avec deux objectifs : en savoir autant que possible sur le football américain ( souvenir de jeunesse pas forcément grandiose puisqu’il s’est cassé le nez lors d’un match)et surtout parvenir à une condition physique acceptable pour rivaliser avec les vrais pros ( du moins à l’écran) et donc être crédible pour le public !

    Ainsi que l’explique son biographe Marc ELIOT, le comédien possède à l’époque le corps certes musclé d’un joueur de tennis de bon niveau, mais pas du tout le torse et les épaules d’un joueur moyen de la NFL, va falloir travailler ! et voilà notre héros obligé de suivre un training à la LANCASTER, mais sans avoir forcément l’aisance naturelle requise ; qu’importe, il va apprendre, travailler, écouter, lancer le ballon, plaquer, le tout deux heures par jour cinq jours par semaine pendant deux mois, sans jamais se plaindre, devenir proche de l’équipe des NEW ORLEANS SAINTS engagés pour le tournage et qui ne tariront pas d’éloges sur la simplicité de la star et sa volonté farouche… de ne pas être ridicule ! ET il ne le sera pas, grâce à cette préparation difficile, et aussi l’aide du comédien Bruce DERN appelé à jouer un second rôle important, qui va carrément lui apprendre à courir pour éliminer son surpoids, obsession de l’acteur à l’époque, non par narcissisme, mais par besoin de préserver une apparence correcte pour les fans qui le font vivre !

    LE tournage, réduit contractuellement à quatre semaines, peut donc commencer sans trop de soucis, sauf que le comédien va se retrouver confronté à un de ses démons intérieurs : maintenant qu’il a saisi l’apparence ( outer se) du personnage et son background social, comment définir le vrai caractère ,le «  inner se »de ce CATLAN qu’il avoue dans ses « journals » tout simplement «  ne pas comprendre » !

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    BRUCE DERN

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    En effet, il a déjà joué des personnages habités, ou névrosés, ou antipathiques, c’est même une de ses caractéristiques, mais ce CATLAN, obsédé par lui-même, réclamant l’attention de son épouse alors qu’il ne s’intéresse pas à son travail, tentant une liaison avec une femme plus jeune pour oublier qu’il prend lui-même de l’âge, refusant toute réinsertion même honorable, lui échappe, il ne le comprend pas, et surtout, il ne l’aime pas vraiment ; or, il dira lui-même souvent, pour bien jouer un personnage, il faut l’apprécier un minimum ; il va donc tenter de se l’approprier, mais sans réussir totalement à l’incarner, du moins selon ses critères élevés…

    UN autre souci, celui-là lié à une dualité typiquement « hestonienne » va aussi faire jour, c’est le sens à donner à « son » film, doit-on se contenter d’une approche documentaire expliquant au public ce qu’est la vie d’un sportif pro américain, ou doit-on se servir de l’histoire comme pour symboliser les défauts d’une société américaine fondée sur le pouvoir de l’argent et qui laisse impitoyablement sur le carreau tous ses « losers », même magnifiques ?

    HESTON, qui est à l’époque dans le clan des libéraux, est loin d’ignorer les tares et les vices Du système en question, mais contrairement à un LANCASTER qui au même moment produit avec THE SWIMMER une dénonciation féroce de l’ « american way of life », ne souhaitera pas aller aussi loin, car s’il tente de comprendre le cas de cet individu qui s’isole peu à peu du milieu qui l’a nourri, il n’est pas à l’aise avec la notion de «  loser » qu’il perçoit comme dangereuse et débilitante, c’est trop pour lui, et il va tout faire pour que le film reste un constat amer, sans pour autant remettre en cause le système qui a construit CATLAN ; d’ailleurs, Elia KAZAN, intrigué par ses choix du moment, et voyant en lui un pessimiste qui finalement n’existe pas vraiment, se verra opposer un refus cinglant quand il lui proposera le premier rôle de son nouveau film, «L’ARRANGEMENT », ce qui n’est pas étonnant «  it’s a loser’s story, with a loser for protagonist » !

     

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                   (avec Jessica Walter)                                                                                    (avec Diana  Muldaur)

     Cependant, même si on touche avec ce film les limites de l’engagement social et sociétal de la star, on ne peut qu’admirer l’aisance avec laquelle il pose le personnage de CATLAN, et ce dès le début du film, sans utiliser les effets qui lui ont servi si bien jusque là ; tour à tour violent et buté, doux et compréhensif, capable, et c’est un peu une nouveauté, de parfaitement ciseler son jeu dans les nombreuses scènes avec ses deux excellentes partenaires féminines, Jessica WALTER et surtout Diana MULDAUR, physiquement crédible dans les scènes de match comme dans les dialogues avec le cynique Bruce DERN, il n’est pas loin du sans-faute, dans la droite lignée de WILL PENNY, ou il fut tout aussi remarquable en héros westernien vieilli et vulnérable, ce qui est aussi le cas ici. C’est un grand rôle, indubitablement !

    Ce que l’on peut reprocher au film, ce n’est pas tant le jeu des acteurs, ou la construction logique et implacable d’un scénario qui pourrait s’intituler «  la chute d’un héros » mais plutôt la mise en scène finalement souvent statique et mollassonne de GRIES, qui ne laisse pas, et c’est dommage, le film s’envoler sur la fin, et ne met pas assez en valeur un dénouement pourtant bouleversant ; quand CATLAN git, blessé au sol après ce qui aura été le match de trop, on pourrait espérer une réalisation qui soit digne du tragique de la situation, mais GRIES s’y refuse en se concentrant sur le visage dépité de l’épouse ( WALTER) et un panoramique arrière assez convenu, on ne peut que rêver à ce qu’un HUSTON ou un WYLER auraient su faire d’un tel matériau !

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    Ces réserves étant faites, on ne peut que louer l’artiste et ses collaborateurs d’avoir cru en cette histoire finalement dérangeante et originale, à une époque ou le cinéma américain n’en avait plus que pour les films de jeunes à la EASY RIDER ou les polars cyniques à la BULLIT ; et franchement, si les films précités ont bien mieux fonctionné au box-office du moment, il est amusant de constater à quel point ils nous paraissent aujourd’hui souvent datés et lourdingues, là ou justement, des « petits films » comme NUMBER ONE et THE SWIMMER, pour n’en citer que deux, ont gardé toute leur pertinence et leur force émotionnelle…

    A CECILE …

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  • CHARLTON HESTON : "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

    PUBLIE LE 1er FEVRIER 2016 - MAJ le 1er FEVRIER 2017 - MAJ le 11 AVRIL 2019

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     (Merci à ma soeur Marcelle qui a réalisé cette belle image animée.)

    Toujours en quête d'informations sur Charlton Heston, j'ai découvert ce texte écrit par Chuck pour "GUIDEPOSTS_CLASSIC". Je l'ai trouvé intéressant, passionnant, aussi je l'ai traduit pour en connaître la teneur exacte. Je ne suis pas déçue, j'ai été très émue en découvrant les impressions de notre grand Chuck, sur son rôle bien particulier de Moïse et ses réflexions sur le personnage auquel nous l'avons tous identifié. 

    CE TEXTE A ETE ECRIT PAR CHARLTON HESTON. Dans ce récit d’octobre 1958, le célèbre acteur révèle comment il a connu Moses, l’homme. 

     

    https://www.guideposts.org/guideposts-classics-charlton-hestons-meetings-with-moses?nopaging=1

     

    Pour Guideposts Classic, Charlton Heston révèle comment il a rencontré  Moïse,  l'homme.

     

     CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

     
    Si vous êtes comme moi, le nom de  "Moïse" évoque immédiatement, un visage semblable à Dieu, sévère, avec une longue barbe blanche. Au moins, c'est ainsi que j'ai eu l'habitude de penser à Moïse. Alors quelque chose m'est arrivé qui, pendant un instant a effacé brusquement la barbe blanche et m'a laissé regarder fixement le visage d'un homme de chair et de sang.

    Ce n'est pas arrivé  une fois, mais trois fois. Je voudrais vous parler de l'homme que j'ai rencontré en ces trois occasions extraordinaires.

    Ma première vision de Moïse vint sur le mont Sinaï, où nous sommes allés filmer des scènes pour le film  " Les Dix Commandements ". Il nous a fallu deux jours pour nous rendre du Caire jusqu'à la montagne,  dans un paysage si désolé, qu'il a perdu toute prétention d'avoir une route et que les guides  ont dû faire la moitié du chemin parmi les rochers.

    Puis, soudain, il était là à l'horizon :  le Mont Sinaï  - pour nos guides arabes  " Djebel Musa " : " la montagne de Moïse ".

    Qu'y avait-il à propos de cette "forme menaçante " qui a soudainement refroidi le jour étouffant ? Certes, c'était la montagne solitaire, je ne l'avais jamais vue : un vaste rocher contre le ciel du désert.

    Mais il y avait autre chose à ce sujet, quelque chose qui m'a fait une demi-peur d'aller plus près. À l'époque de Moïse, les hommes ont cru qu'il était mort certainement  d'avoir mis  les pieds sur le Sinaï - parce que, disaient-ils, c'était le lieu d'habitation de Dieu.

    Je me suis dit que les hommes modernes savaient mieux. Mais comme nous avions bifurqué vers le pied du Djebel Musa, je ne pouvais pas me débarrasser de l'impression que d'une certaine façon mystérieuse, cette montagne appartenait à Dieu et non aux hommes.

    Nous avons campé cette nuit-là  à sa base et le lendemain matin nous partions à pied pour le sommet. Après quelques minutes de montée, mon souffle état court et mon coeur cognait.

    Les pentes étaient encore plus raides et plus sauvages que ce que l'on pouvait voir d'en bas. abîmes soudains, venus de nulle part, des cendres volcaniques réduisant mes bottes en lambeaux  et le vent brûlant du désert remplissant mes poumons.

    Et pendant tout ce temps, j'avais la conviction obsédante que j'étais seul. C'était des absurdités bien sûr ; il y avait une douzaine d'hommes travaillant dur en haut de la montagne avec moi. Mais la montagne était tout autour de nous maintenant, jusqu'à ce que je réalise que j'étais seul ici avec les rochers s'effondrant.

    C'était à proximité de l'un d'eux qu'eut lieu ma première rencontre avec Moïse.

    Je l'ai vu en difficulté en haut de ces mêmes falaises, sandales déchirées, cheveux soufflés par le vent du désert, les yeux écarquillés par la peur. Oui, Moïse avait peur quand il a grimpé cette montagne ; si elle me remplit d'une terreur indéfinissable dans ce siècle incrédule, qu'a t'elle pu faire pour l'homme qui savait qu'il commettait une violation du lieu saint de Dieu Lui-même ? 

    A cet instant, le Législateur Majestueux avec sa longue barbe blanche avait disparu, et Moïse était un homme comme je l'étais, haletant , cœur battant et martelant de la cruelle montée, avec quelque chose de plus terrible encore.

    Pour Moïse, alors qu'il montait, il a été pris dans la présence étrange qui entoure encore cette montagne. Et soudain, je savais qu'il avait grimpé dans la terreur.

    Ce fut ma première vision de Moïse. Une semaine plus tard, je l'imaginais, je l'ai revu, à un autre moment de sa vie.

    Une des choses les plus difficiles à faire au cinéma je pense, est que vous n'interprétez pas votre rôle directement du début à la fin, de la même façon que cela s'est réellement passé.

    Dans ce film, les premières scènes que j'ai jouées étaient celles sur le  Mont Sinaï. Maintenant, une semaine plus tard, je devais interpréter une séquence qui avait eu lieu de nombreuses années plus tôt dans la vie de Moïse : les scènes qui le montrent fuyant l'Egypte à travers le désert.

    Pendant trois jours, j'ai marché, trébuché et rampé à travers ce désert tandis que les caméras tournaient et les couches de poussière sur moi me maculaient d'une croûte solide.

    Nos guides arabes étaient abasourdis par cette nouvelle tournure des événements. L'un d'eux, en particulier, me regardait avec anxiété quand  je me suis effondré sur mes genoux dans le sable.

    C'était une scène où Moïse déracine une plante verte minuscule et gratte dessous dans le sol à la recherche d'eau. Il  nous a vu tourner plusieurs prises, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus le supporter.

     " Pourquoi  ne donnons-nous pas un peu d'eau à cet homme triste ? — s'écria t'il avec une grande compassion — "Alors retournez tous au Caire !"

    Mais, sur le rocher rouge flamboyant, et ici dans le désert, j'ai rencontré Moïse pour la deuxième fois.

    Ce n'était pas une réunion soudaine, à couper le souffle, comme au moment où  j'avais contourné un rocher sur le Mont Sinaï. Ceci était une connaissance graduelle, une connaissance qui a grandi en moi quand je marchais, heure après heure, dans le paysage le plus désespéré que j'ai jamais vu. 

    C'était tout simplement ceci : Moïse savait ce que signifiait l'échec. Sa fuite à travers ce désert est venu à un moment de sa vie où il n'avait pas la foi ; il n'a pas encore rencontré Dieu et reçu sa Mission divine. Il était juste un homme qui court pour sa vie.

    Il fuyait la condamnation à mort du Pharaon, seulement pour trouver une mort bien plus hideuse qui l'attendait sous le soleil impitoyable.

    Il a continué à aller tout simplement parce que il y avait une chose plus horrible que de marcher dans ce désert, et cette chose c'est d'arrêter là, où la chaleur se referme autour de lui comme un linceul. Il a continué à marcher, mais il ne pouvait pas espérer traverser ce désert,  vivant.

    Il suffit simplement de regarder et d'oublier tout espoir. Comme la chaleur ondulante, le désespoir monte des oueds secs (cours d'eau qui coulent seulement pendant les pluies), et même les collines sont construites de poussière. 

    Ici encore, le patriarche Moïse était nulle part. Ici, il  était seulement un homme épuisé, un homme qui, une fois au moins, avait touché le fond.

    Ma dernière vision de lui est venue près de deux semaines plus tard. A l'orée du désert, non loin du Caire, notre équipe de tournage avait reconstitué les portes d'une ville et là, un samedi matin, 7.000 figurants égyptiens étaient rassemblés pour la scène de l'Exode.

    J'étais arrivé tôt, pour des heures de maquillage et d'essayage et je suis sorti sur le tournage. Là, je me suis arrêté brusquement. Je savais  qu'il y aurait 7.000 personnes là-bas, mais je ne l'imaginais pas jusqu'à ce que je les vois.

    Sur un mile (environ 1 km 610) en face de moi,  s'étirait une masse solide de personnes et d'animaux. Ils ont rempli l'avenue des Sphinx qui conduit dans le désert et ils se répandirent sur le sable de chaque côté. 

    Quelques temps après, je commençais à remarquer des individus. Juste en face de moi six chameaux poussiéreux, vomissant, que leur guide plaçait en position. À côté de lui,  une petite fille entourée de mouches, gardait  quelques oies décharnées.

    Un vieux bédouin à côté d'elle tirait la carcasse d'un âne mort. Un nouveau poulain brillant et un enfant âgé d'une semaine tétaient le lait de leur mère. Peu de ces personnes avaient déjà vu un film ; aucun d'eux n'avait la moindre idée pourquoi ils étaient payés pour être ensemble ici.

    Pendant deux heures, je marchais,  avançant petit à petit, à travers l'essaim de personnes en sueur et des animaux, répétant  avec hésitation  mes deux phrases en arabe : "Salutations" et "Comme Dieu le veut."

    Et partout où j'ai marché, les gens reconnaissaient  la grande Figure et  la robe Levite. Moïse est une aussi grande figure pour les Musulmans que pour les  Chrétiens et les Juifs. Partout leurs murmures chaleureux m'ont suivi : "Musa! Musa!" (Moïse ! Moïse)

    Je suis perdu maintenant, pas dans l'espace, mais au travers des siècles. Sûrement que le matin de cet Exode, il y a longtemps, ce sont les mêmes yeux qui ont suivi Moïse. Les mêmes animaux maigres, les vêtements en lambeaux, la puanteur de la pauvreté.

    Je me suis dirigé en tête à travers la foule en direction du désert. Infini et sans vie,  il s'étire à l'horizon, tandis que derrière moi les voix affaiblies se gonflent : "Musa, Musa".

     CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

     Ces gens avaient eu confiance en  Moïse, ils l'avaient suivi où il les dirigeait et,  où les avait-il conduits ? Dans cette aride désert ? Dans ce désert indicible ?

    Je me suis retourné et j'ai regardé derrière moi cette marée d'hommes âgés, des femmes affamées, des enfants minuscules. Moïse ne pouvait pas les avoir menés dans ce désert !

    Pas Moïse ! Je l'avais vu, pas l'homme qui avait rampé sur ses genoux à travers le désert. Pas l'homme qui avait lutté, haletant et qui était terrifié, en haut des pentes du Mont Sinaï ; cet homme était capable de doute. Pourrait-il maintenant marcher dans ce désert avec la petite fille et ses oies?

    Le moment était venu pour Moïse de donner le signal  du départ et d'emmener la foule vers l'Exode. Je marchais lentement vers l'endroit tortueux où ils avaient attendu, groupés en arrière, entre les sphinx "cools". Qu'est-ce que Moïse a ressenti quand leurs yeux se tournèrent vers lui en confiance ? L'homme que j'avais entrevu sur le mont Sinaï avait eu peur.

     CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

    J'avais rencontré Moïse sur le Sinaï, oui, mais Moïse avait rencontré Dieu. Et ensuite je savais ce que Moïse avait ressenti, il avait été confiant, joyeux, spontané.

    Bien sûr Moïse ne pouvait pas mener ces milliers de gens à travers le désert. Il n'aurait jamais essayé. Mais Dieu pouvait le faire. Et Moïse, cet homme " bien-trop-humain ", cet homme tellement comme les autres, s'était simplement transformé en instrument par lequel la force de Dieu s'est déplacée.

    Avec joie, j'ai crié les mots que Moïse cria :

    "Aidez-nous à sortir d'Égypte, Seigneur,

    Comme l'aigle porte son jeune sur ses ailes ... "

     CHARLTON HESTON :  "SA RENCONTRE" AVEC MOÏSE...L'HOMME

    Alors j'ai levé le bâton de Moïse et j'ai vu la multitude se soulever en un vaste frisson en mouvement, sortir de l'esclavage.

    CHARLTON HESTON

     

  • MOISE ET LA MER (composition de ma soeur Marcelle)

     

    Merci à ma soeur Marcelle qui a réalisé ces belles compositions pour le blog. 

    Charlton Heston étant identifié à Moïse séparant la mer en deux,  par ses innombrables fans et pour l'éternité,  j'ai pensé que ces images symboliques seraient une belle présentation que vous pourriez apprécier.

    Que ma soeur en soit remerciée.

    Gros bisous à toi.

     

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