Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • 23 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

    51Db8nugfnL._SX350_BO1,204,203,200_.jpg

    L'Extase et l'Agonie

    Charlton regardait un western étonnamment bon dans la salle obscure, Coups de feu dans la Sierra - « étonnamment » car les distributeurs, MGM, ne surent pas vraiment quoi en faire et le jetèrent presque à la poubelle. Pour autant, il fut acclamé et gagna même un prix au Festival international du Film de Venise1.

    Résultat de recherche d'images pour "coup de feu dans la sierra"

    Heston fut surtout impressionné par la direction pleine d'assurance de Sam Peckinpah, le convainquant que c'était là l'homme qu'il lui fallait pour sortir un bon film de son projet encore sans script : Major Dundee2.

    Ce qu'Heston ne pouvait bien sûr pas savoir, c'est que Coups de feu dans la Sierra, malgré un succès qui se fit attendre, resterait le film le plus accompli et le meilleur de Peckinpah. C'était également très différent de Dundee. Le producteur Jerry Bresler et Columbia allaient dépenser de grosses sommes pour Major Dundee tandis que le film précédemment cité avait eu un tout petit budget.

    vlcsnap-00039.jpg

    Néanmoins, grâce à l'approbation d'Heston, Major Dundee allait être réalisé par Peckinpah. L'enthousiasme était grand parmi tout le monde au début, et Charlton était certain que ce film pourrait bien être le premier à traiter de certains aspects de la guerre Sécession. Le seul problème était que son idée de base, construite sur un script encore inachevé, ne correspondait pas aux idées que chacun avait pour ce film. Columbia voulait vraiment en faire un  film coûteux de cowboys et d'indiens tandis que Peckinpah l'envisageait comme l'histoire d'un groupe d'hommes dont les circonstances dictent leurs actions violentes. Les graines de La Horde Sauvage germaient déjà dans l'esprit de Peckinpah.

    Se passant durant la guerre de Sécession, Major Dundee s'ouvre sur Heston en Dundee, directeur d'un camp de prisonniers de guerre, qui arrive après une attaque d'Indiens qui ont enlevé des enfants. Il se lance à la poursuite des Indiens dans le but de prouver qu'il peut encore commander, prenant avec lui des prisonniers de la Confédération dont leur propre chef, le capitaine Tyreen, un vieil ennemi à lui. Dundee sait qu'une fois la mission terminée, Tyreen a pour ordre de le tuer.

    PDVD_039.pngPDVD_015.png 

     L'histoire avait l'air bien venant de Jerry Bresler, mais quand le script arriva enfin à Coldwater Canyon, Charlton fut atterré par ce qu'il lut. Il expliqua :

     «L'une des erreurs que j'espère avoir apprise à ne plus faire durant la préparation de Major Dundee est de ne jamais, jamais commencer un tournage sans avoir un script achevé. C'était en partie de la faute d'un auteur très incompétent engagé pour la première fois et qui travailla pendant des mois sans être capable de produire quelque chose ne serait-ce qu'en partie exploitable.

    Cela força le studio à reporter de cinq mois après lesquels ils demandèrent à Sam Peckinpah de l'écrire. Il en prit la charge et fit de son mieux, mais nous n'étions toujours pas prêts quand la deuxième date de début du tournage arriva.»

    PDVD_012.png

     Le tournage de Major Dundee commença enfin en février 1964 à Durango au Mexique avec un script loin d'être satisfaisant. Ils avaient l'intention d'améliorer le script sur le plateau. C'était un procédé qui avait brillamment fonctionné pour Ben-Hur mais lamentablement échoué pour Les 55 Jours de Pékin. Charlton était déterminé à ne plus jamais se retrouver dans une telle situation.

    Quand le tournage commença, il devint clair que ce ne serait pas une partie de plaisir. La pression était énorme pour tout le monde, grossissant au fil du tournage et les rapports sur le plateau devinrent tendus. Heston me dit : « Dundee fut très difficile à faire car Sam Peckinpah était un homme compliqué. C'est un homme extrêmement talentueux et l'on pourrait, selon la définition que l'on donne à ce mot, dire de lui que c'est un génie. Ce n'est cependant pas facile de travailler pour lui. »

    PDVD_070.png

    (Charlton Heston et Sam Peckinpah)

    Heston avait un très grand respect pour Peckinpah et ils travaillèrent généralement plutôt bien ensemble, mais Peckinpah dépassait largement le budget et les gros bonnets de Columbia commencèrent à s'en irriter. Ils resserrèrent les boulons pour qu'il travaille plus vite, mais déterminé à tout faire comme il l'entendait, il continua de travailler à son propre rythme. Mais la pression eut des conséquences néfastes, et un jour, dans le feu de l'action, Heston manqua de très peu d'écraser Packinpah avec son cheval !

    Cela arriva quand Peckinpah dit à Heston de mener sa troupe de cavaliers vers la caméra au trot. Il en fit ainsi, mais Peckinpah cria « coupez ! C'est sacrément trop lent, Chuck, je t'ai dit de les mener au petit galop. » Le sang d'Heston bouillonna, et il éperonna le cheval pour le faire aller au triple galop vers Peckinpah, manquant de peu de l'écraser. « Je les mènerai à n'importe quelle saleté d'allure que tu veux, » cria-t-il, « mais zut, tu as parlé de trot, pas de galop. »

    Heston a une théorie pour expliquer cet étrange comportement qu'avait parfois Peckinpah : « il avait l'étrange besoin de faire que les gens s'énervent contre lui. Il n'avait pas l'impression de vous avoir inclus dans le projet avant de vous avoir énervé, et là, il avait enfin réussi. Je n'ai pas considéré cela comme une victoire. C'était une défaite. »

    PDVD_030.pngPDVD_029.png

    (Charlton Heston "croquant" Richard Harris ) 

    Les difficultés allant croissantes sur Major Dundee, la présence d'Heston était de plus en plus menaçante. Il exerçait toute l'autorité qu'il avait et qu'il gagnait. D'après le réalisateur Andrew V. McLaglen, cela venait surtout du fait qu'il avait joué des personnages comme Moïse ou Ben-Hur, ce qui est discutable, mais paraissait alors évident, et Richard Harris était décidé à ne pas poser genou à terre. Il dit :

     « Heston est le seul qui pourrait être tombé d'une Lune carrée : il est tellement carré qu'on n'a jamais réussi à s'entendre. Le problème avec lui, c'est qu'il pense qu'il n'est pas simplement un acteur engagé comme les autres. Il pense qu'il représente toute la production. Il avait l'habitude de s'asseoir sur le plateau le matin et de nous faire pointer avec un chronomètre.

    J'en ai eu marre, j'ai donc un jour pris un vieux réveil et le mit autour de mon cou en le réglant pour qu'il sonne pile au moment où il arrivait.

    « Je ne trouve pas cela amusant », dit-il. « Eh bien, » répondis-je, « tu sais ce qu'il te reste à faire, n'est-ce pas ? » 

    PDVD_035.pngPDVD_038.png

    (Charlton Heston et Sam Peckinpah)

    PDVD_046.png

    (James Coburn et Charlton Heston)

    Selon Heston, Harris n'était pas le plus professionnel des acteurs, semblant prendre plaisir à être pris de l'une ou l'autre maladie de temps en temps. Bien sûr, Heston juge le reste du monde d'après ses propres critères de professionnalisme qui, d'après de nombreux réalisateurs assistants et producteurs, sont très élevés. Il ne s'en excuse pas.

    Il me dit :

     «Les cris, les caprices, les crises de larmes, les portes claquées et les chaises lancées sont, du moins d'après moi, très contre-productives, et je ne peux pas les tolérer ni ne pourrai jamais les tolérer. Si ça a l'air impitoyable, c'est parce que je veux que ça le soit.

    Je suis heureux d'entendre que des réalisateurs assistants, des producteurs et les gens avec qui je travaille disent : « Chuck accorde beaucoup d'importance à la ponctualité au travail, » parce que c'est vrai que j'accorde beaucoup d'importance à la ponctualité et au fait de connaître ses répliques. Je suis dans le métier depuis longtemps, et je crois que Spencer Tracy a mieux défini le travail d'acteur de cinéma que quiconque. Il dit : « arrive à l'heure, connais tes répliques, ne cogne pas dans les meubles et alors tu peux travailler. » 

    Peu importe les problèmes entre Heston et Harris, Heston soutient que, quoique tendue, leur relation de travail n'était en rien conflictuelle. « Richard est un peu un Irlandais professionnel3, » dit-il. « Je l'ai trouvé d'une personnalité erratique et parfois casse-pied, mais on ne s'est absolument jamais querellé. »

    En effet, il semblait préférer l'éviter sur le plateau pour éviter toute confrontation. Il me dit : « Si l'on s'impatiente ou s'énerve avec les gens avec qui on travaille, il n'y a que le travail qui en souffre. Certaines personnes semblent bien se porter avec une certaine dose de drames, de cris et de courses sur le plateau. Ce n'est pas mon cas. Le travail est suffisamment difficile en lui-même. Je ne veux pas voir les gens se disputer. »

    Tandis que la pression montait encore et que le budget montait toujours en flèche, une chose étrange se produisit. Columbia était sur le point de couper les vivres à Peckinpah. Il ne fait aucun doute qu'à l'époque, le statut d'Heston dans l'industrie était bien plus haut que celui de Peckinpah, et rien de ce que pouvait dire Peckinpah aurait pu changer l'avis de Columbia. Charlton s'en mêla donc, et bien qu'il n'avait aucun droit légal sur ce film pour interférer avec la production, il convainquit Columbia de laisser un peu plus de temps à Peckinpah et à son équipe. Un peu plus tard, se sentant coupable d'avoir outrepassé son autorité, il téléphona à Mike Frankovich, le patron de Columbia, pour lui dire qu'il renonçait à ses cachets de 300 000 dollars pour avoir fait faire un compromis au studio que n'aurait jamais approuvé Heston dans des circonstances ordinaires. « C'est un beau geste, Chuck, » lui dit Frankovich, « mais nous ne voulons absolument pas te priver de ton salaire. »

    Il se sentit franchement soulagé de toujours avoir son salaire car il n'y avait pas de partage des profits pour ce film. Herman Citron, cependant, lui apprit que le studio allait réfléchir et accepter son offre. Charlton lui assura que tout allait bien, mais il s'avéra que Citron avait raison. Heston se retrouva à faire l'un des films les plus durs de sa carrière gratuitement.

    PDVD_045.pngPDVD_042.png

    (Sam Peckinpah et Charlton Heston)

    A partir de là, les choses ne firent qu'empirer. Des représentants de Columbia venaient tous les jours sur le plateau de tournage. Il y avait des scènes qu'ils voulaient supprimer du tournage pour gagner du temps et de l'argent. Chaque repas était ponctué de discussions houleuses entre les gros bonnets de Columbia, Peckinpah et Heston, chaque parti défendant son cas. Grâce au soutien d'Heston, Peckinpah réussit à les convaincre de les laisser faire les scènes en question, mais il y eut encore des disputes entre eux tous les soirs à l'hôtel se terminant souvent à deux ou trois heures du matin en devant se lever le lendemain à cinq heures pour travailler.

    Faire Major Dundee fut parfois douloureux et même dangereux. Plus tôt pendant la production, Heston était tombé de cheval et s'était blessé au coude. Le docteur lui dit de se reposer deux semaines. « plutôt mourir, » répondit Heston. « je retourne sur le plateau demain. » Il cacha son bras sous le sarape4 qu'il portait dans certaines scènes, certain que Peckinpah ne devinerait rien et commencerait à filmer.

    C'était un péché d'orgueil de la part d'Heston. Comme il me le dit : « Je n'ai jamais raté un seul jour de travail ou même une journée de répétition et j'en suis très fier, à vrai dire. »

    Vers la fin du tournage, à la manière d'un vrai héros, Chuck insista pour faire lui-même ce que les cascadeurs appellent le « cossack drag »5 : un classique des films de cowboy où le cascadeur est traîné sur le sol avec un pied coincé dans l'étrier. Pour cette scène, cependant, il fallait que ce soit dans une rivière. Heston mena sa monture dans l'eau, laissant son pied rester coincé dans l'étrier. C'était un numéro pouvant potentiellement devenir dangereux à tout moment qui ne fut pas vraiment couronné de succès. Comme il me le dit : « Il y avait des gens autour de moi et l'un d'eux tira le cheval hors de l'eau. Si le cheval s'était enfui, j'imagine que j'aurai été dans de sales draps. »

    Il fut soulagé quand s'acheva toute cette entreprise. Tout cela avait été horrible. Aujourd'hui, c'est non sans un humour sardonique qu'il le voit comme une prouesse d'endurance et du survie.

     «Si vous demandez à quelqu'un qui traverse des endroits difficiles, je suis sûr qu'il vous dira qu'il s'en dégage un certain plaisir d'y avoir survécu. On tend à dire : « souviens-toi comment c'était pour Dundee là-bas au Mexique et cette satanée rivière quand nous ne pouvions pas manger et qu'il y avait de la peau de chèvre sur la viande ! » mais on l'exprime avec un sentiment de plaisir, et on se dit : « ils ne m'ont pas encore eu cette fois ! 

    C'est un peu un jeu horrible. Le meilleur moyen de survivre est de se dire : « ok, enfoiré, tu veux que je revienne à sept heures du matin ? je viendrai à sept heures. Tu crois que je ne peux pas refaire une prise ? Je ferai une autre prise. Tu veux que je me change et que j'enlève mon maquillage ? Très bien, j'y vais et j'enlève le maquillage et la barbe. » Il y a aussi ce sentiment de défi.»

     

    PDVD_032.pngPDVD_033.png 

    Une fois le film terminé, Columbia  le prit à Peckinpah et beaucoup des scènes pour lesquelles Peckinpah et Charlton s'étaient battus,  furent enlevées. Quand Charlton vit enfin le film achevé, il fut consterné. Peckinpah était persuadé que si on lui avait laissé les mains libres jusqu'au bout, il aurait pu faire le film qu'ils avaient tous espéré. Heston n'était pas d'accord.

    «Je ne suis pas certain que même si Sam avait été autorisé à monter le film comme il l'entendait, Dundee aurait été le film qu'il avait en tête. Cela aurait été sûrement meilleur que le film auquel nous avons eu droit, mais il était constamment sujet à controverse – la manière de tourner autant que ce que nous devions tourner. Je dois concéder au studio que le film présentait des défauts. Le problème, c'est qu'ils ont essayé de le monter de sorte à le rendre plus simple et classique et je pense qu'ils n'ont pas non plus réussi à en faire le film qu'ils voulaient.

    Et nous avions tous un film différent en tête. J'étais surtout intéressé par le fait de faire un film sur la guerre de Sécession. Il aurait montré la force et la flexibilité qui a permis aux États-Unis de survivre au traumatisme sanglant. Ce n'est pas un bon film sur aucun plan.»  

    PDVD_036.png

    Il arpenta les pistes où il mena son char vers la victoire dans le grand cirque de Rome six ans plus tôt. Même comparé à Major Dundee, Ben-Hur restait le film le plus éprouvant de sa carrière. Le voilà à Rome, à peine un mois après avoir fini son film pour Peckinpah, prêt à jouer Michel-Ange dans L'Extase et l'Agonie.

    Il put à peine passer quatre semaines à Coldwater pour se remettre des mois passés au Mexique et se préparer pour les mois à venir à Rome. Il tenait tant à passer plus de temps à Coldwater, alors que faisait-il là ?

    PDVD_000.png

    (Charlton - Michelangelo dans "L'Extase et l'Agonie")

    Dès le moment où il lut le scénario de L'Extase et l'Agonie adapté par Philip Dunne du roman d'Irving Stone, il sut que c'était sûrement le meilleur script qu'il ait jamais lu. L'offre de jouer dedans venait de Twentieth Century-Fox qui semblait prêt à dépenser des millions dans le projet malgré le désastre qui venait de les frapper avec Cléopâtre.

    Cette photo dégageait une grande classe. Il espérait qu'ils pourraient avoir Fred Zinnemann à la réalisation et peut-être Laurence Olivier pour jouer le Pape. Il se plongea tout de suite dans des recherches sur l'homme qui avait peint la chapelle Sixtine.

    Il lui devint cependant rapidement évident que ce ne serait pas vraiment dans les documents écrits qu'il trouverait le Michel-Ange qu'il voulait dépeindre. Il le trouverait dans ses statues comme celles de Moïse ou de David.

    Quand Heston arriva à Rome pour le tournage, le réalisateur n'était pas Zinnemann mais Carol Reed, et au lieu d'Olivier dans le rôle du pape, ils avaient Rex Harrison.

    Interpréter Michel-Ange devint très vite l'un des travaux d'acteur les plus extraordinaires et les plus gratifiants de la carrière d'Heston. Le maquillage de Charlton n'était là que pour que son nez ait l'air encore plus cassé qu'il ne l'était déjà. Pour cela, il mettait un petit peu de caoutchouc dans ses narines et ajoutait un peu de peinture. Avec une barbe taillée de près et une coupe de cheveux typiquement florentine, il ressemblait beaucoup aux portrait qu'on a encore de Michel-Ange.

    XVM945ea93c-ca84-11e5-bc7e-32b4685ecde5.jpg

    (Michelangelo)

    Il continua à lire des lettres et des biographies en essayant de ne pas se laisser aller à la paresse dans la luxueuse villa qu'on lui offrit le temps du tournage, mais ce qui eut vraiment un effet sur lui fut de grimper sur l’échafaudage que le Vatican accepta gracieusement de laisser bâtir dans la chapelle Sixtine, et imaginer là les tourments et les craintes dont souffrit Michel-Ange à chacun de ses coups de pinceau pour finir la peinture la plus grandiose du monde en quatre atroces années de travail.

    Durant son temps libre, il marchait dans les rues sans âges que Michel-Ange avait un jour arpentées, et retournait voir les statues encore et encore. Avant même que les caméras ne tournent, Charlton Heston s'était autant approprié le personnage de Michel-Ange que de n'importe quel personnage qu'il avait auparavant interprété.

    PDVD_052.pngPDVD_067 - Copie.png

    PDVD_128.png

    Évidemment, il était complètement impossible de filmer dans l'authentique chapelle Sixtine, ce qui fait qu'on construisit une réplique complète dans les studios de Rome. Bien sûr, Heston n'a pas peint lui-même le plafond. Ce fut fait en photographiant méticuleusement tout le plafond par morceaux et en les imprimant grandeur nature sur leur plateau de tournage. Ils furent capables de couvrir de grandes sections de la peinture avec des panneaux jusqu'à ce que tout le plafond soit en place dans toute sa glorieuse, douloureuse, extatique splendeur.

    Après l'agonie de faire Major Dundee et Les 55 Jours de Pékin, ce travail était une pure extase, mais Heston eut l'impression que Reed était trop souvent trop gentil, ne le poussant pas vers les limites qu'il aurait dû essayer d'atteindre. Il n'était pas non plus facile de travailler avec Rex Harrison dont le tempérament pouvait donner la migraine, mais rien n'aurait pu empêcher d'adorer cette expérience de cinéma unique.

    Les critiques ne partagèrent pas son enthousiasme. Ils descendirent le film, et ce fut également un échec commercial, ce qui le stupéfia. Il avait l'impression de ne jamais avoir aussi bien joué dans aucun autre film et avait l'impression d'être vraiment entré dans la peau de Michel-Ange, mais sa partenaire à l'affiche, Diane Cilento, est critique vis-à-vis de son interprétation.

    PDVD_189.png

    PDVD_266.png 

    « Il refusa de croire en l'un des cas les mieux documentés d'homosexualité de l'histoire, » me dit-elle. « C'était juste une vaste plaisanterie car il n'allait pas le jouer de la sorte. »

    elle trouvait également hilarant de jouer avec lui. « C'était vraiment drôle car il était tellement gigantesque que quand nous étions tous les deux à l'image, je lui arrivais au nombril… j'ai donc dû porter ces énormes bottes pour compenser ! »

    Au sujet de l'échec du film, elle dit : « c'était juste un film bizarre : un de ces longs trucs épiques, et tout le monde savait que ce serait vraiment Charlton Heston, Rex Harrison, moi et quelques autres personnes à Rome en train de peindre la chapelle Sixtine. Et ce n'était pas vraiment le plus grand scénario du monde ! »

    PDVD_313.png

     

    1La Mostra de Venise

    2Major Dundee

    3« Professionnal Irishman » dans le texte d'origine. « an Irishman », en anglais, en plus de désigner quelqu'un ayant des origines irlandaises, est emprunt de nombreux clichés. Une définition proposée par le Urban Dictionary :

    « un homme capable d'encore boire quand ses autres camarades de beuverie se sont déjà évanouis à cause de l'alcool. Il reste également toujours loyal jusqu'à la fin et est toujours là pour ses camarades. Si vous en rencontrez un dans un bar, assurez-vous de lui offrir une pinte car il aura quelques histoires à vous glacer le sang ! »

    https://www.urbandictionary.com/define.php?term=Irishman

    4Pièce de tissu ornementale colorée que l'on trouve en Amérique Centrale.

    5Litt. « le traîné cosaque »

  • 1 - MAJOR DUNDEE - publication STAR-CINE N° 168 du 7 septembre 1965

    Qu'il est loin le temps où nous pouvions nous procurer les grands films complets en récits ciné-photos publiés chaque mois dans des magazines dédiés au cinéma et aux grands acteurs.

    Dernièrement, j'ai trouvé sur Ebay, l'unique exemplaire de ce magazine français qui était mis en vente par un particulier.... 

    Durant deux ou trois semaines, je vais partager avec vous ces précieuses pages consacrées à un de mes films préférés et surtout à mon héros bienaimé MAJOR DUNDEE, si bien interprété par Charlton Heston.

     

     

    img12012019_843.jpg

    img12012019_844.jpg

    img12012019_845.jpg

    img12012019_846.jpg

    img12012019_847.jpg

    img12012019_848.jpg

    img12012019_849.jpg

    img12012019_850.jpg

    img12012019_851.jpg

    A SUIVRE....

  • 22 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

    51Db8nugfnL._SX350_BO1,204,203,200_.jpg

    .../... SUITE

    Des Boxers et des Baptistes

    Juste avant de partir pour Madrid, Heston reçut une offre spontanée de la part de George Stevens pour jouer Jean le Baptiste dans La Plus Grand Histoire jamais contée1. Il se dit d'abord qu'il n'avait pas envie de jouer un autre prophète ou de faire un autre film épique. Il y avait cependant plusieurs raisons d'être attiré : il serait entièrement tourné en Amérique ; c'était juste une apparition et il n'aurait donc pas à porter tout le film ; et on ne disait pas ‘non‘ au réalisateur George Stevens sans d'abord y réfléchir sérieusement.

    Après avoir pesé le pour et le contre, il accepta la proposition de Stevens. Quand je lui ai demandé ce qui l'avait décidé, il me répondit :

     « J'ai avant tout accepté pour pouvoir travailler avec Stevens. C'était aussi un très bon rôle. Je pense que de tous les rôles, à part Jésus — et Jésus est vraiment injouable —, le Baptiste était vraiment le meilleur. Tout ce joli discours à propos de montagnes qui seront mises à bas".

     Heston aime les dialogues consistants, et même s'il ne jouerait pas longtemps – c'est le seul film où il meurt avant l'entracte – le dialogue était superbe.

    Malheureusement, il n'y avait toujours pas de script pour Les 55 Jours de Pékin. « Comment peut-on défendre Pékin sans dialogue ? » demanda Heston. Soudain, avant même d'arriver en Espagne, les chances de succès de Pékin avaient l'air vraiment faibles. À son grand désarroi, on lui apprit qu'Ava Gardner serait sa partenaire à l'écran. Il ne pouvait absolument pas l'imaginer comtesse russe et fit un scandale. Commença alors une recherche désespérée pour trouver une remplaçante, mais quand Heston arriva en Espagne, le problème semblait presque insoluble. Les distributeurs2 européens dirent qu'ils voulaient Gardner dans le film. Heston voulait Melina Mercouri. La lutte continua pendant des semaines jusqu'à ce qu'Heston, qui devait donner son approbation, céda et les laissa donner le rôle à qui ils voulaient, à savoir Ava Gardner.

    2288474386.PNG

     

     

    3168008108.PNG 

     Le script restait cependant inutilisable bien que la production soit de première classe. Les costumes étaient beaux et le fabuleux décor de Pékin était génial. Heston était ravi de son autre partenaire à l'affiche, David Niven dans le rôle de l'ambassadeur britannique.

    Charlton trouva extrèmement difficile d'être chaleureux avec Ava Gardner. Quand elle s'en prit au script et à son rôle, il se retrouva curieusement à défendre un script qu'il savait ne pas être bon. Nick Ray semblait cependant avoir un don pour l'apaiser, surtout sur le tournage où s'affichait un sentiment d'insécurité surprenant3.

    Tandis que le tournage progressait à une cadence très lente, Heston et Niven se retrouvèrent réduits à devoir inventer une grande partie de leurs dialogues pour compenser la trivialité des répliques qu'on leur avait fournies. Charlton réussit finalement à les convaincre d'embaucher Ben Barzman pour réécrire ce que Philip Yordan et Bernard Gordon avaient déjà écrit. Le vrai point noir restait Gardner. Elle commença à disparaître, insistant sur le fait qu'elle était trop malade pour travailler, et quand elle travaillait, elle arrivait toujours en retard. Nick Ray en vint à la conclusion inévitable qu'il avait fait une grosse erreur et commença à réduire ses apparitions, donnant parfois certaines de ses répliques-clés à d'autres acteurs. Il fut également décidé de tuer son personnage bien avant la fin du film.

    ( interview de Chuck durant le tournage de "LES 55 JOURS DE PEKIN" )

    L'énorme pression exercée sur Ray qui devait faire avec le tempérament de Gardner tout en devant gérer une si gigantesque production lui fit payer le prix fort. Il fit un arrêt cardiaque et dut se retirer du film tout à la fois. Il survécut heureusement après son hospitalisation mais n'a plus jamais travaillé. La direction du film fut assurée par Andrew Marton dont la responsabilité de départ était de réaliser les scènes avec la deuxième équipe du film. Guy Green, grâce à l'insistance d'Heston, vint également aider, réalisant les scènes majeures restantes, permettant à Marton de se concentrer sur les scènes de combat. De ce fait, les meilleures scènes du film sont celles d'action tandis que tout le reste tombe complètement à plat.

    Green sembla réussir à faire réagir Gardner et elle fut plus professionnelle. Il put bientôt recaler ses scènes. À partir de là, Heston travailla frénétiquement avec à la fois l'équipe principale et l'équipe secondaire, nuit et jour pendant une semaine. Ce fut une expérience déprimante. Heston était venu dans l'espoir de trouver un film historique intéressant et finit par travailler comme un forcené juste pour terminer le film de la façon la plus efficace et la plus professionnelle possible. Il savait cependant que même le plus talentueux des monteurs ne pourrait pas sauver le film dans le montage final.

    Au moins lui restait-il Jean le Baptiste pour espérer.

    pizap.com15461059183761.jpg

     Page, en Arizona, doit sûrement être le lieu le plus désolé dans lequel il ait travaillé depuis le Sinaï. George Stevens avait réservé une zone dans le désert derrière le Barrage de Glen Canyon, au milieu de rochers et d'arroyos4 qui serait noyée aussitôt La Plus Grande Histoire jamais contée terminée.

    Au moins cette fois Chuck pouvait-il aller dormir chez lui. Il se réveillait vers cinq heures du matin pour prendre l'avion qui l'emmenait au camp de base du film fait de cabanes en aluminium. À la fin de la journée, on le ramenait en vitesse au sein de sa famille, déterminé à ne plus partir travailler au-delà des mers avant longtemps.

    Son premier jour de tournage n'avait vraiment pas une cadence aussi frénétique que le tournage de Pékin. À un moment, Stevens semblait avoir disparu après une courte prise. Heston le vit alors 35 mètres5 plus loin assis sur un rocher, plongé dans ses pensées. Personne n'osa l'approcher. Il resta ainsi pendant trois heures, puis revint et refit la prise. Il était presque impossible de dire ce qu'il avait fait de différent cette fois, mais Heston sut au moins que Stevens n'allait rien mettre dans le film avant d'avoir la certitude qu'il n'y avait pas de meilleur moyen de le filmer.

    Charlton se retrouva à passer beaucoup de temps dans le fleuve Colorado à baptiser des gens. Ils commencèrent à tourner à l'automne 1962 et ils y étaient encore quand l'hiver arriva.

    Heston restait plongé jusqu'à la taille dans l'eau glacée pendant des heures, priant pour le repentir des païens et baptisant enfin Max Von Sydow qui donna le plus beau portrait jamais fait du Sauveur.

    PDVD_035.png

    PDVD_043.pngPDVD_037.png

    Charlton me dit :

     « Baptiser Max fut une expérience douloureuse. C'est un homme charmant et un incroyable acteur, et j'ai adoré jouer cette scène avec lui, mais nous la tournâmes dans le fleuve Colorado en novembre, et cette satanée eau était à 5 degrés. C'est froid 

    Je me tenais là jusqu'à la taille toute la journée à tremper les gens. Nous avons sollicité beaucoup de gens de la région pour jouer les baptisés, et George filma plutôt lentement et méticuleusement. Ils attendaient souvent toute la journée pour être baptisés et ils avaient hâte d'apparaître dans la scène.

    C'était agréable de les voir quand leur tour arrivait enfin. Ils faisaient un pas dans l'eau et l'on pouvait voir sur leurs visages ce qui, je crois, a passé pour une expression d'extase spirituelle ! Et quand je les plongeais effectivement, ils en ressortaient à moitié inconscients. Je dis alors à George : « George, si le Jourdain6 avait été aussi froid que le fleuve Colorado, le christianisme n'aurait jamais vu le jour ! »

    pixiz-06-01-2019-08-34-12.jpg

     Il y avait des traces dans la neige ; des traces d'enfants, et celles de luges derrière la maison sur la colline où Charlton en avait également fait étant petit. St Helen était l'endroit où il fallait être pour Noël pour que Charlton puisse se promener avec Lydia à travers les bois pour admirer le paysage hivernal, même si tous les cadeaux avaient été laissés à Coldwater.

    John Collier avait envoyé la suite de The Lovers à la cabane de St Helen. Cela faisait grand plaisir à Charlton de se vautrer dans ses souvenirs d'enfance et la lecture de haute qualité que lui prodiguait Collier. Naquit en lui le sentiment que The Lovers pourrait être un film mémorable.

    En retournant au rôle de Jean le Baptiste, il se retrouva soudain dans une drôle de situation : George Stevens lui demandant de diriger le tournage d'une seule scène dans laquelle les hommes d'Hérode viennent arrêter le Baptiste.

    « Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse, George ? » demanda Chuck, un peu ahuri.

    « Ce que tu veux, » lui répondit Stevens.

    Heston me dit : « c'était un sentiment grisant d'avoir George Stevens disant « je dois vraiment retourner sur le plateau. Tu diriges la scène. » Dieu sait si c'était une scène simple. »

    En ayant enfin terminé avec son travail sur La Plus Grande Histoire jamais contée, il était libre de se concentrer un peu plus pour donner forme à son projet préféré. Walter Selzter le convainquit que The Lovers ne serait pas un titre qui attirerait les studios. Il proposa à la place : Le Seigneur de la guerre7. Heston et Selzter firent le tour de tous les studios majeurs avec leurs droits d'adaptation du script. Charlton n'avait pas autant travaillé à mettre en place sa propre production depuis La Guerre Privée du Major Benson, bien que son nom n'apparut pas ailleurs dans les crédits que dans la section des acteurs.

    Pendant ce temps, d'autres affaires continuaient à prendre du temps dans les pensées et les actions d'Heston. Le producteur Julian Blaustein le voulait pour interpréter le général Gordon dans Khartoum, mais Heston était certain de ne pas vouloir – et même de ne pas avoir besoin – d'une autre super production pour le moment.

    Il fut également impliqué dans une marche pour les droits civiques qui fit passer son excursion précédente à Oklahoma pour un événement presque insignifiant. Il marchait cette fois en compagnie d'un grand nombre d'acteurs, musiciens et autres artistes qui s'étaient appelés eux-mêmes « The Art Group ». Avec tant de rôles héroïques à son actif, il semblait naturel qu'Heston soit le président du groupe. Leur idée était de manifester à Washington sur le National Mall devant le Lincoln Memorial où seraient faits les discours.

    06594141976fd68e414381d3da26139e.jpg

    C'était étonnant de voir Charlton dans cette situation car dans une situation normale, il s'opposait à toute forme d'action groupée, mais cette fois, il était l'un d'une centaine de noms célèbres comme Paul Newman, Harry Belafonte, Burt Lancaster, Marlon Brando, James Garner et Sidney Poitier.

    En tant que président, Heston s'opposa aux nombreux efforts faits pour transformer la Marche en un meeting extrême militant. Certains voulaient s'enchaîner au Thomas Jefferson Memorial sur la Pennsylvania Avenue. Charlton fut clair à ce sujet. « Nous vivons dans un pays où nous avons le droit de faire ce genre de choses, leur dit-il, et si je viens, nous le ferons comme les livres stipulent. » Arrivé le grand jour, en été 1963, il y avait presque un quart de million de personnes réunies sur le National Mall comme les enfants d'Israël dans Les Dix Commandements, sauf que cette fois, l'homme qui avait joué Moïse était perdu quelque part parmi eux. De vibrants discours furent donnés au Lincoln Memorial -le plus émouvant de tous étant celui de Martin Luther King, « I have a dream… »

    Quand la manifestation prit fin et que les gens commencèrent à rentrer chez eux, Charlton passa devant le monument à Thomas Jefferson, et sentit que ce président hors du commun aurait approuvé cette manifestation. Cinq mois plus tard, le Civil Rights Act de 1964 était accepté par le Congrès suite à cette journée.

    Il était tout à fait approprié que le prochain rôle d'Heston serait de jouer Thomas Jefferson en personne dans la pièce télévisée The Patriots qui ne fut pas diffusée en direct puisque l'Âge d'Or de la télévision était maintenant passé.

    The_Patriots_TV-213665061-large.jpg

    https://www.filmaffinity.com/en/filmimages.php?movie_id=988235

    (nous pouvons constater une petite erreur sur cette affiche, le prénom de Charlton est orthographié "charleton")

    L'idée de faire Le Seigneur de la guerre était toujours dans l'air, et tandis qu'arrivait l'automne, le projet ne semblait pas avoir plus avancé. Heston avait remarqué que les films qui vous tiennent le plus à cœur sont aussi les plus minutieusement difficiles à mettre en place. Il put cependant se consoler grâce au fait que Les 55 Jours de Pékin, malgré sa banalité, s'en sortait plutôt bien au niveau du box-office même si ce n'était pas un aussi franc succès que Le Cid. Il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir responsable de ce que Pékin avait fini par devenir et, qu'il s'en soit rendu compte ou non, il aurait été meilleur et aurait eu plus intérêt à jouer dans La Chute de l'Empire romain, s'il avait dû choisir entre les deux films de Bronston.

    1The Greatest Story Ever Told

    2Ceux qui s'occupent de la commercialisation du film une fois celui-ci terminé

    3Vu les conditions dans lesquelles elle a été retenue et comment Charlton Heston a essayé de la dégager du film, je ne sais pas si l'on peut vraiment s'étonner de ce qui est décrit dans ce paragraphe.

    4Mot emprunté de l'espagnol. Désigne « en diverses régions tropicales [un] chenal ordinairement à sec, transformé en cours d'eau temporaire après une averse. » (www.larousse.fr)

    540 yards

    6Le fleuve où Jésus a été baptisé

    7The War Lord