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ADRIEN P. - TRADUCTEUR DE MICHAEL MUNN

  • 12 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

    ... LES FILMS DE JEUNESSE 

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    ... suite

     

     

    C'était un rôle qu'il avait hâte de jouer. « Je crois que j'admire Andrew Jackson plus qu'aucun autre homme de ce genre que j'ai joué, » dit-il.

    L'actrice principale était Susan Hayward, celle qui lui tendrait huit ans plus tard son Oscar du meilleur acteur mais à l'époque, c'était une star plus importante que lui, et son nom apparut avant le sien dans les crédits. Elle était en fait plus âgée que lui – il n'avait que 29 ans, elle en avait 35, mais toujours belle et juvénile. Leur alchimie fonctionna bien à l'écran et il est regrettable qu'ils n'aient plus jamais travaillé ensemble.

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    Oscars 1960 Charlton Heston et Susan Hayward

    Pour préparer son rôle, Heston voulut l'aide de De Mille qui avait fait quinze ans plus tôt,  Les Flibustiers1 dans lequel « Old Hickory »2 apparaissait. De Mille le laissa prendre connaissance des documents de recherche qu'avait collectés son équipe et autorisa Heston à visionner son vieux film. Tout cela l'aida à étudier le personnage, fixant sa propre méthode pour s'immerger entièrement dans le personnage de toutes les figures historiques qu'il allait incarner.

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    De Mille lui offrit comme porte-bonheur, une statuette en cire de Jackson haute d'environ 25 centimètres3. Tout au long du tournage et de la production du film " Le général invincible ", Charlton garda la statuette dans sa loge et la rendit quand le film fut terminé.

    Le Général Invincible était à la fois un film historique d'amour et d'aventure. Il aurait pu facilement devenir un somptueux spectacle mais au lieu de cela, il permit à Heston et à Hayward de développer leurs personnages dans le cadre modeste du film sous la direction d'Henry Levin, un artisan prolifique à la main sûre qui travaillait mieux avec de petits budgets pour ce genre d'histoire d'aventure.

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    Charlton Heston et Susan Hayward dans GENERAL INVINCIBLE (1953)

    Bien qu'il ne fut pas un gros succès au box-office, Le Général Invincible resta l'un des films préférés d'Heston parmi ses propres films (si encore l'on réussissait à le pousser suffisamment pour qu'il admette qu'il avait déjà été satisfait par le moindre de ses films). Parmi ses films de jeunesse, c'est toujours le préféré de Lydia.

    Il fallait maintenant retourner à Paramount et aux westerns qu'ils avaient préparés pour lui. Le premier était Le Triomphe de Buffalo Bill4 dans lequel il incarnait un autre héros ayant réellement existé (bien qu'avec moins d'exactitude historique) : Buffalo Bill Cody. Avec ses longs cheveux ondulés parcourant son dos, vêtu de peau de daim et tirant avec un six-coups dans chaque main, Heston faisait un héros de western populaire convainquant. C'est dommage que Forrest Tucker en tant que Wild Bill Hickok n'essaya même pas au moins de paraître supposé sauvage5, mais Heston avait alors développé sa technique de trouver le personnage grâce au costume et au maquillage. « Je dois d'abord comprendre l'apparence extérieure de l'homme avant de pouvoir comprendre sa vie intérieure, » comme il disait.

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    Il avait également appris à cette époque qu'il y avait beaucoup à gagner en regardant les séquences tournées chaque jour, contrairement à d'autres acteurs qui n'approcheront jamais d'une salle de visionnage quand le réalisateur les regarde. Heston dit ceci :

    " Je veux voir les choses que je fais mal. Si je vois une scène qui est bonne, ça ne m'apprend rien. Il faut apprendre les choses que l'on fait mal et les corriger, et à mon avis, un acteur ne doit jamais être satisfait de sa performance ou ne serait-ce même que d'une scène. Si jamais j'ai un jour le sentiment que je ne pourrai pas mieux jouer une scène, il sera temps pour moi d'arrêter."

    Le réalisateur Jerry Hopper s'habitua à avoir Heston à ses côtés pour regarder les séquences. Le Triomphe de Buffalo Bill était le premier des trois films sur lesquels ils allaient travailler ensemble, Hopper ayant déjà dirigé Lydia dans Le Vol du secret de l'atome.

    Le Triomphe de Buffalo Bill n'a pas la moindre prétention ; c'était un film amusant, un des rares films de ce genre qu'ait fait Heston. Dans la scène d'ouverture, Heston salue de la main une diligence alors qu'il a perdu son cheval face aux Indiens.

    « Je suis Buffalo Bill Cody, » dit-il au conducteur.

    « bien sûr, lui répond le conducteur, et je suis Wild Bill Hickok ! »

    « non, dit Heston, vous n'êtes pas si moche que ça ! »

    Et le film suit son cour en enchaînant ces taquineries amicales entre Heston et Tucker. Il y a également deux femmes qui se disputent l'affection d'Heston. L'une était jouée par Rhonda Fleming, une ravissante femme rousse assez spectaculaire dans les films en couleur, et l'autre par Jan Sterling, une actrice aux cheveux blonds très clairs.

    Le producteur, Nat Holt, a également dirigé le troisième western d'Heston pour Paramount, Le Sorcier du Rio Grande6. Heston avait une fois encore un personnage historique, mais le nom original Al Sieber fut cette fois changé en Ed Bannon. Chuck se retrouva de nouveau sur les décors qui avaient servi à tourner Le Fils de Géronimo en compagnie des mêmes techniciens et des mêmes figurants. Charles Marquis Warren, qui avait écrit le scénario de Le Triomphe de Buffalo Bill était également le scénariste et le réalisateur de Le Sorcier du Rio Grande. Il était en quelque sorte spécialiste de l'univers d'Amérique de l'Ouest, et d'après lui, Al Sieber était un éclaireur dans la guerre contre les Indiens qui aurait mérité la Medal of Honor du Congrès7 pour avoir agi bien au-delà de ce que lui commandait le sentiment du devoir.

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    Le Sorcier du Rio Grande comprend l'une des premières apparitions de Katy Jurado dans un film Américain. Elle était auparavant chroniqueuse dans son Mexique natal avant de jouer le rôle de la señorita sensuelle et exotique pour lequel elle deviendrait célèbre. Cependant, dans Le Sorcier du Rio Grande, un western plus sérieux et au réalisme bien plus cru que Le Triomphe de Buffalo Bill, elle incarne une fille Indienne qui feint l'amour auprès d'Heston afin d'espionner pour le compte du vicieux Jack Palance jouant un guerrier Apache meurtrier.

    Il sembla à Heston qu'il n'eut jamais de pause en 1953. Il se retrouva à jouer le docteur dans une ville minière dans Éternels Ennemis8 dans les studios réputés de Columbia. Comme on pourrait s'y attendre, le point culminant du film est un désastre minier. C'était un film sans intérêt, rendu plus vivant par Lizabeth Scott, l'actrice principale au côté de Chuck dans La Main qui venge. Elle était dans le métier depuis bien plus longtemps qu'Heston, mais à l'époque où ils firent Éternels Ennemis, Miss Scott allait bientôt devoir partir. En effet, l'année suivante, sa carrière a été presque ruinée quand la presse à scandale, le tristement célèbre Confidential, publia un article prétendant qu'elle préférait les femmes aux hommes, et bien qu'elle gagna son procès contre eux, sa carrière ne s'en est jamais remise.

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    Charlton Heston et Lizabeth Scott dans "Eternels ennemis" (1953)

    Pendant ce temps, Heston continuait à patauger dans les scénarios plats et les films d'aventure classique. Au moins, son prochain film, Quand la marabunta gronde9, fut un franc succès. Produit par le spécialiste des effets spéciaux George Pal et réalisé par un autre sorcier des effets spéciaux du nom de Byron Haskin, on se souviendra toujours de ce film comme celui avec tous ses millions de fourmis légionnaires10 dévorant les plantations d'Heston en Amérique du Sud. C'est un film qui offrit également à Heston un de ses meilleurs rôles de « heel »11 qu'il adore incarner. Plus important encore, Quand la marabunta gronde s'avéra être son plus gros succès depuis Sous le plus grand chapiteau du monde il y a deux ans, ce qui est long pour quelqu'un en quête d'un succès.

    Pour citer Heston :

    " J'imagine que Quand la marabunta gronde s'est finalement révélé plutôt bon. Ce fut un gros succès commercial qui a reçu un bon accueil critique. Ma femme décrit le personnage que je joue comme « un de ces héros-méchants dont tu as le secret », et c'était mon premier du genre, ce qui a peut-être contribué à ce que je sois retenu pour des rôles similaires par la suite. Un homme qui semble ne rien vouloir comprendre, dépourvu d'empathie12, stupide, mais que le public comprend quand même d'une manière ou d'une autre.

    Il y a une scène dedans dont semblent se souvenir beaucoup de gens. C'est curieux car je suis allé écouter  Jimmy Stewart pendant un de ses cours d'université à Londres, et il développa une idée remarquablement censée. Il disait qu'un film est constitué de moments à succès. Il est très difficile de structurer tout une performance comme on peut le faire au théâtre, car il faut jouer chaque scène comme elle vient et une fois tournée, c'est terminé.

    Il voulait dire que si l'on joue une scène et qu'elle fonctionne bien dans la version finale, alors cette scène sera un moment dont le public se souviendra. Deux ou trois bons moments en feront un film mémorable. Une demi-douzaine ou une dizaine peuvent faire un grand film."

    Il dit ensuite quelque chose qui me semblait vrai dans mon propre cas à propos de Quand la marabunta gronde. Il dit que les gens venaient vers lui et lui disaient : « j'ai vu ce film que vous avez fait. Je ne me souviens plus qui l'a réalisé, ni le titre ni qui jouait dedans, mais il y avait cette scène où vous êtes dans une salle et ce gars referme la porte, vous prenez une bouteille et le regardez. »

    Eh bien, dans le cas de Quand la marabunta gronde, c'est ce genre de film, sauf que les gens ne disent pas « oh les fourmis… » ou quoi que ce soit, mais ils disent : « je me souviens de cette scène où vous avez cette fille, Eleanor Parker, et vous vidiez cette bouteille de parfum sur elle. »

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    Charlton Heston et Eleanor Parker dans QUAND LA MARABUNTA GRONDE (1953)

    scène de la bouteille de parfum

     

    Et c'est là exactement ce à quoi faisait référence Stewart, et c'est là le genre de film qu'est Quand la marabunta gronde."

    Son film suivant ne l'était pas. Le Secret des Incas13 est un film tout à fait oubliable. Paramount voulait encore exploiter Heston dans un autre rôle de « héros-méchant », cette fois à la recherche d'un bijou légendaire Inca dans les ruines de l'ancienne civilisation Inca. Il retrouva de nouveau des visages connus sur le plateau : Mel Epstein le producteur, il avait produit Le Fils de Géronimo ; Jerry Hopper était de nouveau le réalisateur ; la plupart des techniciens étaient les mêmes que dans ses films précédents. Heston s'est sûrement un peu senti comme s'il était sur un tapis roulant. La tête d'affiche au côté d'Heston, Robert Young, se retira de l'industrie du cinéma après ce film qui conclut un cycle de films sans distinction.

    Charlton Heston dans le rôle de Harry Steele "LE SECRET DES INCAS" 1954

    La carrière d'Heston, en 1954, était au trente-sixième dessous. Il n'avait pas l'air d'avoir d'avenir. Au mieux, il gagnait une précieuse expérience pour apprendre son métier dans les limites plutôt restrictives du  système des studios, même s'il n'était pas enchaîné à un quelconque studio.

    Le tapis roulant continua sa course apparemment sans fin avec Horizons lointains14, l'histoire de Lewis et Clark et leur expédition au Nord-Ouest. En tant que film d'aventure, ce n'était pas mauvais du tout – grâce aux yeux de réalisateur de Rudy Mate qui donnait tout le temps dans ce style – mais le niveau du film fut à nouveau trahi par le choix d'un autre acteur à la carrière battant de l'aile – Fred MacMurray. Donna Reed, la future Miss Ellie dans Dallas y apparut également dans le rôle d'une fille Indienne. Pour elle aussi, sa carrière était sur la pente descendante après avoir gagné cette année-là un Oscar pour sa performance en tant qu'Alsa, la prostituée dans Tant qu'il y aura des hommes15. Après Horizons Lointains, elle fit cinq autres films avant de se retirer de l'industrie du cinéma.

    Charlton Heston (Clark) et Donna Reed das "HORIZONS LOINTAINS" 1955

    Charlton lui-même devait lui aussi en être arrivé à se demander s'il y avait vraiment un avenir pour lui dans le cinéma, surtout quand les producteurs d'Horizons lointains, William H. Pine et William C. Thomas convainquirent Paramount de mettre leur "poulain" dans leur prochain film, un mauvais feuilleton16, Lucy Gallant. Jane Wyman avait le rôle-titre, une femme riche qui, une fois larguée au sommet, gagne l'affection du fermier Heston. Quand sa carrière semble devenir plus importante que leur mariage, il s'en va et rejoint l'armée et, surprise, devient un héros. Elle décide alors que l'amour est plus important que l'argent, donc elle abandonne tout pour Heston.

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    Charlton Heston et Jane Wyman dans "LUCY GALLANT" 1955 

    C'était grosso modo un film pour femme, Jane Wyman plaisant bizarrement plus aux femmes qui aiment pleurer qu'aux hommes qui aiment les poupées. Miss Wyman avait alors 40 ans et Heston à peine 31. C'était cependant un léger soulagement de remarquer que le rôle joué par Claire Trevor, une fois encore une cruche au cœur d'or, se faisait appeler « Lady Macbeth. »

    Désormais, Heston commençait à ressentir le besoin de briser le moule dans lequel il avait été plongé, spécialisé dans les vilains et les héros durs à cuire. Il réussit en 1954 à fuir Hollywood et le cinéma pour quelques semaines pour jouer Mr Roberts sur scène à Palm Beach. Ce fut un rafraîchissant changement d'air de retourner au théâtre où, en fin de compte, c'était lui, l'acteur, qui faisait de la pièce une réussite ou un échec. Les films dépendent de trop d'éléments pour permettre à l'acteur d'être autre chose qu'un facteur contribuant au résultat final sur l'écran.

    En retournant à Hollywood, il ressentit le besoin de trouver le genre de studio qui l'attirait le plus en tant qu'acteur ; un dans lequel il aurait son mot à dire sur le résultat final. Il le trouva chez Paramount. C'était un script titré La Guerre privée du major Benson17 de William Roberts et Richard Alan Simmons. C'était l'histoire amusante d'un rude major qui parle alors qu'il aurait mieux fait de se taire et se retrouve à l'académie militaire à entraîner des cadets et à être entouré de nonnes.

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    Charlton Heston dans "LA GUERRE PRIVEE DU MAJOR BENSON" 1955

    Paramount espérait avoir Cary Grant pour jouer ce rôle, mais il refusa. Heston se présenta et demanda à pouvoir le remplacer, mais Paramount ne pouvait pas l'imaginer lui, le héros dur comme fer de Quand la marabunta gronde et Le Secret des Incas, reprendre un rôle taillé sur mesure pour Cary Grant. La Guerre privée du major Benson fut donc laissé dans un coin, et Heston a dû se demander si sa carrière au cinéma n'y était pas avec.

    Peut-être que ça aurait fini ainsi, si Michel-Ange n'avait pas regardé dans l'avenir et utilisé Charlton Heston comme modèle pour sa statue de Moïse.

     

    A SUIVRE ...

    1 - The Buccaneer (sorti en France le 10 mars 1938)

    2 - Un surnom donné à Andrew Jackson, septième président des États-Unis, littéralement traduit « le vieux noyer blanc ». Ce surnom vient des soldats l'ayant servi alors qu'il était commandant durant la guerre de 1812 du fait de sa dureté et de sa ténacité.

    3 - 10 pouces dans le texte original

    4 - Pony  -Express

    5 - « wild » se traduit par sauvage

    6 - Arrowhead

    7 - La plus haute distinction que puisse recevoir un militaire aux États-Unis

    8 - Bad for Each Other

    9 - The Naked Jungle

    10 - Le texte original dit « soldier ant », la fourmi soldat, un terme générique pour désigner un type spécifique de fourmi dans une colonie (se distinguant de la reine et des ouvrières, donc), mais qui ne permet pas de savoir de quelle espèce il est question. Je choisis donc de traduire par « fourmi légionnaire » (une espèce dont la migration est appelé « marabunta »), qui se dirait normalement « army ant » en anglais.

    11 - Un anglicisme qu'il nous faut conserver ici. Ce terme tiré du monde du catch désigne le « méchant » sur le ring, celui qui s'oppose au « face », le « gentil » du combat.

    12 - Le texte dit « an unempathic man ». l'adjectif « unempathic » n'existe dans aucun dictionnaire que j'ai pu consulter, mais semble être parfois employé. C'est un de ces mots dont on comprend le sens sans pour autant qu'il n'existe dans la langue officielle.

    13 - Secret of the Incas

    14 - The Far Horizons

    15 - From Here to Eternity

    16 - Le texte dit « trashy soap opera ».

    17 - The Private War of Major Benson

     

  • MON COMMENTAIRE EST POUR ADRIEN par Maria Russo.

    Chère Maria, je ne pense pas que tu m'en veuilles si je publie ton commentaire ici, bien que tu l'aies adressé spécialement à Adrien. 

    Adrien ne m'en voudra pas non plus, j'en suis certaine.

    Je vous remercie tous les deux pour votre compréhension, car je pense que ce commentaire mérite d'être lu par tous les hestoniens. 

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    Il mio commento è rivolto a Adrien e alla sua ottima traduzione.

    Bravo, davvero bravo e.. commovente almeno in questa prima parte. Ho spesso scritto sul blog che la personalità, le scelte, le contraddizioni e quel fondo di tristezza che si percepiva nelle sue interpretazioni sono una conseguenza reale dei suoi primi vent'anni di vita.

    Era forse questa tristezza di fondo che Wyler ha cercato con grande abilità di portare alla luce in Ben Hur. Che non è un condottiero, nè un grande artista o una figura epica. Juda Ben Hur , nella versione che anche oggi possiamo percepire guardando il film, è un uomo comune che si trova a vivere eventi eccezionali in un momento storico eccezionale. non trascina dietro di sè la nazione ebraica, come Mosè, nè da la sua vita per l'indipendenza del suo paese, come Il Cid.

    E', a guardare con attenzione il film di Wyler , un giovane ebreo che soffre del peso dei Romani sulla sua vita e sulla sua terra. Che prova, come è umano che sia, a vendicarsi di chi ha distrutto la sua vita, ma poichè , come dice a Messala, odia la violenza non si vendicherà armi alla mano, ma attraverso l'umiliazione dei suoi oppressori guidando una quadriga nel Circo di Antiochia.

    Per ritornare poi ad essere uno come tanti, con le sue pene e la sua infelicità cercando di ricostruire una famiglia che gli era stata tolta. Juda Ben Hur non è un eroe epico. E' un uomo che resiste alle offese che la vita gli impone, agli alti e bassi e per questo lo sentiamo tanto vicino a noi. Si dice che alla fine dell'ultima ripresa Chuck non riuscì a frenare le lacrime. I motivi forse andavano aldilà del film, aldilà della tragedia del Cristo sulla via dolorosa, nel cui viso riconosce quello dell'unico uomo che gli venne incontro lungo la sua "Via dolorosa".

    In questo blog si è parlato di molti dei film di Charlton Heston , ma sembra che "Ben Hur" non ha ancora avuto l'attenzione che merita da tutti noi. Eppure mezzo secolo dopo ancora gli spettatori frenano le lagrime guardando le ultime immagini di una famiglia che miracolosamente si ricompone. In fondo era il sogno di Chuck, non creare una famiglia qualsiasi, ma miracolosamente ricreare la sua "vera" famiglia

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    Mon commentaire s'adresse à Adrien et son excellente traduction.

    Bravo, vraiment bien et ... émouvant au moins dans cette première partie. J'ai souvent écrit sur le blog que la personnalité, les choix, les contradictions et le fond de tristesse que nous percevions dans ses interprétations sont une conséquence réelle de ses vingt premières années de vie.

    C'était peut-être cette tristesse sous-jacente que Wyler cherchait avec beaucoup d'habileté à découvrir dans Ben Hur, qui n'est pas un leader, ni un grand artiste ou une figure épique. Judah Ben Hur, dans la version que nous pouvons encore voir aujourd'hui, est un homme ordinaire qui se trouve vivre des événements exceptionnels dans un moment historique exceptionnel. Il n'entraîne pas la nation juive derrière lui,  comme Moïse, ni  dans sa lutte pour l'indépendance de son pays, comme Le Cid.

    En regardant attentivement le film de Wyler, il s'agit d'un jeune Juif qui souffre du poids des Romains sur sa vie et sur sa terre. Quelle épreuve, en tant qu'être humain, de se venger de ceux qui ont détruit sa vie, mais parce que, comme il le dit à Messala, il déteste la violence,  il ne prendra pas les armes de la vengeance, mais il agira par l'humiliation de ses oppresseurs en conduisant un quadrige dans le cirque d'Antioche.

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    Puis revenir alors et vivre comme beaucoup, avec sa douleur et son malheur essayant de reconstruire une famille qui lui avait été enlevée. Judah Ben Hur n'est pas un héros épique. C'est un homme qui résiste aux offenses que la vie lui impose, les hauts et les bas, c'est pour cela que nous le sentons si près de nous. Il est dit qu'à la fin de la dernière prise, Chuck ne pouvait pas arrêter ses larmes. Les raisons sont peut-être allées au-delà du film, au-delà de la tragédie du Christ sur le douloureux chemin, dans le visage duquel il reconnaît le seul homme qui est venu à sa rencontre sur sa "Via Dolorosa".

    Dans ce blog, nous avons parlé de nombreux films de Charlton Heston, mais il semble que "Ben Hur" n’ait pas encore reçu toute l’attention qu’il mérite de notre part. Pourtant, un demi-siècle plus tard, les spectateurs retiennent leurs larmes en regardant les dernières images d’une famille qui se recompose miraculeusement. Après tout, c'était le rêve de Chuck, non pas de créer une famille, mais de recréer miraculeusement sa "vraie" famille.

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  • 11 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    ...SUITE

    Les films de jeunesse

     8 ans avant de décrocher son Oscar, Charlton Heston était pris entre deux mondes. D'un côté, il y avait la scène à New-York où il pensait que n'importe quel acteur devait être – la scène, comme il le disait souvent, est « le pays de l'acteur » après tout, et le théâtre semblait ancré à jamais à New-York. D'un autre côté, il y avait Hollywood, les films et beaucoup plus d'argent – et la chance de devenir un acteur de renommée internationale. Il était déterminé à ne pas trahir la scène pour le grand écran mais il aspirait aussi à ce que l'écran avait à offrir, à savoir du travail, probablement plus de sécurité, et - s'il était vraiment chanceux – la célébrité, ou au moins du respect et de l'estime1 .

    La seule solution semblait être de garder un pied-à-terre à New York et d'avoir un appartement à Los Angeles. Au moins, ils pouvaient s'offrir un logement meilleur que celui sans eau chaude dans la "Cuisine de l'Enfer"², et ils s'achetèrent donc un appartement "plus classe" à New York en 1952. Ils ne le virent cependant pas beaucoup cette année-là - Heston étant toujours occupé à Hollywood. 

    L'idée de déménager à Hollywood ne réjouissait pas beaucoup Lydia. Elle était inquiète à propos du changement de style de vie et ne voulait pas sacrifier leur propre monde privé pour une vie clinquante et sans vie privée à Hollywood3. Elle raconte : « au début, je détestais Hollywood mais maintenant, je réalise que la moitié de cette haine venait de mon propre sentiment d'insécurité. Face à l'insécurité, on a tendance à rejeter un lieu et à dire que c'est un lieu horrible. En gagnant plus de confiance en moi, je me suis rendu compte que je ne détestais pas cet endroit tant que ça. » La plus grande partie de ses inquiétudes se calma quand elle devint amie avec la femme de Walter Seltzer, Lickey. Les Heston et les Seltzer sont restés des amis proches depuis cette époque.

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    Paramount était zélé quand il s'agissait de promouvoir Charlton Heston en tant qu'acteur de rôle héroïque et prépara une série de westerns pour lui dont le premier serait Le Fils de Géronimo4. Il jouait un homme blanc élevé par les Sioux dont la loyauté est déchirée entre les peaux-rouges et les hommes blancs. Si ça ne lui offrait pas vraiment un rôle exigeant, ça lui apportait une expérience professionnelle bienvenue en tant qu'acteur de cinéma. Il était surveillé par le regard vigilant du réalisateur Georges Marshall qui, même s'il n'était pas de la même trempe que John Ford, était une valeur sûre pour faire un western bourré d'action, et il amena l'équipe de tournage et les acteurs dans les belles Black Hills du Dakota du Sud pour tourner Le Fils de Géronimo.

    Le printemps de cette année-là, en 1952, les Heston firent un tour en Europe, une initiative de Paramount qui voulait qu'ils fassent la promotion du film de De Mille. Ils allèrent à Londres et découvrirent le Dorchester Hotel sous le charme duquel ils tombèrent et où ils célébrèrent leur huitième anniversaire de mariage. Ils étaient à Rome quelques semaines plus tard, découvrant pour la première fois les merveilles de la Ville Éternelle, parmi lesquelles le restaurant d'Alfredo où ils célébrèrent l'anniversaire de Lydia.

    Ils n'auraient jamais cru à ce moment-là qu'ils reviendraient à Rome, chez Alfredo, seulement quelques années plus tard pour l'un des rôles les plus prestigieux de Charlton Heston.

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    De retour à Hollywood, Heston accepta une offre de King Vidor : être l'acteur principal au côté de Jennifer Jones dans La Furie du désir5 à la Twentieth Century-Fox. Vidor coproduisit et réalisa cette œuvre torride dans les marais du Sud. Vidor remplit le film de sexualité à travers la délicieuse Miss Jones, qui jouait une jeune fille qui décide de se venger quand Charlton Heston la plaque pour épouser une fille riche. Ceci dit, il n'est intéressé que par son argent, et espère pouvoir avoir droit aux terres de sa famille. Vidor avait auparavant dirigé le torride Duel au soleil6 et inclus dans son film beaucoup d'éléments mal vus qui firent de ce grand western un si gros succès. Quand Jones inonde les terres d'Heston, il se venge en la violant, réveillant étrangement leur relation amoureuse. Heston n'est pas tant héroïque que fier et sournois, bien assorti avec la super-sirène  Jones, créant une atmosphère électrique.

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    Lydia tournait également dans des films. En 1952, elle apparut avec Gene Barry dans Le Vol du secret de l'atome7, réalisé par Jerry Hopper. Pendant ce temps, Charlton Heston sentit qu'il était temps de « refaire son passeport pour le « pays des acteurs » et alla aux Bermudes pour jouer Macbeth. La pièce était dirigée par l'acteur Burgess Meredith qui venait de réaliser le film L'Homme de la tour Eiffel8 et un certain nombre d'autres pièces. Heston trouva sa direction « pleine d'imagination » et adora ce rôle qu'il décrivit comme « tueur d'homme. » En effet, à part Marc-Antoine peut-être, Macbeth est le rôle Shakespearien préféré de Charlton, voire même son rôle préféré tout court. En jouant Macbeth, il a cependant été témoin de la malédiction redoutée supposée frapper à chaque fois que cette pièce est jouée. Il y eut surtout cette fois où un motard le percuta, mais ses blessures n'étaient pas suffisantes pour l'empêcher de jouer. En fait, il n'a jamais été absent à une représentation ou une journée de travail de sa vie, que ce soit pour mauvaise santé ou pour une quelconque autre raison. Il n'aurait pas laissé quelque chose comme un coup de mou l'empêcher de travailler.

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    Heureusement, Charlton était rarement malade, et quand il l'était, c'était rarement plus grave qu'un rhume. Il restait en bonne santé grâce à un entraînement régulier, un match de tennis par jour, et si la grippe le frappait pendant qu'il travaillait, ça avait tendance à l'énerver et à le mettre de mauvaise humeur. Il ne supportait pas d'être interrompu dans son travail par quoi que ce soit, il vivait et travaillait avec beaucoup d'exigence pour tout, lui donnant la réputation d'être une des personnalités les plus professionnelles du milieu [du cinéma]. Cependant, tandis que certains louaient son attitude, d'autres prenaient la vie avec plus de légèreté et échouaient à correspondre à des exigences qu'il n'imposait pas seulement à lui-même, mais qu'il espérait voir respectées également chez les autres. Des problèmes similaires se reproduiront un peu plus tard dans sa carrière, mais à ses tout débuts, Charlton Heston était connu pour être à cheval sur le professionnalisme.

     

    Dans l'ensemble, en 1952, Charlton Heston n'était pas le genre d'acteur recherché avec enthousiasme par les grands studios comme garantie de faire un carton pour leurs plus prestigieuses et plus ambitieuses productions. De ce fait, il n'y avait pas grand-chose d'autre à choisir que des mélodrames ou des films d'action mais il ne pouvait pas se satisfaire d'être à peine plus qu'un homme de tête apportant une alchimie au film. Il était à la recherche de quelque chose de plus difficile pour lui en tant qu'acteur et trouva une mine d'or quand Fox le reprit dans ses studios pour incarner son premier rôle historique pour un film – Andrew Jackson dans Le Général Invincible, inspiré du beau roman d'Irving Stone.

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     A SUIVRE...

     

     

    (Lydia Clarke Heston avec Gene Barry dans "ATOMIC CITY" 1952)

      

    Le texte dit « respect and recognition », respect et reconnaissance [de la qualité de son travail]

    Hell's Kitchen, Clinton, ou encore Midtown West sont les différents noms qu'on donne à un quartier de l'arrondissement de Manhattan à New-York. Différentes étymologies ont été proposées, mais il suffit de retenir que le quartier avait la réputation d'être malfamé et dangereux.

    Le texte original dit « the open-book razzamatazz of tinsel town », difficile à traduire.

    « open-book » = qui ne laisse pas place à la vie privée

    « razzamatazz » = une mise en scène impressionnante

    « tinsel town » (orthographe moderne tinseltown) = (jargon) Hollywood

    The Savage 

    5 Ruby Gentry

    Duel in the Sun 

    The Atomic City

    The man on the Eiffel Tower

  • 10 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

    Publié le 20 juin 2018

    MAJ le 3 juillet 2018

    Deuxième Partie

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    Meilleur acteur

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    Depuis 1927, les stars du cinéma, les techniciens, les scénaristes, les réalisateurs, les compositeurs, les directeurs artistiques, les acteurs pour un second rôle, les producteurs et autres employés et artistes du monde du cinéma s'offraient l'expérience annuel d'entendre si leur nom allait être dit pendant la cérémonie des Oscars. Pour les nominés, cela peut être difficile, parfois humiliant, mais souvent bon pour l'ego. Par contre, pour tous ceux qui gagnent, à quelques rares exceptions, c'est un moment de gloire suprême que celui où ils reçoivent la statuette en or plaqué de 35 centimètres1. Cette dernière est la récompense ultime en cinéma, offerte aux artistes par leurs pairs et généralement convoitée par tous ceux qui n'ont jamais travaillé dans l'industrie du cinéma.

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    Le simple fait d'être nominé est une inestimable distinction, mais en recevoir un est un triomphe incomparable. Chaque nominé a rêvé de ce triomphe ; c'est pourquoi ils viennent toujours avec un discours... juste au cas où.

    C'est en se préparant de la sorte, avec de telles idées, de telles attentes et de telles espoirs que Charlton Heston s'est retrouvé, en 1960, assis au milieu de ce somptueux public, écoutant la liste interminable de nominés dans chaque catégorie, suivie par le paroxystique nom du gagnant. Il a essayé de ne pas s'emporter, mais cela avait été six semaines pleines de suspense depuis que son agent publicitaire Bill Blowitz l'avait appelé pour lui annoncer qu'il était nominé comme Meilleur Acteur pour Ben-Hur. C'était déjà une grande émotion de savoir qu'il était nominé et il savait qu'il avait donné le meilleur de lui-même dans ce long film de trois heures et demi. Il s'était cependant forcé à ne pas croire qu'il pourrait réellement gagner l'Oscar. Il essaya de ne pas le désirer ardemment2.

    Le voilà assis, sa main moite serrée dans celle de Lydia. La nuit avait été glorieuse pour Ben-Hur, nominé dans 12 catégories. Il se sentit quelque peu agité par la fierté à chaque fois que ceux impliqués dans le tournage de ce film se retrouvèrent à se frayer un chemin jusqu'à la scène pour recevoir le petit bonhomme doré. Ben-Hur domina la cérémonie des Oscars de 1960, et Chuck vit un sourire rayonnant de joie aux lèvres du réalisateur William Wyler en entendant le titre de sa super-production être le nom dans l'enveloppe du vainqueur presque à chaque fois.

    Oscar des meilleurs effets visuels : A. Arnold Gillespie et Robert McDonald ; effets sonores, Milo Lory – Ben-Hur.

    Oscar du meilleur mixage de son : Franklin E. Milton – Ben-Hur.

    Oscar du meilleur montage : Ralph E. Winters and John D. Dunning – Ben-Hur.

    Oscar de la meilleure création de costumes d'un film en couleur : Elizabeth Haffenden – Ben-Hur.

    Oscar de la meilleure photographie (couleur) : Robert L. Surtees – Ben-Hur.

    Oscar de la meilleure direction artistique : William A. Horning et Edward Carfagno ; Fabrication des décors par Hugh Hunt – Ben-Hur.

    Oscar de la meilleure musique de film dramatique ou comique : Miklós Rózsa3Ben-Hur.

    Oscar du meilleur acteur dans un second rôle : Hugh Griffith – Ben-Hur.

    Ce fut une déception que Ben-Hur n'ait pas reçu l'Oscar du meilleur scénario adapté pour lequel il avait été nominé4, et aucune actrice ne fut nominé pour Ben-Hur. L'Oscar de la meilleure actrice dans un rôle secondaire revint à Shelley Winters pour Le Journal d'Anne Frank5 et celui de la meilleure actrice à Simone Signoret pour Les Chemins de la haute ville6.

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    Susan Hayward, avec qui Heston avait travaillé quelques années plus tôt dans un film appelé Le Général invisible7 et qui était une de ses amies, monta sur scène, serrant l'enveloppe où se trouvait la carte avec le nom d'un acteur dessus. En ouvrant l'enveloppe, elle retira la carte, peut-être y eut-il quelque chose sur son visage qui trahit le secret avant qu'elle ne lise le nom, mais soudain, Heston eut le sentiment que le nom qu'elle allait lire serait le sien.

    Elle annonça le vainqueur.

    « Le meilleur acteur est Charlton Heston pour Ben-Hur. »

     

    A SUIVRE...

    1 13 pouces et demi dans le texte original

    2 Le texte dit « He tried not to hunger for it », signifiant littéralement « il essaya de ne pas en être affamé ».

    « Miklos Rozsa » dans le texte original.

    Le texte original dit simplement « Best Screenplay » (meilleur scénario), sans préciser si c'est le scénario original ou adapté. Nous rétablissons donc la distinction pour la traduction.

    5 The Diary of Anne Frank

    6 Room at the Top

    The President's Lady

  • 9 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    Hollywood

    Depuis que Charlton Heston avait aidé David Bradley pour les préparatifs de son adaptation en film muet 16mm de Macbeth, les deux diplômés de Northwestern avaient parlé de faire d'autres films shakespeariens. Heston ne voulait jouer dans aucun film en règle générale : Les acteurs de théâtre regardaient avec mépris les acteurs de cinéma, et les acteurs sérieux travaillaient à New-York, pas à Hollywood. C'était un concept étriqué qu'Heston adopta immédiatement pour prouver qu'il n'était rien sinon sérieux. Pourtant, quand vint la chance d'adapter Shakespeare au cinéma, il fut intéressé, même si ce devait être une des productions amateurs en 16mm1 de Bradley. Au moins, cette fois, il y aurait du son2.

    Les deux pièces les plus envisagées pour une tentative d'adaptation étaient soit Jules César, soit Hamlet. Laurence Olivier fit alors son Hamlet3 sur celluloïd4 ce qui régla la question : ce sera Julius Caesar. Charlton pourrait enfin jouer le rôle qu'il avait convoité depuis qu'il avait vu Sir Godfrey Tearle le jouer en compagnie de Cornell dans le rôle de Cléopâtre : Marc-Antoine.

    Avec un coût de 11.OOO$, Jules Cesar est, d'après les mots d'Heston, « un des plus remarquables films indépendants que je connaisse ». Bradley a produit, réalisé et joué le rôle-clé de Brutus. Bradley a intelligemment utilisé de vrais bâtiments comme décor, tel que le Chicago's Museum of Science and Industry5 qui lui servit de forum romain. Les autres acteurs venaient de troupes de théâtre locales et de stations de radio de Chicago auxquelles Heston rendit visite juste pour cette entreprise bénévole.

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    Chicago's Museum of Science and Industry

    La plupart des acteurs semblaient être un peu petits pour leurs costumes. Les casques romains et les plastrons semblaient trop larges pour eux, mais Heston, bien que toujours maigre, était magnifique dans son armure romaine. Avec son visage il avait l'air de sortir tout droit du passé. Charlton Heston commençait déjà à paraître plus à l'aise dans un costume que dans des habits du XXème siècle.

    Ce n'était pas vraiment un film à visée commerciale et il n'eut pas de sortie annoncée aux États-Unis ni à l'étranger, mais il fut diffusé en 1950 dans de nombreux festivals et universités et obtint rapidement le statut de classique parmi les films indépendants6. L'un de ceux qui l'avait vu était un producteur de chez Paramount qui avait été impressionné par Heston dans Jane Eyre : Hal B. Wallis7. Il fut si impressionné qu'il alla à New-York, rencontra Charlton Heston et lui proposa un contrat pour une film.

    1 Lancé sur le commerce en 1923 par Kodak, le film 16mm avait l'avantage d'être bien moins cher et plus facile à transporter que le 35mm utilisé par le cinéma. Il devient le format du reportage et finit par se standardiser. Il reste pourtant le format du film amateur, et le 35mm reste le format standard du film de cinéma.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Format_35_mm

    http://cinememoire.net/index.php/numerisation-de-films/petite-histoire-des-formats-de-films

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Format_16_mm

    2 Le 16 mm devient sonore en 1932.

    3 Sorti en 1948, c'est le deuxième volet de la trilogie shakespearienne de l'acteur-réalisateur avec Henry V et Richard III.

    https://www.imdb.com/list/ls031350542/

    4 Si ce terme désigne à l'origine une matière extrêmement inflammable utilisée dans la production des pellicules cinématographiques, il désigne également la pellicule de 35mm en anglais. Le lien ci-dessous met en évidence cet emploi.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nitrocellulose#Applications

    https://www.telegraph.co.uk/culture/film/film-news/8975284/Hollywood-says-goodbye-to-celluloid.html

    5 Le musée des sciences et de l'industrie de Chicago a d'abord été un musée des Beaux-Arts, érigé en 1893 à l'occasion de l'exposition universelle. Son style architecturale dit « Beaux-Arts » vient prendre ses inspirations d'anciens styles, notamment le style antique. Sa conversion en musée des sciences date de 1933.

    6 « an underground classic » dans le texte original. Underground signifie littéralement « souterrain ». Par extension, une œuvre dite « underground » est une œuvre qui ne fait partie d'aucun circuit officiel ni d'aucune institution.

    7 Hal B. Wallis (1898-9 – 1986) est un producteur américain. Ayant produit plus de 400 films en 40 ans, il a construit sa légende avec des films comme Le Petit César (1931) ou Les Aventures de Robin des Bois (1938).

     

    Charlton Heston n'avait pas été totalement ignoré par les studios de cinéma. Ces derniers mois, un certain nombre d'entre eux l'avaient approché avec des contrats-types de studio, espérant obtenir de lui une exclusivité pour eux. Il n'en avait cependant pas besoin : il voulait jouer dans des pièces et à la télévision. Cela dit, il reconnaissait également que le cinéma pouvait lui offrir un avenir plus sûr, car si un acteur parvenait à jouer dans un film, il pouvait rapidement devenir riche. Devenir riche n'était pas une idée qui dégoûtait Charlton.

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    À la demande pressante de Wallis, Charlton s'envola pour Los Angeles pour le rencontrer et discuter d'un potentiel contrat. Wallis convainquit deux sœurs, anciennes vedettes du cinéma muet, d'accueillir Charlton chez elles pour la durée de son séjour, et Charlton reçut les services d'un agent de premier ordre : Herman Citron. Citron réussit à négocier un contrat non-exclusif pour Heston avec Wallis, autorisant Charlton à faire des films avec d'autres studios et d'autres producteurs ainsi que de jouer comme il le voulait, dans les pièces au théâtre ou à la télé. Wallis était en fait un producteur progressiste qui reconnaissait que l'ancien système de contrat était mourant (il venait d'autoriser ses deux découvertes, Burt Lancaster et Kirk Douglas, à voler de leurs propres ailes). Il y avait maintenant une nouvelle génération d'acteurs qui refusaient d'être enfermés, pieds et poings liés, qui cherchaient plus qu'une carrière cinématographique, et Charlton Heston semblait être de cet acabit. Il devint donc l'un des tout premiers acteurs à ne pas être lié exclusivement à un seul studio.

    Quelques semaines après la signature, Charlton reprit l'avion de New-York à Los Angeles. Il voyagea seul, laissant Lydia à l'Est où elle jouait au théâtre. Charlton s'était considérablement empâté depuis qu'il avait tourné Julius Caesar. Il était même presque enrobé ; il dut faire attention à son poids pour les caméras de cinéma qui avaient tendance à donner l'air d'être obèse. Comme il avait grossi, il fit fondre la graisse superflue en s'entraînant tous les jours et était réellement inquiet si son poids dépassait les respectables 200 livres1.

    Il atterrit à Los Angeles et fut accueilli par le chef de publicité de Wallis, Walter Seltzer, qui se trouvait au quai de débarquement à comparer le visage de tous les passants avec une photo de Charlton Heston. Seltzer allait offrir à Charlton une grosse promotion avant même qu'il ait fait La Main qui venge2, son premier film professionnel, produit par Wallis en personne.

    Maintenant qu'il était arrivé en ville, il était bon pour lui d'être vu, donc Seltzer l'emmena directement chez Romanoff où Charlton fut non pas surpris d'être remarqué mais de voir Spencer Tracy3 en train de manger des fraises.

    La vie d'acteur de cinéma ne s'est cependant pas toujours avérée être glamour. Charlton se retrouva à louer un appartement derrière le Grauman's Chinese Theater4 devant lequel se trouvent les célèbres pavés marqués des traces de main ou de pied de nombreuses stars. Le pâté de maisons où se trouvait l'appartement fourni à Charlton ressemblait quant à lui à un bordel. Il devint de plus en plus conscient du nombre de voisines locataires qui semblaient divertir un nombre effroyablement grand d'hommes dans leurs chambres. C'était une triste réalité de voir qu'Hollywood avait toujours été envahi par des prostituées, dont un grand nombre avaient rêvé de devenir actrices qui n'ont jamais été repérées, mais se sont tournées vers le plus vieux métier du monde pour vivre.

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    La Main qui venge était tourné à Paramount Studios et était un cas typique de film noir, un habile drame criminel dans lequel Wallis semblait se spécialiser. Heston jouait un escroc qui devient la proie d'un homme dont le frère s'est suicidé après s'être fait avoir par une arnaque d'Heston. Le rôle était délicat pour Heston car il devait réussir, on ne sait comment, à rendre ce personnage immoral et cynique suffisamment sympathique pour obtenir la faveur du public. Heston se souvient de son rôle :

    "Ce n'est vraiment pas un personnage intéressant, et il ne montre pas grand-chose pour nous convaincre du contraire. Il est juste légèrement entraîné dans un miteux trafic de jeux d'argent dans lequel il s'est lancé, et devient finalement une victime, un fugitif essayant de ne pas se faire tuer. C'est une juste fin pour lui.

    C'est tout ce qu'il y a à dire de ce rôle. Son seul point de vue est d'un cynisme injustifié. Il est toujours sceptique du fait de ses souvenirs de guerre, même si ce n'est pas une piste vraiment explorée [dans le film]. Je me souviens m'en être servi pour jouer ce rôle."

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    La partenaire à l'écran de Charlton était Lizabeth Scott5, une autre découverte d'Hal Wallis, et présentée par Paramount comme ressemblant à Lauren Bacall et Veronica Lake. Jack Webb jouait un camarade escroc d'Heston. Webb était alors une vedette de radio grâce à sa série Dragnet qu'il adapta plus tard à l'écran ce qui lui permit de devenir riche.

    Le réalisateur de La Main qui venge était William Dieterle, un nom légendaire d'Hollywood connu pour des classiques tels que Quasimodo6 avec Charles Laughton et Tous les biens de la terre7. Ses meilleures réalisations étaient cependant du passé et ses films dans les années 50 furent généralement ordinaires et oubliables. La Main qui venge était de ceux-là. Comme Heston le dit lui-même, « C'est le genre de film qu'ils font aujourd'hui à la télévision et qu'on appelle le film de la semaine.»

    Une fois le film fini, Walter Seltzer mit Heston dans un train pour qu'il traverse le pays afin de faire sa promotion et celle du film. Ils allèrent dans pas moins de 20 villes en moins de 4 semaines. L'exténuant programme de promotion échoua à convaincre le public d'aller voir La Main qui venge, mais elle raffermit l'amitié durable d'Heston et Seltzer.

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    À la fin de l'été, Charlton décida qu'il était temps de retourner à la maison à New-York, et il serait peut-être resté à l'Est s'il n'avait pas eu la chance de croiser fugacement Cecil B. De Mille, et si ce grand réalisateur n'avait pas été impressionné par la manière dont le jeune Heston l'avait salué.

    À peine quelques mois plus tard, Charlton apparaissait dans le somptueux film sur le cirque de De Mille, Sous Le Plus Grand Chapiteau du monde, et il sut qu'il ne pourrait pas vivre que sur la côte Est. Il dit :

    «Mon premier film était oubliable, bien que produit efficacement et professionnellement. Mon second film, sur le cirque, remporta l'Oscar et fut visionné par un nombre immense de personnes. En effet, il reçut plus de critiques positives qu'aucun autre film de De Mille. Je ne saurai pas dire ce qu'il se serait passé si le deuxième film n'était pas arrivé au bon moment, mais il m'assura une place d'acteur important suffisamment longtemps pour avoir d'autres opportunités, et c'est ce qui compte. Il faut rester parmi les têtes d'affiches et le haut du panier, et ce film sur le cirque me l'a permis8

    1 91 kilos

    2 Dark City

    3 (1900 – 1967) Un acteur américain alors très connu. Il a remporté deux oscars du meilleur acteur deux années consécutives : en 1937 pour Capitaines courageux et en 1938 pour Des Hommes sont nés. Il est connu pour son jeu réaliste et sa capacité à interpréter n'importe quel rôle. Un prix à son nom est créé en 1988 par l'université de Californie et sa fille, Susie Tracy : l'UCLA Spencer Tracy Award. L'institut du Film Américain (American Film Institute, ou AFI) l'a classé 9ème dans le classement des plus grandes légendes du cinéma américain.

    http://www.afi.com/Docs/100years/stars50.pdf

    https://www.imdb.com/name/nm0000075/awards

    https://www.imdb.com/name/nm2803604/bio?ref_=nm_ov_bio_sm

    https://www.youtube.com/watch?v=372trryQ7LY (voir la description de la vidéo)

    4 Cinéma inauguré le 18 mai 1927, il est classé monument historique-culturel de Los Angeles depuis le 5 juin 1968. Il est au 6928 Hollywood Boulevard, le long du Walk of Fame. C'est une des salles de cinéma les plus célèbres au monde.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Grauman%27s_Chinese_Theatre

    5 Né en 1922 et morte en 2015, cette actrice américaine est surtout connue pour ses rôles de femme fatale.

    6 The Hunchback of Notre Dame, 1939

    7 All That Money Can Buy, 1941

    8 Heston donne ici une métaphore sur le base-ball difficile à rendre. Une traduction plus littérale serait :

    « mais il m'assura une place d'acteur important, suffisamment longtemps pour avoir quelques tours au bâton, et c'est ce qui compte. Il faut rester parmi les joueurs sélectionnés, et en première division, et ce film me l'a permis. »

    A SUIVRE...