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ADRIEN P. - TRADUCTEUR DE MICHAEL MUNN

  • 28 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    Le Projet le plus important de l'artiste

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    Il venait de faire sa promenade quotidienne dans Hyde Park et était de retour dans sa suite au sixième étage du Dorchester Hotel. Il était à Londres pour préparer ses acteurs pour les semaines à venir en Espagne où ils joueraient l'histoire d'Antoine et Cléopâtre. Il répéta seul ce matin-là, tendu mais en pleine concentration détendue. Il s'interrompait de temps en temps, comme un réalisateur interrompt un acteur, et se précipitait pour vérifier quelque chose dans l'ouvrage de référence. Cet après-midi-là il s'est rendu à Nottingham en tant qu'intervenant invité à une conférence John Player dans la salle de cinéma. L'une des questions qu'on lui a le plus posée ce jour-là était : « pourquoi portez-vous une veste brodée de plumes d'émeus ? » Il répondit patiemment à chaque fois : « je l'ai obtenue en jouant au tennis en Nouvelle-Zélande. »

     

    Pour un homme assailli par les inquiétudes et les attentes pour le film qu'il était sur le point de faire, il était remarquablement calme. Sur le chemin vers Nottingham, l'un des pneus de la voiture éclata sur l'autoroute. Il conseilla avec sang-froid aux autres passagers dans la voiture de se préparer au cas où la voiture se retournerait. Tandis que le chauffeur arrêtait la voiture,  il montra calmement le magnifique paysage de chaque côté de l'autoroute.

    N'arrivant que quelques minutes en retard, Charlton Heston resta tout aussi calme en répondant aux questions. Il avait appris à gérer ce genre de forum ouvert grâce à un auditoire, et il savait que les questions qui ressortiraient seraient les mêmes que celles auxquelles il avait déjà répondu des millions de fois. Il connaissait déjà les réponses comme s'il avait déjà lu un script. Donc quand quelqu'un lui demanda comment il avait coupé la Mer Rouge en deux, il répondit : « j'avais un gros bâton ! »

     

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    Peut-être que le public, comme beaucoup d'autres lors de telles conférences ou dans des studios télé, croyait voir l'homme tel qu'il est vraiment, mais c'est une performance, son caractère naturellement timide masqué par la masse de réponses enregistrées dans sa tête. Il répond simplement à chaque question avec une réponse appropriée, et si une nouvelle question apparaît, il crée une toute nouvelle réponse rapidement et l'enregistre mentalement pour s'en resservir plus tard.

    La conférence John Player fut un divertissement plaisant pour le distraire de ce qui occupait son esprit, mais une fois terminée, il laissa ses pensées de nouveau être submergées par Antoine et Cléopâtre parce que c'était la véritable raison de sa présence en Angleterre.

    L'équipe d'acteurs qu'il avait choisie était surtout composée d'Anglais comme Eric Porter, John Castle et Julian Glover. Il y avait aussi un certain nombre d'acteurs et de techniciens espagnols : un compromis qu'il avait fait pour être soutenu financièrement par une compagnie espagnole de films. Le reste de l'argent venait de banques et il s'est lui-même porté garant pour le remboursement. Il y avait réfléchi encore et encore ; réfléchi à s'il avait le droit de dépenser l'argent qu'il avait gagné pour la sécurité de sa famille, pour quelque chose qu'il n'avait à faire que pour satisfaire personne d'autre que lui-même. Il en discuta avec Lydia et elle le soutint de tout son cœur.

     

    vlcsnap-00084.png  (Julian Glover)          vlcsnap-00147.png     (John Castle)                                                                                                                                                            

                                                                                                 vlcsnap-00373.png(Eric Porter)

     

    Il se souvint du conseil qu'Olivier et Welles lui avaient tous les deux donné : « tu dois répéter toute la pièce pendant autant de semaines que possible avant de commencer le tournage, et tu as besoin d'un bon acteur pour jouer Antoine pendant que tu diriges les répétitions et que tu prépares le tournage. »

    Heston et sa troupe jouèrent toute la pièce pendant trois semaines une douzaine de fois ou plus pour la structurer et la restructurer. Hildegard Neil, qui faisait partie du casting, raconte :

    «Chuck voulait voir dans quelle genre de direction il devait aller. Il ne voulait pas forcément que tout soit bon dans les répétitions, mais au bout de deux semaines, on avait une idée assez claire de ce qu'il allait vouloir. On était capable d'aller au travail avec ses idées en tête. C'était nécessaire pour lui de faire ça, parce qu'une fois le tournage commencé, il faut s'occuper de la position de la caméra, le parcours à tracer etc.»

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    Les répétitions, qui avaient lieu dans une salle miteuse près de Covent Garden, montrèrent qu'il avait reçu d'excellents conseils. Le conseil d'avoir un autre acteur pour jouer son rôle pendant qu'il dirigeait était tout aussi précieux. Il choisit Julian Glover qui allait jouer Proculeius que, ironiquement, Charlton avait joué à Broadway.

    Hildegard dit de Glover : « il a appris toutes les répliques d'Antoine et il a joué les scènes avec moi, ce qui était inestimable. Il venait toujours avec des idées qui ne pouvaient pas lui servir à lui, mais à moi et à Chuck. »

    L'éloge d'Heston à Glover est éclatante :

    «La performance de Julian Glover en Proculeius est remarquable, mais son tout aussi bon travail en Antoine durant des répétitions interminables pendant que je donnais forme au rôle et au film n'est pas seulement une preuve de son talent, mais aussi de son sens de la discipline au travail.

    Pour un acteur, préparer tout un rôle et se le voir refuser à la fin, c'est comme emmener une dame à un bal, lui offrir du vin et le repas, puis la laisser dans les bras d'un autre homme. Qu'il ait supporté cette frustration avec une constante bonne humeur est un acte de bonté dont je ne lui serai jamais assez reconnaissant

    Heston était en Espagne dans l'été 1971 avec sa petite armée d'acteurs et de techniciens, transformant le terrain en Rome et en Égypte et retournant deux mille ans en arrière. Il n'avait que huit semaines pour que tout soit prêt. On força le rythme, on fit plus de compromis qu'il ne l'aurait voulu, des scènes furent sacrifiées pour gagner du temps, mais chaque acteur mit tout son cœur à produire le film que voulait Heston. D'après les propos de Hildegard :

    «Il y a mis ses tripes. On devient si loyal envers Heston parce qu'il est enthousiaste, parce que ça représente tant pour lui. On ressent aussi de l'émerveillement pour cette superstar de cinéma qui fait tant pour notre profession, un homme qui continue de prendre le temps de monter sur scène parce qu'il aime jouer au théâtre, un homme si impliqué dans tout ce qu'il fait.

    Tout le monde a uni ses efforts et cela donna une merveilleuse atmosphère.»

    Il n'y a probablement jamais eu de réalisateur qui inspirait plus de loyauté à ses acteurs qu'Heston, mais ce qui était vraiment remarquable, c'est qu'en plus de s'avérer être un réalisateur compétent, il réussit quand même à faire d'Antoine l'un de ses meilleurs rôles. Le voir briller en Antoine ne devrait cependant pas être si surprenant que cela. Comme il me le dit :

    «Antoine dans Jules César, que j'ai joué à l'université, dans le film de Bradley et dans celui de Burge, est sans doute le grand rôle classique le plus susceptible de fonctionner même si l'acteur est mauvais1. S'il ne devait y avoir qu'un seul rôle facile dans la pièce, ce serait celui d'Antoine. Non seulement c'est le rôle le plus court parmi les principaux, mais aussi de loin le meilleur. Je veux dire, regardez le pauvre Brutus, là, qui trime pour surmonter les difficultés, et ici Antoine qui se balade de temps en temps et qui n'a que des choses épatantes à faire.

     

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    (Charlton Heston dans le rôle d'Antoine en 1950 - JULES CESAR de David BRADLEY)

    Antoine dans Antoine et Cléopâtre est un rôle bien plus difficile que dans César, mais c'est intéressant d'avoir la chance, en un sens, de jouer le développement de cet homme, passant de l'homme sanguin de César dans lequel Antoine est une figure triomphante, à la tragédie grandissante de l'autre pièce dans laquelle le rôle d'Antoine est exquisément écrit.

    La pièce en elle-même n'a jamais été un grand succès sur scène, et d'après moi, c'est parce que toutes les autres grandes pièces se passent surtout dans la tête des personnages : ce qui se passe dans le cœur d'Hamlet est bien plus important que l'endroit où ça se passe. Le fait que Macbeth tue Duncan en Écosse n'a pas vraiment d'importance. Le fait qu'Othello vive à Venise n'a pas vraiment d'importance, mais Antoine et Cléopâtre joue beaucoup sur la différence entre Rome et l’Égypte. La pièce se passe très exactement à Alexandrie, en Grèce, en Sicile et à Rome. C'est également la seule parmi les pièces majeures où se passe une bataille où le résultat a beaucoup d'importance pour les rôles principaux, et représenter la bataille d'Actium sur scène est presque impossible2. C'est juste infaisable, et il y a deux batailles principales dedans.

    C'est la pièce qui exige à tout prix une caméra. William Shakespeare était un auteur de cinéma né.»

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    Tandis que le tournage avançait, rien n'aurait pu détourner Heston de son objectif. Même quand on le tint un jour pour malade, il est venu en titubant jusqu'au plateau et maintint le rythme malgré un hébétement maladif. Son propre professionnalisme strict mena inévitablement à des angoisses. Rafael Pacheco, le directeur de la photographie, semblait prendre tout son temps pour éclairer le plateau, faisant perdre un temps précieux et forçant Charlton à éliminer des scènes qu'il avait prévu de faire. D'autres contretemps lui firent considérer son contrat de coproduction comme une erreur, et il avait encore d'autres problèmes à gérer.

    Les migraines continuelles de Lydia étaient plus insoutenables que jamais, et il se demandait à quel point il en était la cause. Il avait également conscience en regardant les prises de vue, qu'Hildegard Neil, aussi bonne actrice soit-elle, n'était pas la grande Cléopâtre qu'il avait espérée et qu'Orson Welles lui avait dit d'avoir. Toutefois, il se dit que la pièce était ce qui comptait et qu'il pouvait quand même approchait de son rêve. Il savait qu'en tant que cinéaste, il ne pourrait jamais complètement réaliser son rêve dans un projet, mais il voulait juste en approcher, et il essaya de toutes ses forces.

    Alors, quand les huit semaines de tournage s'achevèrent, il se mit au milieu du décor vide, le regardant être démonté. Il était fatigué. Il avait relevé le défi et survécu, mais aussi loin que sa mémoire puisse remonter, il n'avait jamais été aussi fatigué, et il avait hâte de rentrer à la maison.

    Même l'épuisement sans limite n'était cependant pas suffisant pour siphonner toute la joie d'avoir fait Antoine et Cléopâtre, même la perspective de tout le montage et le doublage qu'il restait à faire. Il me dit : « j'ai aimé faire ce film. Ce fut le projet le plus important… le plus important sur le plan créatif de toute ma vie. »

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    1Heston, en anglais, dit que le rôle d'Antoine est « actor-proof » (litt. « qui résiste à l'acteur »)

    2Parce que c'est une bataille navale

  • 27 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    Amis, Romains, Compatriotes !

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    Le noël de 1967 fut passé comme beaucoup d'autres dans la cabane à St Helen. Durant un nuit froide, Charlton fut réveillé par un télégramme de Peter Snell, un jeune producteur presque inconnu lui proposant de travailler ensemble sur une pièce de Shakespeare pour la télévision. Ils commencèrent à communiquer par lettre. Charlton voulait faire Jules César, et voyant que c'était de son nom qu'avait besoin Snell pour mettre en place le moindre contrat, il fut très clair sur sa volonté d'avoir un contrôle total du script, de devoir approuver tous les choix d'acteurs et de vouloir incarner Marc-Antoine lui-même.

    Quand Snell montra son idée à Commonwealth United, ils décidèrent qu'une telle propriété et  une star telle que Charlton Heston méritaient mieux que la télévision, donc ils commencèrent de sérieuses préparations pour en faire une adaptation au cinéma. Ils sentirent que ce ne serait pas du Shakespeare classique habituel, mais un spectacle à gros budget avec " M. épopée en personne", Charlton Heston. Au départ, Heston avait accepté de faire le film à la télé contre un cachet de 100 000 dollars et 15 pour cent des bénéfices. Il était tellement motivé à faire la pièce et à jouer Antoine qu'il accepta aussitôt de faire le film aux mêmes conditions.

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    Avec le nom d'Heston comme sorte de garantie, Snell se retrouva entouré d'une troupe d'acteurs notables : Robert Vaughn en Casca, Sir John Gielgud en César, Richard Johnson en Cassius, Richard Chamberlain en Octavius, Jill Bennett en Calpurnia, Diana Rigg en Portia et Orson Welles en Brutus. Chaque nom devait être approuvé par Charlton, mais il n'était pas du tout satisfait par le choix du réalisateur, Stuart Burge. Snell dut convaincre Heston, lui rappelant le film Othello de Burge et Olivier. Charlton n'était pas impressionné. Othello n'était rien d'autre que du théâtre filmé, mais il était déjà si attentionné avec Snell qu'il capitula, maintenant son contrôle sur toute la production.

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    Welles disparut alors mystérieusement, donc Snell offrit le rôle de Brutus à Jason Robards Jr. qui faisait alors Tora ! Tora ! Tora ! Il accepta et se retrouva à jouer un rôle pour lequel il n'était pas du tout taillé.

    Pendant les répétitions, Gielgud, probablement l'un des plus grands acteurs d'Angleterre, avait du mal à se rappeler de laisser de côté les répliques coupées. Il connaissait toute la pièce par cœur et continuait de naviguer le long du texte complexe. Heston dit gentiment à Burge : « je crois que John devrait récupérer toutes ses répliques ! » Ce fut le cas.

    Charlton se retrouva de nouveau à Madrid où les lieux et surtout les batailles pour Jules César allaient être filmés. Pendant les premières heures du premier jour du tournage, on n'avait pas besoin de Charlton, et il alla rapidement dormir sur un rocher pendant que Robards jouait la scène du suicide. Ainsi, au moment où ce fut son tour de commencer le tournage, il était éveillé et prêt. C'était tôt dans la soirée, mais Heston était frais et la tête pleine d'idées d'améliorations. Il appela Burge et Robert Furnival, qui avaient adapté la pièce en script, et suggéra de donner la dernière réplique de Lucilius (« comment meurt-il, Strato ? ») à Marc-Antoine. Il les convainquit que cette réplique mariée au dernier discours de Marc-Antoine amènerait un nouveau ressenti de la fin de la pièce. Les trois hommes approuvèrent la modification et firent ainsi.

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    Au programme des quelques jours suivants étaient les scènes de bataille impliquant 600 figurants, mais les prévisions météorologiques les obligèrent à revoir leur planning. Le soleil brilla un jour après et Heston, à cheval, suivi par des centaines de figurants à pied, prit sa position sur une montagne pétrifiée sous la direction du réalisateur de l'équipe secondaire, Joe Canutt. Les scènes furent tournées muettes, et tandis que les troupes embusquées d'Antoine chargeaient, la voix de Canutt lança le signal aux figurants en attente, « Acción, caballería, Acción ! » à chaque fois que la cavalerie chargeait, les figurants en attente qui devaient représenter les soldats pris dans une embuscade quittaient les rangs et fuyaient. Ils avaient été recrutés dans les villages alentours et malgré que le script leur disait de rester sur place, ils n'avaient pas l'intention de se faire décimer par la charge de la cavalerie romaine.

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    C'est pendant qu'ils étaient là que l'idée vint à Chuck de faire quelque chose qu'il avait toujours rêvé de faire.

    Il dit :

    «Je me souviens d'un jour en Espagne où je chevauchais vers le lieu de tournage avec Richard Johnson et Richard Chamberlain et où nous discutions de Shakespeare. Je leur dis que je trouvais qu'Antoine et Cléopâtre était idéal pour un film, et que Shakespeare avait même écrit sa pièce en cinquante scènes tout comme un film.

    J'ai commencé à décrire certaines de ces scènes en termes filmiques, des scènes que je jouais dans ma tête depuis vingt ans, depuis la première fois que j'avais joué la pièce à Broadway dans ma jeunesse. Eh bien, je ne sais pas si j'ai réussi à les convaincre, mais je m'étais clairement convaincu moi-même.

    Cette après-midi-là, nous en avons discuté avec Snell et avons décidé d'essayer

    En attendant, ceci dit, ils devaient toujours terminer Jules César dans les studios d'Elstree où le forum romain avait été recréé pour la fameuse scène des oraisons funèbres. Heston avait méticuleusement travaillé sur la façon dont devait être formulé le discours d'Antoine. Il le lut à Burge et Furnival qui lui servirent de foule.

    « Amis ! » cria-t-il. Un rire émergea de la foule. « Romains ! » La foule n'était plus intéressée. Il se jeta en avant, attrapant un des figurants. « Compatriotes, prêtez-moi une oreille attentive. » C'est comme ça qu'Heston voulait le jouer, et c'est comme ça qu'il l'a joué. Non pas qu'il voulait passer outre le réalisateur, mais il n'était pas parfaitement content de Burge. Quand ils étaient en train de filmer la dernière partie de son discours, Heston arriva à sa dernière réplique, « Quand reverrons-nous un autre comme lui ? ». La foule hurla.

    « Coupez ! » cria Burge assis à côté de sa caméra surélevée. Il regarda Heston, muet et incertain de ce qu'il voulait tout en sachant que cette scène n'allait pas. « Est-ce que j'ai fait quelque chose de faux ? » demanda plaintivement Chuck. Burge resta immobile, ne faisant que regarder Heston. Le silence commençait à devenir gênant. « est-ce que j'ai trop vite descendu les escaliers ? » demanda Chuck, suppliant pour avoir une réponse. « eh bien, ça ne ferait pas de mal que tu descendes un peu plus lentement, » répondit Burge.

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    Ils firent une autre prise, et Heston retourna à sa chaise, certain que ça s'était bien passé. Il fut soudain rappelé sur le plateau. Ils la refirent encore une fois, mais Burge cria « coupez ! » avant d'en être arrivé à la moitié.

    « Chuck, décale-toi un peu », cria-t-il. « Maintenant, tout le monde se presse contre lui. Remonte d'une marche. Maintenant, quand Chuck parle de la volonté, je veux que vous deveniez tous une foule très dangereuse et menaçante. » Burge avait trouvé ce qui le gênait. C'était la foule, pas Heston, mais Charlton était content de sa propre performance, et ça l'agaça que son réalisateur n'ait pas été capable de dire ce qui ne lui plaisait pas.

    C'est pendant qu'il faisait Jules César qu'un journaliste lui demanda : « est-ce que vous aimeriez un jour être réalisateur ou producteur de film ? » Il répondit : « Non, absolument pas. Je vis très bien sans devoir diriger les choix d'acteurs, de script, de dessin et compagnie. » Il était aussi capable de faire plus sur le plan artistique que son travail d'acteur. Il avait de l'autorité et plus de pouvoir que le producteur ou le réalisateur. Quand il entendit qu'ils songeaient à renommer le film L'Assassinat de Jules César, il rétorqua : « j'ai accepté de faire le Jules César de Shakespeare, et il restera ainsi. »

    Tandis que la production touchait à sa fin, Heston et Snell commencèrent à travailler sur les préparatifs pour Antoine et Cléopâtre presque comme une suite à Jules César avec Chamberlain reprenant son rôle d'Octave, mais le gros du travail était encore le montage de César. Quand il rentra à la maison, Charlton envoya une lettre détaillée à Burge explicitant plan par plan la façon dont il voulait que sa scène d'oraison soit montée, incluant des détails de doublage de la foule.

    Quand Heston vit le résultat final, il n'était pas satisfait. Il avait espéré que la pièce se suffisait à elle-même, mais d'après lui, l'interprétation de Robards et la réalisation étaient deux énormes défauts, et il fut déterminé à laisser la réalisation de sa propre production d'Antoine et Cléopâtre au meilleur réalisateur Shakespearien disponible, ce qui limitait le choix à seulement deux hommes : Orson Welles et Laurence Olivier.

     

    Maintenant Plus qu'Un Acteur

     

    L'île hawaïenne de Kauai aurait pu être le paradis parfait dans lequel Charlton aurait pu passer son temps à faire un script pour Antoine et Cléopâtre. Et c'est effectivement là-dessus qu'il passa le plus clair de son temps libre tout en admirant la mousse couleur lavande sur le sable et le soleil miroitant sur l'océan. Dans une certaine mesure, il avait cependant de la rancune de voir son temps pris pour le tournage de Le Maître des îles, un film qu'il n'avait pas envie de faire mais dont il espérait gagner de l'argent plus que nécessaire pour financer son propre rêve.

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    C'était ironique qu'il soit là à jouer ce film qui devait être la suite de Hawaï. Après tout, il avait rejeté le rôle que joua Richard Harris dans le premier film, et maintenant il était là, à jouer le fils d'Harris devenu maître des îles. Tom Gries était de nouveau le réalisateur, mais le flair dont il avait fait preuve dans Will Penny, le solitaire avait décliné.

    Ce fut un soulagement de finir ce film et retourner au travail bien plus gratifiant, quoique bien plus frustrant d'adapter Antoine et Cléopâtre à l'écran. Il commença à songer à de nombreuses actrices pour le rôle de Cléopâtre parmi lesquelles Anne Bancroft, Glenda Jackson et Irene Papas, mais il était incapable de se décider. Beaucoup de partenaires financiers, parmi lesquels de gros studios, avaient exprimé leur intérêt pour cette entreprise quoiqu'en 1969, il commença à penser que c'était comme si personne n'allait lui fournir l'argent dont il avait besoin. Sa frustration augmentait tout comme la fréquence des terribles migraines dont souffrait maintenant Lydia.

    Il alla voir Olivier et Welles pour leur proposer d'être son réalisateur, mais aucun des deux hommes ne pouvait – ou voulait – être le premier à réaliser une adaptation filmique d'Antoine et Cléopâtre. C'était un nouveau coup dur pour Charlton. Quand il avoua à Welles qu'il n'avait encore trouvé personne pour incarner Cléopâtre, Welles lui dit : « si tu ne trouves pas une grande Cléopâtre, tu ne peux pas faire cette pièce, mon garçon. » C'était le meilleur conseil qu'on aurait pu lui donner.

    Il en vint également à la conclusion que s'il faisait le film selon ses propres règles sur tous les plans, autant qu'il le réalise lui-même. Peter Snell me dit :

    «Chuck réalisa Antoine et Cléopâtre parce qu'il ne trouvait pas de réalisateur disponible. Il dit : « Mon dieu, je connais tellement bien la pièce que je vais essayer de la réaliser avec l'aide d'un bon cameraman. »

    Il fit un travail de réalisation dont il peut être fier pour ce film. Contrairement à la plupart des gars qui ont tenté de se diriger eux-mêmes et n'ont pas vraiment réussi, Heston n'a jamais voulu être réalisateur. Il se retrouva cependant dans une situation où le seul moyen pour lui de voir ce film fait était de le réaliser lui-même.

    Chuck trouva enfin le temps d'auditionner des actrices. Les deux qui l’impressionnèrent le plus qui étaient disponibles furent Hildegard Neil et Barbara Jefford. Il alla exprès à Londres pour filmer des séquences tests avec elles.

    Hildegard se souvient de son audition pour Cléopâtre :

    «Chuck m'a dit qu'il cherchait depuis longtemps une Cléopâtre. Il était dans les préparatifs depuis un an environ et avait visiblement songé à beaucoup de monde, mais quand on s'est rencontré (en hiver 1970) il en était encore à la phase de recherche. Je jouais alors Hélène de Troie au Aldwych Theater, et je crois que Chuck avait vu une de mes performances et avait griffonné mon nom dans un coin.

    Quelques mois plus tard, mon agent me téléphona et dit : « nous allons rencontrer Charlton Heston au Dorchester dimanche. » Il ajouta que c'était à propos de Cléo. J'ai décidé de regarder tout cela comme une idée tirée par les cheveux, mais je me suis activée parce que je me suis dit que ce serait très intéressant de le rencontrer.

    Il vint à ma rencontre à l'entrée, un grand homme large et massif. On s'est très bien entendu et avons discuté pendant plus de deux heures. Je pensais ne rester que dix minutes.

    Il a ensuite vu une de mes pièces à la télévision, "A Casual Affair", et il s'arrangea pour revenir dans le mois pour faire un test pendant deux jours. Je considérais cela comme une fin en soi d'avoir le privilège de jouer ce rôle charmant, ou tout du moins un extrait, avec Charlton Heston dans le rôle d'Antoine.»

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    Le jour après son essai avec Barbara Jefford, Chuck amena Hildegard à dîner au Dorchester. Elle fit quelques remarques sur la façon dont sa bouche se tordait dans les gros plans, et il la ragarda et lui dit : « tu ne dois pas parler de la sorte de ma Cléopâtre. »

    Avec ses séquences d'essai prêtes à être montrées aux studios, Charlton devait retourner au travail plus routinier d'acteur.

    C'était une façon étrange de commencer un film ; tôt un dimanche matin dans les rues désertées de Los Angeles avec Heston marchant seul en ayant l'impression d'être le dernier homme sur terre, ce qui était exactement le sentiment qu'il devait ressentir.

    Il faisait Le Survivant1 dans lequel il joue littéralement le dernier humain normal sur la surface de la terre, tout le monde ayant été transformé en des créatures de la nuit (quelque chose comme des zombies ou des goules). Basé sur le livre Je suis une légende, c'est un thriller d'horreur-science-fiction que Charlton avait depuis longtemps envie de faire, et même quand toute son attention était consacrée à la préparation d'Antoine et Cléopâtre, il était également très actif sur la production de Le Survivant.

    Il dit :

    «Orson Welles m'en avait prêté une copie et j'ai été fasciné, mais nous faisions un autre film à ce moment-là, et nous fûmes ensuite impliqués dans d'autres projets. Par la suite, plusieurs années plus tard, quand je faisais un film avec Walter Seltzer, nous devions rassembler de nouvelles idées. Je me suis souvenu du livre que Welles m'avait donné. Je savais qu'il était quelque part chez moi, mais impossible de remettre la main dessus.

    J'ai dit à Walter que j'étais certain que le titre était "Mon nom est légion"2. Walter était alors à Londres et dit qu'il irait l'acheter chez Foyle's bookshop et qu'on pourrait en parler plus tard. Quand je suis arrivé à Londres quelques jours plus tard, je lui ai demandé s'il l'avait lu.

    Il me dévisagea d'un air suspicieux et me demanda : « tu es sûr que c'est le bon livre ? »

    "Mon Nom est Légion" s'avéra être un gros volume épais de statistique sur la population !»

    Le bon livre, "Je suis une légende", fut finalement trouvé, Charlton et Seltzer le présentèrent à Warner qui accepta de le financer. Il était réalisé par Boris Sagal, un personnage plutôt lunatique, et quand il y avait un problème entre lui et le cadreur Russell Metty, c'était à Heston de calmer les choses.

    Pour lui, il n'y avait plus rien qui ressemblât à la « routine de l'acteur ».

    C'était l'idée d'être le dernier homme sur terre qui plaisait le plus à Heston.

     

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    Imaginez pouvoir aller faire vos courses dans un magasin rempli à ras bord et juste prendre ce que vous voulez, ne plus avoir à faire la lessive parce que quand une chemise est sale, il suffit d'en prendre une nouvelle.

    Ne pas seulement avoir tous les whiskys de quarante ans d'âge à ranger dans son bar, mais aussi les trésors des musées d'art à accrocher à ses murs.

    Pour pouvoir filmer les scènes de rues désertes que nous avons filmées un dimanche matin dans le quartier financier de Los Angeles, qui est déjà assez désert quand c'est tôt le matin, il a bien sûr fallu demander à la police de bloquer les rues environnantes.

    Une partie de la séquence se passe sur une autoroute déserte. Nous avons utilisé pour cela une nouvelle autoroute qui n'avait pas encore ouvert. Mettez quelques voitures vides avec les portières ouvertes et ça donne un effet très inquiétant.

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    Il pense qu'il y a une morale dans ce film, similaire à celle de La Planète des singes. « Je suppose que c'est l'homme qui est un animal dangereux, peut-être le plus dangereux de tous, » dit-il.

    Le film fut un succès, et talonnant de près La Planète des singes et Le Secret de la planète des singes, il était soudainement considéré comme une figure culte parmi les fans de science-fiction, mais ce ne fut pas longtemps avant qu'il ne soit de nouveau en costume – et ravi de l'être.

    1The Omega Man, Omega signifiant la fin en grecque (NDA)

    2My Name is Legion

  • 26 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

     

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    Un Succès singé

    Souvent, rien ne soulage plus la perte d'un être cher que le dur labeur, et Charlton avait la chance d'avoir un film à faire pour se ressaisir. C'était La Symphonie des héros1, un drame de guerre dans lequel il incarne un chef d'orchestre en tournée avec son orchestre dans une Europe déchirée par la guerre. Quand l'orchestre est capturé par les Allemands, Heston se retrouve à mener une bataille d'esprit avec leur ravisseur brillamment joué par Maximilian Schell.

    Charlton a été formé à diriger un orchestre par Léo Damiani pendant deux mois, et Heston dit que ce qui l'intéressait dans ce film était précisément le défi de devoir apprendre à être chef d'orchestre :

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    (Leo Damiani)

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    «Mon goût a toujours penché pour la musique, mais comme on l'apprend rapidement, diriger un enregistrement de Beethoven à une heure du matin chez soi, n'est pas pareil… ce n'est pas comme ça qu'ils font.

    Le fait que je sois musicalement illettré rendit la tâche compliquée. Un chef d'orchestre doit connaître la partition par cœur, et on ne peut pas apprendre une partition symphonique sans être vraiment capable de lire les notes. Heureusement, il restait du temps avant le début du tournage et nous avons réussi à trouver une solution à chacun de ces problèmes.

    Je dirai sincèrement qu'apprendre à faire semblant d'être chef d'orchestre fut la préparation la plus difficile que j'aie jamais faite pour un film.»

     

    Il sortait de chaque session d'entraînement couvert de sueur, mais il apprit ainsi à diriger la cinquième symphonie de Beethoven (ou du moins une partie), Le Lac des cygnes et un peu de Brahms.

    Début 1967, après avoir fini La Symphonie des héros, il fut convoqué à Washington où le président L. B Johnson le nomma personnellement au National Council of the Arts. C'était une responsabilité supplémentaire qu'il promit d'endosser du mieux qu'il pouvait bien qu'il portait déjà le poids de la présidence de la Screen Actors Guild et était lourdement impliqué à ce moment-là pour bloquer le plan proposé d'amener des touristes sur les plateaux en plein tournage.

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    Avec tant de choses se passant en même temps, il est surprenant qu'il ait trouvé le temps de jouer, mais il avait les yeux rivés sur un petit western pas comme les autres, Will Penny, le solitaire2. Il explique :

    «Le script me fut apporté par Walter Seltzer, je le lus et j'eus envie de le faire aussitôt. J'ai supposé que l'homme qui l'avait écrit, Tom Gries, était un historien ou une figure éminente de l'histoire de l'Ouest, mais il s'avéra être un auteur amateur qui n'avait jamais écrit de western. J'ai dit à Walter que le projet pourrait intéresser Wyler ou Georges Stevens, mais il me dit qu'il y avait un os. L'auteur voulait réaliser le film lui-même.

    Je lui ai demandé ce qu'il avait réalisé auparavant : rien du tout, dit Walter. Le script était cependant tellement bon et j'avais tellement envie de le faire que nous avons fini par céder

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    Lydia face à Chuck dans "WILL PENNY LE SOLITAIRE"

    C'est le nom d'Heston qui convainquit Paramount de soutenir le film, et le tournage commença à Bishop, en Californie. Lydia offrit ses services juste pour une journée dans un petit rôle tandis que le rôle féminin principal revint à Joan Hackett dont le talent et le professionnalisme ravirent Heston. Malheureusement, Joan Hackett est maintenant partie, sans avoir exploité tout son potentiel d'actrice de marque.

    Donald Pleasence jouait le méchant au cœur noir du film et sembla remarquer que beaucoup de ses scènes furent coupées par déférence pour Charlton Heston, mais il a une histoire amusante à raconter :

    «Je jouais un homme sauvage, un fou qui tirait sur tout le monde, avait une maîtresse et torturait Charlton Heston. À la fin, Heston m'abat avec un fusil à canon scié, me faisant valdinguer plusieurs mètres en l'air. Après que nous avons fait cette scène, Heston me dit : « ça t'apprendra à t'en prendre au personnage principal. »

    Ce qui attira vraiment Heston dans ce film, hormis la qualité du script, était son authenticité. Il dit :  

    «Will Penny, le solitaire est le contraire de L'Homme des vallées perdues3 en terme de protagoniste, mais son environnement avait le même réalisme. Penny n'est pas un mythique héros de western avec une peau de daim dorée, un chapeau couleur fauve, plusieurs pistolets et un cheval alezan bien pouponné.

    Je porte un chapeau trentenaire déchiré, une moustache en guidon de vélo et des jambières en cuir que j'avais volées d'un précédent film et que j'avais gardées au fond du placard. Je ne chevauche pas un cheval bien bichonné mais un qu'on laissa volontairement dans un enclos en extérieur pour qu'il ait un pelage d'hiver.

    Sur place, où tout est nécessairement plus éloigné comme l'assistante du réalisateur, la perche du micro  et le cameraman, on est dans un environnement complètement immersif, et il est plus simple de remplir une des missions de l'acteur qui est de se persuader que les circonstances de l'histoire donnée sont réelles. Je pouvais bien mieux le faire en chevauchant dans la poussière provoquée par un millier de têtes de bétail dans l'Orange River Valley où nous tournèrent Will Penny le solitaire, que je ne l'aurais pu sur les plateaux totalement « réalistes » que l'on construisait dans les studios d'enregistrement.»  

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    Donald Pleasence, Anthony Zerbe, Bruce Dern. 

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    (Lee Majors) 

    Will Penny, le solitaire, l'histoire d'un cow-boy vieillissant qui pense être trop vieux pour changer même par amour, reste un des chouchous d'Heston. Il me dit également que c'était l'un des deux seuls films dont il se souvienne (Khartoum étant le deuxième) pour lequel le script fut à peine modifié.

    C'est en faisant Will Penny, le solitaire que Charlton, se laissant convaincre par son camarade à l'affiche Bruce Dern, se mit à la course pour rester en forme. Il détesta ce coureur-professionnel-devenu-acteur depuis lors, dit-il en plaisantant, mais depuis, courir est devenu une habitude quotidienne.

    Comme cela arriva si souvent aux projets qui lui tenaient à cœur, le film fut un échec malgré les critiques positives. Heston blâme les distributeurs qui ont soudain projeté le film à l'inauguration d'un théâtre à Londres, sur un écran installé à la hâte. Personne ne savait que c'était là, et Paramount décida finalement de l'intégrer dans une double séance avec un film de Tarzan pour enfants qui n'étaient pas le public ciblé par ce film.

    Heston n'avait plus eu de succès inconditionnel depuis Le Cid, et il désespérait d'en trouver un. Il travailla en réalité en silence en arrière-plan d'un film qui sera en fin de compte exactement ce qu'il cherchait.

    « Je veux trouver quelque chose comme King-Kong, » dit le producteur Arthur P. Jacobs. En fait, il demandait à tous les agents littéraires du coin s'ils avaient quelque chose pour lui. Un agent français l'appela alors et lui dit : « j'ai quelque chose pour toi qui est tellement bizarre que je ne pense pas que tu puisses le faire. » Il continua en racontant le récit du roman La Planète des singes de Pierre Boulle, une histoire où les singes sont les maîtres et les hommes sont les bêtes.

    Jacobs était extasié devant l'idée. « je l'achèterai, il me le faut, » cria-t-il.

    « je pense que tu es fou, mais d'accord, » lui dit l'agent.

    Jacobs passa les trois années et demi suivantes à tenter de convaincre un studio de le faire en montrant des croquis des singes qu'il avait commandés, mais chaque studio disait « pas possible ». « j'ai ensuite demandé à Rod Sterling de rédiger le script, » explique Jacobs, « et je suis retourné voir tout le monde : refus catégoriques. Je me suis alors dit que peut-être que si j'avais un acteur… je suis allé vers Heston qui accepta dans l'heure. »

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    Jacobs avait trouvé de l'or, car comme l'expliqua Heston, « j'étais fasciné par l'idée vu son évident potentiel commercial. J'ai donc dit à Arthur ce que je dis rarement pour un projet qui n'est pas encore bien financé, que j'étais prêt à le faire. »

    Charlton suggéra que Frank Schaffner serait le réalisateur idéal et Jacobs réussit à le convaincre lui aussi. Il retourna alors auprès des studios. Chez Fox, l'attention de Richard Zanuck fut attirée, mais il dit : « c'est très bien tout ça, mais qu'est-ce qu'on fait si les gens rient à cause des costumes ? Jacobs convainquit Zanuck de les laisser filmer une tentative avec Heston et Edward G. Robinson dans le rôle du singe Zaius. Le test montra que Jacobs avait raison et que les singes n'étaient pas risibles, et Fox leur donna le feu vert bien que le tournage ne commença qu'un an après le test, à Page, en Arizona.

    Twentieth Century-Fox est l'un des studios préférés d'Heston bien qu'il n'y ait travaillé qu'en de rares occasions. Jugeant comment le studio géra les Singes, il dit, « j'aime la façon qu'ils ont de travailler chez Fox. » il continue :

    «Je pense que Richard Zanuck mérite une grande part de crédit pour le fait que Fox a financé le film car il examina attentivement le projet et les coûts énormes qu'il impliquait. Zanuck avait une grande confiance en Franklin Schaffner, tout comme moi, non seulement comme réalisateur plein de créativité, mais également comme un bon capitaine.

    Frank et moi avons travaillé plusieurs fois ensemble et avons de bonnes relations. Je pense que nous envisagions de la même manière le projet et tout sembla se mettre en place très efficacement. Les problèmes majeurs dans la création du film s'avérèrent surtout d'ordre technique. Les problèmes créatifs allaient sûrement se régler d'eux-mêmes.

    Il y a peu d'histoires de science-fiction qui laissent la moindre place pour l'évolution du personnage. Les tentatives désespérées de Taylor pour communiquer quand il est momentanément incapable de parler est un merveilleux défi pour un acteur. Je dois dire que ce fut l'un des rôles les plus physiquement douloureux que j'ai fait puisque j'étais battu à coup de bâton ou de pierres presque dans chaque scène, ou alors traîné avec une laisse autour du cou ou aspergé à la lance à eau quand je ne tombais pas d'une falaise.»  

    Ce film inaugura également sa toute première scène nu. La nudité ne laisse pas indifférent Heston. Il dit :

    «si on le fait seulement pour montrer un corps nu, je crois qu'on rate l'objectif. La nudité doit être utilisé avec grande sélectivité autant que de sensibilité, mais il y a parfois une remarque pertinente à faire à travers la nudité. Le genre d'idée que nous développons dans les Singes durant la scène dans la salle du trône où Taylor est dénudé pour montrer que ça n'a aucune importance pour les singes, pas plus que de retirer le collier d'un chien. Je défie quiconque de trouver un meilleur moyen de montrer ce que les singes ressentent envers les humains que de le voir dénudé et se tenir debout entièrement nu.

    Il y a eu une étrange erreur de parcours dans le tournage de cette scène où les trois juges font le tableau « ne voient pas le mal, n'entendent pas le mal, ne disent rien de mal. » On peut justifier tous les autres clichés employés par les singes car leur culture est une imitation d'une autre, leur faisant logiquement employer les clichés langagiers, mais il n'y a aucun moyen de justifier ça : c'est faux.

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    Quand nous tournions la scène, Frank dit : « ce serait terriblement drôle d'avoir une prise où ils le font. » On en a ri, et il ajouta « non, ça ferait tâche, je ne devrais pas faire ça. » Je dis : « pourquoi ne pas en faire une pour la forme, » et il répondit « très bien. » On l'a fait, on a ri, et tout le monde trouva cela merveilleux, mais il ne voulait pas le garder au montage.

    Mais alors, sans savoir pourquoi, la prise finit dans le premier montage et tous les échelons du studio le virent et dirent, « non, ne change rien ! » ils eurent un premier pré-visionnage, et ce fut un énorme succès. Alors voilà.»

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    Le film fut un succès immédiat, et Fox, certain qu'il n'y avait pas de meilleur affaire qu'une affaire de singes, se prépara pour une suite, ce qui terrifia Heston. Résistant à tout prix à tous les efforts pour qu'il y joue, il se concentra sur une pièce à la télévision, Elizabeth and Essex, à la fin de l'année 1967. Bien sûr, il incarnait Essex, aux côtés de Dame Judith Anderson en Elizabeth. Ce fut un prestigieux spectacle, réalisé par George Schaefer qui remporta un Emmy Award.

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    Judith Anderson et Chuck dans ELIZABETH AND ESSEX

    Pendant ce temps, Fox était inflexible en voulant répéter son succès et un script fut pondu pour Le Secret de la planète des singes.

    Ce fut le premier film dans lequel Heston fut impliqué qu'il ne voulait vraiment pas faire.

    Il explique :  

    «Je me sentais en quelque sorte redevable envers Richard Zanuck. Le premier avait été un tel succès à la fois critique et commercial, et j'étais si reconnaissant du rôle et de la récompense matériel qu'il m'avait apportée. Ils vinrent me parler d'une suite aussitôt que l'écrasant succès devint indéniable. Je répondis : « vous savez, il n'y a pas de suite. Il n'y a qu'une seule histoire. Il peut y avoir d'autres péripéties parmi les singes, ça peut être un film divertissant, mais sur le plan créatif, on n'a rien qui ressemble là à un film. »

    Maintenant, comme je l'ai dit à Zanuck, ce commentaire n'était nullement destiné à les critiquer. Un film qui engrange vingt-deux millions de dollars, qui a le potentiel de faire l'objet d'une ou plusieurs suites donne évidemment une responsabilité vis-à-vis des actionnaires et tous les autres membres de l'industrie du cinéma comme vous, qui gagnent de l'argent grâce aux profits du film.

    C'est sûr que sur le plan de l'histoire, le premier est le seul à en avoir une. Néanmoins, je me sentais redevable envers Zanuck et lui dit que je serais heureux de le faire comme un service à un ami 

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    LE SECRET DE LA PLANETE DES SINGES avec James FRANCISCUS et Charlton HESTON

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    En acceptant de faire le film, il leur fit promettre de le tuer à la fin du film pour qu'il ne puisse absolument pas réapparaître dans une quelconque suite à venir. Ils acceptèrent et il leur donna même l'idée de faire exploser toute la planète, croyant probablement que cela mettrait fin à la série une bonne fois pour toute.

    Fox était rusé, cependant. Ils réussirent quand même à faire encore trois suites et une série télévisée.  

    Charlton Heston ne s'était plus autant amusé d'un gros titre sensationnaliste depuis qu'un torchon italien criait fort « Les Poux de Michel-Ange. » Cette fois, c'était un magazine people américain qui titrait avec une intensité choquante « Charlton Heston : la scène d'amour NUE qui est allée  trop loin ! » Non : pas l'homme qui a peint la chapelle Sixtine, suppliait ingénument le magazine. Pas le président de la Screen Actors Guild. Pas Charlton Heston !

    Ils ont suggéré que ce devait être Kirk Douglas. Non, ils démentirent eux-mêmes leur propre révélation choquante. C'était vraiment Chuck Heston. Wow, quel scandale !

    La scène était pour un film sur un footballeur vieillissant, Number One, dans lequel Heston partageait le lit avec l'actrice Jessica Walter. C'était en tout bien tout honneur : elle jouait sa femme. Évidemment, quelqu'un parmi le département communication, certain que personne ne trouverait un film sur le football américain aussi sensationnel qu'un film dans lequel Heston a une scène au lit, couvrit les bureaux de la presse à scandale des photos les plus langoureuses d'Heston et madame Walter, puis les invita à rencontrer les deux vedettes dans les studios.

    Heston obtempéra scrupuleusement, acceptant de parler de sa scène de nu. À la grande déception des journalistes, il dit : « ce ne sont pas vraiment des scènes nues. Nous étions habillés. Là, je vais vous montrer. » Il montra une photo de lui et Jessica allongé dans un étreinte passionnée. « vous voyez, rien qui ressemble à une poitrine dénudée. Ce sont des scènes extrêmement sensuelles, mais c'est le visage de Jessica, pas la nudité, qui donne cet effet. »

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    NUMBER ONE (photo Cinémonde 1969)

    L'affaire une fois éclaircie, la presse people essaya encore de trouver quelque chose à se mettre sous la dent avec la rumeur qui courait selon laquelle Charlton Heston était vraiment nu. Ils ne semblaient clairement pas intéressés par le fait de faire savoir à leur lectorat ce qui avait vraiment décidé Heston à faire Number One.

    Cela arriva en 1963 tandis qu'Heston lisait un article sur la vie d'un quarterback. Un film commença à prendre forme dans sa tête. Avec le soutien et l'intérêt de Walter Selzter, il contacta Richard Zanuck qui accepta de payer pour qu'un synopsis soit rédigé. Charlton et Walter étaient contents depuis qu'ils avaient commencé avec Le Seigneur de la guerre à utiliser leur propre argent dans la rédaction de scripts. Mais quand le père de Dick, Darryl F. Zanuck, toujours actif chez Fox, a vu le synopsis, il le rejeta aussitôt. United Artists reprit finalement le projet en promettant à Heston une part des revenus mais pas d'avance financière, donc si le film était un échec, il était possible qu'il n'en tire aucun profit. Ce n'est que vers fin 1968 que le tournage commença enfin sous la direction de Tom Gries.

    Pour se préparer pour son rôle de quaterback, Heston passa des semaines à s'entraîner avec les entraîneurs de l'USC Craig Fertic et Marx Goux. Il se blessa le dos, eut de terribles crampes aux jambes, se froissa un muscle de l'abdomen et, durant le vrai tournage, s'est fêlé une côte quand un footballeur de 100 kilos le chargea. Tandis qu'il était allongé à se tordre de douleur, le footballeur se pencha sur lui et lui dit, « bienvenue dans la ligue national de football américain ! » drogué de médicaments et les côtes bandées de près, Heston retourna sur le plateau de tournage le lendemain pour tourner un match de football.

    Personne parmi les journalistes ne s'intéressait cependant à cela, pas plus que le public allant au cinéma. Le film fut un échec en Amérique, et fut à peine regardé ailleurs dans le monde. Et la scène d'amour ? Coupée au montage !

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    1Counterpoint

    2Will Penny

    3Shane

  • 25 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    L'Homme Extraordinaire

     

    APRES TANT DE MOIS AU COURS DE LA DERNIERE ANNEE  à travailler dans des endroits aussi éloignés que le Mexique et Rome, ce fut une joie profonde d'enfin tourner un film uniquement en Californie. Le simple fait de faire Le Seigneur de la guerre était suffisant pour le rendre heureux car il s'était passé plus de deux ans depuis qu'il avait mis en branle la préparation de l'adaptation au cinéma de la belle pièce The Lovers de Leslie Stevens.

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    La majorité de ce temps fut consacrée à la conception d'un script, ce que fit John Collier lentement et méticuleusement, mais le plus dur était de trouver un studio pour le soutenir. Universal lui donna enfin le feu vert, mais ils étaient plus intéressés par le fait d'en faire un film aussi spectaculaire que leur permettait leur maigre budget, et ils voulaient une fin bien plus heureuse que celle du script original dans laquelle le personnage d'Heston, un chevalier normand du XIème Siècle, est tué. Ils chargèrent Millard Kaufman de la fin et le vieux copain de télévision en direct d'Heston, Franklin Schaffner, porta la casquette de réalisateur. Charlton travailla étroitement avec Walter Seltzer pour la mise en place de toute la production, mais il préféra ne pas voir son nom apparaître comme coproducteur.

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    La clé pour assurer le succès du film était dans le choix de l'actrice pour incarner la jeune jouvencelle que le Seigneur de la Guerre enlève avant sa nuit de noces, initialement par passion,  menant à un amour étrange et profond entre eux. La jeune Rosemary Forsyth  âgée de vingt ans, un seul film à son actif,  fut choisie. Les seconds rôles furent distribués à Richard Boone, Maurice Evans, Guy Stockwell et Henry Wilcoxon.                                                                                       

     Richard Boone                                                                                                                 Guy Stockwell

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                           Maurice Evans                                                                                                                                         Henry Wilcoxon

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    Rosemary Forsyth

    On tourna le film dans les marais de Marysville pour représenter la Belgique, puis ils retournèrent ensuite à Universal Studios où une tour normande plus vraie que vraie avait été érigée pour les spectaculaires scènes de bataille. C'était alors l'hiver et l'habituel soleil californien avait disparu, le rendant beaucoup plus froid que d'habitude, aidant à donner aux scènes nocturnes un effet remarquablement froid.

    Joe Canutt dirigeait l'équipe secondaire comme il le ferait dans presque tous les films d'Heston, et juste avec une poignée de figurants, il fit des scènes de bataille extrêmement efficaces, quoique loin d'être aussi somptueuses que celles de Le Cid. C'était cependant bien la simplicité que recherchait Heston, même s'il luttait avec la détermination compréhensible d'Universal d'en faire un projet susceptible d'avoir un succès commercial.

    Le tournage se passa relativement sans difficulté, et ce n'est qu'une fois le film dans la boîte que les ennuis commencèrent. Comme cela arriva si souvent avec les films d'Heston, le studio décida de faire sortir le réalisateur du projet et de laisser le montage être supervisé par quelqu'un d'autre. Schaffner avait déjà monté le film comme il le voulait et Heston en était très satisfait, mais Universal fut intraitable et légalement en droit de faire ce qu'ils voulaient du produit fini.

    Le Seigneur de la guerre reste un film exceptionnel, mais un dont Heston fut déçu car son rêve, qui était le même que celui de Seltzer et Schaffner, avait été fracassé.

    « Je trouvais que le montage de Frank était juste comme il fallait, » dit-il, « juste ce dont j'avais besoin, mais alors, juste après que nous sommes rentrés chez nous, le studio refit le montage. Leur montage gâcha un film qui était presque exactement comme l'idée que s'en faisaient ses créateurs. »

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    Le fait qu'un acteur soit toujours sujet aux caprices de tant d'autres est une réalité de la vie qu'accepte Charlton, mais il savait que sur scène, dans le véritable « pays de l'acteur », il pouvait déterminer le succès ou l'échec d'une pièce. Suite à Le Seigneur de la guerre, lui et Lydia firent A Man For All Seasons à Chicago qui s'avéra être un carton pour Charlton. Pour la toute première fois, il sentit la magie qui venait après un spectacle où la salle entière se lève et l'acclame.

    Immédiatement après A Man For All Seasons, il était de nouveau outremer, au Caire et à Londres pour Khartoum. Il a d'abord été réticent avant d'accepter le rôle du général Gordon parce que ça allait encore être un long film à spectacle, mais le scénario écrit par Robert Ardrey était peut-être le meilleur qu'il ait jamais lu, surpassant même L'Extase et l'Agonie.

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    L'EXTASE ET L'AGONIE

    Faisant suite à sa propre suggestion, le rôle de Mahdi fut offert à Laurence Olivier qui accepta, mais Charlton n'était pas content du choix de réalisateur, Basil Dearden.

    Il me dit :  

    « Je pense devoir dire que Khartoum est le seul film que j'ai fait que je considère vraiment bon sans trouver qu'il a été bien réalisé. Il avait vraiment un magnifique script et un producteur très talentueux, Julian Blaustein en plus d'avoir de très bons acteurs, mais peut-être que la clé était la qualité du script. »  

    C'était un rôle exigeant pour Charlton qui devait apprendre à parler avec cette sorte d'accent britannique victorien que devait avoir le général. Il y parvint très bien et fut facilement crédible pour le public anglais. En fait, Gordon de Khartoum reste l'une des meilleures performances d'Heston. C'est un rôle qui le stimula grandement et n'était pas très différent de Moïse ou du Cid ou beaucoup d'autres rôles qu'il avait incarnés en cela que c'était tous des hommes extraordinaires qui touchèrent des millions d'individus par leurs actes. Heston dit :

    « Je crois beaucoup au pouvoir de l'homme extraordinaire pour faire bouger le monde. Gordon était clairement l'un d'entre eux, un homme remarquable avec le genre de fanatisme curieusement simple, presque religieux qui semble faire surface dans l'histoire de l'Angleterre quand elle en a besoin. »

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    KHARTOUM

    Je crois que ce que dit Gordon à propos de l'homme extraordinaire est vrai. Il dit : « J'ai appris à ne jamais avoir peur de la mort mais de toujours avoir peur de l'échec. »

    Khartoum rencontra un grand succès au Royaume-Uni, mais le public américain était bien plus réticent à l'aimer. Cette crainte de l'échec entra dans la vie d'Heston. Le Seigneur de la guerre fut un échec commercial et L'Extase et l'Agonie n'attirait pas grand-monde, mais peut-être que ce qui inquiétait le plus Chuck était la façon dont les films furent reçus par les critiques qui n'étaient pas vraiment chaleureux avec le moindre de ses films alors qu'Heston avait rarement mieux travaillé que dans ces trois films.

    Laissant de côté toute cette expérience dont il fallait tirer des leçons, Charlton se mit à sa nouvelle fonction qui était celle de président de la Screen Actors Guild, une nomination qui démontrait le respect et l'admiration qu'avaient ses pairs pour lui.  

    Des Seabees1 blessés ou mourants et des marines étaient allongés dans leurs lits de camp dans l'hôpital au front tandis que d'autres étaient précipitamment portés sur des civières depuis les hélicoptères directement vers les tentes de chirurgie. Cela aurait presque pu être une scène tirée de MASH, sauf que c'était 1966, avant que le film ou la série soient conçus, et que ce n'était pas la Corée, mais le Vietnam. Charlton se tenait là, les regardait et les écoutait, notant des numéros de téléphone et des adresses, promettant de prévenir des petites amies, des épouses, des pères et des mères quand il serait de retour.

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    Il n'était pas venu avec des danseuses, des chansons à chanter ou des blagues à raconter. Il n'était venu qu'avec sa fierté et l'espoir que sa présence ici, arrangée par l'United Service Organization2, aiderait à leur remonter le moral. De plus, contrairement à des gens comme Bob Hope qui amenèrent de grandes équipes de divertissement, il fut capable de visiter les postes les plus reculés qui ne voyaient normalement rien d'autre que la mort des deux côtés. Quand il revint aux États-Unis, il tint sa promesse faite aux garçons qu'il avait rencontrés et téléphona à plusieurs centaines d'amis et de proches des soldats. Cela prit des jours à Heston de passer les appels, mais il le fit avec joie même si normalement, il détestait parler à des inconnus.

    Redevenant un acteur au travail, il refit A Man For All Seasons, cette fois dans le Valley Music Theater de Los Angeles où il fit de nouveau un carton. Cela l'encouragea à courir après le rôle pour le film que Fred Zinnemann préparait.

    Heston dit :  

    «J'avais joué Thomas More deux fois et j'étais très bon dans ce rôle. C'était l'un de mes meilleurs rôles. J'ai fait quelque chose que je n'avais presque jamais fait ni avant ni après, qui fut d'écrire à Freddie Zinnemann et lui demander d'interpréter le rôle dans le film. Il répondit : « Paul Scofield a crée le rôle sur scène et je pense qu'il le mérite, » et je ne pouvais pas le contredire. Paul a été brillant dans ce rôle. »  

    Ironiquement, un an plus tard, c'est Chuck qui sortit le nom de Paul Scofield de l'enveloppe à la cérémonie des Oscars pour le déclarer Meilleur Acteur pour son interprétation de Thomas More. Charlton et Lydia rejouèrent tout de même la pièce à Miami juste un mois après Los Angeles et il fut plus que satisfait du travail qu'il y a accompli.

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    Paul Scofield dans "A MAN FOR ALL SEASONS" (1966)

     

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    Charlton Heston dans "A MAN FOR ALL SEASONS" (1988)

    À l'exception d'un petit rôle dans un film, ce fut la dernière performance professionnelle d'actrice de Lydia. Sa carrière était devenue très irrégulière, mais elle était désormais définitivement finie. « J'ai été si occupée que ma carrière n'a jamais eu le temps de me manquer, » dit-elle. « j'ai adoré faire A Man For All Seasons avec Chuck. C'était merveilleux, mais il n'y avait pas beaucoup d'autres rôles que je voulais jouer. »Sans surprise, son temps était presque entièrement pris à être une mère occupée à élever ses deux enfants, mais elle trouva un passe-temps gratifiant dans la photographie dont elle a réussi à faire une petite carrière.

    Ayant joué le rôle de Thomas More comme il l'avait souhaité, Charlton travailla pendant un temps pour le gouvernement quand le Département d'État l'envoya en Australie, à Rangoun et à Bangkok. Il visita de nombreuses universités, lisant la littérature américaine et australienne, et promouvant généralement les bonnes relations entre l'Amérique et le pays qui l'accueillait.

    Son poste de président de la Screen Actors Guild lui prenant le plus gros de son temps, il trouva quand même un jour pour aller à Washington, lisant Jefferson à Watergate pour soutenir le programme fédéral de soutien aux pauvres et à l'éducation.

    Sur le chemin du retour, il fit un crochet par Detroit pour rendre visite à Russ qui avait eu une série de malaises. Russ eut une nouvelle crise quand il était là, mais Charlton restait optimiste, persuadé que son père serait à Coldwater pour noël. Chuck dit au revoir à son père le lendemain et s'en alla à l'aéroport pour s'envoler vers la Californie. Russ décéda pendant son vol. Ils l'enterrèrent là où il voulait reposer en paix, dans la St Helen adorée de Chuck, au milieu des forêts de pins. La pluie tombait tandis que l'on mettait son père en terre, avant que Charlton n'emmène Fray loin dans la forêt, là où lui et Russ s'étaient un jour promenés.

     

    Il y a longtemps, dans ses années adolescentes, Charlton avait perdu son père, et puis, juste avant de partir en guerre par-delà les mers, il l'avait retrouvé. Même maintenant, même dans la mort, Russ restait son père, et tant qu'il y aurait des bois et un lac à St Helen, Charlton savait qu'il ne perdrait plus jamais son père.

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    1Unité de génie militaire de l'US Navy fondée lors de la Seconde Guerre Mondiale

    2USO, une association à but non lucratif prodiguant des services de soutien moral et de loisir aux soldats américains

  • 24 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

     

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    Les Poux et les Amours de Michel-Ange

     

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    Le gros titre criait à son lectorat « I Pulci di Michelangelo » : « les poux de Michel-Ange » ! et les photos éparpillées sur la première page du Lo Specchio appuyaient leurs propos : des bouteilles vides jonchaient le sol de la villa où les Heston étaient restés durant le tournage de L'extase et l'Agonie, des débris de vaisselle gisaient, des chaises étaient renversées. Il y avait, d'après l'article, des poux partout dans la maison. Ça continuait de parler de l'état dégoûtant dans lequel Charlton Heston et son épouse avaient laissé la villa somptueuse, prouvant que l'homme qui avait incarné Moïse et Jean le Baptiste était, après tout, loin d'être un saint.

    C'était, pour le dire gentiment, un coup monté.

    Lydia fut terriblement blessée par cette histoire scandaleuse. Charlton songea même à poursuivre en justice le journal, mais il trouva le moyen de rire de toute cette affaire. Lydia a expliqué :

     «Un magazine italien était allé dans la maison que nous avions louée, a mis de travers les cadres, balancé les chaises, jeté la nappe de la table dans la salle à manger et prit des photos en disant que c'était comme ça que nous l'avions laissée. C'était entièrement inventé et j'étais prête à y retourner me battre, mais Chuck trouva tout cela drôle !»  

    C'était la toute première fois que le nom d'Heston était lié à quelque chose vaguement scandaleux. Ça l'a toujours empêché de devenir ostensiblement populaire, en ce qui concerne la presse people, car il ne faisait jamais un pas de travers. Un jour Frank Sinatra a dit de Charlton Heston : « Ce garçon Heston doit faire gaffe. S'il ne fait pas attention, il pourrait donner bonne réputation aux acteurs. » Charlton fait un peu preuve d'autodérision à propos de sa propre image :

     « je suis trop ennuyeux, carré et protestant – dans le sens philosophique et non religieux – pour devenir une grande figure populaire ; une célébrité aimée. Je ne suis pas un alcoolique de notoriété publique. Je n'ai eu qu'une seule femme. Mes enfants ne sont pas des fugueurs. Ce n'est pas ce que les gens veulent.

    J'avance sur un chemin bien tracé ce qui n'est pas très intéressant. Les gens ne me trouvent pas de défaut majeur en public alors qu'ils semblent en avoir besoin, pas seulement venant de moi, mais venant de n'importe qui ayant eu du succès ou de l'attention.

    Certaines personnes font des choses stupides parce qu'il ne leur vient pas à l'esprit que leur comportement sera reporté par la presse et la télévision. Je suis tombé dans un schéma de comportement parce que tout ce que je fais ou dis ira dans mon dossier, et je veux avoir un bon dossier. Frank Sinatra et Elizabeth Taylor font souvent la une. Ce n'est juste pas mon style.

    Les acteurs qui sont des figures publiques ont droit à une curieuse indulgence. Ils peuvent boire, battre leurs femme ou divorcer d'avec elle, et on leur pardonnera – ou même, on les appaudira, parce que le public aime voir des gens s'en sortir en faisant des choses qu'eux-mêmes ne peuvent pas faire ou n'osent pas faire. La mort parfaite pour un acteur est celle de Marilyn Monroe, nue sur le sol d'une maison de Beverly Hills dont le loyer n'est pas payé, avec une flacon de somnifères vide et sans amis. Elle décroche le téléphone et personne ne vient.

    Vous voyez, c'est là que vous payez. Il faut assumer les conséquences, et de ce fait, je ne suis pas une bonne personnalité publique.

    Les audiences aiment les stars qui semblent souffrir, qui sont déçues en amour, toujours au bord d'un désastre personnel. Eh bien, je ne suis pas comme ça, et je n'ai pas le goût de détruire mon foyer pour avoir un fan qui me suit

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    En fait, il y avait des raisons bien plus sombres pour expliquer pourquoi le foyer d'Heston était aussi stable. Sa propre enfance marquée par un foyer décomposé lui a laissé des marques, sauf que maintenant, il est le père ayant deux enfants auxquels penser.

     «Si les parents réalisaient combien un divorce brise le cœur des enfants, il n'y aurait probablement pas un taux aussi terrifiant de divorce dans ce pays. J'imagine que parfois, le divorce semble être la seule solution saine pour un couple malheureux. Je pense quand même qu'il est impératif que, d'une manière ou d'une autre, le lien naturel des enfants avec leurs deux parents ne devrait pas être coupé.

    Ce qu'on fait avec un enfant a toujours infiniment plus de valeur que les cadeaux matériels. Je ne l'ai jamais oublié. C'est pourquoi je passe autant de temps que possible avec Fray et Holly. J'ai emmené Fray avec moi autant que je le pouvais sur mes lieux de tournage parce que je connais le ravissement que ressent un petit garçon en étant avec son père.

    Fray a vécu sept mois en Espagne la première fois que j'y ai tourné, a appris la langue et quelque chose des gens là-bas. Quand nous sommes retournés à Rome pour tourner L'extase et l'Agonie, Fray eut des réminiscences des dix mois où il avait vécu sur la Voie Appienne durant le tournage de Ben-Hur !

    Un père ne devrait pas avoir à prétendre qu'il est parfait. Il n'a pas à être plein de sagesse. Il doit juste communiquer.»

     Dans une industrie où le nombre de divorces est si important – essayez de compter le nombre de stars qui n'ont jamais divorcé les Heston semblent rester aussi solides que la solide interprétation de Moïse par Heston. Charlton est cependant prompt à faire remarquer que leur mariage n'a rien de si inhabituel.

    « Il serait inutile et loin d'être vrai de prétendre que nous vivons en plein bonheur à chaque minute de la journée. Ce serait impossible pour n'importe qui. Quand on se dispute, il faut apprendre à ne pas penser « oh mon dieu, ça suffit, je ne peux pas continuer comme ça. »

    Il faut apprendre à venir à bout des obstacles et des chocs émotionnels. Il faut comprendre que l'autre personne fait de son mieux et être prêt à trouver des excuses à l'autre autant qu'à soi-même. Cela requiert beaucoup de travail, mais ça peut donner de merveilleux résultats.

    Le mariage réclame beaucoup d'attention, et les gamins qui se marient à 19 ans (comme moi et Lydia) s'imaginent que ce sera une longue lune de miel. Ça ne l'est pas

    Lydia et Charlton ont visiblement appris à être indulgents l'un envers l'autre et à composer avec les excentricités de l'autre. Ils semblent incompatibles sur certains plans mais semblent pourtant avoir trouvé un moyen de faire avec leurs différences, ou alors simplement à les supporter.

    L'une d'elle est quand il faut faire ses bagages, et les Heston doivent souvent les faire. Chuck déteste ça. « je suis tendu quand on est sur le point de partir en voyage, » dit-il, « parce que le simple fait de faire mes bagages m'énerve. » Il laisse à Lydia le soin de tout faire. Elle doit faire avec, tout comme elle doit le faire avec certaines de ses qualités qu'elle n'a pas.

    Elle dit :  

    «Organisation, propreté et ponctualité : il est très précautionneux avec ses papiers, et jamais en retard. Je suis tout le contraire. Rien ne se trouve là où je l'ai mis. Ça ne me dérange pas moi de laisser des trucs par terre, mais ça me dérange que Chuck soit dérangé par mes affaires par terre. Je suis toujours en retard, et quand j'arrive, il a les yeux rivés sur sa montre

     Comment explique-t-elle alors le succès de leur mariage ?

    « Je pense que c'est surtout une affaire de vouloir être marié, » dit-elle. « Je pense qu'il faut trouver un homme qui a vraiment envie de se marier. Tout fonctionne alors très facilement. »

    Le plus gros problème qu'ils avaient peut-être,  était de surmonter la pression sous laquelle ils étaient mis à cause du travail de Chuck.

    Il dit :  

    «Mon travail interfère bien sûr énormément avec ma vie privée, et cela prend du temps que je préférerais passer avec ma femme et mes enfants, mais ils restent compréhensifs. Mon travail est au cœur de ma vie, et ils le comprennent. Nous faisons preuve de cohésion à ce sujet 

    Il a cependant appris à contrôler comment une grande partie de son temps est employé, car son travail consiste rarement seulement à tourner dans des films ou à apparaître sur scène. Cela implique aussi de faire la promotion de son travail ce qui se traduit souvent par des tours du monde avec des arrêts qui ne peuvent pas toujours accueillir sa famille.

    Je pense que je me sens entièrement pris par ma vie publique. Je ne fais donc pas de grandes fêtes quand je suis à la maison parce que je les associe au travail. Quand je suis en tournée pour un film, il y a des réceptions et des fêtes. Si un ami a une première1, j'irai, et il y aura sûrement une fête après cela. Sinon, ce sont des fêtes pour des associations caritatives. Je ne suis pas blasé. Je m'y amuse parfois beaucoup, mais c'est du travail.

    Ce n'était cependant pas seulement le désir de passer le plus de temps possible avec sa famille qui lui faisait éviter toutes les grandes fiestas typiques des stars hollywoodiennes. Il y a un aspect basique de la nature d'Heston qui ne changea pas malgré son image publique.

    Les gens ont du mal à le croire quand il dit :  

    «Je suis quelqu'un de très timide. C'est vrai, mais j'ai été un acteur publique pendant si longtemps, pendant la plus grande partie de ma vie, que je suis arrivé à trouver un moyen de me comporter correctement en public.

    Je suis une personne très secrète, et quand je suis dans la toute petite partie de ma vie encore privée , je ne sors jamais et ne vois jamais de gens que je connais depuis longtemps. Je rencontre de nouvelles personnes avec beaucoup de réticence et de timidité.

    Bien sûr que je donne des interviews. Quand j'ai commencé mon travail d'acteur, j'étais très craintif à l'idée de les faire et je n'étais pas très bon. Maintenant j'ai appris à les faire assez correctement

    Charlton Heston, l'homme secret, l'acteur public (il ne se définit jamais comme une star) est un homme en désaccord avec lui-même, mais a découvert comment combler le fossé entre la part de lui qui est timide et celle qui doit sortir et être acteur. Le petit garçon qui a vécu à St Helen n'a pas changé trop drastiquement, mais le marginal de Chicago a appris à jongler avec les différentes facettes de sa vie en imposant ses propres conditions. Sans plus être un marginal, il s'est construit un château sur un canyon et a érigé une barrière invincible qui empêche quiconque, hormis ses plus proches amis et bien sûr sa famille, de connaître trop bien le véritable Charlton Heston. Cette barrière, comme je le découvris plus tard, est son propre talent d'acteur à projeter à travers une interprétation, même dans les interviews, une personnalité publique qui n'est pas forcément sa personnalité privée.

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    1 En français dans le texte original