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LE GRAIN DE SEL DE RENAUD chronique

  • L'INSULTE FAITE AU TALENT

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    Dans un trés long article publié récemment dans le TIMES LITERARY SUPPLEMENT,le journaliste GRAHAM DASELER nous propose sa critique du livre de Marc ELIOT sur CHARLTON HESTON...
     
     
     
    IL se montre tout à fait compétent et bien documenté dans son analyse de l'homme HESTON et
     de son histoire familiale qu'il définit comme le point central de son existence, à juste titre d'ailleurs, et particulièrement critique sur les approximations et erreurs accumulées par ELIOT, qu'il soupçonne d'être davantage romancier que biographe....Là où il devient plus difficile de le suivre, c'est quand toute sa documentation et sa sa science ne lui servent finalement qu'à rejoindre le troupeau de la bien-pensance artistique, qui a depuis longtemps choisi de prendre HESTON pour cible, pour des raisons souvent plus politiques que cinématographiques ! RIEN de nouveau sous le soleil : déja, dans les années 70, des gens comme BORY, LENNE, PREDAL, le comparaient à un sous-John WAYNE, ce qui revenait en restant poli à faire de HESTON un personnage monolithique et sans beaucoup d'aspérités...

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    A sa manière, DASELER tombe à son tour dans le panneau de l'image populaire renvoyée au public par HESTON depuis 50 ans, celle d'un HEROS aux capacités surhumaines, destiné par une force suprême à sauver un peuple entier ( MOISE) ou à mener un juste combat contre la tyrannie ( BEN-HUR, EL CID)... Or, si HESTON a su profiter de cette aura (ce que n'importe quel acteur dans sa situation aurait fait) il ne s'est ABSOLUMENT pas contenté de recueillir les dividendes d'une manne tombée du ciel, et c'est pourquoi il est incomplet, et pour tout dire intellectuellement malhonnête, d'écrire : " voir une performance d'HESTON, c'est plus ou moins les voir toutes"... C'est une façon de résumer sa carrière comme choquante et insultante, car HESTON a refusé de suivre la voie royale de la facilité, sans tomber, contrairement à ce que dit l'auteur, dans la facilité d'être aimé par le public, et donc d'en devenir esclave ; il a au contraire choisi d'aborder une grande variété de rôles, des personnages habités par la frustration et le manque d'amour ( WAR LORD, WILL PENNY) des êtres tourmentés par les démons du racisme et de la violence  (ARROWHEAD, MAJOR DUNDEE) créateurs en proie au doute ( THE AGONY AND THE ECSTASY) mystiques courageux mais dérangés ( KHARTUM) inadaptés sociaux ( NUMBER ONE) ou cyniques philosophes à l'humeur très sombre ( PLANET OF THE APES, OMEGA MAN).

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    PAS moins et pas plus que BRANDO ou NEWMAN (que DASELER prend à tort pour contre-exemple, car ils ont l'un comme l'autre choisi très souvent le rôle sexy du bad boy asocial)... HESTON ne s'est limité à un rôle ou une formule ! Dans ce sens, il est impossible de le comparer, sous peine de ridicule, à un WAYNE ou un COOPER, qui eux, ont vraiment choisi la sécurité de jouer plus ou moins le même rôle toute leur vie.  En quoi un acteur qui passe de Marc-Antoine à Robert NEVILLE puis Thomas MORE peut-il être accusé de " facilité" ?

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    IL reste, concernant l'article de ce Mr DASELER, à évoquer le point crucial, qui est pour moi, l'insulte faite au talent... LE JOURNALISTE soutient, sans vraiment approfondir du reste, que ce qui a manqué à HESTON, finalement, pour devenir le plus grand acteur de son époque, c'est tout simplement le TALENT...avec une certaine naïveté, il énumére ses diverses qualités ( la voix, la stature, la beauté, l'intelligence, la créativité) comme si, au passage, ces diverses qualités ne faisaient pas, osons le dire, partie des éléments nécessaires au " talent " en question ! Or, si on prend en compte la définition du mot "talent" on lit par exemple : "aptitude particulière à faire quelque chose" ou bien "capacité, habileté naturelle ou acquise à réussir dans une activité donnée".  Concernant HESTON, il est difficile d'évaluer quelle était la part de "talent" naturel vu le travail gigantesque qu'il fournissait pour l'essentiel de ses rôles, mais une chose est certaine, c'est qu'on ne peut pas faire à HESTON et à sa mémoire l'insulte de "l'absence de talent", j'avoue avoir pour ma part une admiration ancienne et je pense, documentée, sur un comédien que je crois être du calibre d'un OLIVIER ou d'un BURTON. Je me bornerai donc à dire ceci : UN homme qui, en 50 ans de carrière, a réussi à donner vie à autant de personnages variés et complexes, au théâtre comme au cinéma, de SHAKESPEARE à BOLT en passant par O'NEIL, à leur insuffler autant d'humanité, d'ambiguité et d'humour parfois, à provoquer autant d'émotion durable à des générations d'amoureux du cinéma, à éveiller le sens artistique, la passion de l'Histoire et du Beau chez autant de personnes dans un monde qui en est de plus en plus dépourvu, cet HOMME-là, avec ses qualités et ses défauts, ne peut, n'en déplaise à tous les journalistes en mal de copie, qu'être un ARTISTE de très grand TALENT.
     
    A Cécile ....
     
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  • ADIEU CECILE ... JE NE VOUS OUBLIERAI PAS.

    J'ai voulu partager avec vous, mon hommage à Cécile Geng, qui nous a quittés le 27 avril dernier. Ses obsèques auront lieu le 19 mai prochain.

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    Chère Cécile,

    Je ne fais pas partie de votre famille ni de vos amis très proches.

    Pourtant, depuis le 26 mai 2016 nous étions devenues amies sur Facebook grâce à ce petit message que vous m'aviez envoyé en privé et que je publie ici en souvenir de vous :

     

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    Cécile Geng

    Vous êtes amis sur Facebook

    26/05/2016 12:31

    Bonjour France, Je suis l'amie de Renaud Vallon, qui m'a transmis le "virus" Chuck Heston. Je me permets de vous envoyer une demande d'ami car je sais que nous partageons le même intérêt pour ce grand acteur. Nous pourrions échanger de temps à autre ou juste partager des publications, j'en saurai plus sur lui avec vos blogs. Amicalement,

     

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    Nous nous écrivions de temps en temps, vous étiez devenue la secrétaire très précieuse de Renaud, pour les billets «Grain de sel » destinés au blog.



    J'ai encore un des derniers messages privés que vous m'aviez envoyé et dont je ne me séparerai pas, il était si charmant, c'était le 19 mars dernier.



    Bonjour France, comment allez-vous ?

    J'ai commandé la biographie de Marc Eliott sur Amazon US pour Renaud... Mais chutttt ! Il ne faut pas lui dire !



    Passez un bon dimanche, bise.



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    Nous ne nous sommes jamais rencontrées, mais j'espérais tant vous voir tous les deux cette année. Vous m'aviez écrit que vous aviez deux cousines à Cherbourg.



    D'après vos photos que j'ai pu voir, vous aviez un visage lumineux, qui respirait la vie et transmettait la joie et la générosité.

     

    Au revoir Chère Cécile, vous resterez à jamais dans mon cœur.

     



    Nous ne nous sommes jamais rencontrées, mais je vous aimais déjà.



    Je veux dire à votre Famille, à Renaud, que je partage leur peine.

    Je serai avec eux en pensée, ce 19 mai.



    Aujourd'hui vous êtes partie rejoindre les étoiles.



    Veillez sur votre famille, sur Renaud.



    Dites bonjour à Chuck si vous le rencontrez. Vous aurez beaucoup de choses à vous dire.

     

    MUSIQUE DU FILM "BEN HUR".

    "STAR OF BETHLEHEM"

     



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  • THE OMEGA MAN : chapitre 1 " La genèse d’un diamant noir "

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    Affiche française du film sorti à Paris en octobre 1971

     

    Quand on évoque un film comme « the Omega Man » (le survivant), on a naturellement tendance à penser à son principal interprète, à l’auteur du roman qui l’a inspiré, ou aux comédiens qu’il a pu révéler, mais rarement à Orson WELLES. Pourtant, c’est au gargantuesque réalisateur et acteur, ami de longue date de CHUCK, que l’on doit certainement, sinon l’existence, du moins l’origine de cette œuvre !

    En effet, c’est peu de temps après le tournage de « Touch of evil » (la soif du mal) que le génial Orson, jamais à cours de projets qui ne verront jamais le jour, y compris avec CHUCK, lui met dans les mains un roman de Richard MATHESON paru quelques temps avant, en lui suggérant qu’il y a là matière à faire du bon travail, « quelque chose de différent ». Car, déjà à l’époque, star montante du cinéma, HESTON s’intéresse à des projets, sinon décalés, du moins différents de la moyenne des scénarii qu’on lui propose. Il lit le roman en quelques heures dans l’avion et est fasciné par le potentiel dramatique de cette histoire qui raconte la lutte pour la survie d’un homme, dernier représentant de son espèce détruite par une guerre bactériologique, à l’issue de laquelle les rares survivants, sauf lui, sont devenus des vampires. Le roman reste présent dans l’esprit de CHUCK, mais comme il se retrouve impliqué dans d’autres projets plus importants, notamment « Ben Hur », le sujet reste en stand-by pendant plusieurs années. C’est en travaillant avec son producteur et ami Walter SELTZER, à l’élaboration de nouvelles idées, que CHUCK se souvient du roman que WELLES lui avait fait découvrir. Mais impossible d’en retrouver le titre, ni même son propre exemplaire perdu dans son immense bibliothèque. Finalement, CHUCK suggère à SELTZER le titre « I am legion » et même « my name is legion », mais non « I am legend » (je suis une légende) qui n’est pas encore devenu une œuvre culte de la littérature SF. En voyage à Londres, SELTZER va trouver « I am legion » et douter un peu de la santé mentale de son poulain, car il s’agit d’un épais volume de statistiques sur la démographie mondiale (on est loin du sujet !).

     

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    Walter SELTZER (1914-2011), ami et producteur de CHUCK avec qui il fera quelques-uns de ses meilleurs films

    Ayant fini par trouver le bon livre, les deux hommes se rendent vite compte du potentiel cinématographique de l’ouvrage, mais aussi de ses limites : raconter la solitude d’un individu entouré de zombies dans une immense ville déserte leur parait un projet fascinant et parfaitement réalisable, d’autant que CHUCK sort du triomphe de « la planète des singes » et peut s’imposer comme un héros de SF plausible. Mais mettre en images les laborieuses recherches du héros pour déterminer le pourquoi du vampirisme leur parait délicat : à l’écran, ça ne passe pas ! Leurs doutes sont renforcés par la vision d’un sombre nanar réalisé par Sydney SALKOW en 1964, où Vincent PRICE joue le rôle de Robert NEVILLE, et y combat les vampires, ce qui est fidèle à la trame du roman, mais leur semble plus que frôler le ridicule à l’écran. HESTON dira du film : « c’est incroyablement mauvais, mal joué et mal dirigé, je ne comprends pas comment une pièce aussi prometteuse peut générer un navet pareil ! » Jugement sévère, mais qui n’entachera pas son amitié avec Vincent PRICE.

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    Vincent PRICE dans « The last man on earth » de Sydney SALKOW, où il interprète assez lourdement le personnage de NEVILLE…

     

    C’est à partir de cette vision du premier film que les choses vont s’améliorer, et un vrai scénario, indispensable pour obtenir l’accord de la WARNER, se mettre en place. On a beaucoup critiqué, à tort selon nous, le fait que les vampires de l’original aient fait place à des zombies, rendus incapables de supporter la lumière du jour, du fait des radiations provoquées par la guerre bactériologique qui a précédé ; mais il faut comprendre qu’en 1970, les fantômes de la guerre froide et de la peur atomique étaient plus que présents dans l’inconscient collectif, et qu’il était déterminant de les évoquer pour captiver le public. Par ailleurs, les films utilisant la mythologie vampirique (comme la série des « Dracula » avec Christopher LEE), étaient encore très en vogue à l’époque, et le souhait de CHUCK et SELTZER était de proposer un récit plus actuel, une sorte de « thriller horrifique », selon les propres termes de l’artiste.

    Une scientifique de renom, Joyce CORRINGTON, et son mari William, professeur de littérature, vont donc s’atteler à la tâche de modifier certains aspect du roman, sans lui retirer son noir pessimisme, l’absurdité de ses situations et le thème essentiel de l’homme seul qui se rattache à son habitat et ses références pour ne pas sombrer, aspects sur lesquels nous reviendrons plus tard. Truffé de références littéraires et de symboles gothiques, ce scénario déjanté échappera totalement aux décideurs de la WARNER qui ne veulent qu’un film de SF percutant, une sorte de « Ben-Hur contre les vampires » et vont rapidement, fin 1970, permettre au film de se faire, alors que l’industrie du cinéma US connaît une crise sans précédent !

    La recherche d’un metteur en scène sera courte, car Sam PECKINPAH refuse l’offre généreuse de CHUCK (qui lui propose le « director’s cut ») et SCHAFFNER n’est pas libre. On confie donc le travail au metteur en scène d’origine russe Boris SAGAL, remarquable spécialiste de la SF à la télévision, mais garçon un brin caractériel. Loin d’être un « yes man », il va s’impliquer dans le processus créatif et jouer un rôle essentiel dans l’intégration des jeunes comédiens, notamment Rosalind CASH et Paul KOSLO. CHUCK passera une grande partie du tournage à lui éviter d’en venir aux mains avec son directeur de la photo, Russel METTY, figure légendaire d’Hollywood qui se targue de donner des leçons de mise en scène au nerveux Boris. Mais la préparation et la réalisation se passeront globalement sans accrocs, hormis la nécessité absolue de tourner beaucoup la nuit et très tôt le matin pour que les rues désertes d’un quartier de Los Angeles, bouclé pour l’occasion, ne laissent pas apparaître des figurants imprévus. Et CHUCK imposera Antony ZERBE, dont il pense qu’il est le seul à pouvoir jouer MATTHIAS, le fanatique leader de la « famille », cette secte de survivants qui pourchassent Neville quand la nuit tombe…

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    Boris SAGAL (1923-1981), metteur en scène talentueux mais tourmenté, disparu accidentellement pendant le tournage d’un épisode de « Twilight zone »

     

    « The Omega Man », sorti à l’été 1971, va être un grand succès public aux USA, ce qui aidera CHUCK à produire cet « Antony and Cleopatra » dont il rêve depuis longtemps. En partie démoli par la critique à sa sortie, traité de film fasciste par ceux qui n’en comprennent pas le message, il va devenir, au fil du temps, une œuvre culte, un film-référence, et, finalement, un intemporel classique de la science-fiction.

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    Anthony Zerbe dans le rôle de Matthias

    La richesse de son propos et la densité de son contenu justifient pleinement ce statut, et c’est ce dont nous traiterons prochainement…

    Auteur : Renaud
    Script-girl : Cécile

     

     

     

  • KHARTOUM : HISTOIRE D'UN HOMME HORS DU COMMUN

     

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    L’affiche française du film, telle que les spectateurs la découvrirent en 1966 !

    Dans le cœur de nombreux admirateurs de l’acteur-artiste qu’est Charlton HESTON, un film comme Khartoum semble occuper une place particulière car il est le premier rôle de britannique dans sa pourtant déjà longue carrière, et c’est également son premier film à disposer d’un casting totalement anglais : on y trouve en effet Laurence OLIVIER, Ralph RICHARDSONNigel GREEN, Richard JOHNSON (rien que ça !), pour encadrer CHUCK dans le rôle de Charles GORDON, dit " le chinois ", figure historique légendaire pour les Anglais, au même titre que Laurence d’Arabie plus tard. Ce Charles GORDON, qui avait servi en Crimée, bataillé pour l’empereur de Chine, réussi à supprimer l’esclavage au Soudan et, en général obéi pendant toute sa carrière à ses propres règles plutôt qu’à celles de l’establishment militaire britannique, ne pouvait qu’intéresser l’homme HESTON, lui-même admirateur de ces fortes individualités qu’il appelle « the extraordinary men ».

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    L’excellent Richard JOHNSON dans le rôle du colonel STEWART, adjoint de GORDON. Ce fut le début d’une grande amitié avec CHUCK, et ils tournèrent encore quatre fois ensemble.

    Quand il reçoit le script de Khartoum, il pense d’abord refuser ce nouveau projet épique car il sort d’une longue période en costumes et ne veut pas replonger dans un énième film spectaculaire. C’est le scénario extrêmement précis et documenté de Robert ARDREY qui va le décider à changer d’avis. Il découvre peu à peu derrière la façade de l’officier rigide et loyal, un personnage plein de profondeur et d’humanité, un chrétien mystique pour qui la solution militaire ne suffit pas, et que n’effraie aucunement la peur de la mort, mais celle de l’échec. Mieux informé sur l’homme GORDON et fasciné par le courage d’un homme capable de se sacrifier pour une cause qu’il trouve juste, CHUCK va, avec le professionnalisme qu’on lui connaît, totalement s’approprier l’allure, le visage et la voix d’un officier anglais de la fin du XIXème siècle, s’astreignant à un coaching vocal très pointu pour que son accent anglais, et non celui d’un américain, se rapproche de la perfection. Ce souci d’authenticité sera d’ailleurs très apprécié en Angleterre, où le film fera plus tard un très gros succès.

    Cependant, si GORDON est la figure principale de son scénario, Robert ARDREY a eu l’excellente idée de lui opposer un protagoniste à sa mesure, choix dicté par le simple respect de la vérité historique, puisque GORDON ne fut envoyé à Khartoum que pour contrer la révolte locale menée par un « fou de Dieu » très en avance sur ceux de notre époque, un homme du désert qui se faisait appeler le « Mahdi » (celui qu’on attendait), et qui projetait de porter la parole du prophète dans toutes les mosquées d’Orient. Pour jouer ce personnage tout aussi habité par sa foi que l’était GORDON, le plus grand acteur anglais de l’époque, Laurence OLIVIER, s’imposait comme un choix évident. Barbu, grimé, et s’étant pourvu d’une diction arabisante totalement différente de son phrasé habituel, OLIVIER sera un adversaire et un concurrent de premier choix pour CHUCK, qui dira avoir beaucoup appris de leur rencontre.

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    « Le jour où l’empereur de Chine cessera d’être un infidèle, j’accepterai ce cadeau somptueux. » Voilà ce que dit le « Mahdi » (Laurence OLIVIER) à GORDON (Charlton HESTON), lors de leur première entrevue. Dans la réalité, les deux hommes ne se rencontrèrent jamais.

    Un autre aspect important du scénario est le refus absolu de ARDREY de tomber dans le piège du film de prestige à la gloire de l’empire britannique. Il dénonce au contraire l’hypocrisie d’un système prêt à tout pour défendre ses intérêts dans le canal de Suez, mais surtout pas à secourir une population en danger, quitte à sacrifier GORDON sur l’Autel de leurs bonnes intentions. Vision clairvoyante et très avant-gardiste, surtout pour un film destiné à un grand public. Ralph RICHARDSON, parfait dans le rôle de GLADSTONE, incarne avec brio les contradictions de l’homme politique tiraillé entre ses sentiments personnels et la raison d’Etat.

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    Arrivée de GORDON à Khartoum, accueilli comme un sauveur. Cette scène émut grandement CHUCK et lui rappela l’entrée dans Valence lors du tournage de « EL CID ».

    Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire de KHARTOUM un grand film : le sujet, le scénario, les interprètes et, pourtant, une légère frustration demeure quant au résultat final. La cohérence et la rigueur ne fait jamais défaut à ce film, la reconstitution est de qualité, la musique de Franck CORDELL est envoutante… On peut juste regretter qu’avec un tel projet, un metteur en scène comme Anthony MANN ou David LEAN n’ait pas été aux commandes plutôt que le trop sage Basil DEARDEN. Ce cinéaste de la qualité anglaise (1911-1971), n’était peut-être pas l’homme qu’il fallait pour donner à Khartoum le souffle épique nécessaire. Très à l’aise dans les scènes d’intérieur et la direction d’acteurs, il l’est moins quand il s’agit d’animer l’écran par du mouvement et du rythme, même si la seconde équipe menée par Yakima CANUTT fait plus que le job. D’ailleurs, CHUCK dira lui-même de son travail : « je crois pouvoir dire que c’est le seul film que je considère comme très bon, dont je pense que la réalisation n’est pas la qualité principale ». On ne peut qu’approuver cette lucidité, surtout quand on connaît le degré d’exigence du personnage.

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    Dénouement tragique du film : fidèle à ses convictions, GORDON refuse de se défendre et fait face aux fanatiques, armé de sa badine et de son seul courage.

     

    Tourné de manière logistiquement complexe mais sans réelles difficultés, en partie en Egypte, puis en Angleterre, KHARTOUM sera un très grand succès en Grande-Bretagne (ce qui suffira d’ailleurs à couvrir les frais de production), mais fera un score moyen aux USA, où le public habituel de CHUCK sera désemparé par ce personnage. Déçu par le résultat commercial global, CHUCK n’en conservera pas moins une affection sincère à ce film tout sa vie. On peut le comprendre, car c’est un de ses plus beaux rôles, où il fait preuve d’une finesse de jeu exemplaire pour camper cet être complexe à la fois orgueilleux, généreux, et habité par une foi inébranlable.

    Auteur : Renaud
    Script-girl : Cécile

     

  • WILL PENNY : CE BEAU WESTERN ATYPIQUE

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    Charlton Heston dans le rôle de Will Penny, une de ses interprétations préférées

    Dans les premiers mois de l’année 1967, Charlton Heston se trouve à un moment relativement délicat de sa carrière. Après avoir connu les plus grands succès avec Ben Hur, El Cid et récemment Peking, il s’est dirigé plus ou moins consciemment vers des sujets plus difficiles et personnels et qui n’ont pas forcément connu le succès escompté : Diamond Head, Dundee, The Ecstasy and the Agony et The war Lord. Même Khartum, énorme production, a plus ou moins déçu aux USA, à son grand désarroi car le sujet lui était cher. Son ami et producteur, Walter Seltzer, le soutient dans toutes ses entreprises plus ou moins hardies, mais souhaite quand même le voir renouer avec la réussite…

    C’est dans ce contexte tendu que Chuck trouve un jour, sur son bureau, le scénario d’un western intimiste écrit par un inconnu : Tom Gries. Il trouve le script tellement beau et émouvant qu’une fois de plus, voyant là la base d’un très beau western, il renonce à jouer la sécurité et s’aventure dans un projet que tout le monde estime périlleux. Il faut dire qu’au début des années 60, le western n’est plus le genre « bankable » qu’il a été jusqu’aux années 50, malgré l’apparition de la télévision : le western italien, avec, notamment, la trilogie de Sergio Leone, est en train d’envahir le marché, et les productions plus traditionnelles, comme John Wayne en fait encore, ne suffisent plus à assurer sa rentabilité commerciale. Bref, l’Ouest n’est plus ce qu’il était, et, en regard des changements géopolitiques de l’époque, notamment la guerre du Vietnam, qui renvoie les américains à leur culpabilité au sujet des indiens, beaucoup de cinéastes comme Penn, Peckinpah et Altman optent pour un western plus moderne, visant à remettre en cause la mythologie classique du genre.

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    Cath et Will, un amour hélas voué à l’échec

    Le scénario de Will Penny s’inscrit plus ou moins dans cette démarche, mais avec plus d’humanisme et un souci de documentation supérieur. C’est l’histoire d’un vieux cow-boy sans le sou, et surtout sans avenir, qui voit sa vie bouleversée par la rencontre d’une femme et de son enfant en voyage dans l’Ouest, et qui croit un moment pouvoir saisir la chance d’une nouvelle vie, avant de se raviser et de repartir vers sa solitude. Sans « happy end », ni même une lueur d’espoir, le scenario de Gries aborde cet anti-héros, du moins ce « héros ordinaire » comme un symbole des laissés pour compte, des « beautiful losers » que l’Ouest américain a pu générer, et lui rend un hommage sincère et sans fausses notes. On comprend donc l’emballement de Chuck, qui n’a que faire, à l’époque, de jouer les super-héros infaillibles et qui ne se soucie pas plus de son image qu’il ne l’a fait pour The war lord, puisqu’il va choisir de jouer un homme plus âgé que lui, mal rasé, moustachu, illettré et maladroit en amour, mais ô combien attachant, et plus proche de nous que les cow-boys et justiciers implacables dont le western a souvent fait ses choux gras. Le génie de l’acteur va, dans ce film, totalement s’exprimer, car libéré des conventions du genre et de quelconques obligations envers son public.

    Mais revenons à la réalisation de Will Penny. Si tôt le scenario lu et approuvé, Chuck se met à la recherche d’un metteur en scène pour porter cette histoire admirable. Il pense à ses amis William Wyler, George Stevens, et même à John Huston, mais son ami Seltzer va lui administrer une bonne douche froide en lui apprenant que le scénariste ne vendra pas les droits s’il n’est pas choisi comme « director ». Stupéfaction de Chuck, qui s’enquiert de son CV, et apprend que Tom Gries n’a, jusqu’ici, fait que de la télé… C’est là qu’on mesure toute l’audace et la détermination du comédien, puisque, sans réfléchir plus avant, il va immédiatement accepter le « deal » et prendre le risque d’engager, lui, la superstar, un metteur en scène totalement inconnu et sans références sérieuses ! Du jamais vu à cette époque, même de la part de vedettes progressistes comme Brando ou Newman.

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    Joan Hackett dans le rôle de Catherine et Jon Gries, fils du metteur en scène, dans le rôle de Horace

     

    Et ce choix, Heston ne le regrettera pas car Tom Gries, disparu trop tôt, en 1977, se révèlera un metteur en scène compétent et plein d’idées, à tel point que Chuck fera encore deux films avec lui : Number One et The Hawaians, le premier étant d’ailleurs tout aussi remarquable que Will Penny. Le choix crucial de la vedette féminine s’avèrera également très difficile ; bien que le personnage de Catherine, cette femme mal mariée en route vers l’inconnu, méritante et courageuse, est certainement un des plus beaux personnages féminins que le western des années 60 nous ait donné à voir. Beaucoup de stars de l’époque, dont Lee Remick, seront rebutées par la rudesse du sujet, et le rôle reviendra à l’inconnue Joan Hackett, dont la composition sera magnifique. Les personnages de cow-boys qui donnent au film son cachet et sa vérité, seront joués par des comédiens jeunes, comme Lee Majors et Anthony Zerbe, dont la performance plaira tellement à Chuck qu’il l’imposera plus tard pour The Omega man. Le formidable Donald Pleasence, excentrique comédien britannique, jouera le pasteur Quint, véritable démon du film. Il regrettera plus tard que plusieurs de ses scènes aient été coupées pour assurer au film un rythme plus vif et plus accrocheur pour le public.

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    Donald Pleasence dans le rôle de Preacher Quint, un chef de bande particulièrement illuminé…

    Mais le public, hélas, ne se déplacera pas plus pour ce film que pour les précédentes sorties de Chuck. Il se déplacera même moins, car le film va être très mal distribué par Paramount, qui, dès les « previews », le considère comme invendable. Un cadre de la société dira même, sans honte, à Chuck, pour expliquer l’échec du film : « si tu étais parti avec la fille à la fin, on aurait pu avoir un succès ». Eh oui, on en était là en 1967 et les impératifs du commerce l’emportaient également à cette époque. Très marqué par cet échec, Chuck s’en consolera grâce aux critiques très élogieuses que la presse fera du film, notamment en Europe. Mais comme il le dit lui-même dans son journal : « un beau film qui ne marche pas, malheureusement, ne compte pas. » Devant l’inquiétude de ses proches quant à l’évolution de sa carrière, notamment son agent Citron, il se mettra en quête de sujets plus accrocheurs et renouera enfin avec le succès grâce au projet de Arthur Jacobs : « Planet of the apes ».

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    Anthony Zerbe, futur Mathias dans The Omega Man, joue Dutchy, cow-boy ami de Will

     

    Que reste-t-il de Will Penny, ce film maudit de plus, dans sa filmographie ô combien riche et brillante ? L’incroyable modernité du ton, la beauté tragique de l’histoire, la finesse de l’analyse des rapports entre de vrais êtres humains et non des archétypes, et cette volonté, quasi documentaire, de montrer l’Ouest tel qu’il était vraiment. Une scène résume admirablement ce souci de réalisme et d’exactitude qui font le prix du film de Tom Gries : quand, provoqué par un imbécile, en raison de son âge avancé, Will décide de le corriger, il le fait avec son chapeau, et non pas à mains nues. Pourquoi ? Parce que ses mains sont son outil de travail et qu’il ne peut pas se permettre de les abîmer. C’est juste, c’est vrai, une démonstration simple et lumineuse.

    C’est ça, Will Penny.

     

     

    Auteur : Renaud
    Script-girl : Cécile