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LE GRAIN DE SEL DE RENAUD chronique

  • ADIEU CECILE ... JE NE VOUS OUBLIERAI PAS.

    J'ai voulu partager avec vous, mon hommage à Cécile Geng, qui nous a quittés le 27 avril dernier. Ses obsèques auront lieu le 19 mai prochain.

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    Chère Cécile,

    Je ne fais pas partie de votre famille ni de vos amis très proches.

    Pourtant, depuis le 26 mai 2016 nous étions devenues amies sur Facebook grâce à ce petit message que vous m'aviez envoyé en privé et que je publie ici en souvenir de vous :

     

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    Cécile Geng

    Vous êtes amis sur Facebook

    26/05/2016 12:31

    Bonjour France, Je suis l'amie de Renaud Vallon, qui m'a transmis le "virus" Chuck Heston. Je me permets de vous envoyer une demande d'ami car je sais que nous partageons le même intérêt pour ce grand acteur. Nous pourrions échanger de temps à autre ou juste partager des publications, j'en saurai plus sur lui avec vos blogs. Amicalement,

     

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    Nous nous écrivions de temps en temps, vous étiez devenue la secrétaire très précieuse de Renaud, pour les billets «Grain de sel » destinés au blog.



    J'ai encore un des derniers messages privés que vous m'aviez envoyé et dont je ne me séparerai pas, il était si charmant, c'était le 19 mars dernier.



    Bonjour France, comment allez-vous ?

    J'ai commandé la biographie de Marc Eliott sur Amazon US pour Renaud... Mais chutttt ! Il ne faut pas lui dire !



    Passez un bon dimanche, bise.



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    Nous ne nous sommes jamais rencontrées, mais j'espérais tant vous voir tous les deux cette année. Vous m'aviez écrit que vous aviez deux cousines à Cherbourg.



    D'après vos photos que j'ai pu voir, vous aviez un visage lumineux, qui respirait la vie et transmettait la joie et la générosité.

     

    Au revoir Chère Cécile, vous resterez à jamais dans mon cœur.

     



    Nous ne nous sommes jamais rencontrées, mais je vous aimais déjà.



    Je veux dire à votre Famille, à Renaud, que je partage leur peine.

    Je serai avec eux en pensée, ce 19 mai.



    Aujourd'hui vous êtes partie rejoindre les étoiles.



    Veillez sur votre famille, sur Renaud.



    Dites bonjour à Chuck si vous le rencontrez. Vous aurez beaucoup de choses à vous dire.

     

    MUSIQUE DU FILM "BEN HUR".

    "STAR OF BETHLEHEM"

     



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    Aujourd'hui 14 février 2018, je ne vous oublie pas...

    Quelques lignes du beau poème de Ronsard qu'il avait dédié à son ami Du Perrier qui venait de perdre sa fille.  Poème intitulé "Stances à Du Perrier".

    A Vous Renaud...

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  • THE OMEGA MAN : chapitre 2 : DERRIERE LE MIROIR

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     A première vue," THE OMEGA MAN" de Boris SAGAL, tel qu'on le perçoit maintenant près d'un demi-siècle aprés sa sortie, pourrait apparaitre, comme l'écrivait le critique anglais B Mac CABE en 1994 comme un " film hors de son temps"... IL est vrai que l'histoire de ce chercheur devenu par la force des choses le seul survivant d'un monde décimé par une guerre bactériologique, et livré à lui-même dans un LOS ANGELES désert, a quelque chose d'irréel, d'onirique, comme un cauchemar éveillé où le spectateur, fasciné, aurait tendance à s'identifier à ce héros. D'autant plus qu'il est joué par Charlton HESTON, icône rassurante pour le public de l'époque ; et pourtant, ce sujet apparemment "hors du temps" est au contraire bien ancré dans la réalité des années 70, grâce à l'habileté du scénario des époux CORRINGTON !

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    CERTES, la fin du film nous montre ce Christ moderne sacrifier sa vie et offrir son sang pour sauver ses frères repentis, et c'est d'ailleurs cette vision symbolique qui est restée dans bien des mémoires à la sortie du film, et l'a rendu impopulaire dans les médias bien-pensants, notamment européens, contrairement à "PLANET OF THE APES" et "SOYLENT GREEN" dont le discours écologique et libéral était limpide et cohérent, le discours du "SURVIVANT" parut nauséabond et HESTON fut,bien malgré lui, assimilé à un "Homo Americanus" sûr de son droit et toujours prêt à user de ses flingues pour éliminer les "sous-hommes" qui hantent les rues de la ville...Gérard LENNE parla de "Superman militaire" et même récemment, une critique de TELERAMA dont je tairai l'identité vit une relation évidente entre le personnage de NEVILLE et le président de la NRA dans ses vieux jours !
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    ON ne peut nier que le film fut conçu pour un large public par le staff de la WARNER pour être un "big money maker" et qu'ils n'avaient pas lésiné sur les moyens pour en faire un "blockbuster" de l'été 71, loin de toute considération intellectuelle ! mais comme toujours dans le cas des grosses productions de l'époque, il faut pouvoir se promener derrière le miroir, et distinguer, au- delà de l'apparence du film ; a priori un "thriller horrifique", les nombreux symboles et éléments contre-culturels qui sont présents dans son scénario et sa narration, et ne sont, à notre avis, aucunement le fruit du hasard !

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    Quand on voit HESTON-NEVILLE parcourir les rues dans sa décapotable en écoutant de la musique légère, et tirer sur tout ce qui bouge à l'occasion, on peut bien sûr en tant que spectateur procéder à une sorte d'identification à ce héros froid, méthodique et apparemment très à l'aise dans son environnement, mais on est en fait très vite confronté aux failles et aux doutes du personnage, à sa vraie nature : c'est en fait un angoissé, traumatisé par le souvenir d'une guerre impitoyable,tourmenté par sa frustration sexuelle (sous-entendue par certaines images) rongé par l'alcoolisme, et surtout désespérément seul, ne va t'il pas, dans une séquence mythique, visionner pour la énième fois WOODSTOCK, symbole d'une contre-culture à laquelle son passé de scientifique de l'armée devrait le rendre insensible ? petit à petit, l'image positive de ce héros fait place à de nombreuses zones d'ombre, la moindre n'étant pas la motivation haineuse qu'il éprouve pour la "famille", de prime abord un ramassis de mutants fanatiques, mais au fond surtout un groupe d'individus meurtris par "la peste" et rendus quasiment aveugles, et dont on peut comprendre le refus de tout ce que NEVILLE représente ! guidés par l'ancien journaliste MATHIAS, pour qui NEVILLE représente " le dernier des morts, symbole d'un passé ou la science offrait moins qu'elle détruisait " et surtout "un scientifique, un homme qui n'a jamais rien compris, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à comprendre ",  ils ne peuvent qu'obéir à la logique que le destin leur a tracé....
     

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    C'est aussi là que le scénario des CORRINGTON devient très intéressant, car il renvoie en quelque sorte dos-à -dos NEVILLE et MATHIAS, chacun représentant une vision destructive de son prochain, l'un par son entêtement à éliminer tout ce qui lui rappelle la faillite de l'humanité, l'autre par son acharnement presque désoeuvré, à détruire la famille, soi-disant parce qu'elle le menace, mais surtout pour préserver à tout prix, son "habitat social", car NEVILLE , et c'est très bien souligné par le jeune DUTCH quand il se moque de son refus de changer de lieu d'habitation, tient avant tout à ne rien changer, conserver sa maison, ses objets, ses"gadgets"; tout ce qui le rattache à son passé, alors qu'il aurait pu depuis longtemps partir et trouver un nouveau sens à sa vie," c'est là que j'ai toujours vécu, et aucun fils de p...ne me fera jamais partir " ce que le film explique clairement, c'est que, tout comme MATHIAS, NEVILLE est une victime de son histoire et porte un fardeau bien trop lourd pour ses (même larges) épaules....c'est un aspect du film dont HESTON était très fier, et on ne peut que rendre hommage à la manière avec laquelle, par petites touches,  il est parvenu à mettre en lumière la détresse de son personnage.

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    C'est la rencontre de NEVILLE avec LISA, jeune femme noire déterminée, libre dans sa féminité et parfaitement capable de lui tenir tête, qui constitue le tournant du film, non pour aménager une happy-end de circonstances, mais pour provoquer en lui l'ouverture vers un monde nouveau, à fabriquer de toutes pièces puisque le précédent n'est plus que ruines... EN cela, le propos du film n'est nullement réactionnaire mais purement rousseauiste, puisqu'il prend en compte que seul un "nouveau monde" pourra effacer les torts de l'ancien ! "ou va t'on aller?"  demande un DUTCH un peu incrédule à NEVILLE  " loin, très loin de tout ce qui a déja été construit, là ou nous serons les premiers à faire quelque chose de nouveau" ce à quoi DUTCH répond : " un jardin d'EDEN ,mais nous nous méfierons du Serpent " à cet instant du film, NEVILLE semble avoir renoncé à ses démons, tout comme TAYLOR le misanthrope finissait par défendre ce qui reste de l'humanité dans APES....on est donc très loin, à ce stade de symbolique pas lourdingue grâce à l'écriture intelligente des époux CORRINGTON, d'une quelconque célébration de "l'homo americanus!"

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    Lorsque NEVILLE meurt, les bras en croix dans la fontaine au petit matin,il apparait effectivement comme un CHRIST rédempteur versant son sang pour permettre à ce qui reste de l'humanité de reprendre sa route, par son allusion à une religion unique, le propos peut paraitre outré , voire réactionnaire, mais on ne saurait l'éloigner du contexte : NEVILLE mort, DUTCH le jeune savant pacifique, qui représente la jeunesse et l'espérance, emmène avec lui LISA et quelques enfants que le sérum pourra sauver, et tourne ainsi le dos à la famille, symbole d'un passé promis à une mort prochaine, et aussi à NEVILLE, l'homme réformé, certes, mais néanmoins sacrifié pour que les survivants, en se libérant de tout ce qui est lié au vieux monde disparu, puissent tenter de ne pas en répéter les erreurs et donc en construire un autre....

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    De NOS JOURS, beaucoup d'amateurs de SF préfèrent APES ou SOYLENT à cet OMEGA MAN pas si facile à décrypter, mais je ne me range pas de cet avis, en dehors des qualités visuelles et de l'imagination certaine qui embellissent l'ouvrage à chaque vision, sans même évoquer l'excellente interprétation des trois principaux comédiens, la richesse et l'ambiguité du propos, justement, me semblent toujours captivantes et résistent plus que bien à l'usure du temps ; parce que, justement la question du devenir de notre humanité,traitée ici avec intelligence, reste un sujet intemporel et indémodable.
     
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  • THE OMEGA MAN : chapitre 1 " La genèse d’un diamant noir "

    PUBLIE LE 6 MARS 2017

    MAJ LE 5 JANVIER 2018

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    Affiche française du film sorti à Paris en octobre 1971

     

    Quand on évoque un film comme « the Omega Man » (le survivant), on a naturellement tendance à penser à son principal interprète, à l’auteur du roman qui l’a inspiré, ou aux comédiens qu’il a pu révéler, mais rarement à Orson WELLES. Pourtant, c’est au gargantuesque réalisateur et acteur, ami de longue date de CHUCK, que l’on doit certainement, sinon l’existence, du moins l’origine de cette œuvre !

    En effet, c’est peu de temps après le tournage de « Touch of evil » (la soif du mal) que le génial Orson, jamais à cours de projets qui ne verront jamais le jour, y compris avec CHUCK, lui met dans les mains un roman de Richard MATHESON paru quelques temps avant, en lui suggérant qu’il y a là matière à faire du bon travail, « quelque chose de différent ». Car, déjà à l’époque, star montante du cinéma, HESTON s’intéresse à des projets, sinon décalés, du moins différents de la moyenne des scénarii qu’on lui propose. Il lit le roman en quelques heures dans l’avion et est fasciné par le potentiel dramatique de cette histoire qui raconte la lutte pour la survie d’un homme, dernier représentant de son espèce détruite par une guerre bactériologique, à l’issue de laquelle les rares survivants, sauf lui, sont devenus des vampires. Le roman reste présent dans l’esprit de CHUCK, mais comme il se retrouve impliqué dans d’autres projets plus importants, notamment « Ben Hur », le sujet reste en stand-by pendant plusieurs années. C’est en travaillant avec son producteur et ami Walter SELTZER, à l’élaboration de nouvelles idées, que CHUCK se souvient du roman que WELLES lui avait fait découvrir. Mais impossible d’en retrouver le titre, ni même son propre exemplaire perdu dans son immense bibliothèque. Finalement, CHUCK suggère à SELTZER le titre « I am legion » et même « my name is legion », mais non « I am legend » (je suis une légende) qui n’est pas encore devenu une œuvre culte de la littérature SF. En voyage à Londres, SELTZER va trouver « I am legion » et douter un peu de la santé mentale de son poulain, car il s’agit d’un épais volume de statistiques sur la démographie mondiale (on est loin du sujet !).

     

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    Walter SELTZER (1914-2011), ami et producteur de CHUCK avec qui il fera quelques-uns de ses meilleurs films

    Ayant fini par trouver le bon livre, les deux hommes se rendent vite compte du potentiel cinématographique de l’ouvrage, mais aussi de ses limites : raconter la solitude d’un individu entouré de zombies dans une immense ville déserte leur parait un projet fascinant et parfaitement réalisable, d’autant que CHUCK sort du triomphe de « la planète des singes » et peut s’imposer comme un héros de SF plausible. Mais mettre en images les laborieuses recherches du héros pour déterminer le pourquoi du vampirisme leur parait délicat : à l’écran, ça ne passe pas ! Leurs doutes sont renforcés par la vision d’un sombre nanar réalisé par Sydney SALKOW en 1964, où Vincent PRICE joue le rôle de Robert NEVILLE, et y combat les vampires, ce qui est fidèle à la trame du roman, mais leur semble plus que frôler le ridicule à l’écran. HESTON dira du film : « c’est incroyablement mauvais, mal joué et mal dirigé, je ne comprends pas comment une pièce aussi prometteuse peut générer un navet pareil ! » Jugement sévère, mais qui n’entachera pas son amitié avec Vincent PRICE.

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    Vincent PRICE dans « The last man on earth » de Sydney SALKOW, où il interprète assez lourdement le personnage de NEVILLE…

     

    C’est à partir de cette vision du premier film que les choses vont s’améliorer, et un vrai scénario, indispensable pour obtenir l’accord de la WARNER, se mettre en place. On a beaucoup critiqué, à tort selon nous, le fait que les vampires de l’original aient fait place à des zombies, rendus incapables de supporter la lumière du jour, du fait des radiations provoquées par la guerre bactériologique qui a précédé ; mais il faut comprendre qu’en 1970, les fantômes de la guerre froide et de la peur atomique étaient plus que présents dans l’inconscient collectif, et qu’il était déterminant de les évoquer pour captiver le public. Par ailleurs, les films utilisant la mythologie vampirique (comme la série des « Dracula » avec Christopher LEE), étaient encore très en vogue à l’époque, et le souhait de CHUCK et SELTZER était de proposer un récit plus actuel, une sorte de « thriller horrifique », selon les propres termes de l’artiste.

    Une scientifique de renom, Joyce CORRINGTON, et son mari William, professeur de littérature, vont donc s’atteler à la tâche de modifier certains aspect du roman, sans lui retirer son noir pessimisme, l’absurdité de ses situations et le thème essentiel de l’homme seul qui se rattache à son habitat et ses références pour ne pas sombrer, aspects sur lesquels nous reviendrons plus tard. Truffé de références littéraires et de symboles gothiques, ce scénario déjanté échappera totalement aux décideurs de la WARNER qui ne veulent qu’un film de SF percutant, une sorte de « Ben-Hur contre les vampires » et vont rapidement, fin 1970, permettre au film de se faire, alors que l’industrie du cinéma US connaît une crise sans précédent !

    La recherche d’un metteur en scène sera courte, car Sam PECKINPAH refuse l’offre généreuse de CHUCK (qui lui propose le « director’s cut ») et SCHAFFNER n’est pas libre. On confie donc le travail au metteur en scène d’origine russe Boris SAGAL, remarquable spécialiste de la SF à la télévision, mais garçon un brin caractériel. Loin d’être un « yes man », il va s’impliquer dans le processus créatif et jouer un rôle essentiel dans l’intégration des jeunes comédiens, notamment Rosalind CASH et Paul KOSLO. CHUCK passera une grande partie du tournage à lui éviter d’en venir aux mains avec son directeur de la photo, Russel METTY, figure légendaire d’Hollywood qui se targue de donner des leçons de mise en scène au nerveux Boris. Mais la préparation et la réalisation se passeront globalement sans accrocs, hormis la nécessité absolue de tourner beaucoup la nuit et très tôt le matin pour que les rues désertes d’un quartier de Los Angeles, bouclé pour l’occasion, ne laissent pas apparaître des figurants imprévus. Et CHUCK imposera Antony ZERBE, dont il pense qu’il est le seul à pouvoir jouer MATTHIAS, le fanatique leader de la « famille », cette secte de survivants qui pourchassent Neville quand la nuit tombe…

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    Boris SAGAL (1923-1981), metteur en scène talentueux mais tourmenté, disparu accidentellement pendant le tournage d’un épisode de « Twilight zone »

     

    « The Omega Man », sorti à l’été 1971, va être un grand succès public aux USA, ce qui aidera CHUCK à produire cet « Antony and Cleopatra » dont il rêve depuis longtemps. En partie démoli par la critique à sa sortie, traité de film fasciste par ceux qui n’en comprennent pas le message, il va devenir, au fil du temps, une œuvre culte, un film-référence, et, finalement, un intemporel classique de la science-fiction.

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    Anthony Zerbe dans le rôle de Matthias

    La richesse de son propos et la densité de son contenu justifient pleinement ce statut, et c’est ce dont nous traiterons prochainement…

    Auteur : Renaud
    Script-girl : Cécile

     

     

     

  • L'INSULTE FAITE AU TALENT

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    Dans un trés long article publié récemment dans le TIMES LITERARY SUPPLEMENT,le journaliste GRAHAM DASELER nous propose sa critique du livre de Marc ELIOT sur CHARLTON HESTON...
     
     
     
    IL se montre tout à fait compétent et bien documenté dans son analyse de l'homme HESTON et
     de son histoire familiale qu'il définit comme le point central de son existence, à juste titre d'ailleurs, et particulièrement critique sur les approximations et erreurs accumulées par ELIOT, qu'il soupçonne d'être davantage romancier que biographe....Là où il devient plus difficile de le suivre, c'est quand toute sa documentation et sa sa science ne lui servent finalement qu'à rejoindre le troupeau de la bien-pensance artistique, qui a depuis longtemps choisi de prendre HESTON pour cible, pour des raisons souvent plus politiques que cinématographiques ! RIEN de nouveau sous le soleil : déja, dans les années 70, des gens comme BORY, LENNE, PREDAL, le comparaient à un sous-John WAYNE, ce qui revenait en restant poli à faire de HESTON un personnage monolithique et sans beaucoup d'aspérités...

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    A sa manière, DASELER tombe à son tour dans le panneau de l'image populaire renvoyée au public par HESTON depuis 50 ans, celle d'un HEROS aux capacités surhumaines, destiné par une force suprême à sauver un peuple entier ( MOISE) ou à mener un juste combat contre la tyrannie ( BEN-HUR, EL CID)... Or, si HESTON a su profiter de cette aura (ce que n'importe quel acteur dans sa situation aurait fait) il ne s'est ABSOLUMENT pas contenté de recueillir les dividendes d'une manne tombée du ciel, et c'est pourquoi il est incomplet, et pour tout dire intellectuellement malhonnête, d'écrire : " voir une performance d'HESTON, c'est plus ou moins les voir toutes"... C'est une façon de résumer sa carrière comme choquante et insultante, car HESTON a refusé de suivre la voie royale de la facilité, sans tomber, contrairement à ce que dit l'auteur, dans la facilité d'être aimé par le public, et donc d'en devenir esclave ; il a au contraire choisi d'aborder une grande variété de rôles, des personnages habités par la frustration et le manque d'amour ( WAR LORD, WILL PENNY) des êtres tourmentés par les démons du racisme et de la violence  (ARROWHEAD, MAJOR DUNDEE) créateurs en proie au doute ( THE AGONY AND THE ECSTASY) mystiques courageux mais dérangés ( KHARTUM) inadaptés sociaux ( NUMBER ONE) ou cyniques philosophes à l'humeur très sombre ( PLANET OF THE APES, OMEGA MAN).

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    PAS moins et pas plus que BRANDO ou NEWMAN (que DASELER prend à tort pour contre-exemple, car ils ont l'un comme l'autre choisi très souvent le rôle sexy du bad boy asocial)... HESTON ne s'est limité à un rôle ou une formule ! Dans ce sens, il est impossible de le comparer, sous peine de ridicule, à un WAYNE ou un COOPER, qui eux, ont vraiment choisi la sécurité de jouer plus ou moins le même rôle toute leur vie.  En quoi un acteur qui passe de Marc-Antoine à Robert NEVILLE puis Thomas MORE peut-il être accusé de " facilité" ?

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    IL reste, concernant l'article de ce Mr DASELER, à évoquer le point crucial, qui est pour moi, l'insulte faite au talent... LE JOURNALISTE soutient, sans vraiment approfondir du reste, que ce qui a manqué à HESTON, finalement, pour devenir le plus grand acteur de son époque, c'est tout simplement le TALENT...avec une certaine naïveté, il énumére ses diverses qualités ( la voix, la stature, la beauté, l'intelligence, la créativité) comme si, au passage, ces diverses qualités ne faisaient pas, osons le dire, partie des éléments nécessaires au " talent " en question ! Or, si on prend en compte la définition du mot "talent" on lit par exemple : "aptitude particulière à faire quelque chose" ou bien "capacité, habileté naturelle ou acquise à réussir dans une activité donnée".  Concernant HESTON, il est difficile d'évaluer quelle était la part de "talent" naturel vu le travail gigantesque qu'il fournissait pour l'essentiel de ses rôles, mais une chose est certaine, c'est qu'on ne peut pas faire à HESTON et à sa mémoire l'insulte de "l'absence de talent", j'avoue avoir pour ma part une admiration ancienne et je pense, documentée, sur un comédien que je crois être du calibre d'un OLIVIER ou d'un BURTON. Je me bornerai donc à dire ceci : UN homme qui, en 50 ans de carrière, a réussi à donner vie à autant de personnages variés et complexes, au théâtre comme au cinéma, de SHAKESPEARE à BOLT en passant par O'NEIL, à leur insuffler autant d'humanité, d'ambiguité et d'humour parfois, à provoquer autant d'émotion durable à des générations d'amoureux du cinéma, à éveiller le sens artistique, la passion de l'Histoire et du Beau chez autant de personnes dans un monde qui en est de plus en plus dépourvu, cet HOMME-là, avec ses qualités et ses défauts, ne peut, n'en déplaise à tous les journalistes en mal de copie, qu'être un ARTISTE de très grand TALENT.
     
    A Cécile ....
     
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  • KHARTOUM : HISTOIRE D'UN HOMME HORS DU COMMUN

     

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    L’affiche française du film, telle que les spectateurs la découvrirent en 1966 !

    Dans le cœur de nombreux admirateurs de l’acteur-artiste qu’est Charlton HESTON, un film comme Khartoum semble occuper une place particulière car il est le premier rôle de britannique dans sa pourtant déjà longue carrière, et c’est également son premier film à disposer d’un casting totalement anglais : on y trouve en effet Laurence OLIVIER, Ralph RICHARDSONNigel GREEN, Richard JOHNSON (rien que ça !), pour encadrer CHUCK dans le rôle de Charles GORDON, dit " le chinois ", figure historique légendaire pour les Anglais, au même titre que Laurence d’Arabie plus tard. Ce Charles GORDON, qui avait servi en Crimée, bataillé pour l’empereur de Chine, réussi à supprimer l’esclavage au Soudan et, en général obéi pendant toute sa carrière à ses propres règles plutôt qu’à celles de l’establishment militaire britannique, ne pouvait qu’intéresser l’homme HESTON, lui-même admirateur de ces fortes individualités qu’il appelle « the extraordinary men ».

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    L’excellent Richard JOHNSON dans le rôle du colonel STEWART, adjoint de GORDON. Ce fut le début d’une grande amitié avec CHUCK, et ils tournèrent encore quatre fois ensemble.

    Quand il reçoit le script de Khartoum, il pense d’abord refuser ce nouveau projet épique car il sort d’une longue période en costumes et ne veut pas replonger dans un énième film spectaculaire. C’est le scénario extrêmement précis et documenté de Robert ARDREY qui va le décider à changer d’avis. Il découvre peu à peu derrière la façade de l’officier rigide et loyal, un personnage plein de profondeur et d’humanité, un chrétien mystique pour qui la solution militaire ne suffit pas, et que n’effraie aucunement la peur de la mort, mais celle de l’échec. Mieux informé sur l’homme GORDON et fasciné par le courage d’un homme capable de se sacrifier pour une cause qu’il trouve juste, CHUCK va, avec le professionnalisme qu’on lui connaît, totalement s’approprier l’allure, le visage et la voix d’un officier anglais de la fin du XIXème siècle, s’astreignant à un coaching vocal très pointu pour que son accent anglais, et non celui d’un américain, se rapproche de la perfection. Ce souci d’authenticité sera d’ailleurs très apprécié en Angleterre, où le film fera plus tard un très gros succès.

    Cependant, si GORDON est la figure principale de son scénario, Robert ARDREY a eu l’excellente idée de lui opposer un protagoniste à sa mesure, choix dicté par le simple respect de la vérité historique, puisque GORDON ne fut envoyé à Khartoum que pour contrer la révolte locale menée par un « fou de Dieu » très en avance sur ceux de notre époque, un homme du désert qui se faisait appeler le « Mahdi » (celui qu’on attendait), et qui projetait de porter la parole du prophète dans toutes les mosquées d’Orient. Pour jouer ce personnage tout aussi habité par sa foi que l’était GORDON, le plus grand acteur anglais de l’époque, Laurence OLIVIER, s’imposait comme un choix évident. Barbu, grimé, et s’étant pourvu d’une diction arabisante totalement différente de son phrasé habituel, OLIVIER sera un adversaire et un concurrent de premier choix pour CHUCK, qui dira avoir beaucoup appris de leur rencontre.

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    « Le jour où l’empereur de Chine cessera d’être un infidèle, j’accepterai ce cadeau somptueux. » Voilà ce que dit le « Mahdi » (Laurence OLIVIER) à GORDON (Charlton HESTON), lors de leur première entrevue. Dans la réalité, les deux hommes ne se rencontrèrent jamais.

    Un autre aspect important du scénario est le refus absolu de ARDREY de tomber dans le piège du film de prestige à la gloire de l’empire britannique. Il dénonce au contraire l’hypocrisie d’un système prêt à tout pour défendre ses intérêts dans le canal de Suez, mais surtout pas à secourir une population en danger, quitte à sacrifier GORDON sur l’Autel de leurs bonnes intentions. Vision clairvoyante et très avant-gardiste, surtout pour un film destiné à un grand public. Ralph RICHARDSON, parfait dans le rôle de GLADSTONE, incarne avec brio les contradictions de l’homme politique tiraillé entre ses sentiments personnels et la raison d’Etat.

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    Arrivée de GORDON à Khartoum, accueilli comme un sauveur. Cette scène émut grandement CHUCK et lui rappela l’entrée dans Valence lors du tournage de « EL CID ».

    Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire de KHARTOUM un grand film : le sujet, le scénario, les interprètes et, pourtant, une légère frustration demeure quant au résultat final. La cohérence et la rigueur ne fait jamais défaut à ce film, la reconstitution est de qualité, la musique de Franck CORDELL est envoutante… On peut juste regretter qu’avec un tel projet, un metteur en scène comme Anthony MANN ou David LEAN n’ait pas été aux commandes plutôt que le trop sage Basil DEARDEN. Ce cinéaste de la qualité anglaise (1911-1971), n’était peut-être pas l’homme qu’il fallait pour donner à Khartoum le souffle épique nécessaire. Très à l’aise dans les scènes d’intérieur et la direction d’acteurs, il l’est moins quand il s’agit d’animer l’écran par du mouvement et du rythme, même si la seconde équipe menée par Yakima CANUTT fait plus que le job. D’ailleurs, CHUCK dira lui-même de son travail : « je crois pouvoir dire que c’est le seul film que je considère comme très bon, dont je pense que la réalisation n’est pas la qualité principale ». On ne peut qu’approuver cette lucidité, surtout quand on connaît le degré d’exigence du personnage.

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    Dénouement tragique du film : fidèle à ses convictions, GORDON refuse de se défendre et fait face aux fanatiques, armé de sa badine et de son seul courage.

     

    Tourné de manière logistiquement complexe mais sans réelles difficultés, en partie en Egypte, puis en Angleterre, KHARTOUM sera un très grand succès en Grande-Bretagne (ce qui suffira d’ailleurs à couvrir les frais de production), mais fera un score moyen aux USA, où le public habituel de CHUCK sera désemparé par ce personnage. Déçu par le résultat commercial global, CHUCK n’en conservera pas moins une affection sincère à ce film tout sa vie. On peut le comprendre, car c’est un de ses plus beaux rôles, où il fait preuve d’une finesse de jeu exemplaire pour camper cet être complexe à la fois orgueilleux, généreux, et habité par une foi inébranlable.

    Auteur : Renaud
    Script-girl : Cécile