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CHARLTON HESTON LE MAGNIFIQUE - Page 8

  • 9 - "Charlton Heston une biographie " de Michael Munn - (traduction par Adrien P.)

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    Hollywood

    Depuis que Charlton Heston avait aidé David Bradley pour les préparatifs de son adaptation en film muet 16mm de Macbeth, les deux diplômés de Northwestern avaient parlé de faire d'autres films shakespeariens. Heston ne voulait jouer dans aucun film en règle générale : Les acteurs de théâtre regardaient avec mépris les acteurs de cinéma, et les acteurs sérieux travaillaient à New-York, pas à Hollywood. C'était un concept étriqué qu'Heston adopta immédiatement pour prouver qu'il n'était rien sinon sérieux. Pourtant, quand vint la chance d'adapter Shakespeare au cinéma, il fut intéressé, même si ce devait être une des productions amateurs en 16mm1 de Bradley. Au moins, cette fois, il y aurait du son2.

    Les deux pièces les plus envisagées pour une tentative d'adaptation étaient soit Jules César, soit Hamlet. Laurence Olivier fit alors son Hamlet3 sur celluloïd4 ce qui régla la question : ce sera Julius Caesar. Charlton pourrait enfin jouer le rôle qu'il avait convoité depuis qu'il avait vu Sir Godfrey Tearle le jouer en compagnie de Cornell dans le rôle de Cléopâtre : Marc-Antoine.

    Avec un coût de 11.OOO$, Jules Cesar est, d'après les mots d'Heston, « un des plus remarquables films indépendants que je connaisse ». Bradley a produit, réalisé et joué le rôle-clé de Brutus. Bradley a intelligemment utilisé de vrais bâtiments comme décor, tel que le Chicago's Museum of Science and Industry5 qui lui servit de forum romain. Les autres acteurs venaient de troupes de théâtre locales et de stations de radio de Chicago auxquelles Heston rendit visite juste pour cette entreprise bénévole.

    Résultat de recherche d'images pour "Chicago's Museum of Science and Industry"

    Chicago's Museum of Science and Industry

    La plupart des acteurs semblaient être un peu petits pour leurs costumes. Les casques romains et les plastrons semblaient trop larges pour eux, mais Heston, bien que toujours maigre, était magnifique dans son armure romaine. Avec son visage il avait l'air de sortir tout droit du passé. Charlton Heston commençait déjà à paraître plus à l'aise dans un costume que dans des habits du XXème siècle.

    Ce n'était pas vraiment un film à visée commerciale et il n'eut pas de sortie annoncée aux États-Unis ni à l'étranger, mais il fut diffusé en 1950 dans de nombreux festivals et universités et obtint rapidement le statut de classique parmi les films indépendants6. L'un de ceux qui l'avait vu était un producteur de chez Paramount qui avait été impressionné par Heston dans Jane Eyre : Hal B. Wallis7. Il fut si impressionné qu'il alla à New-York, rencontra Charlton Heston et lui proposa un contrat pour une film.

    1 Lancé sur le commerce en 1923 par Kodak, le film 16mm avait l'avantage d'être bien moins cher et plus facile à transporter que le 35mm utilisé par le cinéma. Il devient le format du reportage et finit par se standardiser. Il reste pourtant le format du film amateur, et le 35mm reste le format standard du film de cinéma.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Format_35_mm

    http://cinememoire.net/index.php/numerisation-de-films/petite-histoire-des-formats-de-films

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Format_16_mm

    2 Le 16 mm devient sonore en 1932.

    3 Sorti en 1948, c'est le deuxième volet de la trilogie shakespearienne de l'acteur-réalisateur avec Henry V et Richard III.

    https://www.imdb.com/list/ls031350542/

    4 Si ce terme désigne à l'origine une matière extrêmement inflammable utilisée dans la production des pellicules cinématographiques, il désigne également la pellicule de 35mm en anglais. Le lien ci-dessous met en évidence cet emploi.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nitrocellulose#Applications

    https://www.telegraph.co.uk/culture/film/film-news/8975284/Hollywood-says-goodbye-to-celluloid.html

    5 Le musée des sciences et de l'industrie de Chicago a d'abord été un musée des Beaux-Arts, érigé en 1893 à l'occasion de l'exposition universelle. Son style architecturale dit « Beaux-Arts » vient prendre ses inspirations d'anciens styles, notamment le style antique. Sa conversion en musée des sciences date de 1933.

    6 « an underground classic » dans le texte original. Underground signifie littéralement « souterrain ». Par extension, une œuvre dite « underground » est une œuvre qui ne fait partie d'aucun circuit officiel ni d'aucune institution.

    7 Hal B. Wallis (1898-9 – 1986) est un producteur américain. Ayant produit plus de 400 films en 40 ans, il a construit sa légende avec des films comme Le Petit César (1931) ou Les Aventures de Robin des Bois (1938).

     

    Charlton Heston n'avait pas été totalement ignoré par les studios de cinéma. Ces derniers mois, un certain nombre d'entre eux l'avaient approché avec des contrats-types de studio, espérant obtenir de lui une exclusivité pour eux. Il n'en avait cependant pas besoin : il voulait jouer dans des pièces et à la télévision. Cela dit, il reconnaissait également que le cinéma pouvait lui offrir un avenir plus sûr, car si un acteur parvenait à jouer dans un film, il pouvait rapidement devenir riche. Devenir riche n'était pas une idée qui dégoûtait Charlton.

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    À la demande pressante de Wallis, Charlton s'envola pour Los Angeles pour le rencontrer et discuter d'un potentiel contrat. Wallis convainquit deux sœurs, anciennes vedettes du cinéma muet, d'accueillir Charlton chez elles pour la durée de son séjour, et Charlton reçut les services d'un agent de premier ordre : Herman Citron. Citron réussit à négocier un contrat non-exclusif pour Heston avec Wallis, autorisant Charlton à faire des films avec d'autres studios et d'autres producteurs ainsi que de jouer comme il le voulait, dans les pièces au théâtre ou à la télé. Wallis était en fait un producteur progressiste qui reconnaissait que l'ancien système de contrat était mourant (il venait d'autoriser ses deux découvertes, Burt Lancaster et Kirk Douglas, à voler de leurs propres ailes). Il y avait maintenant une nouvelle génération d'acteurs qui refusaient d'être enfermés, pieds et poings liés, qui cherchaient plus qu'une carrière cinématographique, et Charlton Heston semblait être de cet acabit. Il devint donc l'un des tout premiers acteurs à ne pas être lié exclusivement à un seul studio.

    Quelques semaines après la signature, Charlton reprit l'avion de New-York à Los Angeles. Il voyagea seul, laissant Lydia à l'Est où elle jouait au théâtre. Charlton s'était considérablement empâté depuis qu'il avait tourné Julius Caesar. Il était même presque enrobé ; il dut faire attention à son poids pour les caméras de cinéma qui avaient tendance à donner l'air d'être obèse. Comme il avait grossi, il fit fondre la graisse superflue en s'entraînant tous les jours et était réellement inquiet si son poids dépassait les respectables 200 livres1.

    Il atterrit à Los Angeles et fut accueilli par le chef de publicité de Wallis, Walter Seltzer, qui se trouvait au quai de débarquement à comparer le visage de tous les passants avec une photo de Charlton Heston. Seltzer allait offrir à Charlton une grosse promotion avant même qu'il ait fait La Main qui venge2, son premier film professionnel, produit par Wallis en personne.

    Maintenant qu'il était arrivé en ville, il était bon pour lui d'être vu, donc Seltzer l'emmena directement chez Romanoff où Charlton fut non pas surpris d'être remarqué mais de voir Spencer Tracy3 en train de manger des fraises.

    La vie d'acteur de cinéma ne s'est cependant pas toujours avérée être glamour. Charlton se retrouva à louer un appartement derrière le Grauman's Chinese Theater4 devant lequel se trouvent les célèbres pavés marqués des traces de main ou de pied de nombreuses stars. Le pâté de maisons où se trouvait l'appartement fourni à Charlton ressemblait quant à lui à un bordel. Il devint de plus en plus conscient du nombre de voisines locataires qui semblaient divertir un nombre effroyablement grand d'hommes dans leurs chambres. C'était une triste réalité de voir qu'Hollywood avait toujours été envahi par des prostituées, dont un grand nombre avaient rêvé de devenir actrices qui n'ont jamais été repérées, mais se sont tournées vers le plus vieux métier du monde pour vivre.

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    La Main qui venge était tourné à Paramount Studios et était un cas typique de film noir, un habile drame criminel dans lequel Wallis semblait se spécialiser. Heston jouait un escroc qui devient la proie d'un homme dont le frère s'est suicidé après s'être fait avoir par une arnaque d'Heston. Le rôle était délicat pour Heston car il devait réussir, on ne sait comment, à rendre ce personnage immoral et cynique suffisamment sympathique pour obtenir la faveur du public. Heston se souvient de son rôle :

    "Ce n'est vraiment pas un personnage intéressant, et il ne montre pas grand-chose pour nous convaincre du contraire. Il est juste légèrement entraîné dans un miteux trafic de jeux d'argent dans lequel il s'est lancé, et devient finalement une victime, un fugitif essayant de ne pas se faire tuer. C'est une juste fin pour lui.

    C'est tout ce qu'il y a à dire de ce rôle. Son seul point de vue est d'un cynisme injustifié. Il est toujours sceptique du fait de ses souvenirs de guerre, même si ce n'est pas une piste vraiment explorée [dans le film]. Je me souviens m'en être servi pour jouer ce rôle."

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    La partenaire à l'écran de Charlton était Lizabeth Scott5, une autre découverte d'Hal Wallis, et présentée par Paramount comme ressemblant à Lauren Bacall et Veronica Lake. Jack Webb jouait un camarade escroc d'Heston. Webb était alors une vedette de radio grâce à sa série Dragnet qu'il adapta plus tard à l'écran ce qui lui permit de devenir riche.

    Le réalisateur de La Main qui venge était William Dieterle, un nom légendaire d'Hollywood connu pour des classiques tels que Quasimodo6 avec Charles Laughton et Tous les biens de la terre7. Ses meilleures réalisations étaient cependant du passé et ses films dans les années 50 furent généralement ordinaires et oubliables. La Main qui venge était de ceux-là. Comme Heston le dit lui-même, « C'est le genre de film qu'ils font aujourd'hui à la télévision et qu'on appelle le film de la semaine.»

    Une fois le film fini, Walter Seltzer mit Heston dans un train pour qu'il traverse le pays afin de faire sa promotion et celle du film. Ils allèrent dans pas moins de 20 villes en moins de 4 semaines. L'exténuant programme de promotion échoua à convaincre le public d'aller voir La Main qui venge, mais elle raffermit l'amitié durable d'Heston et Seltzer.

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    À la fin de l'été, Charlton décida qu'il était temps de retourner à la maison à New-York, et il serait peut-être resté à l'Est s'il n'avait pas eu la chance de croiser fugacement Cecil B. De Mille, et si ce grand réalisateur n'avait pas été impressionné par la manière dont le jeune Heston l'avait salué.

    À peine quelques mois plus tard, Charlton apparaissait dans le somptueux film sur le cirque de De Mille, Sous Le Plus Grand Chapiteau du monde, et il sut qu'il ne pourrait pas vivre que sur la côte Est. Il dit :

    «Mon premier film était oubliable, bien que produit efficacement et professionnellement. Mon second film, sur le cirque, remporta l'Oscar et fut visionné par un nombre immense de personnes. En effet, il reçut plus de critiques positives qu'aucun autre film de De Mille. Je ne saurai pas dire ce qu'il se serait passé si le deuxième film n'était pas arrivé au bon moment, mais il m'assura une place d'acteur important suffisamment longtemps pour avoir d'autres opportunités, et c'est ce qui compte. Il faut rester parmi les têtes d'affiches et le haut du panier, et ce film sur le cirque me l'a permis8

    1 91 kilos

    2 Dark City

    3 (1900 – 1967) Un acteur américain alors très connu. Il a remporté deux oscars du meilleur acteur deux années consécutives : en 1937 pour Capitaines courageux et en 1938 pour Des Hommes sont nés. Il est connu pour son jeu réaliste et sa capacité à interpréter n'importe quel rôle. Un prix à son nom est créé en 1988 par l'université de Californie et sa fille, Susie Tracy : l'UCLA Spencer Tracy Award. L'institut du Film Américain (American Film Institute, ou AFI) l'a classé 9ème dans le classement des plus grandes légendes du cinéma américain.

    http://www.afi.com/Docs/100years/stars50.pdf

    https://www.imdb.com/name/nm0000075/awards

    https://www.imdb.com/name/nm2803604/bio?ref_=nm_ov_bio_sm

    https://www.youtube.com/watch?v=372trryQ7LY (voir la description de la vidéo)

    4 Cinéma inauguré le 18 mai 1927, il est classé monument historique-culturel de Los Angeles depuis le 5 juin 1968. Il est au 6928 Hollywood Boulevard, le long du Walk of Fame. C'est une des salles de cinéma les plus célèbres au monde.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Grauman%27s_Chinese_Theatre

    5 Né en 1922 et morte en 2015, cette actrice américaine est surtout connue pour ses rôles de femme fatale.

    6 The Hunchback of Notre Dame, 1939

    7 All That Money Can Buy, 1941

    8 Heston donne ici une métaphore sur le base-ball difficile à rendre. Une traduction plus littérale serait :

    « mais il m'assura une place d'acteur important, suffisamment longtemps pour avoir quelques tours au bâton, et c'est ce qui compte. Il faut rester parmi les joueurs sélectionnés, et en première division, et ce film me l'a permis. »

    A SUIVRE...

  • CHARLTON HESTON A PARIS POUR PRESENTER DES FILMS ...

     

    La star américaine Charlton HESTON est invité sur le plateau du journal pour parler d'une série télévisée "Opéra Stories" qu'il tourne actuellement à Paris. Il parle de cette série (traduction simultanée) : "Il s'agit d'un concept particulier. Scènes tirées d'opéras, filmées bout à bout. Je raconte l'histoire de ces opéras. Je suis le narrateur. C'est du cinéma fait pour la télévision".

    Il parle de sa carrière théâtrale. Il répond à William LEYMERGIE sur l'affaire John Tower : "Je connais Tower personnellement". Il parle du rôle de la presse américaine face à ce personnage "Cela s'est passé seulement quatre fois aux Etats-Unis". -

    Il répond à Patricia CHARNELET qui lui demande, in ENGLISH if you please, comment il se fait qu'il ait autant de charme "C'est à cause de mon nez cassé !".

    Émission A2 - Le Journal de 13H - 3 mars 1989 Production Producteur ou co-producteur Antenne 2 - Générique :Journaliste William Leymergie - Patricia Charnelet

    Participant - Charlton Heston 

     

    La Malédiction de la vallée des rois: interview Charlton Heston

    Actualités régionales Ile de France

    video 09 juil. 1980 0 vues 03min 25s

    Pour la sortie de son cinquantième long métrage, "La Malédiction de la vallée des rois", l'acteur américain Charton HESTON est à Paris. Interview en anglais (traduction simultanée) sur sa carrière en alternance avec des extraits du film.

    SORTIE DU FILM A PARIS LE 9 JUILLET 1980

  • DARK CITY (1950) - Charlton Heston au début d'une carrière prometteuse.

    LA MAIN QUI VENGE (titre français).

    Quelques photos pour présenter Charlton Heston, dans son premier rôle officiel en vedette, dans un film dont il a dit plus tard, que c'était un bon film de série B .

    J'aime particulièrement le générique avec Charlton Heston marchant nonchalemment dans la rue, avec une sorte de force tranquille qui fera son image de marque dans ses rôles futurs. 

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  • 8 - " Charlton Heston une biographie " de Michael MUNN - (traduction par Adrien P. )

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    New York

     

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    L'unique robinet ne faisait couler que de l'eau froide. Il n'y avait que très peu de place. Le loyer coûtait quarante dollars par mois, mais les cafards étaient fournis avec l'appartement. Ça n'avait pas meilleure allure vu de l'extérieur, situé au-dessus d'un magasin à la peinture bleue-sale et écaillée.

    Au moins, ici, dans la quarante-cinquième rue de ce qu'on appelle judicieusement la cuisine de l'Enfer à New-York1, Charlton et Lydia pouvaient vivre près du quartier des théâtres, et c'était tout ce qui comptait : être près de là où il y avait du travail. Seul problème : ils ne trouvaient pas de travail... mais ils ne se sont pas laissés abattre.

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    Comme le dit Lydia, « c'était, disons, pittoresque ! On ne remarque pas si la vie est dure ou non. Quand on est jeune, on aime la vie et on suit le rythme. »

    Regardant vers le sud sur Ninth Avenue depuis la 49th Street

    Hell's Kitchen (quartier Manhattan)

    Ils avaient tous les deux 22 ans et ils étaient heureux d'être à New-York, d'être à portée de marche des bureaux de casting, d'être vu par des agents et des directeurs de casting, mais seulement pour s'entendre dire « Ne nous appelle pas, petit... » et d'être presque ruinés sans encore mourir de faim. Ils mangeaient car Lydia réussissait à décrocher des emplois de mannequin. Charlton continuait ses tournées, s'habituant à ce qu'on lui ferme la porte au nez. Il n'a cependant jamais abandonné. Il savait qu'il y avait un rôle qui l'attendait au théâtre, quelque part, et donc quand David Bradley vint le trouver avec l'idée de filmer MacBeth et qu'il offrit à Heston le rôle principal, Charlton refusa. Il aida quand même Bradley à planifier le tournage ainsi qu'à concevoir les accessoires et à esquisser les costumes.

    Il s'avéra que ce fut la carrière d'actrice de Lydia qui commença à décoller. Charlton devint donc modèle. Il fut recruté par la Arts Students League2 pour poser nu dans les cours de modèle vivant en échange d'un dollar et demi par heure, plus du thé et des cookies gratuits.

    Charlton s'en souvient avec humour :

    « À l'époque, les mannequins masculins pour les étudiants en art devaient porter des petits slips de sport. Ma femme s'en sortait très bien en tant qu'actrice alors que ma carrière n'avait pas encore commencé, et elle me fit un petit slip gris en velours.»

     

    Tandis que Lydia continuait à travailler, Charlton continuait à être sans emploi. Il aurait dû être complètement démoralisé, mais il était encore très optimiste. Il continua de chercher, continua à voir se fermer des portes au nez. Il continua de s'occuper. Il avait dessiné pendant une grande partie de sa vie, et donc pendant que Lydia rencontrait le succès dans Detective Story, il restait à la maison à dessiner. Il montait parfois au Payne Whitney Hospital où un ami, Jolly West, travaillait en section psychiatrique, et quand il était de garde de nuit, ils jouaient ensemble aux échecs.

    Jolly West, qui finira par être un scientifique reconnu, était un des amis de Charlton durant ces années difficiles. Ce sont ces amis-là qui restèrent ses amis envers et contre tout. La plupart étaient dans la même galère : sans emploi, vivant dans de petits appartements, à élever des cafards. Pour eux, il était Chuck Heston, Chuck étant une altération américaine de Charlie, et c'était ce qui ressemblait le plus à un diminutif de Charlton. Au moins, personne ne pouvait confondre Chuck et Charlotte !

    Le premier noël de Charlton et de Lydia dans cet appartement à l'eau froide ne fut pas vraiment extraordinaire. Ils n'avaient tout simplement pas assez d'argent pour s'offrir de superbes cadeaux. Chuck a cependant réussi à amasser suffisamment d'argent pour acheter à Lydia un chapeau vert en laine. Ce n'était pas grand-chose, mais elle l'adorait parce qu'il l'avait acheté pour elle.

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    Le nouvel an leur offrit enfin du réconfort. Ce n'était pas Broadway, mais c'était un travail d'acteur. Ils se retrouvèrent à Asheville, en Caroline du Nord³, dans une pièce donnée au Thomas Wolfe Memorial Theater. Ils avaient prévu de ne jouer qu'une seule pièce, gagner un peu d'argent puis repartir à la conquête de Broadway, mais ils découvrirent à Asheville une toute autre attitude vis-à-vis des nouveaux arrivants. On écoutait et on respectait leurs avis, et ils y devinrent co-directeurs du Thomas Wolfe Memorial Theater en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Ils restèrent donc quelques temps à jouer, diriger et même donner des cours. Ils firent six pièces au total, parmi lesquelles Kiss and Tell, State of the Union et leur dernière pièce là-bas, The Glass Menagerie.

    Ils retournèrent à New-York pendant l'automne de 1947, pleins de confiance et d'optimisme indéfectibles. Peu de temps après, Charlton parvint à être auditionné pour la prestigieuse Katharine Cornell Company qui montait à ce moment-là Antoine et Cléopâtre au Martha Beck Theater à Broadway. Il fut remarqué par Guthrie McClintic, l'époux de Cornell, qui dirigeait la pièce. Charlton lut les répliques de Proculeius4 dans le bureau de McClintic dans le RCA Building5. Il obtint le rôle, mais il n'eut pas l'impression que ce fut grâce à la moindre démonstration de talent pour le jeu d'acteur.

     

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    Première apparition sur scène de Charlton Heston dans "Antoine et Cléopâtre" en 1947 dans le rôle de Proculeius (je l'ai désigné sur la photo (personnage 1er à gauche sur les marches)

    « Je suis sûr que j'ai décroché le rôle parce que je mesure plus d'un mètre quatre-vingt-dix et que miss Cornell, comme la plupart des femmes de grande taille, aime être entourée d'acteurs de haute stature, » dit-il. Il eut le rôle néanmoins, et il avait hâte de sortir du hall de marbre pour appeler Lydia et lui apprendre la bonne nouvelle. La pièce rencontra un succès spectaculaire et fut jouée pendant sept mois, un record pour Antoine et Cléopâtre (Cette pièce est généralement considérée comme parmi les plus difficiles de Shakespeare à adapter à la scène).6

    Charlton ne l'apprit pas tout de suite, mais il faisait mal tous les soirs à Katharine Cornell qui interprétait Cléopâtre. Dans la scène où il l'enlève de son mausolée7, il devait la serrer contre sa hanche, et à chaque fois qu'il le faisait, son épée la frappait violemment à la cuisse. Il n'y avait pas pris garde jusqu'à ce qu'un soir juste avant la levée du rideau, le metteur en scène lui ordonna de rejoindre miss Cornell dans son dressing. Il se figea un instant, s'imaginant qu'il allait être renvoyé pour une raison ou pour une autre. Il se raisonna ensuite et se dit qu'elle ne renverrait pas elle-même qui que ce soit. Il s'imagina qu'elle allait peut-être tenter de le séduire. Il commença à transpirer.

    Il arriva dans sa loge et la trouva, sublime dans une robe de soie rouge. « Chuck, je veux te montrer quelque chose », dit-elle. Il déglutit tandis qu'elle ouvrait sa robe et dévoilait une énorme ecchymose sur sa cuisse. « Tous les soirs, quand tu m'enlèves dans la scène du mausolée, ton épée me tape. Penses-tu que tu pourrais la retirer pour cette scène ? » Heston eut un soupir de soulagement, assura qu'il pouvait puis se retira. Quand la pièce cessa d'être jouée, Chuck fut de nouveau un acteur sans emploi, et ça n'a pas fait de mal que la télévision vienne à lui.

    C'était alors l'âge d'or de la télévision en direct8, quand les pièces étaient jouées pour un large public, mettant la même pression aux acteurs et donnant le même sentiment d'accomplissement que le théâtre. Mais la télévision ne dupait pas les stars du théâtre parce que ça ne payait pas assez, et les stars de cinéma n'avaient pas le droit de passer à la télévision9. La télévision en direct se reposait alors surtout sur les jeunes talents, tant pour les acteurs que pour les metteurs en scène. Il y eut tout une génération de futures stars du cinéma et de réalisateurs qui se firent les dents sur la télévision en direct, et Charlton Heston en fit partie.

    Il décrocha un petit rôle dans Julius Caesar, une production dans laquelle les producteurs étaient déterminés à ne prendre que des acteurs ayant déjà joué Shakespeare à Broadway. Cela limita en fait leur choix puisqu’aucun grand nom du théâtre ne se serait abaissé à jouer à la télévision, ce qui fit que tous les acteurs étaient des inconnus comme Charlton Heston : ils avaient réussi des choses mais leurs noms n'étaient pas encore trop imposants.

    LES DEBUTS D'UN JEUNE ACTEUR PROMETTEUR

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    Photos extraites de ANTONY AND CLEOPATRA (1947) et JULIUS CAESAR (1950)

    Pendant une répétition, l'acteur qui jouait Brutus dut retourner chez lui à cause d'un mal de gorge. Le réalisateur demanda un volontaire pour lire les répliques de Brutus pour la journée pour permettre de répéter la scène de l'oraison funèbre. Charlton n'était pas du genre à décliner une offre — n'importe quelle offre — et il se proposa pour jouer Brutus pour la journée.

    Il enchaîna avec une saison estivale au Straw hat Theater de Mt Gretna, Pennsylvania, puis il alla à Boston à noël pour être la doublure du rôle principal de Leaf and Bough. Lydia était retournée travailler à New York. Elle lui envoya une ceinture et ils fêtèrent noël chacun de son côté cette année-là. La pièce était censée aller à Broadway, mais il y avait quelques soucis avec l'acteur principal. L'auteur invita Charlton pour boire un verre et, à son grand étonnement et son grand plaisir, lui dit « Peux-tu reprendre ce rôle dès demain ? » Il devint l'acteur principal le lendemain et le resta jusqu'à Broadway. Ce fut un moment important pour Heston, quand il grimpa sur la scène du Broadway's Cort Theater pour jouer le rôle principal.

    Les sommets vertigineux qu'atteignent les vedettes de Broadway ne font cependant pas long-feu : la pièce fut un échec et fut interrompu après trois séances.

    Cinq heures trente, heure de New-York. La lumière des caméras s'allume10. Charlton Heston se lance dans le rôle de Rochester dans Jane Eyre, diffusé en direct de la côte Est au centre Ouest. S'il foire une réplique, si le directeur Franklin Schaffner, assis à la cabine de contrôle, passe sur la mauvaise caméra, quarante millions de personnes le verront à la télévision. La côte Ouest reçoit deux heures plus tard ce que la tendance appelait la « hot line ». Quelque part dans sa maison à Hollywood, Hal B. Wallis regarda cette production de CBS Studio One, et il fut particulièrement impressionné par le grand garçon maigre qui jouait Rochester.

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    Pour Charlton Heston, Frank Schaffner, le reste des acteurs et de l'équipe de retour à New-York, le moment où la lumière rouge des caméras s'éteint et que la pièce est terminée est un instant exaltant et gratifiant. Ça en a valu la peine et on reçoit des félicitations de partout. Chuck est particulièrement ravi : c'est la première grosse production télévisée dans laquelle il jouait le rôle principal. CBS était anxieux à l'idée de lui donner plus, et il dut ensuite se préparer à jouer Heathcliff dans Wuthering Heights11. Il continua à jouer dans différentes productions de Studio One pendant un an et demi, parmi lesquelles The Taming of the Shrew12 où il incarnait Petrucio, et Macbeth dans le rôle-titre en compagnie de Judith Anderson, mis en scène encore une fois par Schaffner. 

    C'est une période enivrante pour Charlton. La couverture médiatique était quelque chose dont il avait à peine osé rêver. Jane Eyre donna naissance au début d'une longue collaboration et une amitié avec Frank Schaffner qui donna quelques-uns des meilleurs films d'Heston.

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    Il dit :

    " Je pense que nous étions tous les deux les chanceux diplômés de l'Âge d'Or de la télévision américaine, quand les émissions live comme Studio One et Playhouse 90 tournaient et que la plupart des gens percevaient comme le pinacle créatif de la télévision dans notre pays. Frank mit en scène beaucoup de ces productions, et en l'espace de 16 mois passés à New-York, j'avais joué Macbeth, Les Hauts de Hurlevent, Of Human bondage13 et Jane Eyre. C'était un apprentissage remarquable pour un jeune acteur".

    Malgré tout son enthousiasme et son optimisme en tant qu'apprenti, il devait relâcher toute la frustration qui vient avec le travail, et Lydia était celle qui la recevait. Rétrospectivement, Il ne s'excuse de rien. En effet, c'est toujours Lydia qui doit composer avec ses névroses14 quand il essaye de régler ses problèmes. Il reconnaît cependant que sans elle, il n'aurait jamais pu surmonter les problèmes que rencontrent un jeune acteur en difficulté.

    "Je pense que ça fait partie du travail de n'importe quelle épouse ou mari. Si les choses vont mal, que l'on assemble des voitures, que l'on dessine des plans de pont, que l'on dirige des symphonies ou que l'on joue avant-centre dans une équipe de football américain, notre compagnon devrait toujours être là pour aider.

    Une des principales responsabilités de Lydia dans ma vie a certainement été de m'aider dans mon travail. Elle a sans doute été le pilier central de ma vie. Elle a été là, à mes côtés pour me donner son soutien moral. Je ne sais pas ce qu'aurait donné ma vie ou ma carrière si j'étais resté célibataire, mais elle aurait été probablement solitaire, décevante et pleine d'anxiété."

     

    A SUIVRE ...

     

    1 Hell's Kitchen, Clinton, ou encore Midtown West sont les différents noms qu'on donne à un quartier de l'arrondissement de Manhattan à New-York. Différentes étymologies ont été proposées, mais il suffit de retenir que le quartier avait la réputation d'être malfamé et dangereux.

    2 Une école des Beaux-Arts de New-York

    ³ Ou plutôt Asheville. Un voyage de 1 109 kilomètres.

    4 Un personnage secondaire de la pièce, ami d'Octave Auguste.

    5  L'ancien nom du Comcast building. Nommé RCA Building de 1933 à 1988, puis le GE Building jusqu'en 2015, c'est l'un des gratte-ciels les plus hauts et les plus célèbres de la ville. On y trouve le siège et la plupart des studios de la NBC (un des plus gros groupes audiovisuels du pays), ainsi qu'un restaurant et une salle de congrès à son sommet. C'est encore aujourd'hui le huitième bâtiment le plus haut de la ville.

    6 En plus d'être longue (même pour Shakespeare), la pièce met en scène 34 personnages (sans compter les figurants). Certaines actions se passent à Rome, d'autres à Alexandrie, d'autres encore à Messine ou en Syrie. Scène en intérieur ou en extérieur, changement de décor entre les scènes dans un même acte... Ce ne sont là que quelques unes des difficultés que posent cette pièce pour l'adaptation sur scène.

    7 Acte V, Scène 2.

    8 Au début de la télévision, la diffusion en direct était en fait le mode de tournage le plus courant tant les moyens d'enregistrement étaient alors médiocres.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Diffusion_en_direct

    9 Les années 50 sont une période de crise pour Hollywood et le cinéma. Deux raisons à cela : le Maccarthysme et sa chasse aux communistes créent un climat de suspicion et met à la porte certaines stars de l'industrie (comme Charlie Chaplin). La deuxième raison est l'arrivée de la télévision qui, bien qu'à ses balbutiements à l'époque, menace de pouvoir remplacer le cinéma au fil des années. Il s'installe donc une réelle rivalité entre l'industrie du cinéma et celle de la télévision.

    http://www.lecinema.free.fr/htm/par_annee/annees50.htmhttps://

    www.cineclubdecaen.com/analyse/cinemaamericaindesannees5060.htm

     

    10 Ce qui signifie qu'elles enregistrent.

    11 Les Hauts de Hurlevent, roman d'Emily Brontë.

    12 La Mégère apprivoisée, pièce de Shakespeare.

    13 Servitude humaine, roman du britannique William Somerset Maugham.

    14 Des névroses qui n'ont probablement encore rien à voir avec Alzheimer. Il ne sera diagnostiquer que quelques années plus tard.