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THE ACTOR'S LIFE - Page 2

  • TOUCH OF EVIL - Extrait de THE ACTOR'S LIFE de Charlton Heston - 1957 (partie 2)

    En traduisant la suite de la narration de Charlton Heston, je me rends compte combien son écriture est complexe, alambiquée parfois et n'appartient qu'à lui je pense. Il est quelquefois difficile, de traduire avec précision certaines d'entre elles, et j'ai fait le choix dans ce cas, de les laisser dans leur jus originel.  Pour le reste, j'essaie de trouver des expressions telles que nous les exprimerions dans notre langue maternelle, sans pour autant trahir ce que Chuck a voulu dire. 

    Chuck n'est pas "a priori", un romantique, si j'en juge par ce que j'en lis. Curieusement, il doute de lui-même, de son talent, de sa capacité à se transformer — ce qui peut nous surprendre...  Je pense, qu'il dissimule sa timidité maladive et ses incertitudes dans l'écriture. 

    Personnalité virile allant droit au but, il a le sens du récit précis, imagé parfois, ne me facilitant pas la tâche pour le traduire... Mais j'aime Charlton Heston et j'ai à coeur de vouloir porter à votre connaissance, ses écrits , puisque malheureusement nous n'avons pas la chance de pouvoir lire ses ouvrages qui n'ont jamais été traduits en français, ce qui est une grande frustration pour les hestoniens uniquement francophones. 

     

    ...SUITE

     

    4 février. Aujourd'hui, je passe de la plomberie à Orson, essayant de savoir où nous en sommes exactement. Je n'ai rien su. Il s'avère que Janet Leigh a le bras cassé ; mais ils ne veulent pas, ou ne peuvent pas, refondre le rôle, alors elle va jouer. Joseph Calleia fera le rôle de Miller ; casting décalé, mais pas mal.

     

                                                                                        Joseph Calleia

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    8 février. Il y a une exhaltante agitation à Universal sur la façon dont Orson s'organise au sujet du film. Ils semblent craindre ce que j'espère : qu'il va faire un film décalé de ce qu'ils avaient conçu  comme un petit programme prévisible. Ils râlent sur le budget et le calendrier et une douzaine d'autres choses, mais Orson tient bon.

    Les studios avaient toujours l'habitude  " de faire de petits programmes prévisibles " pour la sortie en salles. Maintenant, ils les appellent " Films de la semaine " et les mettent à la télévision.

    10 Février. Répétition chez Orson. Je n'ai toujours pas une idée claire  sur la façon de trouver ma place avec cet homme, mais les scènes elles-mêmes sont en train de se terminer. Je me dérobe à une personnalisation spécifiquement latine : je sais que je dois aller plus loin que je ne le suis maintenant. Heureusement, je pense que nous pouvons  obtenir  un peu plus de temps pour les répétitions, peut-être jusqu'à vendredi.

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    Orson Welles

    13 février. Nous avons teint ma moustache en noir ; c'est mieux et le scénario aussi . La capacité d'Orson d'améliorer  l'écriture d'un scenario courant, est incroyable. Comme je le soupçonnais au début, je suis susceptible d'apprendre beaucoup de choses ici. Une autre réception dans cette maison fantastique de Hal Hayes ce soir. Bill Wellman était là ; il semble avoir quelque chose à l'esprit.

    Chaque année, il semble que quelqu'un qui a le goût de ce genre de choses, déménage à Hollywood pour voir à quel point il peut faire son trou sur la scène sociale. La maison était fantastique, d'accord. Il y avait du whisky, du vin, de la bière et du champagne sortant des robinets ; tapis rétractables, lits tournants, et une piscine intérieure avec une fenêtre sur le fond à partir de laquelle vous pouviez voir le coucher de soleil, tel qu'il est. Je suppose que quelqu'un doit être un grand dépensier. M. Hayes est parti maintenant, mais je crois que son travail est toujours exercé par des producteurs occasionnels de rock  et des éditeurs de magazines de charme.

    15 février. Orson était de nouveau à l'oeuvre aujourd'hui pour les répétitions, à la fois chancelant et imperturbable. 〈 Il avait été malade le 14, mais nous répétions toujours chez Orson, officieusement 〉. Il est difficile d'aller au-delà d'un certain point sans décors, mais il est ingénieux de fournir aux acteurs des problèmes à résoudre. Je n'ai toujours pas l'impression d'avoir fait quoi que ce soit pour être ce flic Mexicain, mais j'y arriverai. J'ai tendance à travailler superficiellement à ce stade, trop souvent.

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    18 février. Eh bien, nous avons commencé à tourner avec un drame dont je ne doute pas qu'Orson l'ait planifié. Nous avons répété toute la journée, alignant un travelling couvrant toute la première scène dans l'appartement de Sanchez. Nous n'avons jamais fait tourner une caméra toute la matinée ou toute l'après-midi, le " Staff"  se rassemble dans  l'ombre, noué par l'anxiété. Au moment où nous avons commencé à filmer à six heures moins le quart, je savais qu'ils avaient  annulé toute la journée. À sept heures quarante, Orson a déclaré : "OK, imprimez, c'est emballé pour cette scène. Nous avons deux jours d'avance sur le calendrier.". Douze pages en une seule prise, y compris les insertions, ⌊'two-shots, over-shoulders '⌋ (NDT); toute la scène en une, traversant trois pièces, avec sept parties parlantes.

    NDT : je n'ai pas trouvé de traductions satisfaisantes pour ces deux mots. J'ai préféré laisser les expressions de Charlton Heston, dans leur origine. (Les personnes parlant et comprenant l'anglais-américain, traduiront d'elles-mêmes). 

    Merci à notre ami Renaud qui vient de me transmettre l'explication de ces deux mots :

    Over shoulders : sûrement plan moyenchamp,  contrechamp
     two shots : language technique qu il avait déja bien en main...

    20 février. Rétrospectivement, nous n'étions pas assez spectaculaires aujourd'hui, mais les prises de vue  étaient quand même intéressantes. Nous avons filmé des voitures en mouvement toute la journée, en utilisant un objectif de 18 mm. Orson prétend s'être perfectionné pendant deux ans, mais a été évité presque universellement. Il nous sauve certainement de ces scènes aux processus mortels dans des maquettes de voitures.

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    27 février. J'ai eu la matinée libre alors qu'ils finissaient d'assassiner Akim Tamiroff, ce qui m'a permis de faire un peu de tennis (bienvenu) et de paperasse (nécessaire). Après le déjeuner, j'ai persuadé Dennis Weaver de jouer l'employé de nuit du motel et j'ai vu ce que nous avons fait hier, pendant que j'attendais de tourner. Je le jure, certains des portraits de Russ Metty ressemblent à des photos de Cartier-Bresson.

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    Russ Metty est incontestablement l'un des grands caméramen. Il est presque le seul d'entre eux qui est aussi rapide. La plupart du temps, vous entendez des choses comme : "Est-ce que vous le voulez ' rapidement ', ou le voulez-vous ' bien '?" Avec Russ, vous avez les deux. TOUCH OF EVIL doit avoir été l'un des derniers films qu'il a tourné en noir et blanc.

     

    A SUIVRE...

     

  • TOUCH OF EVIL - Extrait de THE ACTOR'S LIFE de Charlton Heston - 1957 (partie 1)

    Il m'a semblé intéressant de traduire ce chapitre du livre de Charlton Heston "THE ACTOR'S LIFE - journals 1956-1976". En voici la première partie.

    Nous pouvons découvrir le courage de Chuck, son opiniâtreté et, aussi, ses difficultés financières...

    J'aime la simplicité de son écriture, sa franchise, son humilité et... son humour, car il n'en manque pas.

     

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    1er janvier, St. HELEN. La nouvelle année est arrivée comme l'ancienne s'en est allée ... étouffée dans la neige et la solitude. Aujourd'hui, plus que le dernier jour en fait ; Russ et les autres sont repartis  dans un tourbillon de neige autour de dix heures, nous laissant seuls et glissant dans une mare d'eau dans le hall d'entrée, où le débordement d'un égout bouché nous a laissés sans les commodités habituelles. Pas tout à fait le temps de compter sur la vaste nature ni sur le  système d'évacuation des eaux usées. Quoi qu'il en soit, c'est agréable d'avoir de l'espace et du temps pour lire des scripts. Jusqu'à présent, celui d'UNIVERSAL  〈 TOUCH OF EVIL 〉 semble le meilleur, mais qui dirigera ?

    Quand j'ai appelé UNIVERSAL et leur ai posé cette question convaincante, ils ont dit : "Eh bien, ce n'est pas encore réglé, mais nous avons Orson Welles pour jouer le Mauvais de l'histoire." J'ai fait le commentaire évident : " Pourquoi ne pas l'avoir pour diriger aussi ? Il est assez bon." Cela semblait les avoir frappés véritablement, comme une suggestion radicale, comme si j'avais demandé à ma mère de diriger la photo. "Nous reviendrons vers vous", ont-ils dit.

     2 janvier, Mes différents projets traînant, ont  dû être mis de côté pendant que j'aidais à déboucher la canalisation d'égout, à la recherche d'une des couches de mon fils, ce qui inquiète Lydia. Puisque le sol est gelé sur plus d'un pied, ce n'est pas une tâche inutile. Nous n'avons pas trouvé la couche, mais j'ai réussi à retrouver du guano de chauve-souris dans le grenier au-dessus du logement, et un ancien pot de chambre antique, qui fonctionne comme il l'a toujours fait. La perspective cinématographique est encore incertaine. Je n'aime pas assez LABYRINTH ou JANE EYRE pour les faire. Aucun mot d'Universal à propos de Welles dirigeant et jouant  dans leur film.

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    3 janvier, Des efforts répétés avec des serpents de plombier de différentes dimensions, ont finalement creusé la couche de glace de l'égout, et le service sera bientôt restauré. Cela a nécessité deux voyages à West Branch et ne m'a pas laissé beaucoup de temps pour autre chose, mais j'ai lu et j'ai refusé une émission de Robert Montgomery pour janvier qui m'aurait rapporté beaucoup de pognon. Cela a donné à mon sens de l'éthique et de l'intégrité assez d'arguments pour me permettre de téléphoner à Citron et de l'inviter à pousser Universal sur le film avec Welles. Ce n'est qu'une histoire de suspens policier, comme celles qu'ils faisaient depuis trente et quelques années, mais je pense qu'avec lui ça pourrait avoir une chance d'être quelque chose.

    4 janvier,  Citron me dit qu'Universal est d'accord avec ma suggestion, et  offre la direction du film à Welles. S'il accepte, je ferai le film pour 7,5% du brut. Cela me semble bien, même si j'aurais été heureux d'avoir un peu d'argent en attendant. Maintenant, nous devons voir si Orson veut se remettre dans le bain à nouveau. J'espère qu'il le fera ... il me paraît être l'un des rares génies authentiques du cinéma, et j'aimerais travailler avec lui. La partie rituelle de poker  du clan s'est bien passée, surtout de mon point de vue,  j'ai atteint l'équilibre, et j'en ai besoin...

    8 janvier. Citron m'a appelé pour me dire qu'Universal avait accepté notre marché brut et avait conclus avec Welles. Je suis vraiment content de ça. Je pense que nous avons une chance d'avoir une meilleure image que presque tout ce que j'avais pu faire jusqu'à présent. Je dois apprendre beaucoup de Welles, en tout cas. Je pense qu'il a ce dont j'ai besoin maintenant.

    Le 10 janvier, New York.  Durant le déjeuner,  Charles Laughton a abordé la possibilité de faire une pièce de Shakespeare avec lui et Buzz Meredith. Une chose est claire : un acteur américain doit prendre des mesures drastiques pour travailler dans les classiques parce que personne ne l'aidera à le faire. Si vous ne travaillez pas dans les grands rôles, vous êtes juste en train de perdre du temps... La carrière d'un acteur est vide de sens sans eux. Maintenant voyons dans quelle mesure, le cas échéant, nous pouvons mettre en œuvre cette résolution louable.

    14 janvier, Los Angeles. Je suis arrivé à l'heure, mais le jour, comme d'habitude, n'était pas assez long pour tout ce que j'avais à faire. La substance principale, bien sûr, était de rencontrer Welles. Il semble être tout ce qu'il a dit être, ce qui est une bonne affaire. En cinq jours sur le film, il a réécrit le script. Presque tout est différent, et presque tout à la lettre près. Il y a beaucoup à faire, mais il pourra le faire.

     

    21 janvier. Je me suis réveillé un peu tard et j'ai relu la réécriture de TOUCH OF EVIL par Orson. Il manque maintenant seulement un bon dialogue pour en faire un script vraiment méritoire. Le test de maquillage a été un grand succès. Bud Westmore m'a fait paraître si Mexicain qu'ils sont en train de couper les lignes sur ma transformation. Orson pense qu'une moustache s'impose ; si je commence aujourd'hui, je peux juste le faire. Nous avons également demandé à un tailleur mexicain de commencer à travailler sur un costume, ce qui aidera.

    C'est ce qu'on appelle "se donner beaucoup de peine". Un bon tailleur mexicain fait des costumes différemment d'un bon tailleur de Beverly Hills, qui les fait différemment d'un bon tailleur londonien. Beaucoup de choses que vous faites dans les films ne peuvent pas être mesurées, souvent ne peuvent pas être remarquées, sauf par vous. C'est pour ça que vous les faites. Les studios ne sont parfois pas très enthousiastes à ce sujet.

    En ce qui concerne la moustache, je me suis occupé de ce problème puisque  j'ai mis une barbe blanche pour jouer au Père Noël dans une pièce de théâtre à l'âge de sept ans. J'ai sans doute porté plus de barbes, de moustaches, de favoris et de cheveux longs,  à la fois les miens et ceux du département maquillage, que tout autre acteur vivant.Quand j'étudiais à Northwestern, je pensais que l'odeur de la colle à postiches  (le truc que nous utilisions pour coller tout cela) était l'arôme le plus excitant du monde. Maintenant, ça me retourne l'estomac, surtout à cinq heures du matin au sommet d'une montagne en Afghanistan ou quelque part. S'il y avait le temps, je préfèrerais les laisser pousser moi-même. Le problème est,  que je suis un cultivateur lent : trois semaines pour les bons favoris, quatre pour une moustache, six pour une barbe.

    22 janvier. J'ai eu une matinée chargée avec le comptable, en train de constater que mes revenus sont en baisse sur les factures actuelles. Lui et Citron semblent tous les deux sentir, cependant, que les rendements de THE PRIVATE WAR OF MAJOR BENSON,  continueront à être assez élevés pour nourrir la famille.

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    Là je vais, me préoccuper de l'argent à nouveau. En fait, BENSON  était un film très important pour moi. Je suis tombé amoureux du script de Paramount. Quand ils l'ont vendu à Universal alors que j'étais en train de sortir les Israélites d'Egypte pour de Mille, j'ai dit à Herman qu'il devait me l'obtenir. Il l'a fait, pour zéro salaire, juste un pourcentage sur les bénéfices. Maintenant, il n'y a presque jamais de pourcentage sur les profits, mais il y en avait sur BENSON. En outre, comme cela arrive, c'était un bon film.


    J'ai récupéré le script fini, la deuxième version d'Orson, sur TOUCH OF EVIL et j'ai trouvé que c'était une grande amélioration par rapport à ce que nous avions commencé.

    26 janvier. J'ai passé la plus grande partie de la journée à Universal, assis à l'intérieur tandis qu'Orson coupait vingt-cinq pages de son scénario. La réception d'Al Zugsmith (producteur du film) pour Welles ce soir était intéressante. Nous avons conduit Orson, qui s'est avéré un super parleur. Nous avons eu un argument provocateur à propos des visionnages, ce qui est de bon augure, je pense ... J'aime travailler avec des réalisateurs avec lesquels je peux discuter.

     

    A SUIVRE....