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LE GRAIN DE SEL DE RENAUD chronique - Page 2

  • LA SOIF DU MAL : LA RENCONTRE DE DEUX GRANDS

     

    Comme beaucoup de chefs-d’œuvre du cinéma, Touch of Evil d’Orson Welles est le fruit de rencontres inattendues, de circonstances plus ou moins favorables, de compromis et d’affrontements divers qui, par miracle, et par l’accumulation de coups de chances, permettent à tel ou tel film de justifier cette appellation. Un chef-d’œuvre ne se planifie pas à l’avance, la méthode et la raison n’y sont pas pour l’essentiel.

    Quand, en 1956, Charlton Heston reçoit le script de Touch of Evil, parmi bien d’autres scenarii (car il est devenu, grâce à The Ten Comandments un acteur très demandé), il ne voit d’abord, dans cette histoire, qu’un thriller un peu banal et routinier, mais se dit, à l’instinct, qu’il y a là la matière d’une bonne série B. Sa première initiative est donc d’appeler Universal pour s’enquérir de son futur metteur en scène. On lui répond qu’il n’y en a pas encore, mais qu’Orson Welles, en pleine panade financière à l’époque, et prêt à jouer n’importe quoi, y tiendra le rôle d’un flic pourri. C’est là que Chuck propose, innocemment, de confier la mise en scène à Welles car, dit-il : « c’est aussi un sacré bon director ». S’ensuit, d’après les écrits de Heston, un long silence téléphonique, après lequel, les producteurs acceptent, avec des réserves, de confier le travail à Welles. Heston dira plus tard, toujours étonné : « c’était un peu comme si j’avais proposé que ma grand-mère mette en scène le film ».

    Il faut dire qu’à l’époque, Welles a la réputation d’être un metteur en scène instable et capricieux (vrai) et dépensier (faux). D’ailleurs, Heston, qui restera son ami jusqu’à sa mort, malgré quelques divergences politiques et autres, l’a toujours défendu sur ce point : « Welles était très rapide sur le tournage, faisant beaucoup répéter les acteurs avant les prises, mais pouvant filmer douze pages de dialogues en avance sur le plan de travail, là où d’autres metteurs auraient pris deux jours de plus. ».

    D’une banale histoire policière, Welles, de par son habileté de scénariste, va tirer un mélodrame noir sur la corruption, la déchéance d’un fonctionnaire au départ intègre (joué par Welles) et le combat d’un policier mexicain (Heston), mal vu par ses collègues américains, et pourtant déterminé à faire toute la vérité sur le meurtre d’un citoyen américain et de sa maîtresse. Grâce à sa drôlerie et ses inventions sur le plateau, ainsi que sa faculté à faire venir, par amitié, quelques-uns de ses meilleurs copains, dont certains aux trognes fabuleuses (Dietrich, Cotten, Calleia, Tamiroff), il va transformer ce polar classique en parabole sur la frontière très fine qui sépare le bien du mal, et ça ne va pas plaire du tout à l’Universal.

    Quid de Chuck Heston dans le rôle du mexicain Vargas ? Il semblerait qu’au début, pour captiver l’acteur, Welles lui ait fait croire qu’il avait le premier rôle, et que le flic corrompu Quinlan n’était qu’un faire-valoir… On peut douter de cette supposition, car le personnage de Vargas n’est absolument pas éclipsé par Welles, et la rencontre des deux comédiens donne lieu à des échanges explosifs qui feront date dans l’histoire du cinéma. Comment oublier la fameuse scène où Vargas découvre que Quinlan a planqué de la dynamite pour accuser un jeune mexicain, ou cette réplique fabuleuse de Heston à Welles : « le rôle de policier n’est facile que dans un état policier. »

    Contrairement à certains critiques qui prétendent que Heston n’est pas à sa place dans ce rôle, on ne peut qu’admirer la retenue et l’intelligence de jeu de Chuck, qui sait se mettre en retrait et subir le déluge verbal de Welles, sans jamais imposer son personnage, mais en sachant écouter et regarder, pour mieux donner du poids à toutes ses répliques. On connaît la suite : bien que réalisé dans les délais, La Soif du Mal deviendra un film maudit, car charcuté par ses producteurs, qui profiteront du laisser-aller coupable de Welles, parti faire des repérages pour son Don Quichotte, pour remonter le film et même tourner des séquences additionnelles ! Chuck Heston, fidèle en amitié, fera tout pour éviter le désastre, mais tenu par son contrat, devra s’exécuter, ce qui n’entachera pas son amitié avec Welles. Les deux hommes feront même de nombreux projets ensemble, et Welles se souviendra de Chuck comme : « avec Gielgud, l’acteur le plus gentil et travailleur que j’ai pu rencontrer. »

    Même si Welles n’a pu monter et finir le film comme il le souhaitait, Touch of Evil n’est pas seulement un grand film de série B : c’est un diamant noir dans la production hollywoodienne de cette époque, illuminé par l’incroyable photo de Russel Metty, inclassable et riche de sens… Un chef d’œuvre ? Mais oui, bien sûr !

    Auteur : Renaud
    Script-girl : Cécile

     

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  • REMAKE DE BEN HUR ? MISSION IMPOSSIBLE…

     

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    Notre sortie d’hier soir pour aller voir, à reculons, la nouvelle version de B-H, s’apparentait un peu, il faut le dire, à une mission commando pour deux hestoniens endurcis… Nous avions, depuis longtemps, des doutes quant à l’intérêt d’un tel remake car même s’il n’est pas souhaitable d’empêcher qui que ce soit de gagner sa vie en faisant des films, on peut quand même s’interroger sur la nécessité d’une révision d’un pareil classique, quand tant de bons sujets originaux attendent encore d’être mis en scène. C’est peut-être l’époque qui veut ça, « la relecture plutôt que l’aventure ». Donc, le cinéaste russe Timur Bekmambetov, auteur du déjà très oubliable Abraham Lincoln, chasseur de vampires, a cru bon de proposer sa révision du chef-d’œuvre de Wyler, pensant ainsi limiter les prises de risques et le jeu des comparaisons. Hélas pour lui, on n’échappe pas à l’Histoire, même si ce n’est que celle du Cinéma.

    Ainsi, Jack Huston, petit-fils du grand John, semble habillé comme par C&A et, en tout cas, fort peu habité par le personnage, promenant un regard fataliste sur les évènements et assenant quelques fortes pensées pacifistes, à des années lumières de son illustre prédécesseur auquel on n’aura pas la cruauté de le comparer ; tout comme Toby Kebell en Messala, faux-frère qui semble tout droit sorti d’un college-movie américain, ou, dans ses moments d’expressivité, d’un Scream 3 ou 4. Désireux de transmettre un propos humaniste (pourquoi pas ?), le russe nous fignole une happy-end de derrière les fagots, dans laquelle Messala se contente de perdre une jambe, mais pas le moral, puisque tout ce beau monde va s’aimer et repartir main dans la main, malgré les évidentes incohérences de scénario que cela suppose.

    Entre deux, on aura eu le droit à une bataille navale, essentiellement subaquatique, filmée par un caméraman visiblement stoned, à une course de chars qui tourne plutôt à une bataille d’auto-tamponneuses, gadgetisée selon les video games du moment, à un Morgan Freeman sentencieux et coiffé rasta à qui on confie les propos les plus nobles, et une montée au Golgotha qui nous laisse de marbre, malgré les efforts d’un Christ à visage découvert pour nous arracher quelques larmichettes.

    Car c’est bien ça le problème : là où le Ben-Hur de Wyler était une œuvre pétrie d’humanité et d’émotions fortes, alliée à une plastique visuelle inégalable, ce « fils de Hur » n’est qu’une coquille vidée de tout sentiment et toute force spirituelle et qui n’a provoqué en nous, sinon la colère, ce qui est bien, qu’une franche indifférence, ce qui est pire !

    Auteur : Renaud
    Script-girl : Cécile

     

  • LE GRAIN DE SEL DE RENAUD - présentation

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    Ah ! les rencontres FACEBOOK ! Les Amis FACEBOOK !

     

    Et bien, depuis quelques mois, sur la page de notre groupe hestonien, j'ai pu apprécier les

    échanges que nous avons avec certaines personnes.

    Une de ces personnes s'est très vite détachée du lot : RENAUD... hestonien devant l'Eternel

    comme nous tous, mais il a ce petit supplément d'âme que j'aime ! Il met son grain de sel en

    ne mâchant pas ses mots, et ça...j'achète comme dit un personnage de la télé..

    De plus, je pense qu'il est un excellent critique et apporte souvent un éclairage intéressant

    sur la carrière de Charlton Heston, non pas comme un fan béat, mais comme quelqu'un

    d'objectif...

    Alors ça fait du bien, surtout pour nous Français, qui n'avons pas toujours ce qu'il faut à

    nous mettre sous la dent pour parler de Chuck, sur qui il y a tant à dire et surtout à

    découvrir.

    J'ai donc proposé à Renaud d'apporter ce PLUS qui manque au blog...

     

    Pour vous donner un aperçu, voici quelques échanges que nous avons eus sur la page de

    notre groupe.

    Ainsi vous retrouverez de temps en temps une chronique intitulée " LE GRAIN DE SEL DE RENAUD " et de sa script-girl CECILE  (un petit clin d'œil et un bisou à Cécile).

     

    Renaud  Mais oui bien sûr ! Il faut voir dans le livre d'un nommé Jaglom,d'entretiens avec Welles,comment le susnommé Jaglom descend Chuck et Janet en qualifiant leur jeu de"raide et frigide"..en gros,si le film est bon, ils n'y sont pour rien...qu' est-ce qu' il a bien pu faire,ce Jaglom,pour se permettre ça?
     
     · 5 août 2016 , à 09:47
     
    Renaud C vrai! En fait Jaglom avait deux trois films plus ou moins funestes à son actif; il peut surtout se vanter d'être devenu le copain de boisson d'Orson sur ses vieux jours, d'où un bouquin d'interviews ou il flatte le grand homme en déversant sa bile sur tout ce qui a plus de talent que lui, donc ça prend un moment...il s'arrange même pour lui faire dire du. Mal du Chuck, alors qu'Orson,selon d'autres biographes de valeur, est censé avoir toujours défendu Heston bec et ongles..il se peut que Welles ait un peu baissé sur la fin à cause de l'alcool et de ses èchecs, mais je pense que des mecs comme ce Jaglom ont bien profité de lui, même si ils avaient sûrement une admiration sincère....bref,ç'est de l'humain tout ça, et ça se déchire, ç'est bien connu....bises!
    · 5 août 2016  22 h
    France Darnell C'est Renaud qui devrait rédiger la biographie de Chuck...La, nous aurions du lourd, de l'objectivité....je suis sérieuse en plus!!!!
     ·  6 août 2016 6h36
     
    Renaud  C'est trop d'honneur mesdames ! Je me "contente" de relever beaucoup de choses,et dans le cas de CHUCK, malheureusement souvent un tissu de conneries,puisque a) beaucoup de témoins de sa grande époque sont morts ou amnésiques 2) on est dans l'ère du très politiquement correct et la porte est ouverte à tous les scribouillards qui se font un nom sur le talent des autres,et JARGLOM ,dont je ne connais pas les films ceci dit,me semble un bon exemple !
    S'il faut réparer une injustice, c'est bien l'insulte faite à son talent hors du commun ( par hors du commun, on peut vouloir signifier "ne ressemblant à aucun autre", et je pense que ça lui va bien) et que quelqu'un du calibre des BRANDO,O'TOOLE et BURTON, pour ne citer que ceux-là ne soit pas mieux reconnu, me rend hors de moi, regardez par exemple, mesdames, le fameux docu présent sur le Blu-ray de BEN-HUR qui s'intitule "a personal journey", vous entendrez clairement Tom SELLECK 'qui n'est pas forcément un grand acteur, je vous l'accorde) dire : "je pense que Chuck n'a pas été reconnu à sa juste valeur par ses pairs", mais ensuite, il s'arrête là, n'en dit pas plus,comme s'il ne pouvait pas défendre son "ami", puisque c'est comme ça qu'on le présente; vous le savez, et  là c'est un peu plus à France que je m'adresse, je ne suis pas spécialement fan des républicains ou de la NRA et des guns, mais quand les gens seront-ils capables de dépasser ce qui n'est qu'une petite partie de la vie de CHUCK 'sans doute sous influence, en tous cas sur la fin) et voir l'homme et l'artiste dans sa globalité, bon dieu ! excusez moi, j'ai été un peu long,allez, je pars en concert, je vous souhaite un très bon week-end chères hestoniennes .
     
    Renaud  Merci France, je serai très honoré par cette idée de"grain de sel" si elle peut apporter un autre éclairage,fût-il modeste ! Bises et à + !
     
     · 6 août 2016 9h36