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  • LA PLANETE DES SINGES : HISTOIRE D’UN RETOUR AU SOMMET ( 3ème partie & fin )

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    « JE ne pense pas que le film aurait pu être aussi puissant et en même temps drôle, s’il n’était pas porté par les musculeuses épaules de Charlton HESTON , car il représente l’archétype de l’Amérique qui gagne et de sa puissance, mais il est aussi cet Adam américain parfait qui peut permettre d’exprimer une forme de culpabilité propre à notre peuple ».

    Cet article de Pauline KAEL, redoutable critique du NEW YORKER, paru en février 1968 au moment de la sortie du film, met bien en valeur, en quelques mots, à la fois l’image classique (mais partiellement fausse) que les Américains peuvent à l’époque avoir d’une de leurs « icones », mais aussi les questionnements que le film de SCHAFFNER fait plus que sous-entendre, et que la critique américaine « intellectuelle » va spectaculairement prendre à son compte, surtout quand PLANET OF THE APES va, à la surprise générale, faire un triomphe !

    Pourtant, quand le «  CHUCK » se rend à la première du film à New York, il est loin de se douter du triomphe qui attend l’ouvrage, et sa première préoccupation est de savoir si les spectateurs ne vont pas rire un bon coup devant les malheurs de son Taylor martyrisé par des singes ! Lui qui n’a pas eu de « hit » majeur depuis finalement EL CID et moindrement FIFTY FIVE DAYS IN PEKING, qui vient de passer sept ans à incarner des personnages tourmentés et difficiles ( ce qui contredit d’ailleurs le point de vue premier de Miss KAEL) sans que son Michel-Ange, son Gordon ou son Chrysagon aient beaucoup ému le public américain, en est à un point de sa carrière où, disons- le, l’erreur n’est plus tellement possible s’il souhaite conserver son statut de « mégastar » !

    Il sait déjà que son WILL PENNY tant chéri ne risque pas de faire un malheur au box-office, et NUMBER ONE, mis un peu de côté pour privilégier la sortie de APES, ne s’annonce pas non plus comme un film à grand public, tout repose donc sur ce curieux « space-opera » ou son image de héros en prend un sacré coup pendant une heure quarante, sans aucune «  happy-end » pour rétablir la balance, et c’est même le contraire, du fait d’une fin parfaitement négative qui ne caresse vraiment pas le public « pop’corn » dans le sens du poil…

    Mais le public «  pop », oui !

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                                      Car PLANET OF THE APES, par l’étrangeté de son propos, les allusions philosophiques, le point de vue progressiste sur les dangers que court la planète, et l ’utilisation de HESTON à contre-emploi,( « hero turned to zero » selon Renata ADLER du New-York Times) va justement déclencher une véritable passion collective, touchant certes les spectateurs déjà sensibles au travail de l’acteur, donc plutôt la «  middle class » américaine à tendance démocrate, mais aussi et surtout, la masse de jeunes, les collégiens et étudiants, et tous les opposants, hippies ou autres, à un système dont, pour eux, HESTON n’était pas tout à fait l’incarnation comme un John WAYNE abhorré par les pacifistes et libéraux, mais quand même partie prenante !

    Et ce sont ces mêmes jeunes, représentants d’une très grosse partie de la jeunesse américaine, ceux qui ne croient plus dans les valeurs de l’oncle Sam, ceux qui militent contre la guerre du Vietnam, ceux qui dans un an feront du festival de WOODSTOCK un évènement planétaire, ce sont les non-violents et les marginaux qui vont se retrouver dans ce film généreux et clairvoyant, mais pas marginal ou subversif pour autant, et faire de HESTON, à son corps défendant ( si j’ose dire) un symbole de leur «  contre-culture » !

    Richard ZANUCK avait cru bon de se voiler la face en niant tout contenu politique à ce qu’il considérait au départ comme un pur divertissement, mais ce sont bel et bien le côté insolite et la parabole philosophique du scénario de WILSON, appuyant l’idée que si l’homme se retrouve en bas de l’échelle, c’est parce qu’il l’a bien cherché, qui vont en quelques mois, faire de APES un triomphe local puis planétaire, et redorer le blason de sa vedette…

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    A l’âge de quarante-cinq ans, donc à un moment ou en général, la plupart des acteurs se disent qu’ils ont mangé leur pain blanc, voici donc HESTON redevenu un « hot box-office darling », le tout vêtu d’un simple pagne pendant la majeure partie de l’opus, flanqué d’une partenaire féminine qui ne dit pas ( et pour cause ) un seul mot, avec pour seule victoire au final, le fait d’avoir toujours eu raison quand à sa vision cynique de l’humanité !

     

    On ne saura d’ailleurs jamais vraiment à quel point l’homme HESTON, même s’il est encore un démocrate convaincu à l’époque, aura pu apprécier le fait de se retrouver propulsé au rang d’icône de la contre-culture, et ce serait pousser le bouchon un peu loin que de penser qu’il a pu approuver les critiques délirantes du moment au sujet du film, notamment celle de ADLER dans le « New York Times » écrivant en substance que le film de SCHAFFNER  «  est un ouvrage anti-guerre » et un tract libéral de science-fiction, inspiré d’un roman du français BOULLE, pas un grand film du tout, mais une œuvre amusante et caustique, visiblement opposée à toute forme d’establishment » !

    Quoiqu’il en soit, dans un pays ou le commerce et l’image, même fausse, sont rois, CHUCK va profiter sans sourciller de ce regain de popularité, et franchement, après la longue traversée du désert de ce moderne MOISE, qui pourrait bien lui en vouloir ? après tout, il s’est battu deux ans pour ce projet, et même s’il n’y perçoit pas toutes les idées progressistes dont beaucoup se régalent, il sait que l’idée première d’un irrémédiable déclin de l’humanité si on n’y prend pas garde, lui reste chère et c’est tout ce qui importe !

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    Il va donc enchainer les émissions TV et radio, apparaitre sur de nombreuses couvertures de magazines, passer au fameux Johnny CARSON SHOW en mars, puis au non moins notoire Ed SULLIVAN SHOW, accepter une tournée de promotion en EUROPE alors que Lydia subit de récurrentes migraines, et constater avec bonheur que le film bat des records d’affluence partout sur le continent, notamment en FRANCE …

    Il y aura pourtant un revers à la médaille, c’est que devant le succès incroyable du film, Richard ZANUCK qui est avant tout un homme d’affaires, va bien sûr flairer la bonne occase et échafauder rapidement un nouveau projet, «  BENEATH THE PLANET OF THE APES » destiné , avec des moyens inférieurs, à profiter des retombées financières du premier volet ! Il se heurtera d’abord au refus de l’acteur de participer à une suite qui selon ses termes, « n’a aucune valeur créative »,alors que la présence du personnage TAYLOR est évidemment indispensable pour assurer le liant entre les deux épisodes…

    On connait la suite : reconnaissant que sans le concours de ZANUCK, il n’y aurait pas eu de film du tout, HESTON acceptera finalement de participer à cette réalisation de son ami Ted POST pour témoigner à Dick de sa gratitude, mais à la condition expresse que son personnage meure dès le début ; en fait, cajolé par le décideur, Chuck, garçon généreux et influençable, jouera au bout du compte trois scènes importantes, dont sa mort à la fin ,mais en y ajoutant une idée personnelle, celle de l’ultime explosion atomique, croyant du coup supprimer toute possibilité de séquelle…

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    Mais nous savons maintenant qu’il n’en sera rien, et que l’original donnera lieu à trois autres suites de qualité plus que discutable, les scénaristes hollywoodiens ne manquant jamais d’imagination quand il s’agit d’exploiter un filon !

    Le triomphe de APES, conjugué avec celui du très sérieux et surtout moins « lisible » 2001 de KUBRICK, va d’ailleurs provoquer un retour en grâce de la science-fiction au cinéma, mais cette fois sur l’échelle des « big budgets » et non celle de la série B dans laquelle le genre s’étiolait depuis des années ; c’est en effet, finalement, à ces deux films fort différents mais passionnants, que l’on doit, avec ses bons et moins bons côtés, le renouveau d’un genre méprisé par les décideurs, qui donnera lieu dans un proche avenir à la série des STARS WARS et aux divers ALIEN de Ridley SCOTT .

    A la différence que, contrairement à PLANET OF THE APES qui ne se contente pas d’être un divertissement, la plupart des nouveaux produits du genre seront avant tout des œuvres destinées à distraire et procurer de l’évasion à leur public, mais très peu d’entre eux dépasseront le stade du «  good time movie » pour proposer une vision du monde, ou à tout le moins une réflexion sur le devenir de notre planète…

    Et c’est là que l’on prend pleinement conscience de l’importance du film de Messieurs SCHAFFNER, HESTON et JACOBS, car on ne peut qu’associer, avec le recul, les trois personnages ; même si certains effets spéciaux ou décors peuvent paraitre aujourd’hui un peu «  démodés », la puissance, l’intelligence et la beauté plastique de ce film « différent » restent intactes et continuent à nous interpeller avec force, cinquante ans plus tard ; peu importe que les tendances de l’époque aient pu récupérer à bon compte le propos du film sans que ce soit vraiment justifié, l’essentiel n’est pas là !

       L’essentiel, c’est l’image d’un homme à demi-nu, interprété par un des plus grands comédiens de ce siècle, pleurant de rage devant une statue enlisée dans le sable, comme un rêve américain échoué sur le rivage ,par la faute de la folie meurtrière des hommes, sans espoir de rédemption pour toutes les erreurs commises.

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    Comment, en ce début ô combien difficile du 21ème siècle, ne pas s’identifier à la colère désespérée de George TAYLOR ?

     

     

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    A CECILE, plus que jamais.