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HESTON 1969 , de JULIUS CAESAR à THE HAWAIIANS: échecs, projets, espérances…

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LE 31 décembre 1968 , Charlton HESTON passe le réveillon avec Lydia et ses enfants chez Tom GRIES, qui est devenu un «  proche collaborateur » sinon un ami, et qualifie la soirée de «  plaisante, même si ce n’est pas mon genre de sortie favorite » ; en effet, Chuck est connu pour ne pas raffoler des grandes « parties » du tout Hollywood et préfère quand il est convié, compulser les livres dans les bibliothèques de ses hôtes plutôt que de se mêler à la foule des invités, habitude tenace chez cet «  individualiste proche des autres » que définissait avec humour son ami Arthur MILLER …
Il va cependant  durant cette soirée ne pas perdre de vue le côté professionnel des choses, puisque Tom GRIES, qui apprécie son jeu et sa personnalité, s’est vu confier par Walter MIRISCH  un projet important à gros budget, dont il espère qu’il lui permettra de devenir le cinéaste reconnu qu’il rêve d’être, même si sa carrière a commencé sur le tard : «  THE HAWAIIANS » d’après le best-seller de James MICHENER .
Il est intéressant de noter que HESTON et GRIES  renouvellent leur association avec plaisir et beaucoup d’espoir, même si, paradoxalement, leurs deux précédentes collaborations, «  WILL PENNY » et «  NUMBER ONE » ont été deux «  fours » notoires et auraient pu les inciter, surtout l’acteur d’ailleurs, à passer à autre chose ; mais voilà, il se trouve que le HESTON de l’époque attache beaucoup plus d’importance à sa quête artistique qu’au succès commercial, et il ne voit donc aucune raison pour rompre sa relation avec GRIES ; celui-ci lui a offert deux de ses plus beaux rôles,  il lui en est reconnaissant, et l’accord de principe étant acté, le «  Chuck » reçoit le script  le 5 janvier 1969 .

 

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                          NUMBER ONE                                                     TOM GRIES                                               WILL PENNY LE SOLITAIRE 

           Et fidèle à sa tradition de «  perfectionniste compulsif » selon ses propres termes, il commence donc dés le 15 du même mois à harceler GRIES sur tout ce qui ne va pas dedans !
En effet, le scénario de James R WEBB n’est pas exactement une adaptation du roman de MICHENER, pour la bonne raison qu’elle a déjà été faite par Georges ROY HILL en 1966, avec Richard HARRIS, éternel saboteur de tournages, et Max Von SYDOW ! il se veut plutôt une suite de l’ouvrage, ce que les Anglo-Saxons appellent un «  follow-up », sans trouver vraiment un équilibre entre les épisodes sentimentaux et familiaux inévitables d’une part, et la description  de l’évolution de la société hawaiienne vers 1880  d’autre part ; conscient très tôt du fait « qu’il y a trop de choses à raconter, trop de personnages à développer, plus que la durée du film ne le permet »( Journals, 15 Janvier) HESTON suggère à GRIES  de tailler allégrement dans l’aspect très politique du dernier tiers du script, et de centrer davantage le film sur le personnage de Nyuk Tsin, la jeune Chinoise arrivée à Hawaii sur un bateau « négrier » et qui deviendra la matriarche d’un clan prospère et respecté.

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(Tina Chen dans le rôle de Nyuk Tsin)

Constatons en passant que, loin d’être la star mégalomane que certains imaginent à tort, HESTON prouve ici une fois de plus que ce qui compte pour lui, c’est de se mettre au service du sujet abordé pour le plus grand bien du film, même si son rôle s’en trouve en conséquence réduit ; on est là aux antipodes du comportement de beaucoup de ses contemporains, pour lesquels le temps de présence à l’écran doit quasiment être chronométré…Non, lui au contraire, estime que son personnage doit pouvoir s’effacer au profit de la description d’une communauté chinoise qu’il estime plus intéressante ; s’agit-il de sa part d’un éventuel détachement vis-à-vis d’un film qu’il n’entreprend « qu’à moitié convaincu, ce qui est une faute de ma part » ( Journals,17 juillet), l’avenir prochain le démontrera.

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Whip Hoxworth le Maître des Iles, va s'humaniser.....

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En attendant ce tournage qui ne l’excite pas spécialement, HESTON se passionne par contre pour le projet JULIUS CAESAR, suggéré pour lui par le jeune «  boy producer » Peter SNELL, et dont on peut dire qu’il est le principal responsable, ayant eu voix au chapitre sur pratiquement tous les aspects hormis la réalisation ! Il est effectivement dans son élément sur ce tournage, en plein «  actor’s country » plein d’espoir, convaincu du moins au début que ce sera un grand film shakespearien, pour se rendre compte très vite que tout ça ne tourne pas rond : le refus de WELLES de jouer Brutus, son remplacement par le catastrophique Jason ROBARDS, la mollesse relative de Stuart BURGE à la mise en scène vont être pour lui une source de frustration difficile à évacuer : «  the movie was ok, but ok is not enough for Shakespeare ! »

Ce qui ne l’empêchera pas , tout à son idéal artistique, de se lancer sur l’instigation de SNELL, sur le projet «  ANTONY AND CLEOPATRA » encore plus fou et grandiose, en partie parce que sa prestation dans le rôle d’Antony lui a plu ( et ce n’est pas souvent ) et surtout parce qu’il porte en lui une véritable vénération pour cette pièce admirable depuis sa jeunesse ; l’insuccès commercial de JULIUS ne sera d’ailleurs pas  un frein à son entreprise, même s’il s’inquiète avec quelque justification de son avenir..

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                                                                                            (Charlton Heston et Peter Snell) photo :

http://www.britishlion.com/mobile/peter-snell-producer.shtml


«  Dans cette ville, (Hollywood) il semblerait que les décideurs soient plus enclins à chercher à faire des affaires qu’à chercher à faire des films ; je suis allé chez MGM discuter mon maquillage pour THE HAWAIIANS avec Bill TUTTLE, chef de ce département, et c’était déprimant de constater que pas une caméra ne tournait dans le studio ! si BEN-HUR fait un profit sur sa ressortie ce été, ça servira à payer la note d’électricité d’un studio vide » (Journals,21 mars). Propos bien amers mais tout à fait réalistes : le «  studio system » est en effet en train de mourir de sa( pas très) belle mort, et les nouveaux réalisateurs comme HOPPER,COPPOLA,LUCAS et SPIELBERG se profilent à l’horizon, celui d’un cinéma volontiers intimiste favorisant les nouveaux (jeunes) visages, et HESTON, tout en admettant que les temps doivent changer, se demande déja comme beaucoup de vétérans ayant commencé leur carrière dans les années 50, quelle pourra bien être sa place dans ce « nouvel Hollywood » …
Avec son très gros budget, son sujet historique très fouillé et la présence de Chuck comme «  valeur marchande » le projet MIRISCH de THE HAWAIIANS semble en effet appartenir à un autre cinéma, une autre époque ; l’équipe technique est de premier ordre, avec les excellents Lucien BALLARD pour la photographie et Henri MANCINI pour la musique, le cadre d’Hawaii splendidement approprié au succès du métrage, mais quelque chose ne «  fonctionne » pas, et c’est bien le manque d’enthousiasme du Chuck sur le plateau ; pourtant, le personnage qu’il incarne, ce Whip Hoxworth capitaine de navire et disons le quasiment trafiquant d’esclaves d’origine chinoise, à la fois antipathique et capable de revirements au fil de l’histoire quant à sa manière de vivre, est tout à fait taillé pour lui, qui adore les caractères impossibles de « machos » apparemment irrécupérables ! Il avait parfaitement réussi son « King » Rowland dans le très bon «  DIAMOND HEAD «  en 1962, film situé également à Hawaii d’ailleurs, mais dans cet opus, il ne trouve selon ses propres termes «  pas grand-chose à jouer » sans doute parce que le couple chinois formé par MAKO et Tina CHEN lui parait infiniment plus intéressant que celui quelque peu artificiel, qu’il forme avec Géraldine CHAPLIN en épouse névrosée un peu tête à claques il faut bien le dire ; son personnage va néanmoins s’affirmer dans la dernière partie du film ,ou il interprète un Hoxworth vieillissant qui peu à peu s’humanise, et dont les rapports avec l’excellente Tina CHEN sont empreints de finesse et de complicité… 

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                                                Mako                                                                                Tina Chen
On peut même ajouter que toute la dernière partie, qui privilégie cette relation et propose également un incendie spectaculaire du bazar d’Honolulu, ressemble enfin à du très bon GRIES, même si assez peu charitablement, HESTON considérera que : «  Tom était un peu dépassé par l’ampleur du budget, et n’avait pas l’autorité nécessaire pour mener le bateau au port » 
Petite pique qui relève peut-être de la frustration de s’être lui-même embarqué sur ce frêle esquif, en tous cas GRIES lui-même, dont il conservera l’amitié, n’hésitera pas à dire :
«  J’ai été passablement ennuyé par la manière dont Chuck a abordé et le film ,et le rôle ; il était tout à la préparation de son Antony à l’époque, et franchement, il avait cela en tête beaucoup plus que THE HAWAIIANS »
Il est bien connu que lorsque l’acteur principal et le metteur en scène d’un film tombent d’accord au moins sur une chose, c’est-à-dire que l’autre n’était pas à son meilleur niveau sur le tournage, le résultat final est rarement probant, et THE HAWAIIANS, qui aurait pu être un grand film dans d’autres conditions, n’est au bout du compte qu’un bon film d’aventures, bien réalisé certes, mais  plutôt bancal parce qu’un peu « éparpillé », sans véritable ligne directrice ; HESTON écrira à son sujet, peu après le tournage :
« J’ai enfin fini ce film, dont je reconnais la valeur, même s’il s’est trouvé en sandwich entre deux projets  moins commerciaux qui me tenaient à cœur. Savoir s’il marchera est toute la question, mais j’ai appris à essayer de ne pas y répondre, du moins à ce stade ; je peux dire qu’il me parait maintenant plus réussi que je le pensais au départ, plusieurs des performances sont meilleures que je croyais, notamment les deux rôles chinois principaux. Tina et MAKO sont excellents, ainsi que Géraldine et Alec (Mac COWEN) ; je pense être ok, mais je n’en ai pas encore vu assez pour l’affirmer »
On peut ressentir une forme de modestie dans ces propos, et aussi une façon de s’effacer un peu, comme si l’Artiste était conscient qu’il n’a pas livré loin s’en faut sa meilleure performance, et le fait qu’il ait ouvertement critiqué son travail ensuite est tout à son honneur ; quoi qu’il en soit, quand le film sortira en juillet 1970 ( et en France au printemps 71) sous le titre «  LE MAITRE DES ILES »  il ne sera pas le succès que son gros budget laissait espérer, ne faisant que 2 millions et demi de dollars au box-office américain ( selon le biographe Mark ELIOT) et ne rapportant que le quart de la somme qui lui aurait permis de rentrer dans ses frais, un nouveau «  flop » hélas, qui en suit deux autres, NUMBER ONE et JULIUS CAESAR .

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Charlton Heston et Géraldine Chaplin

Cela commence à faire beaucoup pour un homme qui, pas loin de la cinquantaine, constate que le nom HESTON n’est plus une garantie de succès automatique, et que ces échecs risquent de porter préjudice à ce projet ANTONY qui lui tient tant à cœur…
« Il est important pour un acteur de ne pas être associé à trop de gros échecs ( big losers)  car si vous êtes la star d’un film qui fait un énorme bide, ça devient vraiment serré ( your collar gets tight) et les banquiers commencent à dire : «  ah oui, c’est le gars qui a joué dans ce film qui n’a pas fait un rond »
Voilà donc dans quel état d’esprit se trouve l’Artiste en cette fin d’année 1969, conscient que, pour la première fois de sa carrière, il n’a été satisfait par aucun de ses films, ni commercialement, ni surtout artistiquement, et c’est à ce niveau qu’il mesure son échec ; auparavant, le résultat très mitigé de KHARTOUM ou de THE WAR LORD avait pu le blesser, mais une forme de compensation se trouvait dans sa certitude d’avoir contribué à deux beaux films , or là, ce n’est pas le cas ! 

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(George Gordon dans KHARTOUM - Chrysagon de la Cruz dans LE SEIGNEUR DE LA GUERRE - Robert Neville dans OMEGA MAN)


Homme intelligent et combatif, il va tout faire pour trouver la parade et rechercher la réussite dans ces deux domaines, et il obtiendra sa récompense l’année suivante avec THE OMEGA MAN, qui le comblera sur les deux plans, et surtout ANTONY, même si celui-ci  sera surtout un accomplissement artistique …
 Un nouvel épisode du parcours chaotique et passionnant d’un homme décidemment peu ordinaire !
Pour mes chères amies Hestoniennes, qui je pense se reconnaitront…

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Commentaires

  • Super ce nouveau grain de sel que je finis de lire un peu tard à 1h03...
    En effet Chuck critiquait souvent au cours de sa carrière son travail et ses performances souvent dans ces films, c'est tout à fait à son honneur comme vous le dites Renaud Vallon, et puis je pense que c'est un truc commun entre acteur, c'est très difficile d'être objectif avec soi-même et d'être satisfait à 100%.
    Sinon je suis intéressé de plus en plus à cet homme qu'était Charlton Heston en tant qu'acteur mais aussi en tant qu'homme, un homme modeste qui était plus intéressé à faire je pense des films de qualités et de bons choix artistiques plutôt que de faire des films qui marchent à coup sur Box Office quitte à faire des navets...
    Malheureusement l'échec D'ANTONY AND CLEOPATRA que je vais enfin pouvoir voir d'ici fin fevrier, a poussé Chuck à faire je pense des films alimentaires et à partir de là malheureusement Chuck ne fera plus vraiment de "grand film" qu'on aurai aimé voir avec lui dans le rôle titre, des projets intéressant comme GUILLAUME LE CONQUÉRENT n'ont pu aboutir pffff, Chuck avait vraiment raison en affirmant que "Dans cette ville, (Hollywood) il semblerait que les décideurs soient plus enclins à chercher à faire des affaires qu’à chercher à faire des films " c'est vrai, ça a toujours été le cas et ça l'est encore aujourd'hui, la preuve avec les blockbusters cheap qui marchent et qui ne sont que des films de remplissages (je parle surtout pour ceux de la MCU).
    Bref pour terminer je dirai que votre grain Renaud Vallon, me donne encore plus envie de voir THE HAWAIIANS très prochainement, c'est prévu dans mon planning !

  • L'argent étant le nerf de la guerre, il est normal que ceux qui font des films veulent que ceux-ci rapportent de l'argent sinon...tout s'arrête. Chuck a eu de la chance, il a parfois pu réunir réussite artistique et succès commercial. C'est un perfectionniste, très critique qui insiste pour avoir les changements qu'il veut mais pour qui l'argent compte. Il en parle d'ailleurs dans ses livres, entre autre du " premier Dollar sur le brut " et autres. Dans les années 60 il passe une mauvaise période mais nous laisse des oeuvres, " des échecs commerciaux ", qui comptent parmi mes préférées telles " Will Penny ", " Le Seigneur de la guerre " et " The Hawaiians " que je n'ai pas revu depuis longtemps à part quelques scènes marquantes. Peut-être que le film n'est pas si bon que je crois, mais avec un projet shakespearien en tête, il est sûr que Chuck ne pensait plus qu'à ça !!

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