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  • SOYLENT GREEN , un classique très actuel…

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    EN 1973 , quand le professeur Frank BOWERMAN, autorité scientifique reconnue, accepte de servir de «  conseiller technique » pour SOYLENT GREEN, il considère sa participation comme nécessaire parce que, écrit-il, le film est destiné à offrir une «  vision réaliste de notre avenir » !


    Or en 1974, date de la sortie du film en Europe, si les politiques les grands pollueurs de la planète et les gros industriels sont parfaitement conscients des dangers que représente pour la planète l’ exploitation sauvage de ses ressources, le grand public est dans l’ensemble, globalement ignorant, ou peu informé en la matière ! L’écologie en est à ses balbutiements, le mouvement hippie, pacifiste et surtout «  anti-matérialiste » semble avoir atteint ses limites, et la notion de croissance et de pouvoir d’achat accru pour les citoyens des pays favorisés bien sûr, ne rencontre finalement que peu d’opposants de taille ; on nage donc , même si c’est facile de le souligner avec le recul, dans une inconscience presque totale des réalités écologiques, l’heure étant au combat des idéologies et non à la remise en cause du système …


    Et BOWERMAN, qui fait partie d’une élite consciente du fléau en devenir, n’y va pas avec le dos de la cuillère dans ses déclarations de l’époque !
    Il écrit, entre autres :
    « J’ai la ferme conviction que la croissance démographique sauvage s’ajoutant à la pollution de l’atmosphère et des mers constitue le problème le plus grave que l’humanité ait eu à résoudre ; si l’univers continue à être surpeuplé et pollué il en résultera une prolifération de crimes, de révoltes, et un état général de misère et de pauvreté  » 
    « A moins que des mesures soient prises, les commodités auxquelles nous sommes habitués, comme l’eau, la lumière, la chaleur ne seront plus disponibles, les sous-sols des métros deviendront de vastes dortoirs, des véhicules inutilisables encombreront les rues, et les transports aériens seront paralysés »
    « Nos réserves nutritives s’épuisent, nos océans se meurent, certains pays comme l’Inde ONT ATTEINT LE POINT CRITIQUE ! A NEW DELHI , 50000 personnes vivent dans la rue, les fourgons emportent tous les matins des centaines de cadavres, les statistiques concernant Bombay ou Calcutta sont encore plus effrayantes »
    Et il conclut par cette phrase à la dimension prophétique :
    «  En tant que spécialiste de l’environnement, j’insiste sur le fait que ces craintes ne sont pas excessives mais fondées, il est encore temps de faire marche arrière et d’agir ; dans le cas contraire, SOYLENT GREEN cesserait d’être un simple avertissement, il deviendrait l’épitaphe de toute humanité ! »

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    (Edward G. Robinson : Sol Roth)


    Long préambule chers amis, mais dont je ne m’excuse pas de le citer presque «  in extenso » car il souligne à quel point ce fameux SOYLENT GREEN cher aux amateurs de l’artiste HESTON, n’est certainement pas un film de plus dans sa longue carrière, mais une œuvre capitale, de par le contexte dans lequel elle a été conçue, et le «  message » politique qu’elle véhicule, au grand dam d’HESTON himself , qui disait détester cordialement les films à thèse, et va pourtant se donner totalement à ce projet ô combien dérangeant pour l’establishment….


    En effet, à l’époque ou commence le tournage de SOYLENT GREEN, l’acteur, qui n’en est pas à une contradiction près, vient d’en finir avec son allégeance au parti démocrate, dont il a été un représentant très actif pendant des années, pour apporter son soutien, certes conditionnel, au parti républicain et à son leader, le fameux Richard NIXON, dont il soutiendra la campagne ! Pour Chuck , son adversaire Mac GOVERN est certes «  un homme décent et estimable » mais il ne peut le suivre sur un sujet brûlant, la guerre du Vietnam , ou comment en sortir !


    Il considère en effet que NIXON offre plus de garanties que son opposant pour résoudre le problème vietnamien , et surtout qu’il est à même de redonner une meilleure image de l’Amérique et de ses forces armées ; c’est plutôt le romantique et l’ancien vétéran de la guerre du Pacifique qui parle, car son soutien à NIXON ne résistera pas au scandale du Watergate, quelques mois plus tard …


    Loin de nous l’idée de discuter ce choix politique, mais force est de constater qu’ approuver la politique d’un président soumis à la loi du marché et à la croissance à tout prix, pour en même temps se consacrer à un film mettant en lumière les dangers de l’industrialisation et ses conséquences, ne parait pas relever de la logique et de la raison pure…Mais tel est cet être étrange et tourmenté, finalement, qui aura tout au long de sa vie, surpris et dérouté ses détracteurs et parfois même, ses admirateurs !


    Revenons donc à la genèse de ce projet ; quand HESTON, suite au triomphe de PLANET OF THE APES et au succès , moindre mais bien réel de l’excellent OMEGA MAN, se retrouve propulsé au rang de mégastar de la science-fiction, statut qu’il n’aurait jamais imaginé occuper 5 ans plus tôt, il envisage essentiellement de revenir à la scène, mais il sait que le récent four subi par son ANTONY AND CLEOPATRA, pourtant admirable, a plus que fragilisé sa position de vedette ( il s’en moque) ET de décideur ( et ça, ça compte pour lui !) ; il se met donc en quête d’un nouveau projet, mais pas fou, constatant que le genre lui porte bonheur, va «  lorgner » du côté de la ( bonne) SF, en mettant la main sur «  MAKE ROOM, MAKE ROOM » roman «  coup de poing » de Harry HARRISON, dont le thème est la surpopulation !


    En effet , HARRISON a conçu son histoire dans un NEW  YORK surpeuplé en l’an 2022, ou 40 millions d’habitants survivent à part quelques nantis, sous le seuil de pauvreté, souffrant d’un manque chronique de nourriture, à tel point que les autorités n’ont plus qu’une solution cannibale pour les nourrir et avant tout, maintenir leur dépendance à la machine de l’Etat, surtout aux multinationales qui régissent le monde ! dans ce roman, HARRISON va donc bien au-delà d’un point de vue écologique, et remet en cause l’appareil politique et industriel qui mène le monde à sa perte…

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    (Harry Harrison)


    C’est d’ailleurs ce qui va retenir l’attention de Richard FLEISCHER, grand auteur de films de tous genres, quand il va accepter de réaliser le film tiré de son roman ; libéral convaincu , il va travailler avec son scénariste Stan GREENBERG autour du personnage du « détective » THORN et insister beaucoup sur la corruption policière, alors que HESTON va surtout, comme par hasard, se concentrer sur ce qui lui parait le problème majeur de ce siècle, la surpopulation, mais tout en la déplorant, il en restera là quant à sa critique du système…PDVD_002.png

    (Richard Fleischer dirigeant le tournage du film)


    On pourrait penser que ces visions un peu différentes du sujet traité vont rapidement en compromettre la bonne réalisation, mais il n’en sera rien, car deux hommes intelligents finissent toujours par trouver un terrain d’entente ; la description de la police, de ses manquements à la loi et de sa subordination totale au pouvoir ne sera absolument pas gommée, et le personnage de THORN, élément central du film, ne sera ni conçu, ni interprété comme un «  héros » auquel le public peut s’identifier, mais pour ce qu’il est vraiment : un homme simple, sans culture ni passé, cherchant à survivre par tous les moyens, incapable d’amour, conscient de la fourberie du système mais sans solution, volant sans vergogne des biens dans l’appartement d’un mort, tout entier à sa survie et à celle de son colocataire...

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                (Leigh TAYLOR-YOUNG & Charlton Heston)                                                                                   

     

    D’ailleurs, parmi les nombreuses critiques élogieuses qui suivront la sortie du film en France en Avril 1974, Gérard LENNE notera dans ECRAN : «  Charlton HESTON joue le rôle d’un flic intègre, et heureusement pas celui d’un Superman militaire comme dans LE SURVIVANT  » ( ce qui prouve qu’on peut comprendre un film sans rien saisir d’un autre…)


    A peu près en accord avec FLEISCHER sur le rôle et la manière de le jouer, HESTON va s’approprier le personnage, se concentrant sur son «  look » vestimentaire et l’apparence dégagée, ce qui est une constante chez lui : l’ « outside » avant l’ »inside » ! peu à l’aise dans les scènes sentimentales, il va, seule entorse à un scénario sur lequel il a droit de regard, demander à son « metteur » de limiter les scènes torrides avec sa partenaire ( excellente Leigh TAYLOR-YOUNG, à la fois belle et fragile) et ce sera sa seule réserve importante ; on retrouve là une forme de pudeur et de raideur WASP, due à ses origines de jeune homme des bois taiseux et pas à l’aise avec les filles, qui semble avoir suivi ce «  sex-symbol » malgré lui  dans ses rencontres à l’écran ; Miss TAYLOR-YOUNG dira d’ailleurs dans le commentaire audio du bluray du film, que «  Mr HESTON était très professionnel et courtois, mais redoutait les scènes intimes, et dans ce cas limitait le dialogue avec moi sur le plateau, par timidité sans doute »


    Un point qui va rassurer très vite HESTON quand au potentiel du film , c’est le casting de pemier choix réuni par la MGM : Edward G ROBINSON, son vieux copain l’Irlandais Chuck CONNORS, Joseph COTTEN dans un petit mais important rôle d’homme d’affaires par qui le scandale va arriver, et Brock PETERS sont tous des « pros » endurcis avec lesquels il n’y a pas de souci à se faire !

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                                   (Joseph Cotten)                                                                                    (  Mike Connors)

    Le Chuck va pouvoir » se lâcher » comme aux plus beaux jours dans les domaines qui sont son point fort, les scènes d’action, notamment celles qui se déroulent à la fin dans l’usine de production du fameux SOYLENT , ainsi que celle tout aussi marquante, de l’émeute populaire à l’annonce de la pénurie du produit en question ; il se sent à l’aise dans le rôle de ce policier à la fois honnête et corrompu, et ses échanges dans le commissariat avec l’excellent Brock PETERS, un grand ami qu’il a connu lors de la Marche sur Washington , sont parmi ses moments les plus justes dans le film , mais sans égaler les rapports complices avec un Eddie ROBINSON, au sommet de son art, qui interprète son vieux colocataire et bibliothécaire, Sol ROTH !

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    En effet, pour tous ceux qui apprécient ce film de nos jours, c’est davantage le rapport d’amour et de paternité qui unit ces deux personnages qui demeure «  le point émotionnel » le plus fort, bien plus que l’intrigue policière bien conçue mais sans surprises ; dés le début de l’ouvrage, ces deux êtres amenés à survivre depuis des années ensemble dans un minuscule appartement surchauffé, l’un comme enquêteur de police, l’autre comme informateur de celui-ci, semblent liés par une relation qui va plus loin que la simple cohabitation et la survie ; THORN, flic inculte et ignorant du passé, et SOL, érudit et ancien professeur d’université, se complètent parce que chacun possède quelque chose que l’autre n’a pas ; à THORN l’énergie, la force physique et la position sociale pour conserver une ( relative) aisance matérielle, à SOL la culture et la mémoire d’une époque «  où les gens étaient moches comme aujourd’hui ,mais où le monde était beau »


    Cette relation, toute en touches subtiles et sans gros effets sentimentaux est la clef de voûte sur laquelle le pouvoir émotionnel du film repose, et n’aurait pas été possible sans l’immense respect et l’affection qui unissaient ces deux acteurs en dehors du plateau ; Chuck était depuis longtemps un admirateur inconditionnel du grand ROBINSON, lequel en quarante ans de carrière, avait marqué le 7ème Art de LITTLE CAESAR à KEY LARGO en passant par DOUBLE INDEMNITY et HOUSE OF STRANGERS , autant de grands classiques qui ne l’avaient pas empêché de se trouver quasi «  blacklisté » en 1950 sans qu’on puisse lui reprocher quoi que ce soit !


    Revenu en grâce avec TEN COMMANDMENTS ( dû ironiquement, à un des metteurs les plus «  réacs » du milieu, DE MILLE !) il n’avait pourtant jamais retrouvé sa gloire d’antan, et désormais bien malade à l’approche de son 101ème film ( !) abordait SOYLENT comme son probable chant du cygne, ce que certains sur le plateau savaient, dont HESTON, qui sera pour lui un partenaire affectueux et attentionné pendant tout le tournage, célébrant son anniversaire avec émotion, et donnant à la toute dernière scène de sa carrière,, une force et un impact émotionnel qui en ont, fort justement, fait un moment désormais mythique du 7ème Art…


    Tout cinéphile ( et pas seulement tout admirateur d’HESTON) connait par cœur ce premier «  climax » de l’ouvrage, quand Sol ROTH, bouleversé par ce qu’il vient d’apprendre concernant l’origine du produit SOYLENT, décide de mettre fin à ses jours en se rendant au «  foyer » un lieu de haute technologie où le patient, généralement une personne âgée, se voit proposer une mort douce en visionnant des images du passé sur une musique de son choix ; un moment délicat à traiter, le mélo n’étant pas loin, mais qui dans le film passe comme lettre à la poste, grâce aux images superbes d’une «  nature heureuse »rassemblées par FLEISCHER, mais surtout grâce à la fusion qui s’opère à cet instant précis entre les deux comédiens, car en fait, on n’y joue plus la comédie, les acteurs sont deux hommes qui savent tous deux que l’un d’entre eux va réellement bientôt partir, et la distance entre fiction et réalité étant comme abolie, les vannes de la vraie émotion , sans jeu ni calcul ou chichis d’acteur, s’ouvrent, et de quelle manière !
    Vraies larmes de Charlton HESTON, qui oublie toute convention, toute retenue, pour exprimer ce qu’il ressent au plus profond, c‘est à dire la véritable et prochaine disparition d’un être cher et estimé, un de ceux qui lui ont donné envie d’art et de cinéma.

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    Visage bouleversé et toujours noble, étrangement nimbé de couleurs orangées à l’écran, d’un comédien de grande classe qui n’en est plus à « faire l’acteur », qui vit ces instants tout en laissant un monde imparfait derrière lui, et semble interroger le public, en même temps que le comédien qui reste en lui livre ses bouleversantes révélations à son ami…


    Après un tel sommet, obtenir un nouveau climax tout aussi fort, semble relever de la gageure, et pourtant Richard FLEISCHER va aisément y parvenir, car cet homme n’est pas n’importe qui ; grand spécialiste du thriller, et donc d’un montage nerveux et agressif, il va faire usage des qualités qui ont fait de VIOLENT SATURDAY et COMPULSION des classiques du film noir, et montrer dans la brève séquence de «  découverte » du mystère SOYLENT , à quel point son sens de l’espace et sa maitrise de l’action violente, évidents dans son chef d’oeuvre ,THE VIKINGS, ne sont absolument pas émoussés ; le moment ou THORN, après s’être introduit dans l’usine, se trouve stupéfait devant les « produits » fabriqués à partir de cadavres humains, suivi aussitôt, sans s’appesantir, par une séquence de poursuite ou li doit se débarrasser des contremaitres qui l’ont repéré, c’est du pur FLEISCHER, pour qui l’action est le moteur du film , maintient le spectateur en haleine, et surtout, selon ses propres termes, favorise la compréhension du message !
    Le message «  coup de massue » s’il en fût, nous le connaissons tous maintenant, puisque FLEISCHER nous assène bien sûr que si l’humanité continue sur cette pente, nous n’aurons plus comme solution de survie que de nous manger entre nous, à l’encontre de tous les préceptes chrétiens que le metteur en scène semble, Dieu étant souvent cité dans l’ouvrage, prendre quand même en compte, mais sans insistance particulière ; quand HESTON, meurtri et mourant après l’ultime course poursuite, ensanglanté et épuisé, explique à son supérieur que «  SOYLENT GREEN IS PEOPLE » et hurle la chose à tout un public consterné, on en arrive à un moment d’autant plus fort qu’il ne donne en aucun cas l’impression qu’une prise de conscience salutaire aura lieu ; excellent Brock PETERS, qui arrive par son regard et ses gestes, à NOUS faire comprendre que, bien qu’il ait saisi l’ampleur de la nouvelle, il ne fera rien pour la faire connaitre, car hélas, toujours à la solde du système !

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    (Brock Peters)


    Dans ce sens, par ce final à couper le souffle, FLEISCHER,  qui réalise ici finalement son «  ultime » film noir, va au bout de ses intentions de début de tournage : il n’y a aucune happy-end possible, le «  héros » meurt pour rien, ou presque, et s’il y a une solution à trouver, elle ne sera jamais individuelle, mais le fruit d’une prise de conscience collective , avant qu’il soit trop tard.
    Exactement ce que soutenait le professeur BOWERMAN, et aussi ce que soutiennent beaucoup d’individus sensés( généralement pas, c’est curieux, des politiciens) en ce premier quart du 21ème siècle…


    Certains esprits forts ont beau jeu, aujourd’hui, de considérer , de par l’évolution de la science-fiction actuelle, que le film a «  vieilli » citant les décors et les costumes comme étant « kitsch » les effets spéciaux comme «  dépassés » e la morale du film «  naîvement judéo-chrétienne » ;
    Pour ma part, j’aurais tendance à penser que très souvent, la science-fiction a plus « involué » qu’ « évolué », mettant certes l’accent sur des effets spéciaux et des décors souvent stupéfiants, mais au service de scénarii assez infantiles qui pourraient, comme dit Eddy MITCHELL «  être écrits par son chien »

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    (Richard H. Kline 1926-2018)


    Je ne sais pas si SOYLENT GREEN est donc «  kitsch » ou «  dépassé », mais je crois plutôt que le message qu’il délivre est toujours aussi fort et ô combien actuel, qu’il porte la marque d’un grand cinéaste, bien soutenu par d’excellents comédiens et une photographie de grande classe de Richard KLINE, et surtout et c’est bien l’essentiel, qu’il témoigne d’une vraie VISION , c’est-à-dire que le fond y prime la forme, et non l’inverse.

    C’est un très beau film.

    rose-rouge.jpgA MON ANGE, sur les hauteurs.

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    (Cette video que j'ai faite en filmant mon écran de télévision. Rien de plus émouvant que de regarder de nouveau, Charlton Heston bienveillant à l'égard de son ami Edward G. Robinson entouré par l'équipe du film et ses amis.) F.D.

  • BEN HUR : fiction et Histoire mêlées..

     

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    Tiré du roman de Lewis Wallace, Ben Hur (1880) a donné lieu à beaucoup de succès, au cinéma notamment...
     
    L 'auteur y présente une histoire fictive se déroulant sur un fond réellement historique, nous plongeant au début de l' empire romain, succédant à la République ...
     
    Sous le règne d Auguste, naît Jésus Christ et.... le héros de cette histoire.

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    Nous sommes en Judée, province romaine particulièrement difficile à gérer par l 'administration aux ordres de Rome. Région occupée où règnent de vives tensions entre les deux communautés. Tensions que les scènes du film montrent bien, par les phrases et les jeux de scène. Romains et Juifs vaquant à leur quotidien. Des autorités romaines nous sont présentées et nous enseignent l'idéal tout entier tourné vers le culte de l' empereur...
     
    Nous assistons à quelques moments de la vie quotidienne romaine, qui font les lois : galères,  triomphes, société, jugements, sévérité des condamnations. La force de Rome et ses luttes sont mises en évidence. C est aussi la mort du Christ, la naissance de ce qui va devenir le Christianisme sous le règne de Tibère...

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    Je dirai, pour finir, que ce très beau film est une splendide suite d 'images célèbrant l' histoire de Ben Hur mais aussi une des plus grandes périodes de l 'Histoire des hommes. 

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  • 4 - BEIJING DIARY : Journal de la Chine, chapître 1 - 14/09/88-18/09/88

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    MERCREDI 14 SEPTEMBRE  de L.A. à Pékin

     

    Lydia et moi avons atterri à Pékin jeudi dernier, mais seulement parce que nous avons franchi la ligne de changement de date internationale peu après minuit, toujours à la poursuite du soleil. Je n'ai jamais vraiment compris comment cela fonctionne. Il est évident que la journée doit commencer quelque part, mais vous ne ressentez aucun choc lorsque vous arrivez le lendemain, en direction de l'Ouest.

    De toute façon je dormais probablement . Nous avons eu un départ un peu chaotique, nos seize valises remplies de ce dont nous avions besoin. (Vêtements et beurre de cacahuètes, Reeboks de répétition et stylos à dessin ... ainsi que la maquette de trois pieds du Caine que j'avais fait construire pour la production). La limousine étant en retard,  nous sommes partis en pick-up, les  bagages derrière. Nous sommes arrivés à LAX en temps voulu et avons dû transporter nos valises à la main.  

    Ma Nana était de bonne humeur, bien qu'elle m'ait réveillé quelque part à l'Est de Tokyo, nous avions traversé une vraie poche d'air, avec des grêlons qui claquaient sur le fuselage et elle avait besoin que je la tienne dans mes bras.  Je l'ai fait, elle a murmuré la réplique de Martha Gellhorn à Hemingway alors qu'il la tenait dans ses bras tandis qu'ils étaient bombardés dans un hôtel de Madrid pendant la guerre civile espagnole. "Être avec toi, c'est comme être dans un blizzard... seule la neige est chaude." J'ai été touché. 

     

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    (photo extraite du livre " IN THE ARENA " )

     

    JEUDI 15 SEPTEMBRE A PEKIN

     

    Nous avons atterri tard dans la nuit, accueillis par Pat Corcoran, de l'USIA, à notre ambassade ici, et Barbara Zigli, son numéro deux. C'est agréable de voir ces passeports diplomatiques rouges à la porte de l'avion ... des mains amicales dans le désert communiste à deux heures du matin. En roulant dans l'obscurité jusqu'à l'hôtel, nous n'avions qu'un aperçu des larges rues. 


    L'hôtel Great Wall est un Sheraton américain, nous étions au pied du mur pour contribuer à notre aventure interculturelle. Nous avons bu de la bière chinoise (Tsingtao, très bonne) au bar de l'hôtel avec les gens de l'ambassade, mon interprète, Madame Xie  et Ren Ming, l'assistant réalisateur du People's Art Theatre qui a préparé la distribution pour moi. La conversation n'a pas porté sur le fond, bien que Pat Corcoran m'ait donné un aperçu politique concis et éclairé alors que nous arrivions de l'aéroport.

     

    ⌊⌊A la lumière des convulsions en Chine quelques mois plus tard, j'aimerais pouvoir dire que cela inclut une certaine spéculation sur les résultats possibles de la grande expérience que les Chinois entreprennent en matière de démocratie et d'économie de marché. À l'époque, bien sûr, ils avançaient beaucoup plus vite que les Soviétiques. En l'occurrence, trop vite, peut-être, de leur point de vue. En tout cas, Pat n'a pas exploré cela. Comme il est l'un des sinologues les mieux informés que j'aie jamais rencontrés, soit il n'a pas perçu les inconvénients de ce que l'Occident acclamait à l'époque, soit il n'a pas jugé prudent de me faire part de ses préoccupations.⌋

    Au bar, nous avons surtout parlé de la bière, en échangeant nos expériences dans différents pays... dans mon cas, de l'Argentine à l'Australie, du Bangladesh à la Norvège, de l'Écosse à l'Afrique du Sud.  Un consensus clair a émergé : Peut-être seuls parmi les oeuvres de l'homme, presque tous les pays font une assez bonne bière. Non, pas les peintures ou les poèmes ; les bonnes choses sont plus difficiles à trouver. Mais à l'exception des Français, qui ne se soucient pas vraiment de la bière et pensent probablement qu'ils pourraient le faire s'ils le voulaient, et des Soviétiques, qui ont trop d'autres choses en tête, tout le monde fait de la bonne bière. Ce problème mondial réglé, nous nous sommes rendus dans nos chambres déjà inondées de nos bagages que nous avons vérifiés, et nous avons sombré dans le sommeil des justes au terme d'un voyage éreintant.

     

  • 3 - BEIJING DIARY : PROLOGUE

     

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    CAINE/CHINA PROLOGUE 7 juillet 1989

    Comment ai-je atterri en Chine, quelques mois avant les sanglantes convulsions de la place Tiananmen, dirigeant un casting chinois dans une pièce américaine, explorant l’architecture de la démocratie ? La réponse classique est la suivante : Cela semblait être une bonne idée à l’époque. Maintenant, cela semble être une idée encore meilleure.

    Au début, c’était seulement un projet. Dans mon travail, on ne sait presque jamais ce qu’on fera dans quatre mois. Il y a plusieurs choses que vous pourriez faire... s’ils ont la bonne actrice, si le scénario fonctionne, si ça semble toujours une bonne idée quand vous y arrivez. Les acteurs sont habitués à cela... vous prenez le meilleur travail qui vient.

    J’ai fait une série télévisée très chère il y a quelques années, que la chaîne a soudainement annulée après deux saisons. Beaucoup de consternation dans la presse : « Pourquoi ? Qu’est-ce que vous allez faire maintenant ? Comment vous sentez-vous en perdant votre emploi ? »  J'ai répondu : « Ne critiquez pas cela. C’est le plus long travail que j’ai eu depuis la 11ème Force Aérienne durant la Seconde Guerre Mondiale".

    Dix-neuf cent quatre-vingt-sept et '88' ont été chargés : J’ai passé six mois sur la scène Londonienne, jouant Sir Thomas More dans la pièce remarquable de Robert Bolt, A Man for all Seasons. Lorsque nous avons clôturé après avoir battu une série-record de représentations au printemps, j’ai saisi l’occasion d'en faire un film, dirigeant la plus grande partie de la même distribution, en ajoutant Vanessa Redgrave, John Gielgud et Richard Johnson.

    Mettre en scène et jouer dans une pièce comme A Man n'est pas « très amusant», bien que les journalistes insistent pour que ça le soit. Samuel Johnson l'a mieux décrit quand il a dit d'une scène de pendaison: "Cela concentre l'esprit merveilleusement." (Remarquez, Orson Welles a dit : " La réalisation d'un film est le meilleur ensemble de trains électriques qu'un petit garçon ait jamais eu pour jouer.) C'est vrai aussi, et si vous ne comprenez pas pourquoi, je ne peux pas vous l'expliquer.

    Au milieu de tout cela, Jimmy Doolittle (un producteur californien qui a fait beaucoup, en fait) m'a appelé à Londres pour me demander si je voulais diriger une pièce en Chine.
    "Ce serait différent," dis-je. "Quelle pièce?"
    "
    The Caine Mutiny Court-Martial",  "En Chinois" a déclaré Jimmy. 

    "Jimmy," dis-je, "Tu as mon attention. Mais pourquoi moi ? Pourquoi cette pièce ?"

    Jimmy a déclaré : "Le ministère de la Culture connaît ton travail", "Ils savent que tu as fait Caine Mutiny. Ils veulent donner à leur théâtre une expérience du réalisme dramatique américain. C'est la pièce qu'ils veulent faire, et ils veulent que tu la mettes en scène."

    J’y ai pensé toute la nuit, puis je l’ai rappelé. Je lui ai dit : "Tu es un fils de pute, mon pote. Tu savais très bien que je ne pouvais pas laisser passer ça. C’est trop difficile et trop intéressant. Cependant, j’ai un film à faire maintenant.  Attendront-ils ?»

     

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    (Bette Bao Lord)

    "Ils attendront", a-t-il dit. Je suis retourné à A Man for All Seasons. Deux semaines plus tard, je suis rentré à Los Angeles pour quelques affaires et j’ai profité de l’occasion pour déjeuner avec Bette Bao Lord, une écrivaine à succès et l’épouse de Winston Lord, notre ambassadeur en Chine. C’est une dame remarquable, positive et énergique. En tant que Sino-Américaine, elle est également une femme à la personnalité très affirmée, profondément informée sur la Chine et son peuple. Elle s’est révélée précieuse au-delà de toute mesure pour Caine / Chine.

     

    "Les Chinois veulent que cela se réalise", a-t-elle dit. "En particulier Ying Ruocheng. C'est l'acteur principal de la Chine et le vice-ministre de la Culture. Il est derrière nous, jusqu'au bout." Rassuré, je retournais à l'Angleterre des Tudor et de Sir Thomas More. 


    ⌊Bette avait parfaitement raison. Ying Ruocheng a mis tout le poids de son autorité personnelle et de sa capacité créative dans notre entreprise. Sans lui, Caine n'aurait jamais pu se faire.⌋ 

     

    Nous avons terminé le tournage de A Man for All Seasons à la fin du mois de juin et nous étions prêts à rentrer à la maison, n'attendant que la finale masculine de Wimbledon, que j'ai passée à regarder tomber la pluie depuis le Members' Enclosure, et à boire du vin blanc. Finalement une éclaircie a suffi pour quinze minutes de tennis dans le crépuscule dégoulinant. Pour la petite histoire, alors que je rentrais chez moi le lendemain, Edberg s'est débarrassé de Becker.

    Dieu sait que j'étais content d'être rentré. Je gagne ma vie partout dans le monde, en dormant dans des lits bizarres. L'un des avantages du montage d'un film, c'est qu'on peut le faire à quinze minutes de chez soi. Je l'ai même fait dans ma propre maison. Enfin, dans la salle de projection. J'aime ça. A la fin du tournage de Man, j'en avais besoin. 

    Le montage est la partie la plus personnelle de la réalisation d'un film, bien que le monteur ne soit pas le seul artiste à travailler dans une tour d'ivoire. Le film, inévitablement, est de l'art par équipe. (C'est l'une des nombreuses raisons pour lesquelles il est si difficile d'en faire un bon.) Quand vous faites un montage, cependant, l'équipe devient plus petite : monteur, producteur et réalisateur. Pour Man, il y avait Eric Boyd-Perkins, qui a monté tous les films que j'ai réalisés et quelques-uns dans lesquels j'ai joué, et mon fils, Fraser, qui a produit et écrit plusieurs d'entre eux. Avec Peter Snell, avec qui j'ai également fait plusieurs films en tant que producteur exécutif, je me suis senti entre de bonnes mains. Nous sommes une équipe expérimentée et confiante. Vous avez besoin de cela, de façon cruciale : savoir que l'autre gars est non seulement talentueux et intelligent, mais qu'il vous dira la vérité. 

    Le montage est également un travail peu coûteux. Quand vous tournez, chaque jour coûte au moins cent mille dollars. Si vous vous arrêtez pendant la journée de travail pour réexaminer un choix que vous avez fait sur votre temps libre à cinq heures ce matin-là autour d'un café, votre réflexion coûte plusieurs milliers de dollars...si le ciel se couvre pendant que vous le faites, doublez cela. Mais pendant que vous montez, vous avez le droit de dire, "Écoutez, je ne suis pas sûr de vouloir aller au gros plan dès qu’il entre. Mettons cela de côté pour l’instant et regardons la bobine 3."

    Cela m'a donné le temps de réfléchir sérieusement à  Caine Mutiny Court-Martial. J'avais joué la pièce d'Herman Wook deux ans auparavant, dirigeant un casting américain et jouant le tristement célèbre capitaine Queeg à mes débuts à Londres. (Intéressant pour un début.) C'est une pièce merveilleuse; après avoir clôturé une saison fracassante au West End, nous l'avons rapportée à la maison pour des représentations à Los Angeles et à Washington, D.C

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    (Ying Ruocheng, Ethan Marten et Charlton Heston)

    Mais l'emmener en Chine, c'était autre chose. La pièce se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, définissant les dimensions de la démocratie en termes de cour martiale militaire, en mettant l'accent sur les droits de l'accusé. Les gouvernements communistes considèrent les droits de l'homme avec beaucoup de légèreté. Le public chinois pourrait-il comprendre, ou se soucier, de ce dont Wouk parlait ? De plus, je suis un anticommuniste reconnu. Voulaient-ils vraiment que j'amène Caine à Pékin ?

    Il semble qu'ils l'aient fait. Le vice-ministre de la Culture, Ying Ruocheng, avait approuvé le projet, la pièce et moi comme metteur en scène. C'est vrai que les gouvernements communistes ne vous paieront rien, mais je l'avais senti dès le début. Je travaille souvent pour rien, bien que mes ancêtres écossais et mon éducation pendant la Dépression m'ont tracé le chemin pour aller jusqu'au bout d'un projet. Heureusement, l'USIA (U.S. Information Agency) et certaines entreprises américaines ont accepté de couvrir nos dépenses.

    Herman Wouk avait accordé avec enthousiasme le droit de faire sa pièce en Chine. (Je ne crois pas qu'il ait été payé non plus.) En juillet, il est venu de Palm Springs avec sa femme Sarah, pour participer à une conférence de presse tumultueuse sur le toit de mon pavillon de tennis, annonçant notre production de Caine Mutiny Court-Martial . Les médias, toujours capricieux, ont décidé que nous étions d'actualité. (Je pense que c'était une semaine tranquille côté informations. En plus, c'était une idée assez inhabituelle.) A partir de ce jour-là, nous avons été suivis de près par la presse. Pas au niveau des apparitions d'Elvis Presley, bien sûr, mais nous avons eu notre part d'attention.

    Avant d'emmener le montage final de Man à Londres pour la musique, le doublage et le mixage final du film, j'avais espéré, prendre le long chemin de Pékin pour que je puisse faire le casting de Caine et discuter de la production... des décors, de l'éclairage et des costumes. Ce n'était pas faisable. Le coût du voyage l'a exclu, vu les quelques jours que je devais passer en Chine. J'ai donc envoyé quinze pages de notes sur les personnages et les décors. J'ai reçu des rapports très encourageants. De l'autre côté, les gens savaient ce qu'ils faisaient. C'était clairement une offre que je ne pouvais pas refuser. J'ai remis le mixage de Man à Fraser, et j'ai fait mes valises pour la Chine.

     

    (Traduction par FRANCE DARNELL avec l'aide du logiciel DEEPL)

     

     

  • 2 - BEIJING DIARY : INTRODUCTION PAR LYDIA HESTON

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    Notre rythme cardiaque s'est-il accéléré à la perspective de deux mois à Pékin ? Bien sûr ! Mais avec des rêves si différents, des appréhensions si variées. Chuck se lançait dans ce qui me semblait un défi impossible : transposer une pièce américaine - certes, qu'il connaissait bien en tant qu'acteur et réalisateur en version anglaise - mais vers un public chinois, en utilisant des acteurs chinois jouant dans leur propre langue impénétrable, dont il ne connaît pas un mot. Mes propres aspirations étaient plus modestes, un peu plus audacieuses aussi : absorber, digérer et comprendre cette culture ancienne, et enregistrer  avec mes appareils photo ce que je voyais. 

    Chuck était attiré par ce que nous appelions «l'odeur de peinture grasse», un relent(¹) de quarante-cinq ans dans le théâtre et le cinéma. J'ai été séduite par une longue association avec deux superbes artistes chinois, Dong Kingman, dont les aquarelles lumineuses et délicates ornent notre maison, et Chin San Long, appelé le "Père de la photographie chinoise". Maintenant Dong est New-Yorkais, et Long (je dois me rappeler d'utiliser le nom de famille en premier!) - s'il est toujours parmi nous à plus de cent ans - était l'un des braves chinois qui ont osé se précipiter à Taiwan.

    (¹) dans le texte original "an aspiration", je n'ai pas trouvé d'équivalent en français, j'ai donc traduit par "relent" suffisamment explicite.

    Chin-San Long 1981 Chin-San Long,   was born Zhejiang Province in 1892 and passed away in 1995 at the age of 104. He devoted himself in the ...

     

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       Chin San Long (1892-1995) et une de ses photographies

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    Dong Kingman (1911-2000) et photo extraite du film LES 55 JOURS DE PEKIN pour lequel il a peint le générique du film.

    Comme typiquement chinoise avait été l'apparition de Long, lors de l'exposition de ses subtiles photographies que je tenais sur notre court de tennis en 1978. J'étais tellement préoccupée par sa santé vieillissante (86 ans) que j'avais placé des chaises à chaque coin. Une petite barbe pointue et des yeux scintillants - voilà comment il s'est présenté dans son costume de mandarin. Un lourd appareil photo Hasselblad pendait à son cou et il ne s'est jamais assis une seule fois pendant toute la soirée. Comme ils sont vigoureux ! Comme l'a remarqué l'historien George Carrington, les Chinois sont chaleureux !

    Dong et Long m'ont tous deux transmis un profond intérêt pour les Chinois - leur sensibilité, leur fidélité fondamentale aux valeurs ancestrales et les milliers d'années de culture chinoise qui les ont tous deux plongés dans le  XXe siècle.

    Chuck et moi avions vu Taïwan et Hong Kong, et avions remarqué la forte éthique de travail qui revigore ces deux endroits vitaux et romantiques. Comment diable, me suis-je demandé, les Chinois continentaux incroyablement entreprenants pouvaient-ils se lier, en même temps qu'ils liaient les pieds pitoyables de leurs femmes, à un système aussi limitatif, aussi débilitant, que le communisme chinois ? J'étais impatiente de le savoir, plutôt tendue par ce que je découvrirais.

    J'ai passé mes premiers jours à Pékin, à regarder les répétitions au People's Art Theatre, appréhendant la façon dont les artistes allaient accepter ma présence, je n'ai pas eu besoin de m'inquiéter ; souriant timidement, ils m'ont servi tasse après tasse de thé à la dynamite. Les deux interprètes, parlant un anglais idiomatique, ont été facilement approchés avec des questions sur ce qu'il fallait voir et faire.

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    Connaissant Chuck, qui serait collé à la pièce, nous avions demandé à une amie de Paris de prendre l'avion pour explorer la ville avec moi. Rencontrer Maggie à l'aéroport a été un peu un choc ; il semblait que le milliard de Chinois rencontraient aussi leurs amis, et bien sûr il n'y avait pas d'indications en anglais ou dans une autre langue que le mandarin. Je me suis finalement sortie de cette impasse en devinant qu'un homme portant des lunettes pourrait parler anglais. Comme c'est mon habitude lors de mes visites, ne connaissant pas la langue, j'avais appris quelques phrases. J'ai demandé avec hésitation : "Ni shuo ying-wenma ?" (parlez-vous anglais ?) J'étais plus que soulagée d'entendre un fort "Oui !" Avec l'aide de ce cher homme, j'ai trouvé Maggie appuyée sur sa canne près de l'avion d'Air France banalisé, et nous sommes parties de bonne humeur pour embrasser la capitale du Nord : Bei (nord), jing (capitale)."Comme les rues sont larges ! s'exclamait Maggie.

    "Il faut qu'elles le soient pour tous ces vélos à l'heure de pointe ", ai-je expliqué, alors que les motards tournaient follement autour de nous.


      J'avais imaginé une ville grisâtre et sombre, avec une population vêtue de la même façon. Quelle idée fausse ! Pékin est maintenant pleine de verdure, et les gens, en particulier les enfants, portent des chemises de couleur vive au dessus de jeans ou de jupes courtes, souvent avec un masque anti-poussière de couleur brumeuse couvrant leur visage. Des femmes âgées en blanc, également protégées par des masques anti-poussière, balayaient les rues avec une intensité qui nous a stupéfaites.

    Au moins, ils l'ont fait à l'époque. L'une de nos premières surprises a été l'ouverture avec laquelle plusieurs de nos amis anglophones ont discuté du gouvernement et leur sentiment que le changement doit venir. Ces conversations m'ont mise très mal à l'aise, bien que je n'aie vu que peu de signes manifestes d'oppression. Une petite indication de l'esprit militaire : là où nos enfants portent des chapeaux de cow-boy, les enfants chinois portent des casquettes de soldats de l'Armée rouge pour se rapprocher du monde des adultes. 

    Mais après notre départ de Chine, lorsque la place Tiananmen a explosé, je n'ai pas été étonnée.

    Dong Kingman et Chin-San-Long m'avaient amenée à m'attendre à un art brillant. J'ai vu beaucoup d'excellents savoir-faire, tous très dérivés des siècles passés, mais peu d'approche personnelle de ce que nous appellerions l'Art. Je n'ai vu aucune photographie chinoise - aucune - bien que j'aie fait de sérieux efforts pour en trouver. Un musée présentait des photographies : il s'agissait en fait de cibachromes japonais. Nous avons trouvé un carrelage fascinant à Xian, que nous avons acheté pour notre maison, et il semble original - une scène de cinq vaches dans une composition circulaire. Mais il y en a des milliers. J'ai aussi trouvé dans les villages de charmantes " peintures paysannes ", des primitives colorées qui projettent une sincérité sans équivoque. Nous avons admiré des sculptures de pierre brute dans le Palais d'été - c'est très chinois d'avoir la patience de mettre un énorme morceau de calcaire dans un lac et d'attendre vingt ans pour qu'il se détache en formes intéressantes. 

    l'hôtel lui-même était immaculé, avec un excellent service, et nous avons trouvé (contrairement aux avertissements désastreux des amis) que la nourriture était excellente. Mon seul malaise a été l'état des quelques toilettes publiques ; j'ai eu la malchance d'avoir besoin de les utiliser. Dans le théâtre, les coulisses, j'ai eu une fois l'occasion d'utiliser les installations de la troupe, et à mon grand étonnement, je les ai trouvées propres, ordonnées et fonctionnelles. Quand j'ai fait remarquer à notre interprète N° 2, la belle "Rainbow", que j'en étais satisfaite, elle a gloussé et a admis qu'elles avaient été personnellement nettoyées avant notre arrivée par Bette Bao Lord, romancière épouse de l'ambassadeur américain !

    J'étais reconnaissante que le jardin de notre hôtel présente plusieurs de ces fascinantes sculptures de pierre. Au moins, Chuck a eu quelques heures de calme, les dessinant à l'encre. Le travail au théâtre le tenait constamment en haleine avec la détermination de faire fonctionner la pièce pour un public chinois - comprendraient-ils vraiment ?

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    La Première a été un véritable moment de triomphe pour Chuck, pour les acteurs et pour l'auteur, Herman Wouk. Quand j'ai vu la foule affluer dans le théâtre, j'ai été stupéfaite. On m'avait dit que les spectateurs chinois étaient bruyants, qu'ils mangeaient, buvaient et se déplaçaient pendant une représentation, mais pendant celle-ci,  ravie, j'ai surtout écouté leur silence - leur attention. Ils ont compris.


    Je suis sûr qu'il y a de l'espoir pour ce pays ancien et vivant. Je souhaite bonne chance à son peuple.

    LYDIA CLARKE HESTON

     

    (photos extraites du livre BEIJING DIARY ou provenant de la banque d'images "Google". )