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2 - BEIJING DIARY : INTRODUCTION PAR LYDIA HESTON

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Notre rythme cardiaque s'est-il accéléré à la perspective de deux mois à Pékin ? Bien sûr ! Mais avec des rêves si différents, des appréhensions si variées. Chuck se lançait dans ce qui me semblait un défi impossible : transposer une pièce américaine - certes, qu'il connaissait bien en tant qu'acteur et réalisateur en version anglaise - mais vers un public chinois, en utilisant des acteurs chinois jouant dans leur propre langue impénétrable, dont il ne connaît pas un mot. Mes propres aspirations étaient plus modestes, un peu plus audacieuses aussi : absorber, digérer et comprendre cette culture ancienne, et enregistrer  avec mes appareils photo ce que je voyais. 

Chuck était attiré par ce que nous appelions «l'odeur de peinture grasse», un relent(¹) de quarante-cinq ans dans le théâtre et le cinéma. J'ai été séduite par une longue association avec deux superbes artistes chinois, Dong Kingman, dont les aquarelles lumineuses et délicates ornent notre maison, et Chin San Long, appelé le "Père de la photographie chinoise". Maintenant Dong est New-Yorkais, et Long (je dois me rappeler d'utiliser le nom de famille en premier!) - s'il est toujours parmi nous à plus de cent ans - était l'un des braves chinois qui ont osé se précipiter à Taiwan.

(¹) dans le texte original "an aspiration", je n'ai pas trouvé d'équivalent en français, j'ai donc traduit par "relent" suffisamment explicite.

Chin-San Long 1981 Chin-San Long,   was born Zhejiang Province in 1892 and passed away in 1995 at the age of 104. He devoted himself in the ...

 

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   Chin San Long (1892-1995) et une de ses photographies

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Dong Kingman (1911-2000) et photo extraite du film LES 55 JOURS DE PEKIN pour lequel il a peint le générique du film.

Comme typiquement chinoise avait été l'apparition de Long, lors de l'exposition de ses subtiles photographies que je tenais sur notre court de tennis en 1978. J'étais tellement préoccupée par sa santé vieillissante (86 ans) que j'avais placé des chaises à chaque coin. Une petite barbe pointue et des yeux scintillants - voilà comment il s'est présenté dans son costume de mandarin. Un lourd appareil photo Hasselblad pendait à son cou et il ne s'est jamais assis une seule fois pendant toute la soirée. Comme ils sont vigoureux ! Comme l'a remarqué l'historien George Carrington, les Chinois sont chaleureux !

Dong et Long m'ont tous deux transmis un profond intérêt pour les Chinois - leur sensibilité, leur fidélité fondamentale aux valeurs ancestrales et les milliers d'années de culture chinoise qui les ont tous deux plongés dans le  XXe siècle.

Chuck et moi avions vu Taïwan et Hong Kong, et avions remarqué la forte éthique de travail qui revigore ces deux endroits vitaux et romantiques. Comment diable, me suis-je demandé, les Chinois continentaux incroyablement entreprenants pouvaient-ils se lier, en même temps qu'ils liaient les pieds pitoyables de leurs femmes, à un système aussi limitatif, aussi débilitant, que le communisme chinois ? J'étais impatiente de le savoir, plutôt tendue par ce que je découvrirais.

J'ai passé mes premiers jours à Pékin, à regarder les répétitions au People's Art Theatre, appréhendant la façon dont les artistes allaient accepter ma présence, je n'ai pas eu besoin de m'inquiéter ; souriant timidement, ils m'ont servi tasse après tasse de thé à la dynamite. Les deux interprètes, parlant un anglais idiomatique, ont été facilement approchés avec des questions sur ce qu'il fallait voir et faire.

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Connaissant Chuck, qui serait collé à la pièce, nous avions demandé à une amie de Paris de prendre l'avion pour explorer la ville avec moi. Rencontrer Maggie à l'aéroport a été un peu un choc ; il semblait que le milliard de Chinois rencontraient aussi leurs amis, et bien sûr il n'y avait pas d'indications en anglais ou dans une autre langue que le mandarin. Je me suis finalement sortie de cette impasse en devinant qu'un homme portant des lunettes pourrait parler anglais. Comme c'est mon habitude lors de mes visites, ne connaissant pas la langue, j'avais appris quelques phrases. J'ai demandé avec hésitation : "Ni shuo ying-wenma ?" (parlez-vous anglais ?) J'étais plus que soulagée d'entendre un fort "Oui !" Avec l'aide de ce cher homme, j'ai trouvé Maggie appuyée sur sa canne près de l'avion d'Air France banalisé, et nous sommes parties de bonne humeur pour embrasser la capitale du Nord : Bei (nord), jing (capitale)."Comme les rues sont larges ! s'exclamait Maggie.

"Il faut qu'elles le soient pour tous ces vélos à l'heure de pointe ", ai-je expliqué, alors que les motards tournaient follement autour de nous.


  J'avais imaginé une ville grisâtre et sombre, avec une population vêtue de la même façon. Quelle idée fausse ! Pékin est maintenant pleine de verdure, et les gens, en particulier les enfants, portent des chemises de couleur vive au dessus de jeans ou de jupes courtes, souvent avec un masque anti-poussière de couleur brumeuse couvrant leur visage. Des femmes âgées en blanc, également protégées par des masques anti-poussière, balayaient les rues avec une intensité qui nous a stupéfaites.

Au moins, ils l'ont fait à l'époque. L'une de nos premières surprises a été l'ouverture avec laquelle plusieurs de nos amis anglophones ont discuté du gouvernement et leur sentiment que le changement doit venir. Ces conversations m'ont mise très mal à l'aise, bien que je n'aie vu que peu de signes manifestes d'oppression. Une petite indication de l'esprit militaire : là où nos enfants portent des chapeaux de cow-boy, les enfants chinois portent des casquettes de soldats de l'Armée rouge pour se rapprocher du monde des adultes. 

Mais après notre départ de Chine, lorsque la place Tiananmen a explosé, je n'ai pas été étonnée.

Dong Kingman et Chin-San-Long m'avaient amenée à m'attendre à un art brillant. J'ai vu beaucoup d'excellents savoir-faire, tous très dérivés des siècles passés, mais peu d'approche personnelle de ce que nous appellerions l'Art. Je n'ai vu aucune photographie chinoise - aucune - bien que j'aie fait de sérieux efforts pour en trouver. Un musée présentait des photographies : il s'agissait en fait de cibachromes japonais. Nous avons trouvé un carrelage fascinant à Xian, que nous avons acheté pour notre maison, et il semble original - une scène de cinq vaches dans une composition circulaire. Mais il y en a des milliers. J'ai aussi trouvé dans les villages de charmantes " peintures paysannes ", des primitives colorées qui projettent une sincérité sans équivoque. Nous avons admiré des sculptures de pierre brute dans le Palais d'été - c'est très chinois d'avoir la patience de mettre un énorme morceau de calcaire dans un lac et d'attendre vingt ans pour qu'il se détache en formes intéressantes. 

l'hôtel lui-même était immaculé, avec un excellent service, et nous avons trouvé (contrairement aux avertissements désastreux des amis) que la nourriture était excellente. Mon seul malaise a été l'état des quelques toilettes publiques ; j'ai eu la malchance d'avoir besoin de les utiliser. Dans le théâtre, les coulisses, j'ai eu une fois l'occasion d'utiliser les installations de la troupe, et à mon grand étonnement, je les ai trouvées propres, ordonnées et fonctionnelles. Quand j'ai fait remarquer à notre interprète N° 2, la belle "Rainbow", que j'en étais satisfaite, elle a gloussé et a admis qu'elles avaient été personnellement nettoyées avant notre arrivée par Bette Bao Lord, romancière épouse de l'ambassadeur américain !

J'étais reconnaissante que le jardin de notre hôtel présente plusieurs de ces fascinantes sculptures de pierre. Au moins, Chuck a eu quelques heures de calme, les dessinant à l'encre. Le travail au théâtre le tenait constamment en haleine avec la détermination de faire fonctionner la pièce pour un public chinois - comprendraient-ils vraiment ?

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La Première a été un véritable moment de triomphe pour Chuck, pour les acteurs et pour l'auteur, Herman Wouk. Quand j'ai vu la foule affluer dans le théâtre, j'ai été stupéfaite. On m'avait dit que les spectateurs chinois étaient bruyants, qu'ils mangeaient, buvaient et se déplaçaient pendant une représentation, mais pendant celle-ci,  ravie, j'ai surtout écouté leur silence - leur attention. Ils ont compris.


Je suis sûr qu'il y a de l'espoir pour ce pays ancien et vivant. Je souhaite bonne chance à son peuple.

LYDIA CLARKE HESTON

 

(photos extraites du livre BEIJING DIARY ou provenant de la banque d'images "Google". )

 

 

 

Commentaires

  • Quelle plaisir de lire quelques lignes écrites par Lydia et de découvrir une femme intelligente, curieuse de découvrir de nouvelles cultures, une femme avide d'art, bref quelqu'un d'intéressant qui passe un peu inaperçu à côté du grand homme qu'est son mari.
    Une fois de plus merci France pour tout cela

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