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« EL CID » l’acteur face à la légende… partie 1

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photo : https://historiaespana.es/biografia/rodrigo-diaz-vivar-cid-campeador

LE 7 mars 1960, se produit  aux USA la première  grève d’acteurs dans l’histoire de la « Screen Actors Guild », impliquant 14000 comédiens, soucieux d’obtenir une part des profits engendrés pour les studios par la vente de leurs films aux chaînes de télévision américaines, un mouvement sans précédent, qui paralyse complétement HOLLYWOOD , provoquant un véritable bras de fer entre le syndicat et les studios, dont les comédiens et leurs représentants sortiront vainqueurs.

Charlton HESTON, qui va devenir plus tard le leader de la SAG pendant sept ans, ne peut, on s’en doute, que faire partie du mouvement et lui apporter tout son soutien, même s’il se considère alors déjà comme un privilégié du système, vu le succès triomphal de «  BEN-HUR » et surtout l’Oscar du meilleur acteur qu’il lui a apporté.

Le principal sujet d’étonnement à ce jour est plutôt le rôle majeur de Ronald REAGAN, futur président des USA, peu connu pour ses opinions progressistes et pourtant engagé à fond dans la défense des « petits » comédiens contre les « gros » de la hiérarchie des pontes d’HOLLYWOOD , une prise de position courageuse à l’époque…

En tout cas, cette situation de crise dans le métier va amener HESTON à réfléchir posément à ses futurs projets en prenant le temps de lire de nombreux scripts, qu’il va d’ailleurs tous refuser, perdant du coup un peu de sa motivation bien connue, jusqu’à ce que lui parvienne un « pitch » du fameux Phil YORDAN au sujet d’un héros de l’Espagne médiévale, totalement inconnu aux USA, mais qui va grandement titiller sa passion pour l’Histoire et ces «  extraordinary men » qui n’ont de cesse de le fasciner ; ce chevalier, surnommé par les Maures « EL CID » en vertu de son courage et de sa générosité, appartenant en partie à l’Histoire mais tout autant à la Légende, a en effet de quoi fasciner l’artiste en quête d’un projet qui lui demande autant d’investissement que « BEN-HUR » auparavant !

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Phil Yordan (photo Google)

De plus, il se retrouve sans perspective immédiate de faire son métier, c’est-à-dire JOUER, car le fait d’être devenu une STAR ne l’intéresse pas plus que ça, vu que ce qu’il veut vraiment, c’est être un ACTEUR, et pour cela, il faut de la pratique ! son ami Orson WELLES l’ayant embarqué dans un projet autour de JULIUS CAESAR, mais sans obtenir les garanties voulues de la part de CBS pour lesquelles il aurait mis en scène, Chuck, sans en vouloir aucunement au magicien Orson, se retourne donc vers le « pitch » YORDAN .

« Pitch » et non scénario, car la technique de ce rusé filou qu’était YORDAN consiste à ne surtout rien écrire, vu qu’il paye à bas prix des auteurs « blacklistés » pour faire le travail à sa place, mais à proposer quelques idées fulgurantes dans le but d’accrocher acteurs ou producteurs !

C’est cette tactique qu’il va employer, mais elle s’avère un peu mince au début, car HESTON ne se contente pas d’un « first draft » aussi prometteur soit-il, et fait savoir au producteur BRONSTON, par le biais de son agent CITRON, qu’il n’est pas intéressé…

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Samuel Bronston (photo Google)

Or, Samuel BRONSTON, qui vient de monter son studio en Espagne grâce à des manœuvres et spéculations diverses avantageuses pour l’état franquiste, considère la présence d’HESTON comme indispensable, il est pour lui le SEUL acteur au monde qui puisse donner au personnage du CID la dimension légendaire requise, car il a vu BEN-HUR et  TEN COMMANDMENTS comme  tout le monde et sait reconnaître un talent qui crève «  l’écran », donc, soutenu par son director Anthony MANN qui pense à peu près la même chose, il va insister….

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Charlton Heston et Anthony Mann (photo Google)

A force, HESTON accepte de reconsidérer le projet si une «  major rewrite » est opérée par YORDAN, c’est-à-dire en fait son auteur, Ben BARZMAN, au sujet duquel il convient de dire quelques mots…

Scénariste et écrivain, BARZMAN est un humaniste généreux, accusé en 1947 par la fameuse commission des affaires anti-américaines de sinistre mémoire, d’avoir été affilié au parti communiste ; après avoir écrit de beaux scripts pour LOSEY, comme « THE BOY WITH GREEN HAIR » il se réfugie à LONDRES en 1949 avec son épouse Norma, puis recommence à écrire, notamment pour YORDAN, sans que son nom apparaisse au générique  des films, se voyant même retirer la nationalité américaine en 1954 ; il est donc un paria, mais un paria talentueux, et c’est son point de vue modéré et humaniste sur l’Histoire qui va donner en partie à EL CID une originalité qui le distinguera d’autres productions épiques de l’époque.

En effet, s'il joue à fond la carte du héros légendaire, dévoué à son roi et à son pays, ce qui flatte la «psyché» hispanique, il va refuser de faire de ce film un western puéril opposant les «bons» chrétiens aux «mauvais» maures, insistant sur la compréhension entre les peuples et la nécessité d'un rapprochement entre Espagnols et Arabes malgré les différences religieuses ; il refuse de faire du CID un combattant magnifique  mais obtus, et dresse le portrait d'un «héros par accident», un être généreux qui devient un mythe sans le vouloir, mais surtout un homme tolérant et qui ne fait la guerre que par nécessité, un personnage aux valeurs humanistes, dans lequel BARZMAN, de par son passé de victime de la bêtise et du sectarisme, a sûrement mis beaucoup de lui-même ! 

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Ben Barzman (photo Google)

On peut penser sans trop s’avancer que cette vision du personnage et du contexte historique dans lequel il évolua a pesé dans le choix positif de HESTON d’accepter le rôle ; il va d’ailleurs, selon son habitude, mener des recherches approfondies sur le personnage, sans obtenir beaucoup d’informations sur ce héros peu connu aux USA ce qui l’amènera à poursuivre ses recherches sur le terrain, grâce à l’aide du docteur PIDAL, autorité reconnue sur le sujet de l’Espagne médiévale et qui lui donnera accès à toute une documentation cruciale pour lui.

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(Dr. PIDAL)

En attendant , HESTON se retrouve invité par la production en plein été 1960 dans la chaleur madrilène, armé de son seul instinct concernant la valeur du sujet, reçu comme un roi par BRONSTON qui va tout mettre en œuvre pour qu’il se sente indispensable, un homme qu’il décrit dans son autobiographie «  IN THE ARENA » comme « un être dédié à faire de beaux projets, qui sait dépenser d’énormes sommes ne lui appartenant pas, pour réunir les gens les plus talentueux afin de les mettre à bien »

Parmi ces hommes talentueux, HESTON va être impressionné par les «  production designers » COLASANTI et MOORE, qui ont la particularité de concevoir à la fois les costumes et les décors, une bonne idée selon lui, et la manière dont ils vont recréer les intérieurs du 11ème siècle avec un soin et un professionnalisme méticuleux va contribuer à le convaincre, lui le perfectionniste compulsif, que le film est sur la bonne voie .

Le fait que Yak CANUTT, son mentor sur «  BEN-HUR » ait été choisi pour diriger la seconde équipe, élément essentiel dans un film de cette importance, va également rassurer le Chuck, même si lors du tournage, les choses ne seront pas si simples ; il rencontre bien sûr Tony MANN, sur lequel son opinion au début, sans doute grâce à la réputation du cinéaste comme auteur de westerns, est plutôt bonne, mais nous savons tous maintenant qu’il fera plus que la réviser dans le futur…

Nanti de ces éléments positifs, il va donc retourner à Los Angeles, car il n’a donné qu’un accord de principe ! envahi de documents concernant EL CID envoyés avec habileté par BRONSTON pour qu’il puisse patienter avant que le script soit révisé et approuvé par lui, il s’y plonge avec la délectation de l'amateur d’Histoire qu’il a toujours été, décryptant davantage la part de légende et la part de réalité concernant ce Campeador «  bigger than life » ; il découvre un homme qui n’est ni un mercenaire impitoyable ni un saint irréprochable et vertueux, mais plutôt un mélange captivant des deux aspects, à partir d’un ouvrage écrit plus de deux cent ans après sa mort, «  El cantor de mio Cid » une des premières œuvres conservées de la littérature hispanique, et selon HESTON, la plus importante avant CERVANTES …

A l’appui de toutes ces recherches, HESTON finit par définir peu à peu, loin du mythe médiéval et des excès de la légende, le portrait d’un homme ordinaire transformé par des évènements extraordinaires, obstinément loyal envers un roi qui pourtant a emprisonné sa femme et ses enfants, et ce Rodrigo Diaz de Bivar va peu à peu l’ensorceler et lui donner envie de tenter l’aventure…

« J’étais celui qui avait insisté pour que le scénario soit réécrit, YORDAN m’avait envoyé 40 nouvelles pages plus convaincantes, et je n’allais pas rester chez moi, assis sur mon postérieur à bouder comme Achille sous sa tente ! je dis donc à Herman de conclure le deal pour que je puisse me préparer à la rude partie qui m’attendait, et deux semaines plus tard, nous faisions route pour l’Europe à bord du « Leonard de Vinci » ( IN THE ARENA)

Voila donc notre héros en route pour six mois de gros labeur dans la fournaise espagnole, toujours pas rassuré par ces nouvelles pages qu’il trouve « meilleures que les précédentes, mais meilleures ne veut pas forcément dire bonnes », prêt à affronter un nouveau défi, des conditions logistiques complexes, des centaines de figurants de l’armée espagnole grimés en Sarrasins patibulaires…

Et Sophia LOREN .

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A SUIVRE, bien sûr…

A ma chère CECILE 

 

 

¹ PHOTOS PROVENANT DU SITE :

https://docplayer.es/57033493-El-cid-del-cantar-a-la-gran-pantalla.html

 

Commentaires

  • Je crois qu'il y a souvent eu des problèmes de script dans les grands films tournés par Charlton. Et chaque fois il jurait de ne plus s'engager sans qu'il y ait un scénario solide ! et chaque fois il oubliait ses résolutions dès lors qu'un sujet l'intéressait. Le Cid fut une réussite, lui rapporta beaucoup d'argent d'après ses dires et pourtant il écrit : Les salles ont loué Ben Hur pour plusieurs années, pour le Cid elles ne se sont engagées que pour un an !

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