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LE SEIGNEUR D’HAWAI ...

MAJ le 5/10/2016

 

OU QUAND L’ACTEUR ET LE CITOYEN NE FONT QU’UN …..

(1962)

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Dans sa fameuse autobiographie «  IN THE ARENA » ou le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’y pratique pas la langue de bois, Chuck HESTON explique que les interminables vols transatlantiques sont un moment idéal pour parler films, et notamment pour proposer un «  pitch », en gros un résumé d’intrigue, à tout comédien désireux de passer le temps le mieux possible … c’est ce qui lui arrive début 1962, lorsqu’un traquenard organisé par Phil YORDAN et Nicholas RAY, le tout favorisé par l’absorption d’une bouteille du meilleur malt, leur permet d’obtenir l’accord de principe de la star pour un futur « épic » sans scénario, « 55 DAYS IN PEKING » !

A peine débarqué à NEW YORK et conscient qu’il s’est sans doute engagé à la légère, HESTON va donc passer un certain temps à d’une part, refuser poliment de participer à «THE FALL OF THE ROMAN EMPIRE» que BRONSTON lui propose avec insistance, sous prétexte que le scénario est mauvais, et d’autre part, à s’intéresser de près à ce projet PEKING, qui n’a pas de scénario du tout ; la logique de ce choix n’est pas évidente, et d’ailleurs, Chuck en retirera la leçon suivante, ne jamais accepter quoi que ce soit sans un script et des dialogues valables.

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Désireux de retrouver un peu d’activité pendant cette période de préparation d’une grande production BRONSTON, il peut donc se consacrer à un film au budget bien moindre, mais qui a le mérite d’avoir un scénario bien défini sur un thème qui lui importe : le racisme et les formes de ségrégation qui en découlent, «  DIAMOND HEAD », qu’il a décidé de tourner rapidement, raconte en effet l’histoire d’un riche planteur d’HAWAI dont la sœur est amoureuse d’un métis d’une classe inférieure, et de son refus obstiné de la laisser vivre sa vie avec l’homme de son choix .

 

Comme son personnage est lui-même amoureux d’une Eurasienne à laquelle il refuse néanmoins le bonheur d’avoir un enfant avec lui, HESTON se retrouve à incarner un individu égoiste, violent et négatif, porteur de valeurs qui lui sont étrangères, et c’est ce qu’il trouve intéressant ; sans doute, bien que la mode ne soit pas encore celle de la parité cinématographique entre blancs et noirs, voit-il là une occasion de mettre ses idées de démocrate en pratique ! il est vrai aussi que la minorité évoquée dans le film n’est pas la population noire, mais celle des « iliens » d’HAWAI, mis à l’écart de la communauté blanche dans une forme d’apartheid déguisé… néanmoins, la symbolique est claire, et même si le sujet d’actualité un peu trop «  chaud » est soigneusement évité, le fond du problème est le même, celui de l’égalité des droits et des chances de toutes les ethnies, dans un système démocratique.

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Donc, aborder ce personnage de « King » HOWLAND n’est pas un problème pour lui, mais plutôt un vrai plaisir ; il a déjà abordé pas mal de rôles antipathiques avant, mais c’était à ses débuts, ou le risque d’être identifié à un «  heavy » n’était pas bien grand ; or, il est devenu une star, qui plus est dans des incarnations «  positives » et le public a de lui cette image rassurante ! DIAMOND HEAD va donc être la première véritable occasion pour lui de casser cette aura en jouant ce qu’on n’attend plus de lui : pas forcément un vrai « méchant » mais un individu incapable de compassion et de compréhension dés que ses privilèges de classe et de caste lui paraissent menacés ! plus tard, il va collectionner ces personnages difficiles et refuser de jouer les héros, il en fera presque une routine, mais, à notre impression, DIAMOND HEAD est bien le premier d’une longue série.

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IL est amusant de constater qu’au départ, le script a été conçu pour Clark GABLE, abonné aux rôles de planteur ou d’aventurier dur à cuire, et que depuis son décès, on a tenté de « refiler » les scénarii qui lui étaient proposés aux nouvelles vedettes du moment. Chuck le sait et n’en prend pas ombrage, il va simplement essayer de comprendre ce faux héros, d’éviter tout effet et tout romanesque pour mieux en faire apparaitre les zones d’ombre, ce dont GABLE, de par son statut de mégastar, n’était pas capable. Globalement satisfait du script, il va avoir, selon ses mémoires, une influence capitale sur un aspect destiné à « humaniser » son personnage, à savoir le souvenir de la mort de sa femme et de son fils par noyade, qui l’empêche de vivre une vie normale et de s’autoriser le bonheur d’un enfant avec sa maitresse eurasienne. Par d’autres petites touches subtiles, il va aussi épaissir sa relation avec le personnage de sa sœur, jouée plutôt bien d’ailleurs par Yvette MIMIEUX : on sent bien sûr l’autorité cassante de celui qui veut jouer au père, mais aussi l’ambiguité de ses positions, la jalousie qui le consume, bien plus que l’expression d’un racisme « ordinaire » ; sans dire qu’il s’agit d’une interprétation exceptionnelle, car d’autres, supérieures, sont à venir, on sent vraiment ici la volonté de gratter la surface et d’aller plus loin que ce que lui proposait le scénario «  bien-pensant » initial.

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Très confiant quant à la tournure que prend ce qu’il appelle lui-même «  une tragédie intimiste », HESTON ne tarit pas d’éloges sur son metteur en scène, l’Anglais Guy GREEN, vif, précis et imaginatif, à tel point que la séquence du rêve aquatique de la jeune sœur, chargée d’un érotisme torride pour l’époque, va même lui faire un peu froncer les sourcils ! Il reste un artiste pudique, en difficultés quand il s’agit d’exprimer ses émotions, mais même dans ce domaine, il va être en progrès, sa relation avec la jeune Chinoise jouée par France NUYEN, étant pour une fois assumée par l’acteur avec la passion et la fièvre requises.

 

Le point faible du film, malheureusement, va se trouver là ou justement, on aurait dû trouver force et crédibilité : les deux acteurs censés incarner les frères KAHANA, ceux par lesquels le scandale arrive, ont beau se démener et tenter d’incarner au mieux la jeunesse et la révolte, rien ne se passe qui donne vraiment envie de pencher de leur côté, ce qui est un peu un comble ! Il se peut que, conscients de l’énorme présence d’HESTON, CHAKIRIS et DARREN n’aient pu s’exprimer comme ils le voulaient, mais leur ( relative) médiocrité dessert quelque peu, la puissance dramatique du sujet.

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Pas autant cependant, que les tripatouillages auxquels va se livrer le producteur Columbia maison, le nommé Jerry BRESLER, dès que sa vedette aura eu le dos tourné ! C’est en effet un « money maker » sans états d’âme que ce BRESLER, au sujet duquel Guy GREEN disait en riant à HESTON au début du tournage : «  il est sympa, mais comment un exécutif quelconque peut- il se vanter d’avoir fait un film appelé : «  GIDGET GOES HAWAIIAN » ?

 

 

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 Sans beaucoup toucher au sujet ni à son intrigue principale, BRESLER va donc demander à ce que le film finisse sur une note positive, à savoir l’acceptation par HESTON de l’enfant qu’il a eu de sa maitresse décédée, alors qu’il était prévu que, justement, « King » se retrouve seul dans son immense plantation, livré à ses démons personnels ; tenu à son contrat avec Columbia, Chuck devra donc se résoudre à jouer une scène globalement indéfendable, et se tiendra sur ses gardes quand il croisera de nouveau la route de BRESLER, deux ans plus tard pour un certain «  MAJOR DUNDEE » !

BRESLER va aussi et surtout, amoindrir la portée du récit en coupant plusieurs scènes (notamment celles de confrontations entre HESTON et CHAKIRIS, environ 3 minutes, ce qui est énorme) uniquement dans le souci de rendre le personnage de HOWLAND plus acceptable, là ou le comédien s’était efforcé de faire l’inverse ! On est là au cœur de la contradiction hollywoodienne entre le pouvoir de l’argent et le travail des créatifs, qui dépend hélas des hommes d’argent, situation vécue de façon souvent amère par l’artiste durant sa carrière.

Curieusement, ou disons plutôt miraculeusement, le film va rester cohérent et solide, en grande partie grâce aux astuces de GREEN qui s’est arrangé pour qu’un seul montage soit possible sur toutes les scènes dialoguées ! HESTON lui sera tellement reconnaissant de sa vivacité qu’il le recommandera à BRONSTON pour, littéralement, sauver un 55 DAYS IN PEKING bien mal en point l’année suivante.

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Quand on regarde le film de nos jours, même si on peut considérer que certaines scènes ont vieilli, ou que le rythme manque parfois un peu du « swing » des grands mélodrames, on reste convaincu par la fermeté du propos et des idées défendues, à une époque ou l’Amérique blanche avait bien du mal à accepter ses minorités et à leur trouver une place dans son système politique ; il n’était donc sûrement pas facile de réaliser un tel projet, quitte à être impopulaire auprès du grand public, et HESTON a su assumer ce risque, et se montrer en accord avec son anti-racisme naturel, qui restera un de ses principes forts, toute son existence.

Dans ce sens, on peut donc dire que, dans le cas de ce DIAMOND HEAD finalement réussi , l’artiste et le citoyen n’ont fait qu’un .

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A Cécile, toujours...

 

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Commentaires

  • Merci cher Renaud pour ce GRAIN brillamment écrit. J'espère que nos amis aimeront votre analyse démonstrative et qui nous fait comprendre les choix de l'acteur tout au long de sa carrière. Bisous à vous.

  • Tout d'abord , à nouveau, merci et compliments à Renaud ....
    En tant qu amie,je le remercie de tout ce qu'il nous donne comme information concernant Chuck ,le grand aimé de beaucoup de mes années .....
    En tant qu enseignante de français, je suis admirative de son écriture , style et vocabulaire ...
    Ses grains de sel sont hyper intéressants et riches de renseignements ,qui font connaître et aimer encore davantage notre Chuck ....
    Amitiés et bises à Renaud ....

  • J ajoute que j' ai vu ce film il y a bien longtemps ,loin d avoir réfléchi sur tout ce que Renaud nous dit avec talent ....

  • Bravo Renaud ! J'ai regardé le DVD récemment, j'ai bien sûr beaucoup aimé. Je n'y ai pas vu toutes les idées que Renaud développe, mais j'adhère assez à son analyse. Toutefois, je reste contente que le film termine sur une note positive, ça doit être mon côté " fleur bleue " Merci encore Renaud !

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