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« JULES CESAR » & «  ANTOINE ET CLEOPATRE » Première partie

publié le 19 juin 2018

MAJ le 3 juillet 2018

DEUX « ECHECS » DONT L’ARTISTE SORT GRANDI …

 1 - JULES CESAR

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A DEUX ANS D’INTERVALLE, CHARLTON HESTON, certainement un des acteurs américains les plus sincèrement passionnés par l’œuvre de SHAKESPEARE, trouve enfin l’opportunité, à l’âge de 46 ans, de réaliser un rêve d’adolescent et de tenter d’exprimer une idée qui lui a toujours été chère, selon laquelle SHAKESPEARE est le plus merveilleux « scénariste  potentiel » pour des projets artistiques à la fois créatifs, et proches du grand public.

Malheureusement pour lui, le public américain et les financiers d’HOLLYWOOD en général ont visiblement une opinion différente sur ce sujet, car la plupart des projets conçus autour de SHAKESPEARE sur le sol des Etats-Unis ont jusque- là été des fours notoires, ou des productions montées à la va-vite, comme par exemple les tentatives d’Orson WELLES, obligé de faire son OTHELLO en EUROPE avec trois bouts de ficelle et son génie créatif pour compenser un budget de misère…

C’est donc dans un contexte de méfiance absolue à l’encontre de toute entreprise « shakespearisante » que HESTON, revenu au sommet de sa valeur commerciale grâce au triomphe inattendu de « PLANET OF THE APES », et mû par sa passion plus que par une logique financière, se retrouve impliqué dans deux projets «  à risques » !

On peut donc imaginer sans peine la tête que dut faire son agent Herman « iceman » CITRON quand CHUCK lui annonça qu’il acceptait la proposition du jeune producteur canadien SNELL de jouer dans son projet JULIUS CAESAR, pour un cachet modeste, en comparaison de son statut de superstar retrouvée…

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JULIUS CAESAR n’était aucunement une nouveauté pour HESTON, puisqu’il avait déjà joué le rôle de Marc-Antoine dans une production sans gros moyens de David BRADLEY en 1950 ; Marlon BRANDO, avec sa modestie coutumière, avait déclaré, avant de jouer sa propre version du personnage en 1953 sous la direction de MANCIEWIZ, qu’il suffirait de jouer le rôle à l’opposé de l’interprétation d’HESTON pour être «  just right » , on verra plus tard ce qu’on peut penser de ce «  duel à distance »…

SNELL bénéficiant d’un budget important ( 1,6 million de dollars, quand même) HESTON vit donc dans sa proposition l’occasion de pouvoir enfin faire une digne adaptation de ce qui pour lui, n’était aucunement un chef-d’œuvre de SHAKESPEARE, mais une bonne pièce à gros potentiel cinégénique.

Sa préférence, on le sait, allait bien sûr à trois splendeurs dont il avait bien l’intention, un jour ou l’autre, d’affronter les pièges : MACBETH, KING LEAR et ANTONY AND CLEOPATRA, sa préférée, que nous évoquerons plus tard…

Dans la préparation de JULIUS CAESAR, on note dés le début une tendance bien établie chez le HESTON de l’époque, celle de s’impliquer artistiquement au maximum dans la conception de l’ouvrage ; non seulement il est l’acteur principal et celui grâce auquel le film peut se monter ( SNELL a toujours déclaré que le seul moyen pour lui de faire ce film était de lui faire appel) mais il dispose également du droit de choisir les interprètes, et d’approuver ou pas le script, avec possibilité pour lui de couper dans le texte original si nécessaire ! en fait, la seule chose qu’HESTON ne fera pas dans ce projet, c’est de le mettre en scène, et encore….

On imagine donc, dans ce contexte de totale suprématie d’une personne sur un projet aussi important, la somme de jalousies et d’inimitiés diverses que la situation a pu très vite provoquer, jouant d’ailleurs un rôle non négligeable dans son « semi-échec » final !

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Les affaires commencent en fait plutôt bien, car le casting défini par HESTON (surtout) et SNELL ( un peu) parait au début parfaitement adapté au projet : le grand GIELGUD doit jouer Jules, Richard JOHNSON sera Cassius, Richard CHAMBERLAIN Octave, Robert VAUGHN Casca , et surtout, Orson WELLES doit jouer Brutus, rôle capital s’il en est…

Le seul « hic » et de taille, c’est le metteur en scène.

SNELL , faute de pouvoir engager OLIVIER qui fait la sourde oreille, s’est rabattu sur Stuart BURGE, un" director" de théatre, dont l’expérience filmique est des plus modestes, si ce n’est une adaptation d’OTHELLO en 65, dont on murmure que c’est surtout OLIVIER qui l’a dirigée…les choses s’engagent donc plutôt mal, car à part HESTON, qui accepte ce choix, tous les autres acteurs ne font aucune confiance à BURGE, et pensent que c’est davantage CHUCK qui tire les ficelles ! à commencer par Orson, très remonté dès le début contre BURGE qu’il juge «  nul » ( toujours en finesse, le grand WELLES) et fait très vite comprendre à la compagnie que soit on vire BURGE, soit c’est lui qui s’en va.

A la stupeur de tous, et contre toute logique artistique, c’est lui qui s’en va.

Le projet se trouve alors privé d’un moteur essentiel, car non seulement il perd un comédien de poids ( dans tous les sens du terme) mais il perd aussi celui qui aurait pu être son metteur en scène, car il s’était proposé pour remplacer BURGE !

On peut donc considérer, en toute objectivité, que si HESTON avait, contre l’avis de SNELL, opté pour conserver WELLES dans l’équipe, le film aurait eu l’allure, l’éclat et aussi les défauts que BURGE, malgré ses qualités, ne pouvait aucunement apporter.

C’est un peu ce que l’on peut reprocher à HESTON à cette époque, non pas son implication artistique, qui est férocement sincère de bout en bout, mais peut-être sa tendance à jouer la sécurité et se contenter de « metteurs » parfois un peu ternes, comme le furent DEARDEN ou NELSON quelques années avant BURGE … 

L’aspect bancal et insatisfaisant de cette situation va, dés lors, scinder le groupe en deux factions, celle qui fait confiance à HESTON , notamment JOHNSON et GIELGUD qui sont ses amis, et celle qui dés le début semble se réjouir du four en prévision, VAUGHN,CHAMBERLAIN, et surtout le nouveau venu , Jason ROBARDS !

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Formidable comédien contemporain et acteur de thêatre renommé, ROBARDS est pourtant à peu près aussi adapté au rôle de Brutus que Sylvester STALLONE le serait à celui du roi LEAR ; incapable de monter à cheval, mal à l’aise en armure, visiblement infoutu de donner quelque substance à ce qui est le plus beau personnage de la pièce, il passe complétement à côté du rôle, entraînant dans sa morosité les autres américains de la bande ( dont VAUGHN qui ne cessera de se gausser de la superstar HESTON) et surtout, plombant toutes les scènes ou il apparaît, c’est-à-dire la moitié de la pièce... même HESTON, peu connu pour dire du mal de ses collègues, ne pourra s’empêcher d’écrire à son sujet : «  Je dois dire que j’ai rarement vu un bon acteur jouer aussi mal dans un bon rôle que Jason en Brutus ; il semble n’avoir aucun vrai sens de la langue, ses mots tombent de sa bouche, soit totalement verbeux, soit totalement plats » ((journals,1970) ; il faut dire que Robards ne s'était pas donné la peine de lire la pièce avant le tournage, ce qui ne pouvait certainement pas l'aider à capter son personnage! Pour l'aider à s'en sortir, Johnson prit sur lui de lui consacrer quelques séances de "prose Shakespearienne, sans trop de succès, cependant"

Privée d’un atout crucial, la compagnie va se rabattre sur trois éléments importants pour, disons, sauver les meubles, à savoir GIELGUD (impérial en César, mais on ne pouvait en attendre moins) JOHNSON,( réellement formidable pour camper le noir et amer Cassius) , et surtout un CHUCK totalement inspiré en Marc-Antoine, pour ce que lui-même définit comme un rôle facile, un de ceux qui, si on les loupe, doit vous donner envie d’arrêter SHAKESPEARE !

Facile ou pas, il faut admettre que la prestation hestonienne dans le rôle est excellente, et que son interprétation du fameux monologue devant la dépouille mortelle de César est digne d’éloge ; tout y est : la fourberie du politicien, le coté manipulateur, et en même temps la colère et l’émotion sincère, portés par une voix puissante et expressive, musicale et grondante, bien plus shakespearienne, finalement, que la version maniérée et pseudo-moderne de BRANDO, qui, sur ce coup –là, a manqué le coche !

Après un tournage difficile en Espagne, du fait du manque de moyens pour la bataille finale bien réglée par Joe CANUTT à qui CHUCK a fait appel, le film se termine sans accroc à LONDRES, pour être montré en ANGLETERRE en juillet 70, et faire un tel flop critique et public qu’il ne sera quasiment pas distribué en EUROPE, et très peu aux USA ou de toute façon, aucun film shakespearien ne fait recette en général.. Beaucoup d’efforts pour un résultat décevant, mais comme nous le savons, cela n’empêchera pas HESTON et SNELL de repartir très vite sur un projet analogue, dont nous reparlerons bientôt.

Pourtant, malgré les défauts et les manques que l’on peut constater dans ce film, très sévèrement critiqué par HESTON himself, on y trouve des qualités qui n’en font certainement pas, comme on a pu l’écrire, «  le pire film shakespearien de tous les temps » ! je ne saurais souscrire à ce point de vue, car, malgré tout, on y perçoit la passion et l’engagement d’une personne pour son projet, il est seulement regrettable qu’il ait été presque le seul, à y croire vraiment.

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A CECILE, bien sûr...

Commentaires

  • Giusto, Renaud. Non è affatto il peggior Shakespeare dello schermo. E in più a fare danno ci si è messa anche la censura che ha eliminato la scena della "Corsa dei Lupercali" della quale ogni tanto appaiono foto dei nobili concorrenti in cache-sex. Anche Chuck! manca inoltre la scena delle "Terme" dove Ottaviano e Marcantonio perfezionano la loro strategia contro Bruto. Qui ci sarebbe stato anche un quasi-nudo dorsale di Chuck. I tagli non hanno una finalità di morale pubblica, ma finanziaria. Senza quelle scene il film poteva essere visto anche da un pubblico adolescente o pre-adolescente. ma le due figure storiche che stanno per vendicare Cesare perdono un po' di colore. I due damerini della Roma politica diventano i capi della forza popolare che sconfiggerà i conservatori tradizionalmente togati.
    Spesso Chuck si è lamentato della scarsa capacità linguistica e declamatoria degli attori americani. Ma gli attori americani recitano per un pubblico americano che è lontano anni luce dalla corretta pronuncia e scansione del blank verse del Bardo. Ricordo un povero studente texano durante un seminario di storia del teatro qui a Firenze terrorizzato perché gli avevo chiesto di leggere il brevissimo monologo di Macbeth. Mai sentito parlare di un inglese elisabettiano e del pentametro giambico usato da Shakespeare ! That's life!

    CHERE MARIA, je dépose sur ton commentaire, la traduction que j'en ai faite, avec deux explications de mots "particuliers", pour les quelques fans qui n'en connaîtraient pas la signification.
    Merci pour Renaud...

    Juste,Renaud. Ce n'est en aucun cas le pire Shakespeare de l'écran. En plus de faire des dégâts, il y avait aussi la censure qui a éliminé la scène de la "Course des Lupercales" dont apparaissent parfois des photos des nobles concurrents en cache-sexe. Même Chuck ! il manque la scène des "Thermes" en outre où Ottaviano et Marc Antoine perfectionnent leur stratégie contre Brutus. Ici, il aurait y eu aussi un dossier presque-nu de Chuck. Les coupes n'ont pas de but de morale publique, mais financière. Sans ces scènes, le film pouvait également être vu par un public adolescent ou pré-adolescent. mais les deux personnages historiques qui vont venger César perdent un peu de couleur.

    Les deux dandys de la Rome politique deviennent les chefs de la force populaire qui battra les conservateurs traditionnels en robe.

    Chuck se plaignait souvent du manque de compétences linguistiques et déclamatoires des acteurs américains. Mais les acteurs américains récitent pour un public américain qui est à des années-lumière de la prononciation correcte et de la numérisation du verset blanc¹ du Barde. Je me souviens d'un pauvre étudiant du Texas pendant un séminaire d'histoire du théâtre ici à Florence, terrifié parce que je lui avais demandé de lire le très court monologue de Macbeth. Il n'avais jamais entendu parler d'un anglais élisabéthain et du pentamètre iambique² utilisé par Shakespeare ! C'est la vie!

    1 verset blanc : type de poésie qui ne rime pas, habituellement avec dix syllabes dans chaque ligne

    2 Pentamètre iambique : En anglais, le pentamètre iambique est le type de vers le plus fréquemment employé. Pour qu'un texte soit en pentamètre iambique, la seule règle absolue de versification est que chaque vers comprenne cinq pieds. La métrique anglaise repose non sur la longueur des syllabes, comme en grec, mais sur leur accentuation.

  • J'ai enfin changé mon nom , j'ai oublié de dire qu'apres toit il s'agit déjà d'un miracle que Chuck n'ai eu qu'une seule femme dans sa vie dans un monde où justemmet la pression et l'infidélité sont les causes d'un divorse à Hollywood , Chuck et Lydia sont deux personnes très fortes , et maintenant que j'y pense peut être qu'à travers le personnage qu'à travers sa passion amoureuse pour Cléopâtre dans son film à une époque où son couple était en crise , aurait il aimer que ça se termine par cette passion et que ce soit comme ça entre lui et Lydia , c'est peut être ça qui lui manquait .

  • JE REPRODUIS ICI, LE COMMENTAIRE LAISSE PAR MICHAEL MUNN, aujourd'hui 6 octobre 2018, suite à la programmation de JULES CESAR sur Paramount Channel, le 8 octobre prochain.
    Son avis rejoint ce que Renaud nous expose dans son GRAIN DE SEL.
    Que Michael soit remercié.

    This film is ruined by the casting of Jason Robards in the most important role in the film and play. Everyone else is excellent. The sets and costumes are poor, and the direction is mediocre. The only really good scene is Antony's funeral speech, "Friends, Romans, countrymen..." which Charlton Heston delivers with sheer brilliance. He was deeply disappointed with the film and was determined that Antony and Cleopatra would be better, which it was.
    MICHAEL MUNN

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