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6 - " Charlton Heston une biographie " de Michael MUNN - (traduction par Adrien P. )

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Amour et guerre

 

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Si Charlton Heston avait beau être un acteur-né quand il était sur scène, il ne pouvait pas compter sur les dialogues de Shakespeare, il était très loin d'être un Roméo dans la vraie vie. Il était trop timide auprès des filles pour être ne serait-ce qu'à l'aise auprès d'elles. Jouer sur scène lui avait permis de fuir sa timidité en se cachant dans d'autres personnalités, derrière de fausses barbes et des nez postiches, laissant l'odeur de colle à postiche (qu'il tenait pour « l'odeur la plus excitante au monde ») envahir ses narines. Il était cependant très maladroit quand il devait gérer les sources de traumatisme de la vie réelle, comme sortir avec des filles.

Il venait d'être diplômé quand il tira enfin le courage du fin fond de son âme sans assurance, de demander à une fille de sortir avec lui. Ils allèrent à un spectacle, mais il était si nerveux tout au long de la soirée, qu'ils furent tous les deux soulagés de se dire au revoir à la fin de leur premier rendez-vous. Ils n'en n'eurent jamais de deuxième, et Charlton prit la décision de concentrer toute son énergie sur ses études universitaires, et à devenir l'acteur qu'il voulait être (Une préoccupation qu'il a toujours aujourd'hui1).

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À la fin de l'été, Charlton commença à aller à l'université, mais n'avait toujours pas de véhicule ; il marchait tous les jours, ce qui lui permettait de consacrer ce temps à penser aux pièces, aux répliques et au jeu. Les filles étaient maintenant la dernière de ses préoccupations, et même la guerre en Europe ne pouvait pas le détourner de son objectif de devenir acteur professionnel. Durant cette première année à l'université, il apparut dans sept pièces et se plongea complètement dans les cours de la School of Speech2. C'était un miracle qu'il soit capable de maintenir ses yeux ouverts assez longtemps pour lire ne serait-ce qu'un script : il travaillait de nuit pour payer ses études et, bien sûr, il passait ses journées à l'université, non seulement pour le théâtre mais aussi ses cours académiques.

Mais ni son enthousiasme ni sa santé ne furent troublés par ce travail, et non seulement il survécut, mais il en sortit grandi, passant chaque moment éveillé à penser au théâtre. Il raconte :

« Je pris un travail supplémentaire pendant un moment, faisant marcher un ascenseur dans un bâtiment pendant la nuit, et je pourrais recommander ce travail à n'importe qui. C'était le meilleur travail que j'ai jamais eu à part celui d'acteur, parce qu'on pouvait dormir un peu, et je pris l'habitude de répéter dans la cabine. J'étais de service de minuit à huit heures, et tous les gens qui vivaient dans ce bâtiment étaient si vieux qu'ils allaient au lit très tôt, donc j''étais plus ou moins toujours seul.

J'ai aussi travaillé dans une aciérie, une fois, et c'était plus dur. Mais le théâtre restait ce à quoi j'aspirais, et je suis finalement arrivé à un moment où je pouvais en vivre. Les gens demandent toujours aux acteurs, aux peintres et aux écrivains également pourquoi ils font ce qu'ils font, et ils répondent souvent par des banalités3.

Mais honnêtement, je dois dire que j'aime simplement faire semblant d'être quelqu'un d'autre. Je pense que c'est ce qui amène beaucoup d'acteurs à cette étrange carrière. C'est le truc de petit garçon par excellence qui dit « regardez-moi, je suis pompier ou conducteur de train. » Aucun de nous n'en sort vraiment. C'est ce qui nous pousse à être dans la peau d'un autre et à nous convaincre nous-même que tout ce qui se passe sur scène se passe réellement. Et si on en arrive au point de le faire si bien, on réussit à convaincre le public également, que tout se passe réellement, alors le public sera prêt à payer l'acteur... payer pour qu'il fasse son travail.»

Pour en arriver au point où des gens le payent, Il prit aussi un travail de jour dans une radio locale ce qui s'avéra être une expérience inestimable dans sa formation puisque la radio s'appuie uniquement sur la voix. Il continua ainsi ses études, persévérant dans sa résolution et sa passion, distrait par ni rien ni personne. Personne, sauf une jolie brune assise devant lui dans le cours de théâtre.

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Lydia Clarke avait 19 ans, elle venait d'une petit ville nommée Two Rivers dans le Wisconsin où son père était principal de lycée. Elle étudiait le théâtre mais ne voulait pas être actrice. Elle voulait devenir avocate. Au départ, Charlton évitait les filles comme la peste, mais dans le cours de théâtre, lui et Lydia furent amenés à se rapprocher, et elle devint la seule fille face à laquelle il fut à l'aise. Il prit conscience peu de temps après qu'il était amoureux d'elle. Elle, cependant, n'était pas vraiment éprise de lui.

 

Charlton pense que : « sa première impression de moi était que j'étais la créature la plus incroyable du campus. Je l'étais probablement ». La créature fit dire par un camarade de classe malveillant à Lydia : « chaque famille a un squelette dans le placard, mais la famille Heston fait sortir le sien et il veut devenir acteur

Charlton fut inhabituellement brave en demandant à Lydia de sortir avec lui, et elle résista au début : « quand elle finit par accepter », se souvient Heston, « les choses commencèrent à aller mieux. C'était la première personne à qui j'ai parlé de mes parents. Ses parents étaient toujours heureux ensemble, mais elle m'a quand même écouté, et a compris en quelque sorte. »

  Mais même s'il était mordu par le virus du théâtre, il ne pouvait pas le laisser tomber pour celui de l'amour et Charlton contamina la belle étudiante en droit, tant et si bien qu'ils furent contaminés tous les deux par le virus du théâtre4.  Ça a commencé quand Heston insista pour que Shakespeare les accompagnent dans leurs rendez-vous galants. « Il m'amena faire une longue promenade romantique », raconte Lydia. « et ensuite, au lieu de me faire l'amour, il lut MacBeth ! Il en arriva à l'amour plus tard. »

Lydia abandonna donc rapidement son ambition de travailler dans les cours de justice et tourna son regard dans la même direction qu'Heston, vers le théâtre. Elle était en quelque sorte portée par sa forte volonté et son absolue certitude qu'il réussirait à devenir acteur. Il était peut-être désespérément timide et manquait de confiance en lui-même quand il avait affaire aux gens, mais en lui-même, il était absolument certain qu'il deviendrait acteur. C'était là sa grande force, car pendant que les autres le voyaient comme un marginal anti-social, dégingandé avec "deux pieds gauches", il savait qu'il avait les tripes et le courage de faire tout son possible pour atteindre l'objectif de sa vie, et c'est cette force qui a éclipsé ses faiblesses depuis. Lydia le reconnaît (c'était probablement la seule à l'époque), comme elle le dit : « sa ténacité n'est pas venue avec le temps. C'est par là qu'il a dû commencer ».

 

A SUIVRE...

 

1 En 1986, date de publication de cette biographie.

2 L'école d'éloquence

3 Le texte dit « very pontifical answers », litt. des réponses très pontificales.

4  Une métaphore étrange, et difficile à rendre correctement dans la traduction

 

Commentaires

  • excellent comme d'habitude
    La première jeune fille a bien dû avoir des regrets par la suite au vu de la star que son amoureux d'un soir est devenu !

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